‹ OEuvres complètes de Octave Crémazie, publiées sous le patronage de l'Institut canadien de QuébecChapitre 36 sur 42 · LE V£K · texte numérisé non relu

LE V£K

*' Avec ton premier crime, homme ! je pris naissance, " Je suis presque aussi vieux que toi ;

" Tu m'appelais remords, ou bien la conscience, " Et maintenant je suis le Roi I

** Homme ! quand tu vivais je n'étais qu'une idée " Sommeillant au fond de ton cœur ;

'* Cette idée aujourd'hui, par la mort fécondée, ** A pris un corps dans ta douleur.

*' Dans ce concert étrange où les chants de la vie *^ Te semblaient des cris de bonheur,

^' Tu n'entendais jamais de ma voix affaiblie ** Vibrer le reproche vengeur.

*' Ces cris des passions, d'amour ou de vengeance, *' Sont étouffés sous ton linceul ;

'* Ma voix s'élève ici dans toute sa puissance, ** Car aujourd'hui je parle seul.

*' h'amour, ce mot sonore aussi trompeur qu'un songe,

" La gloire, ce beau rêve d'or, ** 1/amitié des humains, cet impudent mensonge,

" La fortune, ce vain trésor ;

^^ Toutes ces voix d'en haut où ta pauvre existence

** Cherchait une fausse clarté, " Oui, ces voix garderont pour toujours le silence

" Devant ma fauve majesté.

** Aux rêves qui chantaient dans ton âme ravie

*' Dis donc un éternel adieu ; " Car la mort a donné ces deux parts de ta vie. Ton coryta au Ver, ton âme à Dieu.

** Et ton corps, je le prends ; aujourd'hui c'est ma fête,

" Le jour de rétribution....

" Je le revois enfin ce prix de ma conquête,

** J'en viens prendre possossion ! "

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