‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 321 sur 343 · SCÈNE V. - JOCASTE, TH£SËE · texte numérisé non relu

SCÈNE V. - JOCASTE, TH£SËE

JOCASTE

Prince, que faites-vous? quelle pitié craintive.

Quel faux respect des dieux tient votre flamme OlSl^e!

Avez-vous oublié comme il faut secourir /

THÉSÉE

Dircé n'est plus , madame , en état de périr ;

Le ciel vous rend un fils, et ce n est qua ce prmce

Qu'est dû le triste honneur de sauver sa province.

JOCASTE

C'est trop vous assurer sur l'éclat d'un faux bruit.

THÉSÉE

C'e=t une vérité dont je suis mieux instruit.

JOCASTE

Vous le connoissez donc?

De quand?

THÉSÉE

A l'égal de moi-même.

JOCASTE

THESEE.

De ce moment.

OCASTE.

Et vous l'aimez?

THÉSÉE

Je l'aime

Jusqu'à mourir du coup dont il sera percé.

JOCASTE

Mais celle amitié cède à l'amour de Dircé?

THÉSÉE

Hélas! cette princesse à mes désirs si chère

En un fidèle amant trouve un malheureux frerc ,

Qui mourroit de douleur d'avoir change de sort,

4 a Obscure. »

X'étoit le prompt secours d'une plus digne mort, Et qu'assez tôt connu pour mourir au lieu d'elle Ce frère malheureux meurt en amant fidèle.

JOCASTE

l vous seriez mon fils?

THÉSÉE

Qui vous a pu le dire?

Et celui de Laïus.

JOCASTE

Un témoin qui n'est plus, Phsedime. qu'à mes yeux vient de ravir la peste : Non qu'il m'en ait donné la preuve manifeste; Mais Phorbas. ce vieillard qui m'exposa jadis, Répondra mieux que lui de ce que je vous dis, Et vous éclaircira touchant une aventure Dont je n"ai pu tirer qu'une lumière obscure. Ce peu qu'en ont pour moi les soupirs d'un mourant Du grand droit de régner seroit mauvais garant. Mais ne permettez pas que le roi me soupçonne , Comme si ma naissance ébranloit sa couronne; Quelque honneur, quelques droits qu'elle ait pu m' acquérir, Je ne viens disputer que celui de mourir.

JOCASTE

Je ne sais si Phorbas avouera votre histoire;

Mais, qu'il l'avoue ou non. j'aurai peine à vous croire.

Avec votre mourant Tirésie est d'accord,

A ce que dit le roi, que mon fils n'est point mort

C'est déjà quelque chose; et toutefois mon âme

Aime à tenir suspecte une si belle flamme.

Je ne sens point pour vous l'émotion du sang,

Je vous trouve en mon cœur toujours en même rang;

J'ai peine à voir un fils où j'ai cru voir un gendre;

La nature avec vous refuse de s'entendre .

Et me dit en secret, sur votre emportement.

Qu'il a bien peu d'un frère, et beaucoup d'un amant;

Qu'un frère a pour des sœurs une aideur plus remise,

A moins que sous ce titre un amant se déguise.

Et qu'il cherche en mourant la gloire et la douceur

D'arracher à la mort ce qu'il nomme sa sœur.

THÉSÉE

Que vous connoissez mal ce que peut la nature! Quand d'un parfait amour elle a pris la teinture. Et que le désespoir d'un illustre projet Se joint aux déplaisirs d'en voir périr l'objet, Il est doux de mourir pour une sœur si chère. Je l'aimois en amant, je l'aime encore en frère :

Page 1