‹ Œuvres complètes de Octave CrémazieChapitre 12 sur 33 · LE RETOUR DE * L'ABEILLE · texte numérisé non relu

LE RETOUR DE * L'ABEILLE

Me reconnaissez-vous ? Aux rivages lointaii^s, Pauvre abeille, j'osai chercher d'autres destins, Et je voulus aussi connaître et voir le monde. Inconstante, trouvant, en touchant chaque fleur, Ilarement le plaisir, bien souvent la douleur. J'ai promené longtemps ma course vagabonde.

Sous les cieux étrangers mon bonheur s'envola. Car, malgré leurs beautés, mon cœur n'était pas là. Voyez, d'un blanc manteau mes ailes sont couvertes. Ah I pour vous voir encor j'ai bravé les frimats, Heureuse de quitter ces radieux climats Au ciel toujours serein, aux feuilles toujours vertes.

Comme l'enfant prodigue implorant mon pardon, Honteuse, je reviens. Ah ! votre cœur est bon Kt vos bras recevront la pauvre fugitive. 8ous ce toit vous avez guidé mes premiers pas ; Oui, je suis votre enfant, et vous ne pouvez pas Plus longtemps repousser ma voix faible et plaintive.

* Cette pièce de vers a été composée lors de la réapparition de r Abeille, charmante petite feuille rédigée par les élèves du séminaire de Québec.

Doue j'ai votre pardon. Oh I j'ai bien voyagé ! Voyez, de sucs nouveaux mon bagage est chargt>. l^iis, le soir, réunis dans notre vieille salle, Je vous dirai comment, pour composer mon miel, A Ceylan j'ai cueilli la feuille du bétel, IjtL violette en Chine et la rose au Bengale,

Sur les bords italiens la fleur de Tamandier, Sous le ciel espagnol celle du grenadier. Précipitant plus loin ma course aventureuse Et ramenant mon vol sur les bords de Tlndus, J'ai surpris ton secret, mystérieux lotus, Entr'ouvrant au soleil ta corolle frileuse !

Et, de tous ces parfums, faisant un nouveau miel, Quand viendra du Jeudi le retour solennel. Peut-être mes récits charmeront votre oreille. Je travaillerai tant pour remphr vos loisirs. Que, retrouvant bientôt tous vos vieux souvenirs, Comme aux jours d'autrefois vous aimerez VAhexUe.

Et maintenant, amis, que notre accord est fait, llecevez un conseil sous forme de souhait. ^ vivre et de mourir où vécurent vos pères Tous faisant pour toujours un sublime devoir, -^''allez pas comme moi, remplis d'un fol espoir, Perdre vos plus beaux jouis aux rives étrangères.

Janvier 1859.

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