‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 142 sur 343 · SUITE DE LA REI^•E · texte numérisé non relu

SUITE DE LA REI^•E

PHINÉE

Une seconde fois, adorable princesse, Malgré de vos rigueurs l'impérieuse loi....

ANDROMÈDE

Quoi ! vous voyez la reine , et vous parlez à moi !

PHINÉE

C'est de vous seule aussi que j'ai droit de me plaindre Je serois trop heureux de la voir vous contraindre , Et n'accuserois plus votre infidélité , Si vous vous excusiez sur son autorité.

Au nom de cette amour autrefois si puissante, Aidez un peu la mienne à vous faire innocente; Dites-moi que votre âme à regret obéit, Qu'un rigoureux devoir malgré vous me trahit ; Donnez-moi lieu de dire : « Elle-même elle en pleure, Elle change forcée, et son cœur me demeure; » Et soudain, de la reine embrassant les genoux.

164 ANDROMÈDE

Vous m'y verrez mourir sans me pvaindre de vous. Mais que lui puis-je, hélas ! demander pour remède, Quand la main qui me tue est celle d'Andromède, Et que son cœur léger ne court au changement Qu"avec la vanité d'y courir justement?

CASSIOPE

Et quel droit sur ce cœur pouvoit garder Phinée,

Quand Persée a trouvé la place abandonnée,

Et n'a fait autre chose, en prenant son parti.

Que s'emparer d'un lieu dont vous étiez sorti?

Mais sorti, le dirai-je, et pourrez-vous l'entendre?

Oui. sorti lâchement, de peur de le défendre.

Ainsi nous n'avons fait que le récompenser

D'un bien où votre bras venoit de renoncer,

Que vous cédiez au monstre, à lui-même, à tout autre

Si c'est une injustice, examinons la vôtre,

La voyant exposée aux rigueurs de son sort, Vous vous étiez dé'à consolé de sa mort: Et, quand par un héros le ciel l'a garantie. Vous ne vous pouvez plus consoler de sa vie.

PHINÉE

Ah ! madame !

CASSIOPE

Eii bien ! soit, vous avez soupiré Autant que l'a pu faire un cœur désespéré. Jamais aucun tourment n'égala votre peine: Certes, quelque douleur dont votre âme fût pleine, Ce désespoir illustre et ces nobles regrets Lui dévoient un peu plus que des soupirs secrets. A ce défaut. Persée....

PHINÉE

Ah ! c'en est trop, madame; Ce nom rend, malgré moi, la fureur à mon âme : Je me force au respect; mais toujours le vanter. C'est me forcer moi-même à ne rien respecter, 'î^u'a-t-il fait, après tout, si digne de vous plaire, j'avec un tel secours tout autre n'eût pu faire? Et. tout héros qu'il est. qu'eût-il osé pour vous. S'il n'eût eu que sa flamme et son bras comme nous? Mille et mille auroient fait des actions plus belles, Si le ciel comme à lui leur eût prêté des ailes; Et vous les auriez vus encor plus généreux. S'ils eussent vu le monstre et le péril sous eux : On s'expose aisément quand on n'a rien à craindre. Combattre un ennemi qui ne pouvoit l'atteindre, Voir sa victoire sûre et daigner l'accepter, C'est tout le rare exploit dont il se peut vanter;

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