LETTRE XLI
A M. L'ABBÉ VEWUTI.
JHoif cher abbé , je ne vous ai point encore ver mercié de la place distinguée que vous m'avez donnée dans votre Triomphe '. Vous êtes Pétrarque ; et moi pas grand'chose. M. Tercier * m'a
* Uouvrage de l'abbé Veuutî , dont parlé Montesquieu, est intitulé, il Trionfo litterario délia Franc ia (le Triomphe littéraire de la France ). Rappelé dans sa patrie , Tabbé Venuti craignit qu'on ne l'accusât d'ingratitude , si, en quittant la France , il ne laissoit aucun monument de sa reconnois»
^ànce pour tous les agréments qu'il y avoit trouvés , et de son admiration pour les grands génies qu'elle renferme dans son sein. C'est dans cette vue qu'il a composé son poème en plusieurs chants, oii il donne des éloges auxquels l'amitié a bien autant de part que le vrai mérite. Quoi qu'il en soit , on ne refuse pas de souscrire à ce qu'il dit de Montesquieu : (4 Si une âme aussi grande , dit-il , se fit trouvée dans le n sénat latin , la liberté romaine vivroit encore à la honte » des tyrans. Son nom surpassera la durée du roc Tarpéien ; » et sa gloire ne périra point tant que Thémis dictera ses h oracles sur les bancs fîrançois, et que les dieux conser- » veront à l'homme le don de la pensée » . Tel est le sens du compliment que l'abbé Venuti a fait à Montesquieu dans son poème italien , et dont Montesquieu le remercie dans cette lettre»
* L'un des premiers commis du bureau des affaires étrangères , et fort savant académicien de Paris , le même qui essuya depuis tant de mortifications , pour avoir, en qualité
écrit pour me prier de vons remercier de sa part de Texemplaire que je lui ai envoyé , et de tous dire que M. de Puysieux a^eit reçu le sien a^ec toute sorte de satisfaction '. Comme il n'en est venu ici que très-peu d'exeikiplaires , je ne pourrai pas encore vous marquer le succès de Fouvrage ; mais j'en ai oui dire du bien , et il me paroît que c'est de la belle poésie.
Et te fecêre poetant^
Piérides.
Je ne puis pas m'accoutumer , mon cher abbé, à penser que vous n'êtes plus à Bordeaux : vous y avez laissé bien des amis qni vous regrettent beaucoup ; je vous assure que je suis bien de ce nombre. Ecrivez-moi quelquefois. Texécuterai vos ordres à l'égard d'Huard , et du recueil de ik# dissertations ; vous vous mettez très-fort à la raison , et il doit sentir votre générosité. Je verrai M. de La Curne ; je ferai parler à l'abbé Lé Beuf ; et s'il n'est pas un bœuf, il verra qu'il y a trèspeu à corriger à votre dissertation. Le président Barbot • devroit bien vous trouver la dissertation
de censeur royal , donné son approbation pour Tim^esnoii du livre de rEsprii.
* Le poëme dé YMyé Vemiti e«t dëdie à M. de Pnyiîeiiz, alors ministre des adirés étriragëres.
* Secrétaire perpétuel de r Académie de B&rdeàuit, homme d'un esprit trës-aîmable et d'une vaste lit térst are , mais trë»irrésolu lorsqu'il s'agit de travailler et de publier quelque chose : ce qui £ait que les Mémoires de cette Académie sont
perdue comme une épingle dans la botte de foin de son cabinet. Effectivement il est bien ridicule d'avoir fait une incivilité à madame de Pontac , en faisant tant valoir une augmentation de loyer que nous ne toucherons point, et d'avoir si mal fait les affaires de TAcadémie \ Envoyez-moi ce que vous voulez ajouter aux dissertations que j'ai. Adieu , mon cher abbé ; je vons saloe et em<brasse de tout mon cœur.
De Paris ,'l6 3o octobi-e lySo.