ACTE IV, SCENE V
Après avoir choisi ma main pojr ce grand crime,
C'est le sang de Laïus qu'il choisit pour victime;
Et le bizarre éclat de son discernement
Sépare le forfait d'avec le châtiment.
C'est un sujet nouveau d'une haine implacable.
De voir sur votre sang la peine du coupable;
Et les dieux vous en font une éternelle loi ,
S'ils punissent en lui ce qu'ils ont fait par moi.
Voyez comme les fils de Jocaste et d'Œiiipe
D'une si juste haine ont tous deux le principe:
A voir leurs actions, à voir leur entretien,
L'un n'est que votre sang, l'autre n'est que le mien,
Et leur antipathie inspire à leur colère
Des préludes secrets de ce qu'il vous faut faire.
JOCASTS.
Pourrez-vous me haïr jusqu'à celte rigueur
De souhaiter pour vous même haine en mon cœur?
Toujours de vos vertus j'adorerai les charmes , Pour ne haïr qu'en moi la source de vos larmes.
JOCASTE
Et je me forcerai toujours à vous blâmer , Pour ne haïr qu'en moi ce qui vous fit m'aimer. Mais finissons , de grâce , un discours qui me tue : L'assassin de Laïus doit me blesser la vue; Et, malgré ce courroux par sa mort allumé, Je sens qu'Œdipe enfin sera toujours aimé.
ŒDIPE
Que fera cet amour?
JOCASTE
Ce qu'il doit à la haine.
ŒDIPE
Qu'osera ce devoir?
JOCASTE
Croître toujours ma peine.
ŒDIPE
Faudra-t-il pour jamais me bannir de vos yeux?
JOCASTE
Peut-être que demain nous le saurons des dieux.