ACTE II, SCÈNE IV
Souilleroit cet honneur qui vous semble si doux,
Et que de ma princesse on diroit d'âge en âge
Quelle eut de mauvais yeux pour un si grand courage.
DIRCÉ
Mais, seigneur, je vous sauve en courant au trépas; Et mourant avec moi vous ne me sauvez pas.
THÉSÉE
La gloire de ma mort n'en deviendra pas moindre; Si ce n'est vous sauver, ce sera vous rejoindre : Séparer deux amans, c'est tous deux les punir; Et dans le tombeau même il est doux de s'unir.
DIRCÉ
Que vous m'êtes cruel de jeter dans mon âme
Un si honteux désordre avec des traits de flammel
Adieu, prince; vivez, je vous l'ordonne ainsi :
La gloire de ma mort est trop douteuse ici;
Et je hasarde trop une si noble envie
A voir l'unique objet pour qui j'aime la vie.
THÉSÉE
Vous fuyez, ma princesse ! et votre adieu fatal....
DIRCÉ
Prince , il est temps de fuir quand on se défend mal. Vivez, encore un coup; c'est moi qui vous l'ordonne.
THÉSÉE
Le véritable amour ne prend loi de personne; Et, si ce fier honneur s'obstine à nous trahir, Je renonce , madame , à vous plus obéir.