‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 332 sur 343 · SCÈNE III. — ŒDIPE, IPHICRATE, S-^ITZ · texte numérisé non relu

SCÈNE III. — ŒDIPE, IPHICRATE, S-^ITZ

ŒDIPE

Eh bien! Polybe est mort?

IPHICRATE

Oui, seigneur,

ŒDIPE

Mais vous-même Venir me consoler de ce malheur suprême ! Vous qui. chef du conseil, devriez maintenant, Attendant mon retour, être mon lieutenant! Vous , à qui tant de soins d'élever mon enfance Ont acquis justement toute ma confiance ! Ce voyage me trouble autant qu'il me surprend.

IPHICRATE

Le roi Polybe est mort; ce malheur est bien grand: Mais comme enfin, seigneur, il est suivi d"un pire, Pour l'apprendre de moi faites qu'on se retire.

{OEdipe fait un signe de tête à sa suite , qui Vohlige à i retirer.)

ŒDIPE

Ce jour est donc pour moi le grand jour des malheurs,

Puisque vous apportez un comble à mes douleurs.

J'ai tué le feu roi jadis sans le connoître;

Son fils, qu'on croyoit mort, vient ici de renaître;

Son peuple mutiné me voit avec horreur;

Sa veuve mon épouse en est dans la fureur.

Le chagrin accablant qui me dévore l'âme

Me fait abandonner et peuple, et sceptre, et femme,

Pour remettre à Corinthe un esprit éperdu»

Et par d'autres malheurs je m'y vois attendu I

IPHIGRATE.

Seigneur, il faut ici faire tête à l'orage:

Il faut faire ici ferme, et montrer du courage.

Le repos à Corinthe en effet seroit doux.

Mais il n'est plus de sceptre à Corinthe pour vous,

ŒDIPE

Quoi! l'on s'est emparé de celui de mon père?

IPHIGRATE.

Seigneur, on n'a rien fait que ce qu'on a dû faire; Et votre amour en moi ne voit plus qu'un banni, De son amour pour vous trop doucement puni.

ŒDIPE

Quelle énigme !

IPHIGRATE.

Apprenez avec quelle justice Ce roi vous a dû rendre un si mauvais office. Vous n'étiez point son fils.

Dieux! Qu'entends-je?

IPHIGRATE.

A regret Ses remords en mourant ont rompu le secret. Il vous gardoit encore une amitié fort tendre : Mais le compte qu'aux dieux la mort force de rendre A porté dans son cœur un si pressant effroi , Qu'il a remis Corinthe aux mains de son vrai roi.

ŒDIPE

Je ne suis point son fils ! et que suis-je , Iphicrate 7

IPHIGRATE,

Un enfant exposé, dont le mérite éclate,

Et de qui par pitié j'ai dérobé les jours

Aux ongles des lions, aux griffes des vautours.

ŒDIPE

Et qui m'a fait passer pour le fils de ce prince?

IPHIGRATE.

Le manque d'héritiers ébranloit sa province. Les trois que lui donna le conjugal amour Perdirent en naissant la lumière du jour; Et la mort du dernier me fit prendre l'audace De vous offrir au roi, qui vous mit en sa place.

Ce que l'on se promit de ce fils supposé Réunit sous ses lois son Etat divisé; Mais, comme cet abus finit avec sa vie, Sa mort de mon supplice auroit été suivie. S'il n'eût donné cet ordre à son dernier moment, Qu'un juste et prompt exil fut mon seul châtiment.

Page 1