ACTE V, SCÈNE I
Elle a cru tout devoir à son libérateur :
Mais souvent le devoir ne donne pas le cœur;
Il agit rarement sans un peu d'imposture .
Et fait peu de présens dont ce cœur ne murmure.
Peut-être , ami , peut-être après ce grand effroi
Son amour en secret aura parlé pour moi :
Les traits mal effacés de tant d'heureux services,
Les douceurs d'un beau feu qui furent ses délices ,
D'un regret amoureux touchant son souvenir,
Auront en ma faveur surpris quelque soupir,
Qui, s'échappant d'un cœur qu'elle force à ma perte,
M'en aura pu laisser la porte encore ouverte.
Ah! si ce triste hymen se pouvoit éloigner!
AMMON
Quoi! vous voulez encor vous faire dédaigner? Sous ce honteux espoir votre fureur se dompte?
PHINÉE
Que veux-tu ? ne sois point le témoin de ma honte : Andromède revient ; va trouver nos amis , Va préparer leurs bras à ce qu'ils m'ont promis. Ou mes nouveaux respects fléchiront l'inhumaine, Ou ses nouveaux mépris animeront ma haine ; Et tu verras mes feux, changés en juste horreur, Armer mes désespoirs . et hâter ma fureur.
AMMON
3e vous plains; mais enfin j'obéis, et vous laisse.