‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 1109 sur 1159 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Je trouve, mon cher comte, vos raisons assez bonnes pour ne point vous engager légèrement ; mais je crois que celles qu’on a pour vous retenir sont encore meilleures, et j’espère que votre esprit patriotique s’y rendra. Je vois par là avec bien de la joie que ce que l’on m’a dit des soins qu’on prend de l’éducation des archiducs est trèsréel. Il ne suffit pas de mettre auprès d’eux des gens savants , il leur faut des gens qui aient des vues élevées et qui connaissent le monde; et je

1 II \ enait de paraître un ouvrage intitulé le Tombeau de la Sorbonne, fait sous le nom de l’abbé de Prades.

2 Le roi Stanislas les avait agrégés à son académie de Nancy.

crois , sans blesser votre modestie , qu’à ces titres vous devriez avoir des préférences. Le département de l’étude de l’histoire est un de ceux qui importent le plus à un prince , mais il faut lui faire considérer l’histoire en philosophe; et il est bien difficile qu’un régulier, ordinairement pédant , et livré par état à des préjugés, la lui développe dans ce point de vue, lors surtout qu’il s’agira de temps critiques et intéressants pour l’empire. Si l’on délivre de cette épine le département que l’on vous propose, j’aime trop le bien des hommes pour rie pas vous conseiller de passer par-dessus les autres difficultés qui s’opposent à la réussite de cette affaire. Avec quelques précautions, le climat de Vienne ne nuira pas plus à vos yeux que celui de Flandre , à moins que vous ne préfériez la bière au vin de Tokay. Quant aux convenances d’étiquette de cour, je suis persuadé qu’on pense assez juste pour ne pas perdre un homme utile pour de si petites choses Je me repose là-dessus sur les vues supérieures de Marie-Thérèse. Vous voyez que je ne vous dis pas un mot des vues de fortune , parce que je sais que ce n’est pas ce qui vous touche le plus. Je vous prie de ne me pas laisser ignorer votre résolution, ou la décision de la cour : elle m’intéresse autant pour elle que pour vous.

Si vous continuez d’être libre, je vous conseille l’entreprise dont vous me parlez. Un chanoine doit être bien plus en état qu’un profane de traiter de l’esprit des lois ecclésiastiques. Votre plan serait fort bon ; mais je trouve le repos encore meilleur, et j’abandonne ce champ de gloire à votre zèle infatigable. Adieu.

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