ACTE V, SCÈNE IX
Est suivi d'un poignard quen ses flancs il enfonce. La reine, à ce malheur si peu prémédité, Semble le recevoir avec stupidité.
L'excès de sa douleur la fait croire insensible : Bien n'échappe au dehors qui la rende visible ; El tous ses sentimens enfermés dans son cœur Ram:;ssent en secret leur dernière vigueur. Nous autres ce:endant, autour d'elle rangées, Stupides ainsi qu'elle, ainsi qu'elle affligées. Nous n'osons rien permettre à nos fiers déplaisirs Et nos pleurs par respect attendent ses soupirs.
Mais enfin tout à coup . sans changer de visage . Du mort qu'elle contemple elle imite la rage , Se saisit du poignard, et de sa propre main A nos yeux comme lui s"en traverse le sein. On diroit que du ciel l'implacable colère Nous arrête les bras pour lui laisser tout faire. Elle tombe . elle expire avec ces derniers mots : «Allez dire à Dircé qu'elle vive en repos, Que de ces lieux maudits en hâte elle s'exile; Athènes a pour elle un glorieux asile , Si toutefois Thésée est assez généreux . Pour n'avoir point d'horreur d'un sang si malheareui. *
THÉSÉE
Ah! ce doute m'outrage; et si jamais vos charmes.. .
DIRCÉ
Seigneur, il n'est saison que de verser des larmes. La reine, en expirant, a donc pris soin de moi! Mais tu ne me dis point ce qu'elle a dit du roi?
NÉRINE
Son âme en s'envolant . jalouse de sa gloire, Craignoit d'en emporter la honteuse mémoire; Et, n'osant le nommer son fils ni son époux, Sa dernière tendresse a toute été pour vous.
DlRCÉ.
Et je puis vivre encore après l'avoir perdue!