P0É8IES
SouB ce ciel toujours pur où fleurit le lotus, CKi H*élèvent les murs de la riche Goleonde, Lhipleix, portant son nom jusqu'aux bords de Plndus, A r^tendard français avait conquis un monde. \j^ roi n'avait pas d'or ix)ur aider ce héros, (2uand il en trouvait tant ]X)ur ses honteuses fêtes. Abandonné, Dupleix aux mains de ses rivaux Vit tomber en un jour le fruit de ses conquêtes.
De tout ce que le cœur regarde comme cher.
Des vertus dont le ciel fit le parfum de l'Ame,
Voltaire alors riait de son rire d'enfer ;
Et, d'un feu destructeur semant partout la flamme,
Menaçant à la fois et le trône et l'autel,
Il «'branlait le monde on son délire impie;
Et la cour avec lui, riant de l'Eternel,
N'avait plus d'autre Dieu que le dieu de l'orgie.
Quand le pauvre soldat avec son vieux drapeau Essaya de franchir les portes de Versailles, Le» lâches courtisans à cet hôte nouveau, C^ui parlait de nos gens, do gloire, de batailles, D'onfants abandonnés, des nobles sentiments (2ue notre cœur bénit et que le ciel protège,^ Demandaient, en riant de ses tristes accents. Ce (ju'imiwrtaient au roi (jiielques arpmtn dt )ieige /
(2u'iini)ortaiont, en eflet, à ce prince avili
CiH ut'ùjt's^ où pleuraient, sur les plages lointaines,
C^ fidèles enfants qu'il vouait à l'oubli !
La Dubarry r('*gnait. De ses honteuses chaînes
Le vieux roi subissait Tineffaçable affront; Lui livrant les secrets de son âme indécise, Il voyait, sans rougir, rejaillir sur son front Les éclats de la boue où sa main l'avait prise.
Après de vains efforts, ne pouvant voir son roi. Le pauvre Canadien perdit toute espérance. Seuls, quelques vieux soldats des jours de Fontenoi En pleurant avec lui consolaient sa souffrance. Ayant bu jusqu'au fond la coupe de douleur, Enfin il s'éloigna de la France adorée. Trompé dans son espoir, brisé par le malheur. Qui dira les tourments de son âme navrée !
Du soldat, poursuivi par un destin fatal. Le navire sombrait dans la mer en furie, Au moment où ses yeux voyaient le ciel natal. Mais, comme à Carillon, risquant encor sa vie, n arrachait aux flots son drapeau vénéré. Et bientôt, retournant à sa demeure agreste, Pleurant, il déposait cet étendard sacré. De son espoir déçu touchant et dernier reste.
A ses vieux compagnons cachant son désespoir,
Refoulant les sanglots dont son âme était pleine.
Il disait que bientôt leurs yeux allaient revoir
Les soldats des Bourbons mettre un terme à leur peine.
De sa propre douleur il vouluj souffrir seul ;
Pour conserver intact le culte de la France,
Jamais sa main n'osa soulever le linceul
Où dormait pour toujours sa dernière espérance.
P*-iiiant qîie •<e^ aiiii>, nmiinér^ \at ha voix,
}'«.iir «-e j'»iir pr»'{«raient leui> arme.** en ^lenc©
Kt retrouvaient enr-^»r la valeur «l'auirefoi.-
I»arj-» leur- «-.inr- alt/-r»^ «le trUiire et «!♦' venvreanoe,
histut à ^tu fover nn «'tem**! a«li«'U,
\à9 ^f\*\al <li>jiarut euijirirtant sa bannière;
Kt \t*i> lui, revt'uant au s^irtirdn saint lieu,
IL*t frapiM/rent en vain au rienil de sa rhaaniière.
Sur le> «liaiiii»- n-froi«lis jt-tant sr>n manteau blanc, l)»'-<<'iiil»re »'tait venu. V«»vai:eur solitaire, l'u lioiiiiiie s'avan<;ait d'un pas faible et tremblant Aux bords du la«; Cliamplain. Sur sa lijjrure austère l'no immense douleur avait pcjs»' sa main, (iravissant lentement la route qui s'incline, De Carillon bientôt il prenait le chemin, l'uis enfin s'arrêtait sur la haute colline.
LA, dans le. sol jflacê fixant un ct(»ndard, II d«'n>ulait au v<'nt les cmilcurs de la Franco; l'hiiiant sur riiorizon, son triste et lon^ rejrard S<<iMblail trouver des lieux clu'ris de son enfance. Sombre <d silcnci<;ux il pleura bien lonirtemps, ComiiK^ on pleure au toiif!)eau d'une mère adorée. Puis, à IVrho sonore envoyant ses accents, Sa voix jeta le cri de son ûmo éploréo:
" O Carillon, je te revois encore,
Non plus, hélas ! comme en ces jours bénis
Où dans tes murs la trompette sonore
Pour te sauver nous avait réunis.
Je viens à toi, quand mon âme succomlx^
£t sent déjà son courage faiblir.
Oui, près de toi, venant chercher ma tombe.
Pour mon drapeau je viens ici mourir.
" Mes compagnons, d'une vaine espérance Berçant encor leurs cœurs toujours français, Les yeux tournés du cùté de la France, Diront souvent : reviendront-ils jamais ? L'illusion consolera leur vie; Moi, sans espoir, quand mes jours vont finir, Et sans entendre une parole amie, Pour mon drapeau je viens ici mourir.
" Cet étendard qu'au grand jour des batailles. Noble Montcalm, tu plaças dans ma main, Cet étendard qu'aux portes do Versailles, Naguère, hélas ! je déployais en vain, Je le remets aux champs où de ta gloire Vivra toujours l'immortel souvenir.
Et, dans ma tombe emportant ta mémoire, Pour mon drapeau je viens ici mourir.
" Qu'ils sont heureux ceux qui dans la mêlée Près de Lévis moururent en soldats !
En expirant, leur âme consolée Voyait la gloire adoucir leur trépas.
IHf'f POÉ.SJE>.
VoïL- Mii *!onijez 'îan* votrp frâde bière; Voij* 'IV' -'implora à irion <i**mier H"»ni>ir. V*'\*''i]h-7.-\^'Uy'. ApifTirtant rua bannière, Sm V'^r t'.iiiU-îiiix. j»» vifii* ii-i m«»nrir."
A qn''l<|n*'.s jours «le là, passant sur la ct>lliDe
A VÏK'UTo. où le sTileil à rhorizrm s'incline,
I)<*s i/ay*»aris tronvaient un cadavre glacé,
('ouM'.rX fl'un drai^'au V>lanc. Dans ba demitre t'treinte
Il pressait sur sr»n cœur cette relique sainte.
Qui nous redit encor la gloire du {«{ifié.
( ) noMi- ^'X vieux drapeau, dans ce grand jour do fête. On, marchant avw- toi, tout un peuple s'apprête A ri'li'bre.r la France, à nos cœurs attendris (2uund tu viens raconter la valeur de no« pères, Nos rc-rards savent lire en brillants caractères ]/liéroï(|ue {K^'Uie enfermé dans tes plis.
(2nan<l tu passes ainsi comme un rayon de flamme,
Ton as|irTt vénéré fait briller dans notre âme
Tout ri', mondes de gloire où vivaient nos aïeux.
I/Mirs jirands jours decombats, leurs immortels faits d'armes,
luîurs ofTortM surhumains, leurs malheurs et leurs larmes,
Dans un rêve entrevus, ])assent devant nos yeux.
O radieux <lébris d'imo grande éix)pé*e ! Iléroïcjue bannière au naufrage échapjx'e ! Tu restes sur nos ])ords comme un témoin vivant Des glorieux oxj»lrMts d'une race guerrière; Et, sur les jours passés répandant ta lumière, Tu viens rendre à son nom un hommage éclatant
Ah ! bientôt puissions-nous, ô drapeau de nos pères ! Voir tous les Canadiens, unis comme des frères, » Comme au jour du combat se serrer près de toi ! Puisse des souvenirs la tradition sainte. En régnant dans leur cœur, garder de toute atteinte Et leur langue et leur foi !
1er janvier 1858.
138 POÉ8IE9.