‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 49 sur 343 · SCÈNE II. — PHOCAS, PULCHÉRIE, CRISPE · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — PHOCAS, PULCHÉRIE, CRISPE

PHOCAS

Enfin, madame, il est temps de vous, rendre. Le besoin de l'État défend de plus attendre; Il lui faut des Césars, et je me suis promis D'en voir naître bientôt de vous et de mon fils. Ce n'est pas exiger grande reconnoissance Des soins que mes bontés ont pris de votre enfance, De vouloir qu'aujourd'hui, pour prix de mes bienfaits, Vous daigniez accepter les dons que je vous fais. Ils ne font point de honte au rang le plus sublime; Ma couronne et mon fils valent bien quelque estime : Je vous les offre encore après tant de refus; Mais apprenez aussi que je n'en souffre plus; Que de force ou de gré je me veux satisfaire; Qu'il me faut craindre en maître, ou me chérir en père, Et que, si votre orgueil s'obstine à me haïr, Qui ne peut être aimé se peut faire obéir.

PULCHÉRIE

J'ai rendu jusqu'ici cette reconnoissance A ces soins tant vantés d'élever mon enfance , Que , tant qu'on m'a laissée en quelque liberté - J'ai voulu me défendre avec civilité; Mais, puisqu'on use enfin d'un pouvoir tyrannique, Je vois bien qu'à mon tour il faut que je m'explique . Que je me montre entière à l'injuste fureur, Et parle à mon tyran en fille d'empereur. Il falloit me cacher avec quelque artifice Que j'étois Pulchérie et fille de Maurice , Si tu faisois dessein de m'éblouir les yeux Jusqu'à prendre tes dons pour des dons précieux. Vois quels sont ces présens , dont le refus t'étonne : Tu me donnes, dis-tu, ton fils et ta couronne:

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