‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 13 sur 343 · ACTE II, SCENE U · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE U

Tes ye^x dans îtUi's secrets sont bien peu pénétrans. Apprends, ma confi<lente. apprends à me connoître. Si je cache en quel rang le ciel les a fait naître', Vois, vois que, tant que l'ordre en demeure douteux, Aucun des deux ne règne, et je règne pour eux : Quoique ce so.t un bien que l'un et l'autre attends, De crainte de le perdre aucun ne le demande; Cependant je possède, et leur droit incertain Me laisse avec leur sort leur sceptre dans la main : Voilà mon grand secret. Sais-tu par quel mystère Je les laissois tous deux en dépôt chez mon frère?

LAONICE

J'ai cru qu'Antiochus les tenoit éloignés Pour jouir des États qu'il avoit regagnés.

CLÉOPATRE

11 occupoit leur trône, et craignoit leur présence, Et cette juste crainte assuroit ma puissance. Mes ordres en etoient de point en point suivis Quand je le menaçois du retour de mes fils : Voyant ce foudre prêt à suivre ma colère. Quoi qu'il me plût oser, il n'osoit me déplaire: Et , content malgré lui du vain titre de roi , S'il régnoit au lieu d'eux, ce n'étoit que sous moi.

Je te dirai bien plus. Sans violence aucune l'aurois vu Nicanor épouser Rodogune, Si, content de lui plaire et de me dédaigner, Il eût vécu chez elle en me laissant régner. Son retour me lachoit plus que son hyménée, Et j'aurois pu l'aimer s'il ne l'eût couronnée. Tu vis comme il y fit des efforts superflus : Je fis beaucoup alors , et ferois encore plus S'il étoit quelque voie , infâme ou légitime , Que m'enseignât la gloire, ou que m'ouvrît le crime, Qui me pût conserver un bien que j"ai chéri Jusqu'à verser pour lui tout le sang d'un mari. Dans l'état pitoyable où m'en réduit la suite , Délices de mon cœur, il faut que je te quitte; On m'y force, il le faut : mais on verra quel fruit En recevra l)ientôt celle qui m'y réduit. L'amour que j'ai pour toi tourne en haine pour elle : Autant que l'un fut grand, l'autre sera cruelle; Et, puisqu'en te perdant j'ai sur qui m'en venger, Ma perte est supportable , et mon mal est léger.

LAOXICE.

Quoi ! vous parlez encor de vengeance et de haine

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