‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 289 sur 343 · SCÈNE III. — GRIMOALD, RODELIXDE , ÉDUIGB , UNULPHE · texte numérisé non relu

SCÈNE III. — GRIMOALD, RODELIXDE , ÉDUIGB , UNULPHE

GRiiiOALD, à Rodelinde.

Que tardez-vous, madame? et quel soin vous retient? Suivez de votre époux le nom, l'image, ou l'ombre; De ceux qui m'ont trahi croissez l'indigne nombre, Et délivrez mes yeux . trop aisés à charmer , Du péril de vous voir et de vous trop aimer. Suivez ; votre captif ne vous tient plus captive.

RODELINDE.

Rends-le-moi donc, tyran, afin que je le suive.

A quelle indigne feinte oses-tu recourir ,

De m'ouvrir sa prison quand tu ras fait mourir!

Lâche! présumes-tu qu'un faux bruit de sa faite

Cache de tes fureurs la barbare conduite?

Crois-tu qu'on n'ait point d'yeux pour voir ce que tu fais,

Et jusque dans ton cœur découvrir tes forfaits?

Madame....

RODELINDE.

Eh bien! madame, êtes-vous sa complice?

Vous chargez-vous pour lui de toute l'injustice? Et sa main qu'il vous tend vous plaît-elle à ce prix?

ÉDUIGE.

Vous la vouliez tantôt teinte du sang d'un fils , Et je puis l'accepter teinte du sang d'un frère , Si je veux être sœur comme vous étiez mère.

RODELINDE.

Ne me reprochez point une juste fureur. Où des feux d'un tyran me réduisoit l'horreur; Et puisque de sa foi vojs êtes ressaisie, Faites cesser l'aigreur de votre jalousie.

ÉDUIGE.

Ne me reprochez point des sentimens jaloux. Quand je hais les tyrans autant ou plus que vous.

RODELINDE.

Vous pouvez les haïr quand Grimoald vous aime !

ÉDUIGE.

J'aime en lui sa vertu plus que son diadème ; Et, voyant quels motifs le font encore agir, Je ne vois rien en lui qui me fasse rougir.

RODELINDE. à Grimoald.

Rougis-en donc toi seul, toi qui caches ton crime. Qui ; t'immolant un roi , dérobes ta victime , Et, d'un grand ennemi déguisant tout le sort. Le fais fourbe en sa vie et fuir après sa mort. De tes fausses vertus les brillantes pratiques

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N'élevoient que pour toi ces tombeaux magnifiques;

C'étoient de vains éclats de générosité

Pour rehausser ta gloire avec impunité.

Tu n'accablois son nom de tant d'honneurs funèbres

Que pour ensevelir sa mort dans les ténèbres,

Et lui tendre avec pompe un piège illustre et beau,

Pour le priver un jour des honneurs du tombeau.

Soûle-toi de son sang; mais rends-moi ce qui reste,

Attendant ma vengeance, ou le courroux céleste,

Que je puisse....

GRiMOALD , à Éduige.

Ah! madame, où me réduisez-vous Pour un fourbe qu'elle aime à nommer son époux? Votre pitié ne sert qu'à me couvrir de honte, Si, quiud vous me l'ôtez, il m'en faut rendre compte, Et si la cruauté de mon triste destin De ce que vous sauvez me nomme l'assassin.

UNULPHE.

Seigneur, je crois savoir la route qu'il a prise; Et si Sa Majesté veut que je l'y conduise, Au péril de ma tète, en moins d'une heure ou deux, Je m'offre de la rendre à l'objet de ses vœux. Allons, allons, madame; et souffrez que je tâche....

RODELINDE, à Unulphc.

0 d'un lâche tyran ministre encor plus lâche, Qui, sous un faux semblant d'un peu dhumanité, Penses contre mes pleurs faire sa sûreté! Que ne dis-tu plutôt que ses justes alarmes Aux yeux des bons sujets veulent cacner mes larmes, Qu'il lui faut me bannir, de crainte que mes cris Du peuple et de la cour n'émeuvent les esprits? Traître ! si tu n'étois de son intelligence, Pourroit-il refuser ta tête à sa vengeance?

Que devient, Grimoald, que devient ton courroux? Tes ordres en sa garde avoient mis mon époux; Il a brisé ses fers, il s lit où va sa fuite; Si je le veux rejoindre, il s'offre à ma conduite: Et quand son sang devroit te répondre du sien, Il te voit, il te parle, et n'appréhende rien! GRIMOALD , à Rodelinde.

Quand ce qu'il fait pour vous hasarderoit ma vie, Je ne puis le punir de vous avoir servie. Si j'avois cependant quelque peur que vos cris De la cour et du peuple ému-sent les esprits, Sans vous prier de fuir pour finir mes alarmes, J'aurois trop de moyens de leur cacher vos larmes^ Mais vous êtes, madame, en pleine liberté;

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