‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 784 sur 1159 · LIVRE XXVJII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVJII

on y trouve une rudesse originale, et un esprit qui n’avait point été affaibli par un autre esprit. Elles changèrent peu , parce que ces peuples , si l’on en excepte les Francs , restèrent dans la Germanie. Les Francs mêmes y fondèrent une grande partie de leur empire : ainsi leurs lois furent toutes germaines. Il n’en fut pas de même des lois des Wisigoths, des Lombards et des Bourguignons ; elles perdirent beaucoup de leur caractère , parce que ces peuples , qui se fixèrent dans leurs nouvelles demeures , perdirent beaucoup du leur.

Le royaume des Bourguignons ne subsista pas assez longtemps pour que les lois du peuple vainqueur pussent recevoir de grands changements. Gondebaudet Sigismond, qui recueillirent leurs usages , furent presque les derniers de leurs rois. Les lois des Lombards reçurent plutôt des additions que des changements. Celles des Rotharis furent suivies de celles de Grimoald , de Luiprand ; de Rachis, d’Aistulphe; mais elles ne prirent point de nouvelle forme. Il n’en fut pas de même des lois des Wisigoths 1 ; leurs rois les refondirent, et les firent refondre par le clergé.

Les rois de la première race ôtèrent bien aux lois saliques et ripuaires ce qui ne pouvait absolument s’accorder avec le christianisme; mais ils en laissèrent tout le fond 2. C’est ce qu’on ne peut pas dire des lois des Wisigoths.

Les lois des Bourguignons , et surtout celles des Wisigoths , admirent les peines corporelles. Les lois saliques et ripuaires ne les reçurent pas 3 * ; elles conservèrent mieux leur caractère.

Les Bourguignons et les Wisigoths, dont les provinces étaient très-exposées, cherchèrent à se concilier les anciens habitants, et à leur donner des lois civiles les plus impartiales 4; mais les rois francs, sûrs de leur puissance, n’eurent pas ces égards 5.

Les Saxons , qui vivaient sous l’empire des Francs,

1 Euric les donna , Leuvigilde les corrigea. Voyez la Chronique d’Isidore. Chandasuinde et Recessuinde les réformèrent. Égiga fit faire le Code que nous avons * , et en donna la commission aux évêques : on conserva pourtant les lois de Chaindasuinde et de Recessuinde, comme il parait par le seizième concile de Tolède.

2 Voyez le Prologue de la loi des Bavarois.

3 On en trouve seulement quelques-unes dans le décret de Childebert.

4 Voyez le Prologue du Code des Bourguignons , et le Code même, surtout le tit. xii, § 5, et le tit. xxxvm. Voyez aussi Grégoire de Tours , liv. II , chap. xxxvm ; et le Code des Wisigoths.

5 Voyez ci-dessous le chap. ni.

* Le Fuero Juzgo , ou Livre des Juges, qn’Alphonse, roi d’Espagne, fit imprimer en 1600, est le corps le plus complet des lois .gothiques.

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