‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 271 sur 343 · ACTE III, SCENE m · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE m

Si leurs mauvais conseils rae forcent de régner, Je les en dois liaïr, el sais les dédai^ner. Le ciel, qui punit tout, choisira pour leur peine Quelque moyen plus bas que cette illustre haine. Qu'ils vivent cependant, et que leur lâcheté A l'ombre d'un tyran trouve sa sûreté.

Ce que je veux de toi porte le caractère D'une vertu plus haute et digne de te plaire.

Tes otfres n'ont point eu d'exemple jusqu'ici Et ce que je demande est sans exemple aussi : Mais je veux qu'il te donne une marque infaillible Que l'intérêt d'un fils ne me rend point sensible, Que je veux être à toi sans le considérer, Sans regarder en lui que craindre ou qu'espérer.

GRIMOALD

Madame, achevez donc de.m'accabler de joie. Far quels heureux moyens faut-il que je vous croie? Expliquez-vous, de grâce, et j'atteste les cieux Que tout suivra sur l'heure un bien si précieux.

RODELINDE.

Après u-n tel serment j'obéis et m'explique. Je veux donc d'un tyran un acte tyrannique: Puisqu'il en veut le nom. qu'il le soit tout à fait; Que toute sa vertu meure en un grand forfait, Qu'il renonce à jamais aux glorieuses marques Qui le mettoient au rang des plus dignes monarques; Et pour le voir méchant, lâche, impie, inhumain, Je veux voir ce fils même immolé de sa main,

GRIMOALD

Juste ciell

RODELINDE.

Que veux-tu pour marque plus certaine Que l'intérêt d'un fils n'amollit point ma haine , Que je me donne à toi sans le considérer. Sans regarder en lui que craindre ou qu'espérer? Tu trembles! tu pâlis! il semble que tu n'oses Toi-même exécuter ce que tu me proposes! S'il te faut du secours, je n'y recule pas, Et veux bien te prêter l'exemple de mon bras. Fais, fais venir ce fils, qu'avec toi je l'immola Dégage ton serment, je tiendrai ma parole. Il faut bien que le crime unisse à l'avenir Ce que trop de vertus empèchoit de s'unir. Qui tranche du tyran doit se résoudre à l'être. Pour remplir ce grand nom as-tu besoin d'un maître, Et faut-il qu'une mère, aux dépens de son sang, T'apprenne à mériter cet effroyable rang?

N'en souffre pas la honte, et prends toute la gloire Que cet illustre effort attache à ta mémoire. Fais voir à tes flatteurs , qui te font trop oser , Que tu sais mieux que mol l'art de tyranniser; Et, par une action aux seuls tyrans permise, Deviens le vrai tyran de qui te tyrannise. A ce prix je me donne, à ce prix je me rends; Ou, si tu l'aimes mieux, à ce prix je me vends, Et consens à ce prix que ton amour m'obtienne, Puisqu'il souille ta gloire aussi bien que la mienne.

GRIMOALD

Garibalde, est-ce là ce que tu m'avois dit?

GARIBALDE.

Avec votre jalouse elle a changé d'esprit; Et je l'avois laissée à l'hymen toute prête. Sans que son déplaisir menaçât que ma tête. Mais ces fureurs enfin ne sont qu'illusion, Pour vous donner, seigneur, quelque confusion; Ne vous étonnez point, vous l'en verrez dédire.

GRIMOALD

Vous l'ordonnez, madame, et je dois y souscrire: J'en ferai ma victime , et ne suis point jaloux De vous voir sur ce fils porter les premiers coups. Quelque honneur qui par là s'attache à ma mémoire, Je veux bien avec vous en partager la gloire, Et que tout l'avenir ait de quoi m'accuser D'avoir appris de vous l'art de tyranniser.

Vous devriez pourtant régler mieux ce courage, N'en pousser point l'effort jusqu'aux bords de la rage, Ne lui permettre rien qui sentît la fureur, Et le faire admirer sans en donner d'horreur. Faire la furieuse et la désespérée, Paroître avec éclat mère dénaturée.

Sortir hors de vous-même, et montrer à grand bruit A quelle extrémité mon amour vous réduit, C'est mettre avec trop d'art la douleur en parade; Qui fait le plus de bruit n'est pas le plus malade : Les plus grands déplaisirs sont les moins éclatans; Et l'on sait qu'un grand cœur se possède en tout temps. Vous le savez, madame, et que les grandes âmes Ne s'abaissent jamais aux foiblesses des femmes, Ne s'aveu-':lent jamais ainsi hors de saison; Que leur désespoir même agit avec raison. Et que....

RODELÎNDE,

C'en est assez : sois-moi juge équitable, Et dis-moi si le mien agit en raisonnable,

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