ÉLOGE DE
dre d’autre parti que de déférer au sentiment de M. de Vendôme. Il fallut que le roi envoyât à l’armée , pour concilier les généraux , un ministre qui n’avait point d’yeux : il fallut que cette maladie de la nature humaine , de ne pouvoir souffrir le bien ‘ lorsqu’il est fait par des gens que l’on n’aime pas , infestât pendant toute cette campagne le cœur et l’esprit de M, le duc de Vendôme : il fallut qu’un lieutenant général eût assez de faveur à la cour pour pouvoir faire à l’armée deux sottises l’une après * l’autre , qui seront mémorables dans tous les temps , sa défaite et sa capitulation : il fallut que le siège de Bruxelles eût été rejeté d’abord , et qu’il eût été entrepris depuis; que l’on résolût de garder en même temps l’Escaut et le canal , c’est-à-dire de ne garder rien. Enfin le procès entre ces deux grands hommes existe; îes lettres écrites par le roi , par M. le duc de Bourgogne, par M. le duc de Vendôme , par M. le duc de Berwick , par M. de Chamillard, existent aussi : on verra qui des deux manqua de sang-froid , et j’oserai peut-être même dire de raison. A Dieu ne plaise que je veuille mettre en question les qualités éminentes de M. le duc de Vendôme! si M. le maréchal de Berwick revenait au monde , il en serait fâché. Mais je dirai dans cette occasion ce qu’Homère dit de Glaucus : « Jupiter ôta la prudence à Glaucus , et il changea un bouclier d’or contre un bouclier d’airain. » Ce bouclier d’or , M. de Vendôme avant cette campagne l’avait toujours conservé, et il le retrouva depuis.
En 1709, M. le maréchal de Berwick fut envoyé pour couvrir les frontières de la Provence et du Dauphiné : et quoique M. de Chamillard, qui affamait tout , eût été déplacé, il n’y avait ni argent , ni provisions de guerre et de bouche ; il fit si bien , qu’il en trouva. Je me souviens de lui avoir ouï dire que, dans sa détresse, il enleva une voiture d’argent qui allait de Lyon au trésor royal ; et il disait à M. d’Angervilliers, qui était son intendant dans ce temps , que dans la règle ils auraient mérité tous deux qu’on leur fît leur procès. M. Desmaretz cria : il répondit qu’il fallait faire subsister une armée qui avait le royaume à sauver.
M. le maréchal de Berwick imagina un plan de défense tel , qu’il était impossible de pénétrer en France de quelque côté que ce futr,- parce qu’il faisait la corde , et que le duc de Savoie était obligé de faire l’arc. Je me souviens qu’étant en Piémont , les officiers qui avaient servi dans ce temps-là donnaient cette raison comme les ayant toujours empêchés de pénétrer en France ; ils faisaient l’éloge du maréchal de Berwick , et je ne le savais pas.