SCÈNE V. - JOCASTE, TH£SËE
JOCASTE
Prince, que faites-vous? quelle pitié craintive.
Quel faux respect des dieux tient votre flamme OlSl^e!
Avez-vous oublié comme il faut secourir /
THÉSÉE
Dircé n'est plus , madame , en état de périr ;
Le ciel vous rend un fils, et ce n est qua ce prmce
Qu'est dû le triste honneur de sauver sa province.
JOCASTE
C'est trop vous assurer sur l'éclat d'un faux bruit.
THÉSÉE
C'e=t une vérité dont je suis mieux instruit.
JOCASTE
Vous le connoissez donc?
De quand?
THÉSÉE
A l'égal de moi-même.
JOCASTE
THESEE.
De ce moment.
OCASTE.
Et vous l'aimez?
THÉSÉE
Je l'aime
Jusqu'à mourir du coup dont il sera percé.
JOCASTE
Mais celle amitié cède à l'amour de Dircé?
THÉSÉE
Hélas! cette princesse à mes désirs si chère
En un fidèle amant trouve un malheureux frerc ,
Qui mourroit de douleur d'avoir change de sort,
4 a Obscure. »
X'étoit le prompt secours d'une plus digne mort, Et qu'assez tôt connu pour mourir au lieu d'elle Ce frère malheureux meurt en amant fidèle.
JOCASTE
l vous seriez mon fils?
THÉSÉE
Qui vous a pu le dire?
Et celui de Laïus.
JOCASTE
Un témoin qui n'est plus, Phsedime. qu'à mes yeux vient de ravir la peste : Non qu'il m'en ait donné la preuve manifeste; Mais Phorbas. ce vieillard qui m'exposa jadis, Répondra mieux que lui de ce que je vous dis, Et vous éclaircira touchant une aventure Dont je n"ai pu tirer qu'une lumière obscure. Ce peu qu'en ont pour moi les soupirs d'un mourant Du grand droit de régner seroit mauvais garant. Mais ne permettez pas que le roi me soupçonne , Comme si ma naissance ébranloit sa couronne; Quelque honneur, quelques droits qu'elle ait pu m' acquérir, Je ne viens disputer que celui de mourir.
JOCASTE
Je ne sais si Phorbas avouera votre histoire;
Mais, qu'il l'avoue ou non. j'aurai peine à vous croire.
Avec votre mourant Tirésie est d'accord,
A ce que dit le roi, que mon fils n'est point mort
C'est déjà quelque chose; et toutefois mon âme
Aime à tenir suspecte une si belle flamme.
Je ne sens point pour vous l'émotion du sang,
Je vous trouve en mon cœur toujours en même rang;
J'ai peine à voir un fils où j'ai cru voir un gendre;
La nature avec vous refuse de s'entendre .
Et me dit en secret, sur votre emportement.
Qu'il a bien peu d'un frère, et beaucoup d'un amant;
Qu'un frère a pour des sœurs une aideur plus remise,
A moins que sous ce titre un amant se déguise.
Et qu'il cherche en mourant la gloire et la douceur
D'arracher à la mort ce qu'il nomme sa sœur.
THÉSÉE
Que vous connoissez mal ce que peut la nature! Quand d'un parfait amour elle a pris la teinture. Et que le désespoir d'un illustre projet Se joint aux déplaisirs d'en voir périr l'objet, Il est doux de mourir pour une sœur si chère. Je l'aimois en amant, je l'aime encore en frère :