‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 292 sur 343 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

Toi-même pourras-tu , sans entreprendre rien . Me voir jusqu'au trépas possesseur de ton bien? Pourras-lu négliger l'occasion offerte, Et refuser ta main ou ton ordre à ma perte?

Si tu n'élois qu'un lâche, on auroit quelque espoir Qu'enfin tu pourrois vivre, et ne rien émouvoir; Mais qui me croit tyran, et hautement me brave, Quelque foible qu'il soit, n'a point le cœur d'esclave, Et montre une grande âme au-dessus du malheur. Qui manque de fortune . et non pas de valeur. Je vois donc malgré moi ma victoire asservie A te rendre le sceptre . ou prendre encor ta vie : Et plus l'ambition trouble ce grand effort, Plus ceux de ma vertu me refusent ta mort. Mais c'est trop retenir ma vertu prisonnière; Je lui dois comme à toi liberté tout entière : Et mon ambition a beau s'en indigner, Cette vertu triomphe , et tu t'en vas régner.

Milan, revois ton prince, et reprends ton %'rai maîtra Qu'en vain pour t'aveugler j'ai voulu méconnoître; Et vous que d'imposteur à regret j'ai traité....

PERTKARITE.

Ah l c'est porter trop loin la générosité. Rendez-moi Rodelinde. et gardez ma couronne, Que pour sa liberté sans regret j'abandonne. Avec ce cher objet tout destin m'est trop doux.

GRIMOALD

Rodelinde, et Milan, et mon cœur, sont à vous; Et je vous remettrois toute la Lombardie, Si comme dans Milan je régnois dans Pavie. Mais vous n'ignorez pas, seigneur, que le feu roi En fit reine Êduige; et, lui donnant ma foi, Je promis....

ÉDUiGE, à Grimoaïd.

Si ta foi t'oblige à la défendre, Ton exemple m'oblige encor plus à la rendre; Et je mériterois un nouveau changement , Si mon cœur n'égaloit celui de son an:iant. PERTHARiTE, à Éduige.

Son exemple, ma sœur, en vain vous y convie. Avec ce grand héros je vous laisse Pavie, Et me croirois moi-même aujourd'hui malheureux, Si je voyois sans sceptre un bras si généreux.

RODELINDE , à Grimoald.

Pardonnez si ma haine a trop cru l'apparence. Je présumois beaucoup de votre violence; Mais je n'aurois osé , seigneur , en présumer

Que vous m'eussiez forcée enfin à vous aimer,

GRiMOALD , à Rodelinde.

Vous m'avez outrage sans me faire injustice.

Qu'une amitié si ferme aujourd'hui nous unisse i Que l'un et l'autre État en admire les nœuds, Et doute avec raison qui règne de vous deux.

PERTIIXP.ITE.

Pour en faire admirer la chaîne fortunée. Allons mettre en éclat celte grande journée, Et montrer à ce peuple, heureusement surpris, Que des hautes vertus la gloire est le seul prix.

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