SCENE I. — HERACLIUS
Quelle confusion étrange De deux princes fait un mélange Qui met en discord deux amis !
Un père ne sait où se prendre; Et plus tous deux s'osent défendre Du titre infâme de son fils, Plus eux-mêmes cessent d'entendre Les secrets qu'on leur a commis.
Léontine avec tant de ruse Ou me favorise ou m'abuse, Qu'elle brouille tout notre sort:
Ce que j'en eus de connoissance Brave une orgueilleuse puissance Qui n'en croit pas mon vain effort; Et je doute de ma naissance Quand on me refuse la mort.
Ce fier tyran qui me caresse Montre pour moi tant de tendresse Que uiuu cœur s'en laisse alarmer :
Lorsqu'il me pris el me conjure, Son amitié paroît si pure, Que je ne saurois présumer Si c'est par instinct de nature, Ou par coutume de m'aimer.
Dans cette croyance incertaine, J'ai pour lui des transports de haine Que je ne conserve pas bien:
Cette grâce qu'il veut me faire Étonne et trouble ma colère; Et je n'ose résoudre rien, Quand je trouve un amour de père En celui qui m'ôta le mien.
Retiens, grande ombre de Maurice, Mon âme au bord du précipice Que cette obscurité lui fait, Et m'aide à faire mieux connoître Qu'en ton fils Dieu n'a pas fait naîtra Un prince à ce point imparfait,