‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 1074 sur 1159 · A Ms*- CERATI · texte numérisé non relu

A Ms*- CERATI

J’ai trouvé, en passant à la campagne, MM. de Sainte-Palaye, qui m’ont parlé de monseigneur Cerati : je les ai perpétuellement interrogés sur monseigneur Cerati. Quelque chose me déplaisait , c’était de n’être point à Rome avec le grand homme dont ils me parlaient. Ils m’ont dit que vous vous portiez bien : j’en rends grâces à l’air de Rome, et je m’en félicite avec tous vos amis.

M. de Buffon vient de publier trois volumes quiseront suivis de douze autres ; les trois premiers contiennent des idées générales : les douze autres contiendront une description des curiosités du Jardin du Roi. M. de Buffon a parmi les savants de ce pays-ci un très-grand nombre d’ennemis; et la voix prépondérante des savants emportera, à ce que je crois, la balance pour bien du temps : pour moi, j qui y trouve de belles choses , j’attendrai avec tranquillité et modestie la décision des savants étrangers ; je n’ai pourtant vu personne à qui je n’aie entendu dire qu’il y avait beaucoup d’utilité à le lire.

M. de Maupertuis , qui a cru toute sa vie , et qui peut-être a prouvé qu’il n’était point heureux , vient de publier un écrit sur le bonheur. C’est l’ouvrage d’un homme d’esprit ; et on y trouve du raisonnement et des grâces. Quant à mon livre de Y Esprit des Lois , j’entends quelques frelons qui bourdonnent autour de moi ; mais si les abeilles y cueillent un peu de miel , cela me suffit ; ce que vous m’en dites me fait un plaisir infini : il est bien agréable d’être approuvé des personnes que l’on aime. Agréez, je vous prie, monseigneur, mes sentiments les plus respectueux.

De Paris , le 24 novembre 1749.

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