‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 283 sur 343 · SCENE V. — PERTHARITE, RODELINDE · texte numérisé non relu

SCENE V. — PERTHARITE, RODELINDE

Madame , vous voyez où l'amour m'a conduit.

J'ai su que de ma mort il couroit un faux bruit,

Des désirs d'un tyran j'ai su la violence:

J'en ai craint sur ce bruit la dernière insolence,

Et n'ai pu faire moins que de tout exposer

Pour vous revoir encore et vous désabuser.

J'ai laissé hasarder à cette digne envie

Les restes languissans d'une importune vie,

A qui l'ennui mortel d'être éloigné de vous

Sembloit à tous momens porter les derniers coups.

Car, je vous l'avouerai, dans l'état déplorable

Où m'abîme du sort la haine impitoyable,

Où tous mes alliés me refusent leurs bras ,

Mon plus cuisant chagrin est de ne vous voir pas.

Je bénis mon desti:i. quelques maux qu'il m'envoie,

Puisqu'il peut consentir à ce moment de joie :

Et. bien qu'il ose encor de nouveau me trahir,

En un moment si doux je ne le puis haïr.

RODELIXDE.

C'étoit donc peu, seigneur, pour mon âme affligée, De toute la misère où je me vois plongée; C'étoit peu des rigueurs de ma captivité. Sans celle où votre amour vous a précipité : Et, pour dernier outrage où son excès m'expose, Il faut vous voir mourir et m'en savoir la cause !

Je ne vous dirai point que ce moment m'est doux, Il met à trop haut prix ce qu'il me rend de vous; Et votre souvenir m'auroit bien su défendre De tout ce qu'un tyran auroit osé prétendre. N'attendez point de moi de soupirs ni de pleurs; Ce sont amusemens de légères douleurs.

L'amour que j'ai pour vous hait ces molles bassesses Où d'un sexe craintif descendent les foiblesses; Et contre vos malheurs j'ai trop su m'affermir. Pour ne dédaigner pas l'usage de gémir. D'un déplaisir si grand la noble violence Se résout tout entière en ardeur de vengeance, Et, méprisant l'éclat, porte tout son effort A sauver votre vie, ou venger votre mort. Je ferai l'un ou l'autre, ou périrai moi-même.

Aimez plutôt, madame, un vainqueur qui vous aime. Vous avez assez fait pour moi, pour votre honneur- Il est temps de tourner du côté du bonheur,

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