‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 313 sur 343 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

Souilleroit cet honneur qui vous semble si doux,

Et que de ma princesse on diroit d'âge en âge

Quelle eut de mauvais yeux pour un si grand courage.

DIRCÉ

Mais, seigneur, je vous sauve en courant au trépas; Et mourant avec moi vous ne me sauvez pas.

THÉSÉE

La gloire de ma mort n'en deviendra pas moindre; Si ce n'est vous sauver, ce sera vous rejoindre : Séparer deux amans, c'est tous deux les punir; Et dans le tombeau même il est doux de s'unir.

DIRCÉ

Que vous m'êtes cruel de jeter dans mon âme

Un si honteux désordre avec des traits de flammel

Adieu, prince; vivez, je vous l'ordonne ainsi :

La gloire de ma mort est trop douteuse ici;

Et je hasarde trop une si noble envie

A voir l'unique objet pour qui j'aime la vie.

THÉSÉE

Vous fuyez, ma princesse ! et votre adieu fatal....

DIRCÉ

Prince , il est temps de fuir quand on se défend mal. Vivez, encore un coup; c'est moi qui vous l'ordonne.

THÉSÉE

Le véritable amour ne prend loi de personne; Et, si ce fier honneur s'obstine à nous trahir, Je renonce , madame , à vous plus obéir.

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