‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 277 sur 1159 · LIVRE VI, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE IL

et surtout à celui qui le donne , c’est de plaider de- j vant un tribunal plutôt que devant un autre. Voilà ' de nouvelles affaires ; c’est-à-dire celles où il s’agit de savoir devant quel tribunal il faut plaider.

Les peuples des États despotiques sont dans un cas bien différent. Je ne sais sur quoi, dans ces pays, le législateur pourrait statuer, ou le magistrat juger. Il suit de ce que les terres appartiennent au prince, qu’il n’y a presque point de lois civiles sur la propriété des terres. Il suit du droit que le souverain a de succéder, qu’il n’y en a pas non plus sur les successions. Le négoce exclusif qu’il fait dans quelques pays rend inutiles toutes sortes de lois sur le commerce. Les mariages que l’on y contracte avec des filles esclaves font qu’il n’y a guère de lois civiles sur les dots et sur les avantages des femmes. Il résulte encore de cette prodigieuse multitude d’esclaves qu’il n’y a presque point de gens qui aient une volonté propre, et qui par conséquent doivent répondre de leur conduite devant un juge. La plupart des actions morales, qui ne sont que les volontés du père, du mari, du maître, se règlent par eux, et non par les magistrats.

J’oubliais de dire que ce que nous appelons l’honneur étant à peine connu dans ces États , toutes les affaires qui regardent cet honneur, qui est un si grand chapitre parmi nous, n’y ont point de lieu. Le despotisme sesuflit à lui-même : tout est vide autour de lui. Aussi lorsque les voyageurs nous décrivent les pays où il règne , rarement nous parlent-ils des lois civiles *.

Toutes les occasions de dispute et de procès y sont donc ôtées. C’est ce qui fait en partie qu’on y maltraite si fort les plaideurs : l’injustice de leur demande paraît à découvert , n’étant pas cachée , palliée ou protégée par une infinité de lois 2.

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