‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 247 sur 1159 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

De l’éducation dans le gouvernement républicain.

C’est dans le gouvernement républicain que l’on a besoin de toute la puissance de l’éducation. La crainte des gouvernements despotiques naît d’ellemême parmi les menaces et les châtiments ; l’honneur des monarchies est favorisé par les passions , et les favorise à son tour; mais la vertu politique est un renoncement à soi-même3, qui est toujours une chose très-pénible.

On peut définir cette vertu , l’amour des lois et de la patrie. Cet amour, demandant une préférence continuelle de l’intérêt public au sien pro pre , donne toutes les vertus particulières : elles ne sont que cette préférence.

Cet amour est singulièrement affecté aux démocraties. Dans elles seules, le gouvernement est

1 La religion chrétienne défend la vengeance, et prescrit l’hu milité ; et c’est là peut-être le contraste dont l’auteur veut parler ; mais ces préceptes n’ont pas fait de l’Europe un monde de poltrons : et l’on remarque que les officiers les plus attachés aux devoirs de cette religion sont communément les plus exacts à remplir les devoirs de leur état, et les plus intrépides dans le danger. (D.)

2 On ne leur enseignait , dès le berceau , que des fables , des allégories , des emblèmes , qui devenaient bientôt la règle et la passion de toute leur vie. Leur valeur ne pouvait mépriser le dieu Mars. L’emblème de Vénus , des Grâces et des Amours ne pouvait choquer un jeune homme amoureux. S’il brillait au sénat , il ne pouvait mépriser Mercure , le dieu de l’éloquence. Il se voyait entouré de dieux qui protégeaient ses talents et ses désirs. (Volt.)

3 Cette vertu, que Montesquieu va détinir , « l’amour de la patrie , » n’est point un renoncement à soi même. Loin de porter l’homme à l’abnégation de ses intérêts , elle lui donne un désir extrême de voir l’État florissant et tranquille. Dans cette prospérité et cette tranquillité publique , le citoyen trouve à lafois sa tranquillité particulière, son indépendance, la possession et la jouissance paisible de ses biens , l’espérance de les augmenter par la liberté du commerce , et celle d’être élevé à de plus grandes dignités. (D.)

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