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DU MARÉCHAL DE BERWICK

Il naquit le 21 d’août 1670 ; il était fils de Jacques, duc d’York, depuis roi d’Angleterre, et de la demoiselle Arabella Churchill; et telle fut l’étoile de cette maison de Churchill, qu’il en sortit deux hommes, dont l’un, dans le même temps, fut destiné à ébranler, et l’autre à soutenir les deux plus grandes monarchies de l’Europe.

Dès l’âge de sept ans , il fut envoyé en France pour y faire ses études etses exercices. Le duc d’York étant parvenu à la couronne le 6 février 1685, il l’envoya l’année suivante en Hongrie; il se trouva au siège de Bude.

Il alla passer l’hiver en Angleterre, et le roi le créa duc de Berwick. Il retourna au printemps en Hongrie, où l’empereur lûi donna une commission de colonel pour commander le régiment de cuirassiers de Taaff. Il fit la campage de 1687 , où le duc de Lorraine remporta la victoire de Mohatz ; et à son retour à Vienne, l’empereur le fit sergent général de bataille.

Ainsi c est sous le grand-duc de Lorraine que le

duc de Berwick commença à se former , et depuis, sa vie fut en quelque façon toute militaire.

Il revint en Angleterre, et le roi lui donna le gouvernement de Portsmouth et de la province de Southampton. 11 avait déjà un régiment d’infanterie : on lui donna encore le régiment des gardes à cheval du comte d’Oxford. Ainsi, à l’âge de dix-sept ans , il se trouva dans cette situation si flatteuse pour un homme qui a l’âme élevée, de voir le chemin de la gloire tout ouvert, et la possibilité de faire de grandes choses.

En 1688, la révolution d’Angleterre arriva : et, dans ce cercle de malheurs qui environnèrent le roi tout à coup , le duc de Berwick fut chargé des affaires qui demandaient la plus grande confiance. Le roi ayant jeté les yeux sur lui pour assembler l’armée, ce fut une des trahisons des ministres de lui en envoyer les ordres trop tard , afin qu’un autre pût emmener l’armée au prince d’Orange. Le hasard lui fit rencontrer quatre régiments qu’on avait voulu mener au prince d’Orange , et qu’il ramena à son poste. Il n’y eut point de mouvements qu’il ne se donnât pour sauver Portsmouth, bloqué par mer et par terre, sans autres provisions que ce que les ennemis lui fournissaient chaque jour, et que le roi lui ordonna de rendre. Le roi ayant pris le parti de se sauver en France , il fut du nombre des cinq personnes à qui il se confia, et qui le suivirent; et dès que le roi fut débarqué , il l’envoya à Versailles pour demander un asile. Il avait à peine dixhuit ans.

Presque toute l’Irlande ayant resté fidèle au roi Jacques, ce prince y passa au mois de mars 1689; et l’on vit une malheureuse guerre où la valeur ne manqua jamais , et la conduite toujours. On peut dire de cette guerre d’Irlande qu’on la regarda à Londres comme l’œuvre du jour, et comme l’affaire capitale de l’Angleterre ; et en France , comme une guerre d’affection particulière et de bienséance. Les Anglais, qui ne voulaient point avoir de guerre civile chez eux, assommèrent l’Irlande. Il paraît même que les officiers français qu’on y envoya pensèrent comme ceux qui les y envoyaient : ils n’eurent que trois choses dans la tête , d’arriver, de se battre, et de s’en retourner. Le temps a fait voir que les Anglais avaient mieux pensé que nous.

Le duc de Berwick se distingua dans quelques occasions particulières , et fut fait lieutenant général.

MylordTyrconel, ayant passé en France en 1690, laissa le commandement général du royaume au duc de Berwick. Il n’avait que vingt ans, et sa conduite fit voir qu’il était l’homme de son siècle à qui le

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Ciel avait accordé de meilleure heure la prudence. La perte de la bataille de la Boyne avait abattu les forces irlandaises; le roi Guillaume avait levé le siège de Limerick, et était retourné en Angleterre : mais on n’en était guère mieux. Mylord Churchill 1 débarqua tout à coup en Irlande avec huit mille hommes. Il fallait en même temps rendre ses progrès moins rapides, rétablir l’armée, dissiper les factions , réunir les esprits des Irlandais : le duc de Berwick fit tout cela.

En 1691, le duc de Tyrconel étant revenu en Irlande , le duc de Berwick repassa en France , et suivit Louis XIV, comme volontaire, au siège de Mons. Il fit dans la même qualité la campagne de 1692, sous le maréchal de Luxembourg, et se trouva à la bataille de Steinkerque. Il fut fait lieutenant général en France l’année suivante, et il acquit beaucoup d’honneur à la bataille de Nerwinde, où il fut pris.

Les choses qui se dirent dans le monde à l’occasion de sa prise n’orit pu avoir été imaginées que par des gens qui avaient la plus haute opinion de sa fermeté et de son courage. Il continua de servir en Flandre sous M. de Luxembourg, et ensuite sous M. le maréchal de Villeroi.

En 1696, il fut envoyé secrètement en Angleterre pour conférer avec des seigneurs anglais qui avaient résolu de rétablir le roi. II avait une assez mauvaise commission , qui était de déterminer ces seigneurs à agir contre le bon sens. Il ne réussit pas. Il hâta son retour, parce qu’il apprit qu’il y avait une conjuration formée contre la personne du roi Guillaume , et il ne voulait point être mêlé dans cette entreprise. Je me souviens de lui avoir ouï dire qu’un homme l’avait reconnu sur un certain air de famille , et surtout par la longueur de ses doigts ; que par bonheur cet homme était jacobite , et lui avait dit : Dieu vous bénisse dans toutes vos entreprises! ce qui l’avait remis de son embarras.

Le duc de Berwick perdit sa première femme au mois de juin 1698. Il l’avait épousée en 1695. Elle était fille du comte de Clanricard. Il en eut un fils, qui naquit le 21 d’octobre 1696.

En 1699, il fit un voyage en Italie, et à son retour il épousa mademoiselle de Bulkeley, fille de madame de Bulkeley , dame d’honneur de la reine d’Angleterre, et de M. de Bulkeley, frère de mylord Bulkeley.

Après la mort de Charles II , roi d’Espagne , le roi Jacques envoya à Rome le duc de Berwick pour

1 Depuis duc de Marlborough.

complimenter le pape sur son élection, et lui offrir sa personne pour commander l’armée que la France le pressait de lever pour maintenir la neutralité en Italie, et la cour de Saint -Germain offrait d’envoyer des troupes irlandaises. Le pape jugea la besogne un peu trop forte pour lui , et le duc de Berwick s’en revint.

En 1701, il perdit le roi son père; et' en 1702, il servit en Flandre sous le duc de Bourgogne et le maréchal de Boufflers. En 1703, au retour de la campagne, il se fit naturaliser Français, du consentement de la cour de Saint-Germain.

En 1704, le roi l’envoya en Espagne avec dixhuit bataillons et dix-neuf escadrons qu’il devait commander; et à son arrivée, le roi d’Espagne le déclara capitaine général de ses armées, et le fit couvrir.

La cour d’Espagne était infestée par l’intrigue. Le gouvernement allait très-mal , parce que tout le monde voulait gouverner. Tout dégénérait en tracasseries, et un des principaux articles de sa mission était de les éclaircir. Tous les partis voulaient le gagner : il n’entra dans aucun, et, s’attachant uniquement au succès des affaires , il ne regarda les intérêts particuliers que comme des intérêts partiticuliers; il ne pensa ni à madame des Ursins , ni à Orry , ni à l’abbé d’Estrées, ni au goût de la reine, ni au penchant du roi ; il ne pensa qu’à la monarchie.

Le duc de Berwick eut ordre de travailler au renvoi de madame des Ursins. Le roi lui écrivit :

« Dites au roi mon petit-fils qu’il me doit cette complaisance. Servez-vous de toutes les raisons que vous pourrez imaginer pour le persuader; mais ne lui dites pas que je l’abandonnerai , car il ne le croirait jamais.» Le roi d’Espagne consentit au renvoi.

Cette année 1704 , le duc de Berwick sauva l’Espagne; il empêcha l’armée portugaise d’aller à Madrid. Son armée était plus faible des deux tiers ; les ordres de la cour venaient coup sur coup de se retirer et de ne rien hasarder. Le duc de Berwick , qui vit l’Espagne perdue s’il obéissait, hasarda sans cesse, et disputa tout. L’armée portugaise se retira ; M. le duc de Berwick en fit de même. A la fin de la campagne , le duc de Berwick reçut ordre de retourner en France. C’était une intrigue de cour ; et il éprouva ce que tant d’autres avaient éprouvé avant lui, que de plaire à la cour est le plus grand service que l’on puisse rendre à la cour, sans quoi toutes les œuvres, pour me servir du langage des théologiens , ne sont que’des œuvres mortes.

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En 1705 , le duc de Berwick fut envoyé commander en Languedoc : cette même année il fit le siège de Nice , et la prit.

En 1706 , il fut fait maréchal de France, et fut envoyé en Espagne pour commander l’armée contre le Portugal. Le roi d’Espagne avait levé les:ége de Barcelone , et avait été obligé de repasser par la France , et de rentrer en Espagne par la Navarre.

J’ai dit qu’avant de quitter l’Espagne, la première fois qu’il y servit, il l’avait sauvée; il la sauva encore cette fois-ci. Je passe rapidement sur les choses que l’histoire est chargée de raconter; je dirai seulement que tout était perdu au commencement de la campagne, et que tout était sauvé à la fin. On peut voir, dans les lettres de madame de Maintenon à la princesse des Ursins, ce que l’on pensait pour lors dans les deux cours. On formait des souhaits , et on n’avait pas même d’espérances. M. le maréchal de Berwick voulait que la reine se retirât à son armée : des conseils timides l’en avaient empêchée. On voulait qu’elle se retirât à Pampelune. M. le maréchal de Berwick fit voir que , si l’on prenait ce parti , tout était perdu , parce que les Castillans se croiraient abandonnés. La reine se retira donc à Burgos avec les conseils , et le roi arriva à la petite armée. Les Portugais vont à Madrid ; et le maréchal par sa sagesse , sans livrer une seule bataille , fit vider la Castille aux ennemis, et rencogna leur armée dans le royaume de Valence et d’Aragon. Il les y conduisit marche par marche, comme un pasteur conduit des troupeaux. On peut dire que cette campagne fut plus glorieuse pour lui qu’aucune de celles qu’il a faites, parce que les avantages n’ayant point dépendu d’une bataille , sa capacité y parut tous les jours. Il fit plus de dix mille prisonniers ; et par cette campagne il prépara la seconde , plus célèbre encore par la bataille d’Almanza, la conquête du royaume de Valence, de FAragon, et la prise de Lérida.

Ce fut en cette année 1707 que le roi d’Espagne donna au maréchal de Berwick les villes de Liria et de Xerica, avec la grandesse de la première classe; ce qui lui procura un établissement plus grand encore pour son fils du premier lit, par le mariage avec dona Catharina de Portugal, héritière de la maison de Veraguas. M. le maréchal lui céda tout ce qu’il avait en Espagne

Dans le même temps , Louis XTV lui donna le gouvernement du Limousin , de son propre et pur mouvement, sans qu’il le lui eût demandé.

Il faut que je parle de M. le duc d’Orléans ; et je le ferai avec d’autant, plus de plaisir, que ce que

je dirai ne peut servir qu’à combler de gloire l’un et l’autre.

M. le duc d’Orléans vint pour commander l’armée. Sa mauvaise destinée lui fit croire qu’il aurait le temps de passer par Madrid. M. le maréchal de Berwick lui envoya courrier sur courrier pour lui dire qu’il serait bientôt forcé à livrer la bataille ; M. le duc d’Orléans se mit en chemin, vola, et n’arriva pas. Il y eut assez de courtisans qui voulurent persuader à ce prince que le maréchal de Berwick avait été ravi de donner la bataille sans lui, et de lui en ravir la gloire; mais M. le duc d’Orléans connaissait qu’il avait une justice à rendre, et c’est une chose qu’il savait très-bien faire : il ne se plaignit que de son malheur.

M. le duc d’Orléans , désespéré , désolé de retourner sans avoir rien fait , propose le siège de Lérida. M .le maréchal de Berwick, qui n’en était point du tout d’avis , exposa à M. le duc d’Orléans ses raisons avec force ; il proposa même de consulter la cour. Le siège de Lérida fut résolu. Dès ce moment M. le duc de Berwick ne vit plus d’obstacle : il savait que , si la prudence est la première de toutes les vertus avant que d’entreprendre , elle n’est que la seconde après que l’on a entrepris. Peut-être que s’il eût lui-même résolu ce siège , il aurait moins craint de le lever, M. le duc d’Orléans finit la campagne avec gloire Et ce qui aurait infailliblement brouillé deux hom mes communs ne fit qu’unir ces deux-ci ; et je me souviens d’avoir entendu dire au maréchal que l’origine de la faveur qu’il avait eue auprès de M. le duc d’Orléans était la campagne de 1707.

En 1708, M. le maréchal de Berwick, d’abord destiné à commander l’armée du Dauphiné , fut envoyé sur le Rhin pour commander sous l’électeur de Bavière. Il avait fait tomber un projet de M. de Chamillard, dont l’incapacité consistait surtout à ne point connaître son incapacité. Le prince Eugène ayant quitté l’Allemagne pour aller en Flandre, M. le maréchal de Berwick l’y suivit. Après la perte de la bataille d’Oudenarde , les ennemis firent le siège de Lille ; et pour lors M. le maréchal de Berwick joignit son armée à celle de M. de Vendôme. Il fallut des miracles sans nombre pour nous faire perdre Lille. M. le duc de Vendôme était irrité contre M. le maréchal de Berwick , qui avait fait difficulté de servir sous lui. Depuis ce temps aucun avis de M. le maréchal de Berwick ne fut accepté par M. le duc de Vendôme; et son âme, si grande d’ailleurs , ne conserva plus qu’un ressentiment vif de l’espèce d’affront qu’il croyait avoir reçu. M. le duc de Bourgogne et le roi , toujours partagés entre des propositions contradictoires , ne savaient pren-

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