AU CHEVALIER D’AYDIES
Mon cher chevalier, si vous venez cet été à la Brède , vous prendrez le seul moyen que vous avez d’augmenter la passion que j’ai pour vous ; et quant à ce que vous me dites, de passer par Mayac lors- i que j’irai à Paris , je le ferai , et je garde votre lettre pour savoir le chemin ; mais vous n’avez pas dit aux dames vos nièces à quel* point celui que vous leur proposez est délabré, et peu propre à remplir les grandes vues que vous avez. Je me souviens d’une pièce de vers où il y avait :
J’ai soixante ans, c’est trop peu pour vos charmes.
Sylva disait fort bien : Il n’y a rien de si difficile que de faire l’amour avec de l’esprit ; moi je dis qu’il est encore plus difficile de faire l’amour avec le cœur et avec l’esprit : mais ceci est trop relevé pour un pauvre chasseur devant Dieu; ainsi je ne vous parlerai que de notre misère , qui est extrême , et telle qu’il me semble qu’il vaut mieux s’ennuyer que de se divertir devant des misérables. Je ne sais, ma foi, à quoi tout cela aboutira; mais je sais que tous les lendemains sont pires , et que cela vise à la dépopulation. Nous serons dépopulés , mon cher chevalier, et peut-être passerons-nous devant les autres.
Vous chassez , et je plante des arbres , et je défriche des landes; il faut s’amuser comme on peut. La ville de Bordeaux est fort triste, et je ne tâte guère de ce séjour.
On dit que le charmant mylord est malade à Toulouse. Agréez, je vous prie, mes sentiments les plus tendres.