‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 291 sur 343 · SCÈNE V. — PERTHARTTE, GRIMOALD, RODELINDE. ÉDUIGE, UNULPHE, soldats · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — PERTHARTTE, GRIMOALD, RODELINDE. ÉDUIGE, UNULPHE, soldats

Tu me revois, tyran qui méconnois les rois:

Et j'ai payé pour toi d'un si rare service

Celui qui rend ma tête à ta fausse justice.

Pleure, pleure ce bras qui t'a si bien servi;

Pleure ce bon sujet que le mien t"a ravi.

Hâte-toi de venger ce ministre fidèle;

C'est toi qu'à sa vengeance en mourant il appelle.

Signale ton amour, et parois aujourd'hui,

S'il fut digne de toi, plus digne encor de lui.

Mais cesse désormais de traiter dlmposture

Les traits que sur mon front imprime la nature^

Milan m'a vu passer , et partout en passant

T'ai vu couler ses pleurs pour son prince impuissant;

Tu lui déguiserois en vain ta tyrannie :

Pousses-en jusqu'au bout l'insolente manie;

Et , quoi que ta fureur te prescrive pour moi ,

Ordonne de mes jours comme de ceux d'un roi.

Oui, tu l'es en effet, et j'ai su te connoître Dès ie premier moment que je t'ai vu paroître. Si j'ai fermé les yeux, si jai voulu gauchir, Des maximes d'État j'ai voulu t'affranchir , Et ne voir pas ma gloire indignement trahie Par la nécessité de m'immoler ta vie.

De cet aveuglement les soins mystérieux Empruntoient les dehors d'un tyran furieux , Et forçoient ma vertu d'en souffrir l'artifice, Pour {'arracher ton nom par l'effroi du supplice. Mais mon dessein n'étoit que de t'intimider, Ou d'obliger quelqu'un à te faire évader. Unulphe a bien compris , en serviteur fidèle , Ce que ma violence attendoit de son zèle ; Mais un traître pressé par d'autres intérêts A rompu tout l'effet de mes désirs secrets. Ta main, grâces au ciel, nous en a fait justice. Cependant ton retour m'est un nouveau supplice. Car enfin que veux-tu que je fasse de tui? Pais-je porter ton sceptre et te traiter de roi? Ton peuple qui t'aimoit pourra-t-il te connoître. Et souffrir à tes yeux les lois d'un autre maître?

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