CLÉANTE
La santé dans ces murs tout d'un coup répandue
Fait crier au miracle et bénir hautement
La bonté de nos dieux d'un si prompt changement.
Tous ces mourans, madame, à qui déjà la pesie
Ne laissoit qu'un soupir, qu'un seul moment ne reste,
En cet heureux moment rappelés des abois , Rendent grâces au ciel d'une commune voix : Et l'on ne comprend point quel remède il applique A rétablir sitôt l'allégresse publique.
DIRCÉ
Que m'importe qu'il montre un visage plus doux, Quand il fait des malheurs qui ne sont que pour nous? Avez-vous vu le roi, Dymas?
DYMAS
Hélas! princesse, On ne doit quà son sang la publique allégresse. Ce n'est plus que pour lui qu'il faut verser des pleurs : Ses crimes inconnus avoient fait nos malheurs; Et sa vertu souillée à peine s'est punie, Qu'aussitôt de ces lieux la peste s'est bannie.
THÉSÉE
L'effort de son courage a su nous éblouir : D'un si grand désespoir il cherchoit à jouir, Et de sa fermeté n'empruntoit les miracles Que pour mieux éviter toutes sortes d'obstacles.
DIRCÉ
Il s'est rendu par là maître de tout son sort. Mais achève. Dymas, le récit de sa mort; Achève d'accabler une âme désolée.
DYMAS
Il n'est point mort, madame; et la sienne, ébranlée Par les confus remords d'un innocent forfait, attend l'ordre des dieux pour sortir tout à fait.
DIRCÉ
Que nous disois-tu donc?
DYMAS
Ce que j'ose encor dire, Qu'il vit et ne vit plus, qu'il est mort et respire; Et que son sort douteux, qui seul reste à pleurer, Des morts et des vivans semble le séparer. Jétois auprès de lui sans aucunes alarmes; Son cœur sembloit calmé , je le voyois sans armes , Quand soudain, attachant ses deux mains sur ses yeux; a Prévenons, a-t-il dit, l'injustice des dieux: Commençons à mourir avant qu'ils nous l'ordonnent; Qu'ainsi que mes forfaits mes supplices étonnent. Ne voyons plus le ciel après sa cruauté : Pour nous venger de lui dédaignons sa clarté; Refusons-lui nos yeux , et gardons quelque vie Qui montre encore à tous quelle est sa tyrannie.» Là, ses yeux arrachés par ses barbares raai.ns Font distiller un sang qui rend l'âme aux Thébains.