A TIENNE
J'Ai téçu ; mon chét coto te , Votre lethP^î de Tienne du 38 decettb!fe. Je^iiis fâché d'âVbir |iet*dtt ceux qui m^âvoieht fait rhoônèur d'àvoii^ de Tamitié pour mbi. Il itiê tiéSle le prince de Lichtenslein ; et je vous prie de lui faire bien ma cour. Tai reçu des marques d'amitié de M. Duval, bibliothécaire ' de l'empereur, qui fait beaucoup d'honneur à la Lorraine sa patrie. Dites aussi , je tous prie , quielque chose de ma part à M. Van-Swieten : je suis tin véiilable admirateur dtg ^cet illustre Escùiape *. Je vis hier M. et M"' de Séuectère: vous savez que je ne vois plus que les pères et les mères dans toutes les familles. Nous parlâmes beaucoup de vous ; ils vous aiment beaucoup.
• Ce&t-à-dirfe cle èa bil^tiétfaëquè pàrtîcaiiëlre ; homme d'autant pltis estimable , que , né dans nii état bien Soigné de la culture des lettres , il e»t pai-vena à les ctiltiver , sans secours , par la sfèùle fôl'ce dto taleiht.
* Il savdit <|ue c'étôtt à lui que le» Kbràfi*e9 d« Vienne dévoient la liberté de pouvoir VèAdff VEsprit des Luis , dont la censure précédente des jésaites empechoit l'introduction à Vienne : car M. le baron de Van-Swieten n'est
J'ai fait couxioiKftance avec '. Tout ce <jue je
puis vous en dire> c'est que c'est un seigneur giagnifique^ et fort. persuadé de ses lumières: mais il n'est pa^ noire marquis de Saint-^Germain ; aussi n'est-il pas un ambass^eur piémoifitois *. Bien de ces têtes diplov;iati({ifees 6e pressent' trop de nous juger ; il faudroit nous étudier un peu
pas seulement l'Esculape de cette ville impériale par sa qualité de premier médecin de la cour , il est encore l'Apollon qui préside aux mu^es autrîcliiennes , tant par sa qualité <de biUkrâiécaire impérial , tfaarge qui , par un usage parodier k cette oour 9 est unie à ZéHe de pnemler médecin ^ ^gae par celle de président de lacemsure des liv^res , et des études du pays ; de sorte qu'il pourroit ^tre en même temps le médecin des esprits comme il l'est dos corps ^ si le despotisme sur le Parnasse n^étoit pas trop effrayant pour les Muses, et si la sévérité, lorsqu'elle e^ trop scruptdeuse , ne rendoitpas |das ingénieiix dans la contrebande des livres dafngeneui^;, coauKeelle prive quelqueifbis de ceux qui sont d'une utilité relative aux différente^ profesdions. ^uoi qu'il en soit , malgré la satire qu'on lit dans les dialogues de Voltaire , portant également sur les fonctions des deux ministères de ce savant médecin , Vienne lui doit déjà quelques dianrgements mtiles au Men des études ; et ce poète célèbre 4uidfMt aurteui qne son Màstoùre universcile scit^ 4:ontre Imile atrieùte» entre les nudns de tout le gronde dans ce pigr$'U«
* Ce nom n'a pas {m se lire , l^'criture èVago^ -etfacée.
* H avoit été intimement lié avec le marquis de Sreil, le commsndeur de Solar son frère , et le marquis de Saint- Oermain; tous les trois ambassadeurs de Sardaigne, le premier à Vienne , les deux autres à Paris ; tous les trois , hommes du premier mérite.
392 LETTB.es
plus. Je serois bien curieux 4e voir JLes relations que certains ambassadeurs fout à leurs cours sur nos affaires internes* J'ai appris ici que vous relevâtes fort à propos lequivoque touchant la qualification de mauvais citoyen : il faut pardonner à des ministres , souvent imbus des principes du pouvoir arbitraire , de n'avoir pas des notions bien justes sur certains points, et de hasarder des apophthegmes \
La Sorbonue cherche toujours à m^attaquer; il y a deux ans qu'elle travaille, sans savoir guère comment s'y prendre. Si elle me fait mettre k ses trousses, je crois que j- achèverai de l'ensevelir *. J'en serois bien fâché , car j'aime la paix par-dessus toutes choses. Il y a quinze jours que l'abbé Bonardi m'a envoyé un gros paquet pour mettre dans ma lettre pour vous. Comme je sais qu'il n'y a dedans^que de vieilles rapsodiesque vous ne liriez point , j'ai voulu vous épargner un port considérable : ainsi je garde la lettre jusqu'à votre retour, ou jusqu'à ce que vous me mandiez de vous l'envoyer, en cas qu'il y ait autre
^ Ét^lit question de V Esprit des Lois k un dîner d'un ambassadeur, S. £. prononça qu'il le regardoit comme l'ouvrage d'un mauvais citoyen. '«< Montesquieu, mauvais » citoyen ! s'écria son ami : pour moi , je regarde F Esprit » des Lois même comme l'ouvrage d'un bon sujet ; car on M ne sauroit donner une plus grande preuve d'amour et de M fidélité à se% maîtres que de les éclairer et de les instruire ».
* Il venoit de paroître un ouvrage intitulé le Toinbe€ui de la Sorbonne ^ fait sous le nom de l'abbé de Prade.
FAMILIÈRES. SpS
chose que des nouvelles des rues. J'ai appris avec biçn du plaisir tout ce que vous me mandez sur votre sujet : les choses obligeantes que vous a dites l'impératrice font honneur à son discernement , et les effets de la bonne opinion qu'elle vous a marquée lui feront encore plus d'honneur. Nous lisons ici la réponse du roi d'Angleterre au roi de Prusse , et elle passe dans ce pays-ci pour une réponse saùs réplique. Vous , qui êtes docteur dans le droit des gens , vous jugerez cette question dans votre particulier.
Vous avez très-bien fait de passer par Lunéville; je juge, par la satisfaction que j'eus moimême dans ce voyage , de cellfe que vous avez éprouvée par la gracieuse réception du roi Stanislas. Il exigea de moi que je lui promisse de faire un autre voyage en Lorraine. Je souhaiterois bien que nous nous y rencontrassions à votre retour d'Allemagne : l'instance que le roi vient de vous faire , par sa gracieuse lettre , d'y repasser, doit vous engager à reprendre cette route. Nous voilà donc encore une fois confrères en Apollon * ; en cette qualité recevez l'accolade.
De Paris , le 5 mars 1753.
* Le roi Stanislas les avoit fait agréger à son Académie de Nancy.
AU MÊME
Je trouve, mon cher comte , yoè raisons assez bonnes pour ne point tous engager l^;èrement; mais je crois que celles qu'on a pour vous retenir sont encore meilleures , et j'espère qae votre esprit patriotique s'y rendra. Je vois par là avec bien de la joie aue oe que l'on m'a dit des soins qu'on prend de l'éducation dçs archidiK» est très-réel. Il ne suffît pas de mettre auprès d'eux des gens savants > il leur £aut des .gens qui aient des vues élevées «t qui connoissent le moiide ; et je crois , sans blesser votre modestie , qu'à ces titres vous devriez avoir des préféreaces. Le département de l'étude de l'histoire est wi 4e ceux qui importent le plus à un prince : ma4s il faut lai faire considérer l'histoire en {>hiloso^e : et il est bien difficile qu'un régulier , ordinairement pédant et livré parétat à des préjugés , la lui développe dans ce point de vue, lors surtout qu'il s'agira de temps critiques et intéressants pour l'empire. Si Ton délivre de cette épine le département que l'on vous propose , j'aime trop le bien des hommes pour ne pas vous conseiller de passer par-dessus les autres difficultés qui s'opposent à la réussite de cette affaire : avec quelques pré-
cautions , le climat de Vienne ne nuira pas plus à vos yeux que celui de Flandre , à moins que vous ne préfériez la bière au vin de Tokay. Quant aux convenances d'étiquette de cour, je suis persuadé qu*on peftsfe assez juste pour ne pas perdre un homme utile pour de si petites choses '. Je me repose , là-dessus , sur les vues supérieures de Marie-Thérèse. Vous voyez que je ne vous dis pas un mot des vues de fortune , parce que je sais que ce ïi'est pas ce qui vous touche le plus. ïé v<)us pHe de ne ihe pas laisser ignorer votte Résolution , oU la décision de la cour ; elle m'intéresse autant pour elle que pour vous.
Si vous continuez d'être libre > je vous conseille rèntreprise dont vous me parlez. Un chanoine d^it être bien plus en état qu'un profane de traiter dfe l'esprit des lois ecclésiastiques. Votre plan seroit fort bon ; mais je trouve le repos encore meilleur, et j'abandonne ce champ de gloire à votre zèle infatigable. Adiéù.
Èh i7Éf3.
' L'usage de la cour de Vienne est de ne point donner , comme dans plusieurs autres , un précepteur en chef aux princes de la maison , mais senlenient des instructeurs , dont chacun est chargé à'enseîgnér Ih partie de littérature qu'on leur fait apprendre ; et dans le àioix de ceux qu'on nomme pour ces différents départements , on ne consulte que la capacité , sans avoir égard à la condition des personnes.