‹ OEuvres complètes de Octave Crémazie, publiées sous le patronage de l'Institut canadien de QuébecChapitre 9 sur 42 · LE DRAPEAU DE CARILLON · texte numérisé non relu

LE DRAPEAU DE CARILLON

PenseZi-vous quelquefois à cas temps glorieux

(Kl seuls, abantlonnés i»ar la France leur mère,

Nos aïeux drft^ndaiont son nom Victorieux

Va vovaiï.^nt «lovant eux fuir Fanuce ctranirCre?

Kegn^ttcz-vons enc<>r ces jours de Carillon,

f hfi, sous le dra|)C'^u Manc enchaînant la vicloin*,

Nos pCres se couvraient d*un immortel renom.

Et travaient de leur glaive une héroïque hisloin^?

RegretteZi-vouH ces jours où, lâchement vendus Par le faible lk)urbon ([ui régnait sur la France, Les héros canadiens, trahis, mais non vaincus, Contre un joug ennemi se trouvaient sans défense? D^une grande éjwfK'-e ô triste et dernier chant On la voix de l^évis retentissait sonore, Plein de hautes levons ton souvenir touchant Dans nos cœurs oublieux sait-il régner encore?

Montcalm était toml)é comme tombe un héros, ^enveloppant sa mort dans un rayon de gloire. Au lieu même où le chef des conquérants nouveaux, Wolfe, avait rencontré la mort et la victoire.

Dans un effort suprême en vain nos vieux soldats Cueillaient sous nos remparts des lauriers iuutile^s ; Car un roi sans honneur avait livré leurs bras, Sans donner un regret à leurs plaintes stériles.

De nos bords s'élevaient de longs gémissements, Comme ceux d'un enfant qu'on arrache à sa mère; Et le i)euple attendait plein de frémissemcntt^, En implorant le ciel dans sa douleur amèro, Le jour où pour la France et son nom triomphant Il donnerait encore et son sang et sa vie; Car, privé des rayons de ce soleil ardent, Il était exilé dans sa propre patrie.

Comme au doux souvenir do la sainte Sion

Israël en exil avait brisé sa lyro,

Et, du maître étranger souffrant rop])rcssion.

Jetait au ciel le cri d'un impuissant délire,

Tous nos fiers paysans de leurs joyeuses voix

^'éveillaient plus l'écho qui dormait sur nos rives;

Regrettant et i^leurant les Ix^ux jours d'autrefois,

Leurs chants ne trouvaient plus (jue dos notes plaintives.

1^'intrépide guerrier que l'on vit de^s lis d'or Porter à Carillon l'éclatante bannière.

Vivait au milieu d'eux. Il conservait encor Ce fier drapeau qu'aux jours de la lutte dernière, On voyait dans sa main briller au premier rang. Ce glorieux témoin de ses nombreux faits d'armes, Qu'il avait tant de fois arrosé de son sang, Il venait chaque soir l'arroser de ses larmes.

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Ojj \^,*i\'4%.'.\ uix ;a'rtant feVrntreteiiir aaiiâ crainte.

J^: J/vi*, <1<; Mont/alm '»n (Ji.<!iait les exploits. Oïl p'r/tiiit 'Tj'or k-ur 'lemière parole; Kt 'juari'l IV-riioiioii, faisant taire le« voix, l'</fajt fijr ' ha^jui; front un*^ douce auréole, I>î v/I'lat ']*rployait à UîUt> yeux attendri» L'/rlatant/; blancheur du drajjeau de la France; J'iiih <'}jai:iiii r'-tonrnait à H>n humble ^Jgi^^, KfiiiM/rtant dan^ ^>\\ «v» ur ia joie et Teïjpi'rance^

• n roir <|iH-, r< iinih autour de '*o ff»yer, < 'K hôt^'K Hhhidun Aijutaient en bilenco l>H lon^fb nriib (ïiiipreintH de cet esprit jçuerrier <^ui NMii a<loucihHait leur amère Houifrance; Cl-.'. n'ritH (|ui Hîmblaient à leurs cœur« désolés IMiiK jMirh f^ue l'aloès, plus doux que le cinname, \a'. soldat, ra])iK.'.laiit les beaux jours envolés, Di'convrit li*. proj(;t que nourrissait son âme.

** ( ) iiH'M vi<îux conipnj^nons de gloire et de malheur,

" Vous qu'un iiiéiiie désir autour de moi rassemble,

" Ma boudjc, réiiondant au vau do votre ca/ur,

" \'(>us dit, (uannie autrefois nous saurons vaincre ensemble.

" A ce grand roi iK)ur qui nous avons combattu,

" Racontant le« douleurs do notre sacrilico,

** J'oserai demander le socoïirs att(^ndu

" Qu'à ses fils malheureux doit sa main i)rotectrice.

" Emportant avec moi ce dray^eau glorieux,

** J'irai, pauvre soldat, jusciu'au pied de son trône,

" Et lui montrant ici ce joyau radieux

" Qu'il a laissé tomber de sa nol)lo couronne,

" Ces enfants qui vers Dieu so tournant chatiue soir,

" Mêlent toujours son nom à leur prient ardente,

" Je trouverai i>eut-t'tre un cri de dcsc>*iK.)ir

" Pour attendrir son cour et combler vota», attente."

A quelque temps de là, se confiant aux fiols,

Ix) soldat s'éloignait des rives du grand fleuve.

Et dans son cojur, l)erco des rêves les plus l)eaux,

Chantait l'illusion dont tout c.si>oir h'abrciive.

De Saint-Malo bientôt il sahuait Ic.s tours

Que cherche le marin au milieu de rora;:e,

Et, retrouvant l'anleur de ses premiers beaux Jour^,

De la vieille patrie il touchait le rivage.

Commq aux jours du Grand Koi, la France n'était plus Du monde européen la reine et la maîtresse. Et du vieux sang bourbon lus héritiers déchus L'abaissaient chaque jour par leur lâclie faiblesse. Louis Quinze^, (cherchant des vuhipté.s à (lots, N'avait pas entendu, dans sa t<>r|xuir étrange, Deux voix qui s'élevaient pleint\s de Ioul's sanglots, L'une du Canada, l'autre des bords du (iange.

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