‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 342 sur 343 · CLÉANTE · texte numérisé non relu

CLÉANTE

La santé dans ces murs tout d'un coup répandue

Fait crier au miracle et bénir hautement

La bonté de nos dieux d'un si prompt changement.

Tous ces mourans, madame, à qui déjà la pesie

Ne laissoit qu'un soupir, qu'un seul moment ne reste,

En cet heureux moment rappelés des abois , Rendent grâces au ciel d'une commune voix : Et l'on ne comprend point quel remède il applique A rétablir sitôt l'allégresse publique.

DIRCÉ

Que m'importe qu'il montre un visage plus doux, Quand il fait des malheurs qui ne sont que pour nous? Avez-vous vu le roi, Dymas?

DYMAS

Hélas! princesse, On ne doit quà son sang la publique allégresse. Ce n'est plus que pour lui qu'il faut verser des pleurs : Ses crimes inconnus avoient fait nos malheurs; Et sa vertu souillée à peine s'est punie, Qu'aussitôt de ces lieux la peste s'est bannie.

THÉSÉE

L'effort de son courage a su nous éblouir : D'un si grand désespoir il cherchoit à jouir, Et de sa fermeté n'empruntoit les miracles Que pour mieux éviter toutes sortes d'obstacles.

DIRCÉ

Il s'est rendu par là maître de tout son sort. Mais achève. Dymas, le récit de sa mort; Achève d'accabler une âme désolée.

DYMAS

Il n'est point mort, madame; et la sienne, ébranlée Par les confus remords d'un innocent forfait, attend l'ordre des dieux pour sortir tout à fait.

DIRCÉ

Que nous disois-tu donc?

DYMAS

Ce que j'ose encor dire, Qu'il vit et ne vit plus, qu'il est mort et respire; Et que son sort douteux, qui seul reste à pleurer, Des morts et des vivans semble le séparer. Jétois auprès de lui sans aucunes alarmes; Son cœur sembloit calmé , je le voyois sans armes , Quand soudain, attachant ses deux mains sur ses yeux; a Prévenons, a-t-il dit, l'injustice des dieux: Commençons à mourir avant qu'ils nous l'ordonnent; Qu'ainsi que mes forfaits mes supplices étonnent. Ne voyons plus le ciel après sa cruauté : Pour nous venger de lui dédaignons sa clarté; Refusons-lui nos yeux , et gardons quelque vie Qui montre encore à tous quelle est sa tyrannie.» Là, ses yeux arrachés par ses barbares raai.ns Font distiller un sang qui rend l'âme aux Thébains.

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