‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 14 sur 343 · a Je cache qui des deux a 1p. droit d'aînesse · texte numérisé non relu

a Je cache qui des deux a 1p. droit d'aînesse

Corneille m 2

!S RODOGUNE

Pour celle dont vous-même allez faire une reine' ^

CLÉOPATRE

Quoi! je ferois un roi pour être son époux,

Et m'exposer aux traits de son juste courroux!

N'apprendras-tu jamais, âme basse et grossière,

A voir par d'autres yeux que les yeux du vulgaire?

Toi qui connois ce peuple, et sais qu'aux champs de Mari

Lâchement d'une femme il suit les étendards;

Que, sans Antiochus. Tryphon m'eût dépouillée;

Que sous lui i,on ardeur fut soudain réveillée;

Ne saurois-tj ji^ger que, si je nomme un roi,

C'est pour le commander, et combattre pour moi?

J'en ai le choix en main avec le droit d'aînesse,

Et puisqu'il en faut faire une aide à ma foiblesse,

Que la guerre sans lui ne peut se rallumer,

J'userai bien du droit que j'ai de le nommer.

On ne montera point au rang dont je dévale.

Qu'en épousant ma haine au lieu de ma rivale :

Ce n'est qu'en me vengeant qu'on me le peut ravir,

Et je ferai régner qui me voudra servir.

Je vous connoissois mal.

CLÉOPATRE

Connois-moi tout entière.

Quand je mis Rodogune en tes mains prisonnière, Ce ne fut ni pitié, ni respect de son rang. Qui m'arrêta le bras, et conserva son sang. La mort d'Antiochus me laissoit sans armée, Et d'une troupe en hâte à me suivre animée. Beaucoup dans ma vengeance ayant fini leurs jours M'exposoient à son frère , et foible et sans secours. Je me voyois perdue à moins d'un tel otage : Il vint, et sa fureur craignit pour ce cher gage; Il m'imposa des lois, exigea des sermens. Et moi, j'accordai tout pour obtenir du temps. Le temps est un trésor plus grand qu'on ne peut croire ; J'en obtins, et je crus obtenir la victoire. J'ai pu reprendre haleine, et sous de faux apprêts.... Mais voici mes deux fils que j'ai mandés exprès. Écoute, et tu verras quel est cet hyménée Où se doit terminer cette illustre journée.

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