‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 905 sur 1159 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

sés à Louis le Débonnaire, dont les uns avaient été serfs , et les autres étaient d’une nation barbare. Hébon était des premiers, et non pas des seconds. D’ailleurs je ne sais comment on peut dire qu’un serf tel qu’Hébon aurait été Saxon ou Germain : un serf n’a point de famille , ni par conséquent de nation. Louis le Débonnaire affranchit Hébon; et, comme les serfs affranchis prenaient la loi de leur maître, Hébon devint Franc, et non pas Saxon ou ‘Germain.

Je viens d’attaquer ; il faut que je me défende. On me dira que le corps des antrustions formait bien dans l’État un ordre distingué de celui des hommes libres; mais que, comme les fiefs furent d’abord amovibles, et ensuite à vie, cela ne pouvait pas former une noblesse d’origine, puisque les prérogatives n’étaient point attachées à un fief héréditaire. C’est cette objection qui a sans doute fait penser à M. de Valois qu’il n’y avait qu’un seul ordre de citoyens chez les Francs : sentiment que M. l’abbé Dubos a pris de lui , et qu’il a absolument gâté à force de mauvaises preuves. Quoi qu’il en soit , ce n’est point M. l’abbé Dubos qui aurait pu faire cette objection : car, avant donné trois ordres de noblesse romaine, et la qualité de convive du roi pour le premier, il n’aurait pas pu dire que ce titre marquât plus une noblesse d’origine que celui d’antrustion. Mais il faut une réponse directe. Les antrustions ou fidèles n’étaient pas tels , parce qu’ils avaient un fief ; mais on leur donnais un fief, parce qu’ils étaient antrustions ou fidèles. On se ressouvient de ce que j’ai dit dans les premiers chapitres de ce livre : ils n’avaient pas pour lors , comme ils eurent dans la suite, le même fief; mais s’ils n’avaient pas celui-là , ils en avaient un autre , et parce que les fiefs se donnaient à la naissance, et parce qu’ils se donnaient souvent dans les assemblées de la nation , et enfin parce que , comme il était de l’intérêt des nobles d’en avoir, il était aussi de l’intérêt du roi de leur en donner. Ces familles étaient distinguées par leur dignité de fidèles , et par la prérogative de pouvoir se recommander pour un fief. Je ferai voir dans le livre suivant1 comment, par les circonstances des temps , il y eut des hommes libres qui furent admis à jouir de cette grande prérogative , et par conséquent à entrer dans l’ordre de la noblesse. Cela n’était point ainsi du temps de Gontran et de Childebert , son neveu ; et cela était ainsi du temps de Charlemagne. Mais quoique, dès le temps de ce prince, les hommes libres ne fussent.

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