‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 228 sur 343 · SCÈNE VIII. - ARSINOÉ, ATTALE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII. - ARSINOÉ, ATTALE

ARSINOÉ

Nous triomphons, Attale; et ce grand Nicomède

Voit quelle digne issue à ses fourbes succède.

Les deux accusateurs que lui-même a produits,

Que pour l'assassiner je dois avoir séduits,

Pour me calomnier subornas par lui-même.

N'ont su bien soutenir un si noir stratagème.

Tous deux m'ont accusée, et tous deux avoué

L'infâme et lâche tour qu'un prince m'a joué.

Qu'en présence des rois les vérités sont fortes l

Que pour sortir d'un cœur elles trouvent de portes !

Qu'on en voit le mensonge aisément confondu!

Tous deux vouloient me perdre, et tous deux l'ont perdu

ATTALE

Je suis ravi de voir qu'une telle imposture Ait laissé votre gloire et plus grande et plus pure; Mais pour l'examiner et bien voir ce que c'est. Si vous pouviez vous mettre un peu hors d'intérêt, Vous ne pourriez jamais, sans un peu de scrupule, Avoir pour deux méchans une àme si crédule. Ces perfides tous deux se sont dits aujourd'hui Et subornés par vous , et subornés par lui : Contre tant de vertus, contre tant de victoires, Doit-on quelque croyance à des âmes si noires? Qui se confesse traître est indigne de foi.

ARSINOÉ

Vous êtes généreux , Attale , et je le vol ; Même de vos rivaux la gloire vous est chère.

ATTALE

Si je suis son rival , je suis aussi son frère ;

Nous ne sommes qu'un sang, et ce sang dans mon cœur

A peine à le passer pour calomniateur.

ARSINOÉ

Et vous en avez moins à me croire assassine, Moi, dont la perte est sûre à moins que sa ruine?

ATTALE

Si contre lui j'ai peine à croire ces témoins. Quand ils vous accusoient je les croyois bien moins. Votre vertu, madame, est au-dessus du crime. Souffrez donc que pour lui je garde un peu d'estime : La sienne dans la cour lui fait mille jaloux. Dont quelqu'un a voulu le perdre auprès de vous; Et ce lâche attentat n'est qu'un trait de l'envie Qui s'efforce à noircir une si belle vie. Pour moi, si par soi-même on peut juger d'autrui,

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Ce que je sens en moi , je le présume en lui. Contre un si grand rival j'agis à force ouverte, Sans blesser sûq honneur, sans pratiquer sa perle. J'emprunte du secours, et le fais hautement; Je crois qu'il n'agit pas moins généreusement, Qu'il n'a que les desseins où sa gloire l'invite. Et n'oppose à mes vœux que son propre mérite.

ARSINOÉ

Vous êtes peu du monde , et savez mal la cour.

ATTALE

Est-ce autrement qu'en prince on doit traiter l'amour;

ARSINOÉ

Vous le traitez, mon fils, et parlez en jeune homme.

ATTALE

Madame , je n'ai vu que des vertus à Rome.

ARSINOÉ

Le temps vous apprendra, par de nouveaux emplois, Quelles vertus il faut à la suite des rois. Cependant, si le prince est encor votre frère, Souvenez-vous aussi que je suis votre mère; Et, malgré les soupçons que vous avez conçus, Venez savoir du roi ce qu'il croit là-dessus.

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