SCENE VIL — ARSINOÉ, LAODICE, ATTALE , CLÊONR
ARSINOÉ
Attale, avez-vous su comme ils ont fait retraite?
ATTaLE,
Ah, madame!
ARSINOÉ
Parlez.
ATTALE
Tous les dieux irrités Dans les derniers malheurs nous ont précipités. Le prince est échappé.
LAODICE
Ne craignez plus, madame; La générosité déjà rentre en mon âme.
ARSINOÉ
Attale, prenez-vous plaisir à m'alarmer?
ATTALE
Ne vous flattez point tant que de le présumer. Le malheureux Araspe, avec sa foible escorte, L'avoit déjà conduit à celte fausse porte; L'ambassadeur de Rome étoit déjà passé,
284 NICOMÈDE
Quand dans le sein d'Araspe un poignard enfoncé Le jette aux pieds du prince. Il s'écrie; et sa suite. De peur d'un pareil sort, prend aussitôt la fuite.
ABSINOÉ.
Et qui dans cette porte a pu le poignarder?
ATTALE
Dix ou douze soldats qui sembloient la garder. Et ce prince....
ARSINOÉ
Ah! mon fils! qu'il est partout de traîtres! Qu'il est peu de sujets fidèles à leurs maîtres! Mais de qui savez-vous un désastre si grand?
ATTALE
Des compagnons d'Araspe , et d'Araspe mourant.
Mais écoutez encor ce qui me désespère.
J'ai couru me ranger auprès du roi mon père;
Il n'en étoit plus temps : ce monarque étonné
A ses frayeurs déjà s'étoit abandonné,
Avoit pris un esquif pour tâcher de rejoindre
Ce Romain dont l'efî'roi peut-être n'est pas moindre.