‹ OEuvres complètes de Octave Crémazie, publiées sous le patronage de l'Institut canadien de QuébecChapitre 16 sur 42 · A LA MÉMOIRE DE M. DE FENOUIUET · texte numérisé non relu

A LA MÉMOIRE DE M. DE FENOUIUET

Loin des lieux enchantas où roula votre enfance, Et sans avoir revu votre douce Provence, Sur les bords canadiens pour toujours endormi, Vous avez achev^^ votre sombre voyage.

Sans craindre désormais la foudre ni Forage, Dormez en paix, mon vieil ami !

* ^î. do Fenouillet naquit il IIvCtos, (U'partenient du Var, en France, fit son droit à Aix, et, après une courte rcsidence i\ Montpellier, alla séjourner à Paris, où il eut quelque rapiK^rt ave(^ PEpoqiu'y dont il était un das actionnaires. Plus tard, il voyaireait sur le Rhin et demeura trois ans à Bonn, comme prof(vvs(>ur de l'Université. Cast de là (lu'il fournissait à V!'nirrrs une correspondance sur r Allemagne. Dans l'été de 1854, il s'embanjua pour l'Amérique et arriva à Québec à la fin d'octobre; il fut pendant deux ans attaché à la rédaction du Journal de Québec —de 1854 à 1856—; il devint plus tard professeur d'histoire et de littérature à l'école normale Laval.

M. de Fenouillet avait cinquante-trois ans lorsipio la mort vint le frapper au milieu de tous les secours et de toutes les consolations de la religion, au mois de juin de l'année 1859.

Homme instruit, honorable et bon, il a emporté avec lui le reeg&cX et les regrets de tous ceux qui l'ont connu.

Dormez 80118 cette terre, où l'amitié fidèle, Cet (xlorant parfum (jue notre âme recèle, Gravera votre nom dans notre souvenir.

Dormez sous cette terre où la mort froide et pAle A brisé de sa main,*dans une heure fatale, Vos humbles projets d'avenir.

Sous le ciel radieux do la vieille iwitrie, Ah ! vous aviez rcvé la vieillasse embellie Par tous les souvenirs de votre doux printemps. Vous e8i)ériez dormir aux bords de la Durance Votre dernier sommeil, et donner à la France Ci) qui restait de vos vieux ans.

Comme le voyageur dont la force succombe, Avant la fin du jour vous trouvez votre tombe; Dans la cou|)e de vie, aux bords couverts de fiel, Où vous vous abreuviez sans murmure et sans plainte, La mort vous a laissé boire toute l'absinthe, Sans vous laisser goûter au miel.

On eût dit, on voyant, plein de sombres iiensées, Votro front refléter bien des douleurs paKs«H\s, (2uo jamais le bonheur ne vous avait souri ! Une douleur secrète avait brisé votre Ame; Nulle main n'a donc pu verser un pur dictame Sur votre cœur endolori ?

Aviez-vous éprouvé la malice des hommes?

Ou plutôt trouviez-vous qu'ici-bas nous ne sommes

Qu'un jouet d*UD instant dans les mains du malheur? Aviez-vous donc appris que l'existence avide, Hélas! ne pouvait pas combler l'immense vide De ce gouffre sans fond que l'on nomme le cœur?

Venus bien après vous dans cette sombre arène, Où partout la douleur domine en souveraine, Nous avons moins vécu, nous avons moins souffert. Déjà l'illusion, à notre espoir ravie, A fui loin de nos cœurs, et nous trouvons la vie Plus aride que le désert.

Vous laissez parmi nous une trace durable. Fidèle à vos amis, aux pauvres secourable. Des plus nobles vertus vous suivîtes la loi. Le ciel des plus beaux dons avait orné votre Âme, Dont vous saviez toujours entretenir la flamme Aux éclairs du génie, aux rayons de la foi.

Votre esprit s'élevait à la hauteur sereine Où planent tous les rois de la pensée humaine. Et Dante, Bossuet, Goethe, Chateaubriand, Etaient la source vive où votre intelligence S'enivrait chaque jour de force et de science. Et goûtait les splendeurs de ce concert géant.

Esclave du devoir, votre parole ardente

Voulut user trop tôt sa sève fécondante;

Comme un soldat debout qui meurt l'arme à la main,

Vous luttiez corps à corps avec la maladie.

Vous disiez, ranimant votre force affaiblie :

Aujourd'hui le travail et le repos demain !

IftS Poi&iEs.

romain, c'était la tombe. rA la mort dore et sombre W/Qft dm naît f^e repo$» plein de silence et d*ombre ()^h nofu ironjt an joar dormir à vos tAxé»; Demain, c'était la mort snr la terre étrangi^, I^^in du beau nel natal où mourut votre mère. Où dorment vos aïeux sur des bord« enchantés.

Vous êtes maintenant dans le royaume morne. Où, plaisir et douleur, toute chose est sans borne. Mais, au seuil du tombeau, dans votre cœur pieux Vou« reçûtes le ijain de Tétemelle vie ; Sons ce divin soleil votre âme épanouie Sur TailA de la foi s'est envolée aux cieux !

I^ndi, 27 juin 1850.

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