A VERONE
Mon cher ami , vos titres se multiplient tellement, que je ne puis les retenir; voyons.... comte de Clavières, chanoine de Tournay, chevalier d'une croix impériale ' , membre de l'Académie des inscriptions , de celles de Londres , de Berlin , et de tant d'autres , jusqu'à celle de Bordeaux : vous méritez bien tous ces honneurs, et bien d'autres encoi'e.
Je suis bien aise que vous ayez eu du succès dans la négociation pour votre chapitre ^. Il est
• L'impératrice vcnoit d'accorder une croix de distiaction , portant l'aigle impériale avec le chiffre du nom de Marie-Thérëse , au chapitre de Tournay, le plus ancien des Pays-Bas , et le seul oii. J'on entre faisant preuves de noblesse.
• En vertu d'une bulle de Martin v, ce chapitre , comme plusieurs autres d'Allemagne , doit être composé de deux classes de chanoines, de nobles et de gradués. Des gens intéressés à tenir ce corps dans leur dépendance faisoient fréquemment des brèches à la maxime établie , pour y faire entrer de leurs créatures propres à seconder leurs vues. C'est pour obvier aux suites des altérations faites contre l'esprit de sa constitution , que ce chapitre chargea ce député d'obtenir un diplôme de sa majesté l'impératrice , qui
heureux de vous avoir , et fait bien de vous dé- . puter à la cour pour ses affaires , plutôt que de vous retenir pour chanter et pourboire; car je suis sûr que vous négociez aussi bien que vous chantez mal et buvez peu. Je suis fâché que l'af- Élire qui vous regardoit personnellement ait manqué. Vous n*êtes pas le seul qui y perdiez; et il vous reste votre liberté , qui n*est pas une petite chose : mais l'étiquette ne dédommagera pas de l'avantage dont on s'est privé , quoique je soupçonne qu'il pourroit bien y avoir d'autres raisons que l'étiquette, que l'exemple des autres cours auroit pu faire abandonner. Quand certaines gens ont pris racine , ils savent bien trouver des moyens pour écarter les hommes éclairés; d'ailleurs vous n'êtes point un bel-esprit du pays de Liège ou de Luxembourg. Je me réserve là-dessus mes pensées.
Votre lettre m'a été rendue à la Brède , où je suis. Je me promène du matin au soir en véri-
arrête le cours ie cet abus , en fixant d'un côté les degrés de noblesse qu'on doit prouver pour être reçu dans la classe des nobles, et prescrivant, de l'autre, qu'il ne sufiiiroit pas que les licenciés et docteurs eussent une patente de ces giadesi qu'on achetoit souvent; mais qu'ils ne seroient considérés pour tels qu'après avoir fait un cours d'études en règle, pendant cinq ans, à l'université de Louvain; disposition également utile à l'encouragement des études de cette université , et au chapitre , qui en ressent déjà les ejEets salutaires par le nombre des sujets distingués qui s'y accroît tous les jours depuis.
table campagnard, et je fais ici de fort belles
choses en dehors.
. Vous voilà donc parti pour la belle Italie. Je suppose que la galerie de Florence vou^ arrêtera long- temps. Indépendamment de cela, de mon temps cette ville étoit un séjour charmi^t; et ce qui fut pour moi un objet des plus agréables ^ fut de voir le premier ministre du gr0indpduc sur une petite chaise de bois , en casaquin et chapeau de paille devant sa porte. Heureux pays , m'écriai-je , où le premier ministre vit dans une si grande simplicité et un pareil désœuvrement! Vous verrez madame la marquise Ferroni et l'abbé Niccolini : parlez4eur de moL Embrassez bien de ma part monseigneur Cerati à Pise ; et pour Turin , vous connoissez mon cœur , notre grand* prieur, MM. les marquis de Breil et de Saint- Germain. Si Toccasion se présente, vous ferez ma cour à S. A. S. Si vous écrivez à M, le comte de Cobentzel à Bruxelles, je vous prie de le re* mercier pour moi , et marquez-lui cûmbieo je me sens honoré par le jugement qu'il portç sur ce qui me regarde. Quand il y £^ura de» ministres comme lui , on pourra ei^pérer que le goût des lettres se ranimera dans les états autrichiens; et alors vous n'entendrez plus de ces propositions erronées et malspnnantes * qui vou3 ont scandalisé.
' Cet ami lui ayoitmand^ qu'il avoitëtë fort ehoquè âe deux propositions qu'il avoit entendues. La premiëre étoit^
FAMILIERES. Syg
Je crois bien que je serai à Paris dans le temps que vous y viendrez. J'écrirai à madame la duchesse d'Aiguillon combien vous êtes sensible à son oubli : mais , mon cher abbé , les dames ne se souviennent pas de tous les chevaliers ; il faut qu'ils soient paladins. Au reste , je voudrois bien vous tenir huit jours à la Brède , à votre retour de Rome ; nous parlerions de la belle Italie et de la forte Allemagne.
Voilà donc Voltaire qui paroît ne savoir où reposer sa tête ' , Ut eadem tellus , quce modà victori defueraty deesset ad sepulturam. Le bon esprit vaut mieux que le bel esprit
A l'égard de,M. le duc de Nivernois, ayez la bonté de lui faire ma cour quand vous le verrez à Rome, et je ne crois pas que vous ayez besoin d'une lettre particulière pour lui : vous êtes son confrère à l'Académie , et il vous connoît. Cependant , si vous croyez que cela soit nécessaire, mandez-le moi. Adieu.
De la Brède , le 28 septembre 1 753.
qu'à roccasîon d'un ouvrage qu'il avoit fait imprimer, un seigneur lui dît qu'il ne convenoii point à un homme de condition de se donner pour auteur. La seconde ëfoit d'un militaire du preipier rang, dite à son fîrëre, à propos des lectures assidues qu'il faisoit des livres du métier x <i Les M livres, lui fut-il dit, servent peu pour la guerre; je n'en » ai jamais lu>, et je ne suis pas moins parvenu aux premiers >» grades » .
■ Ceci a rapport a son départ de Berlin, et à sa fâcheuse aventure de Francfort.
4oo LETTRES