‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 331 sur 343 · SCENE l. — ŒDIPE, DYMAS · texte numérisé non relu

SCENE l. — ŒDIPE, DYMAS

DYMAS

Seigneur, il est trop vrai que le peuple murmure; Qu'il rejette sur vous sa funeste aventure.

Et que de tous côtés on n'entend que mutins

Qui vous nomment l'auteur de leurs mauvais destins.

D'un devin suborné les infâmes prestiges

De l'ombre, disent-ils, ont fait tous les prodiges.

L'or moavoit ce fantôme; et, pour perdre Dircé,

Vos présens lui dictoient ce qu'il a prononcé.

Tant ils conçoivent mal qu'un si grand roi consente

A venger son trépas sur sa race innocente,

Qu'il assure son sceptre, aux dépens de son sang,

A ce bras impuni qui lui perça le flanc ,

Et que, par cet injuste et cruel sacrifice,

Lui-même de sa mort il se fasse justice!

ŒDIPE

Ils ont quelque raison de tenir pour suspect Tout ce qui s'est montré tantôt à leur aspect; Et je n'ose blâmer cette horreur que leur donne L'assassin de leur roi qui porte sa couronne. Moi-même, au fond du cœur, de même horreur frappé, Je veux fuir le remords de son trône occupé ; Et je dois cette grâce à l'amour de la reine, D'épargner ma présence aux devoirs de sa haine, Puisque de notre hymen les liens mal tissus Par ces mêmes devoirs semblent être rompus. Je vais donc à Corinthe achever mon supplice. Mais ce n'est pas au peuple à se faire justice : L'ordre que tient le ciel à lui choisir des rois Ne lui permet jamais d'examiner son choix. Et le devoir aveugle y doit toujours souscrire Jusqu'à ce que d'en haut on veuille s'en dédire. Pour chercher mon repos, je veux bien me bannir; Mais, s'il me bannissoit, je saurois l'en punir; Ou, si je succombois sous sa troupe mutine. Je saurois l'accabler du moins sous ma ruine.

DYMAS

Seigneur, jusques ici ses plus grands déplaisirs Pour armes contre vous n'ont pris que des soupirs; Et cet abattement que lui cause la peste Ne souffre à son murmure aucun dessein funeste. Mais il faut redouter que Thésée et Dircé N'osent pousser plus loin ce qu'il a commencé. Phorbas même est à craindre, et pourroit le réduire Jusqu'à se vouloir mettre en état de vous nuire.

ŒDIPE

Thésée a trop de cœur pour une trahison; Et d'ailleurs j'ai promis de lui faire raison. Pour Dircé, son orgueil dédaignera sans doute L'appui tumultueux que ton zèle redoute.

ACTi: V, SCÈNE I. 391

Phorbas est plus à craindre, étant moins généreux; Mais il nous est aisé de nous assurer d'eux. Fais-les venir tous trois, que je lise en leur âme S'ils prèteroient la main à quelque sourde trame. Commence par Phorbas : je saurai démêler Quels desseins....

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