‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 27 sur 343 · SCENE V. — ANTIOCHUS, SÉLEUCUS · texte numérisé non relu

SCENE V. — ANTIOCHUS, SÉLEUCUS

ANTIOCHUS

Hélas! c'est donc ainsi qu'on traite Les plus profonds respects d'une amour si parfaite!

SÉLEUCUS

Elle nous fuit, mon frère, après cette rigueur.

ANTIOCHUS

Elle fuit, mais en Parthe, en nous perçant le cœur.

SÉLEUCUS

Que le ciel est injuste! Une àme si cruelle Méritoit notre mère , et devoit naître d'elle.

ANTIOCHUS

Plaignons -nous sans blasphème.

SÉLEUCUS

Ah! que vous me gênez Par cette retenue où vous vous obstinez ! Faut-il encor régner? faut-il l'aimer encore?

ANTIOCHUS

Il faut plus de respect pour celle qu'en adore.

SÉLEUCUS

C'est ou d'elle ou du trône être ardemment épris, Que vouloir ou l'aimer ou régner à ce prix.

i. Le sens est louche : contre elle signifie contre voti e gloire ; el lui •igniûe votre amoun c'est là le sens, mais il faut le chercher. {Foltaire.)

32 RODOGUNE

ANTIOCIIUS.

C'est et d'elle el de lui tenir bien peu de compte. Que faire une révolte et si pleine et si prompte.

SÉLEUCUS

Lorsque l'obéissance a tant d'impiété, La révolte devient une nécessité.

ANTIOCHUS

La révolte, mon frère, est bien précipitée,

Quand la loi qu'elle rompt peut être rétractée;

Et c'est à nos désirs trop de témérité

De vouloir de tels biens avec facilité :

Le. ciel par les travaux veut qu'on monte à la gloire;

Pour gagner un triomphe il faut une victoire.

Mais que je tâche en vain de flatter nos tourmens!

Nos malheurs sont plus forts que ces déguisemens.

Leur excès à mes yeux paroît un noir abîme

Où la haine s'apprête à couronner le crime ,

Où la gloire csl sans nom, la vertu sans honneur,

Où sans un parricide il n'est point de bonheur;

Et, voyant de ces maux l'épouvantable image.

Je me sens affoiblir quand je vous encourage;

Je frémis, je chancelle; et mon cœur abattu

Suit tantôt sa douleur, et tantôt sa vertu.

Mon frère, pardonnez à des discours sans suite,

Qui font trop voir le trouble où mon âme est réduite.

SÉLEUCUS

J'en ferois comme vous , si mon esprit troublé

Ne secouoit le joug dont il est accablé.

Dans mon ambition, dans l'ardeur de ma flamme,

Je vois ce qu'est un trône, et ce qu'e>t une femme;

Et, jugeant par leur prix de leur possession,

J'éteins enfin ma flamme et mon ambition ,

Et je vous céderois l'un et l'autre avec joie,

Si, dans la liberté que le ciel me renvoie,

La crainte de vous faire un funeste présent

Ne me jetoit dans l'âme un remords trop cuisant.

Dérobons-nous, mon frère, à ces âmes cruelles,

Et laissons-les sans nous achever leurs querelles.

ANTIOCHUS

Comme j'aiuie beaucoup , j'espère encore un peu. L'espoir ne peut s'éteindre où brûle tant de feu; Et son reste confus me rend quelques lumières Pour juger mieux que vous de ces âmes si fières. Croyez-moi, l'une et l'autre a redouté nos pleurs: Leur fuite à nos soupirs a dérobé leurs cœ.iirs; Et si tantôt leur haine eût attendu nos larmes Leur haine à na.s douleurs auroit rendu les armes.

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