LE MORT
" Comme moi tu mourras ! Quoi ! la Mort, notre reine, ** Aussi t'écrasera sous sa main souveraine
; r-ime le fruit sous le pressoir!
, ^ .::m jamais, dans ce monie royaume. ^.4-:v «lu ver ou de celui de Thomme I.<vpiel est plus horriMo à voir ?
■: ■;;*. ! jKiUrsui.^ ton duvre, û ^'er! et que ta bouolie. Tturant ma chair do sa lèvre farouche.
" Motte bientôt mes os à nu !
ï: .ît'vore ma chair sans trêve et sans relâche. .■\ :vur hâter la fin de ton affreuhse tâche, " (liorchc et trouve un aide inconnu î
;*aspire maintenant â devenir ]X)ussière, Et je veux échanger les ombros de ma bicre ** Contn». le jour et sa splendeur ; • Et. jwrtr i)ar le vent «lans cetto humble vallée ■ Où ploui-o chaque jour ma mûre désolée, *• Je veux devenir une fleur.
•* Pensant toujours à moi, lorsque sous le feiiillaffe ■' Où sa main conduisait les pas de mon jeune âge,
" Ma mèi'e reviendra s'asseoir, " La [tauvre fleur qui fut l'objet do sa tendresse. *' F.u sentant son reganl, frémira d'allégresse
" Comme les lx>is aux chants du soir.
" Et sa pieuse main, sur ma tige posée,
'* En sentant sous ses doigts les gouttes de rosée
" Frémir d'amour et de bonheur, *' M'ajoutera peut-être aux lis, aux immortelles " Qui forment ce bouquet qu'aux fêtes solennelles
" Elle ofiVe à Tautel du Seigneur.
" L'autel où j'apportai l'innocence bénie
" De mon cœur jeune et pur, cette fleur de ma vie
" Alors sans tache et sans remord, ** Où les anges chantaient les hymnes de Taurore, ** Oui, cet autel verra ma pauvre mère encon^
** Offrir cette fleur de ma mort."
LE VER
'' £h ! que m'importe à moi que ta froide poussière
" Frémissante au soufilo du vent, *' Se transformant en fleur, vienne aux pieds de ta mère
" Apporter son parfum vivant ?
" Ton cadavre est mon bien, ton cadavre est ma vie !
" C'est mon orgueil et ton tourment ; " Cest la fleur de la mort, la fleur épanouie
" Qui doit me servir d'aliment.
^' Irai-je en un instant, comme un homme prodigue,
" Briser l'objet de mon amour, *^ Et, pour te contenter, me donner la fatigue
" De te dévorer en un jour ?
" Oh ! je sais mieux jouir des biens que Dieu m'envoie ;
" J'aime à déguster mon bonheur.
** Je prendrai chaque jour une part de ma proie
** Pour mieux en goûter la saveur.
" Dans ce sombre royaume " Dont moi seul suis le roi, " Cette chair qui fut l'homme '^ Est tout entière à moi.
" Cest mon bien, ma conquête !
" A moi son œil de feu,
" A moi sa noble tète,
" Ce chef-d'œuvre de Dieu !
" A moi sa lOvro ficre !
** A moi son cœur profond, " Dont les biens de la terre " Ne trouvaient pas le fond.
" Oh ! l'homme me méprise, " Moi, l'humble vermisseau, " Et pourtant je le brise " Comme un faible roseau.
" L'homme toujours oublier " L'inexorable loi " Qui veut, aprùs la vie, " Que le Ver soit son Roi.
" Trop longtemps, sur la terre, '' Il sème sous ses pas " Un sillon de misère ** Qu'il ne soupçonne pas.
" Pour chasser de son âme " Un remords trop cuisant, ** Pour ranimer la flamme " D'un amour expirant,
*' Souvent ses mains funestes <* Brisent ces deux bonlieurs, '^ Ces deux rayons célestes, *' Les oiseaux et les fleurs.
" Douces fleurs embaumées ** Souriant au ciel bleu !
" 0 fleurs ! « fleurs formées " D*un sourire de Dieu !
" Oiseaux, troupe bénie, ** Orchestre éblouissant, " De la lyre infinie *' Ëcho si ravissant I
" Voix qui scmblez descendre " Du palais d'Ariel, " I/ange pour vous entendre " Se penche au bord du ciel î
Voix de la haute sphère.
Oiseaux harmonieux, " Qui portez à la terre " Un souvenir des cieux !
'* Qu'il vient d*arracher à son nid ?
'' L*œil de Satan semblait étinceler dans l'ombre *^ Quand s'élevait ce chant inénarrable et sombre
** Comme un cauchemar infini.
'* O Ver ! d'où viens-tu donc ? quel être corruptible ** Pour la première fois a vu ton œil terrible
" S'ouvrir aux ombres de l'horreur ?
'* Sentinelle placée au seuil de la souffrance, ** Âs-tu pour mission de chaihser re8i)érance
'* Et de me garder la douleur ?
*' £s-tu né seulement pour semer l'épouvante, " Les angoisses sans nom dans la fosse béante
" Qui nous reçoit après la mort ?
" Montes-tu de l'enfer ? descends-tu de la terre, '* 0 maître souverain de ce lieu de misère
" Où jamais la douleur ne dort?"