‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 91 sur 343 · SCÈNE VI. — HÉRACLIUS, PULCHÉRIE. MARTIAN, AMINTAS · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. — HÉRACLIUS, PULCHÉRIE. MARTIAN, AMINTAS

AMINTAS

Mon bras Vient de laver ce nom dans le sang de Phocas.

HÉRACLIUS

Que nous dis-tu?

AMINTAS

Qu'à tort vous nous prenez pour traîtres*, Qu'il n'est plus de tyran; que vous êtes les maîtres.

De q'ioi?

AMINTAS

De tout l'empire.

MARTIAN,'

Et par toi?

AMINTAS

Non, seigneur; Un autre en a la gloire, et j'ai part à l'honneur,

HÉRACLIUS

Et quelle heureuse main finit notre misère?

AMINTAS

Princes, l'auriez-vous cru? c'est la main d'Exupère.

MARTIAN

Lui; qui me trahissoit?

AMINTAS

c'est de quoi s'étonner :

Il ne vous trahissoit que pour vous couronner.

HÉRACLIUS

N'a-t-il pas des mutins dissipé la furie?

AMINTAS

Son ordre excitoit seul cette mutinerie.

MARTIAN

Il en a pris les chefs, toutefois?

AMINTAS

Admirez Que ces prisonniers même avec lui conjurés Sous cette illusion couroient à leur vengeance : Tous contre ce barbare étant d'intelligence, Suivis d'un gros d'amis nous passons librement Au travers du palais à son appartement. La garde y restoit foible, et sans aucun ombrage; Crispe même à Phocas porte notre message : Il vient; à ses genoux on met les prisonniers. Qui tirent pour signal leurs poif^nards les premiers Le reste, impatient dans sa noble colère. Enferme la victime; et soudain Exupère : a Qu'on arrête, dit-il; le premier coup m'est dû •

J 12 HÉRACLIUS

C'est lui qui me rendra l'honneur presque perdu. »

Il frappe, et le tyran tombe aussitôt sans vie,

Tant de nos mains la sienne est promptement suivie.

II s'élève un grand bruit, et mille cris confus

Ne laissent discerner que Vive HéracHus !

Nous saisissons la porte, et les gardes se rendent

Mêmes cris aussitôt de tous côtés s'entendent;

Et de tant de soldats qui lui servoient d'appui,

Phocas, après sa mort, n'en a pas un pour lui.

PULCHÉRIE

Quel chemin Exupère a pris pour sa ruine!

AMINTAS

Le voici qui s'avance avecque Léontine.

SCÈNE VIL — HÉRACLIUS. MARTIAN. LÉONTINE, PULCHÉRIE, EUDOXE, EXUPERE, AMINTAS, troupe.

HÉRACLIUS, à Léontine.

Est-il donc vrai, madame? et changeons-nous de sort^ Amintas nous fait-il un fidèle rapport?

LÉOXTINE.

Seigneur, un tel succès à peine est concevable; Et d'un si grand dessein la conduite admirable...

HÉRACLIUS, à Exupère.

Perfide généreux, hâte-toi d'embrasser Deux princes impuissans à te récompenser,

EXUPÈRE , à HéracHus.

Seigneur, il me faut grâce ou de l'un ou de l'autre . J'ai répandu son sang, si j'ai vengé le vôtre.

MARTIAN

Qui que ce soit des deux, il doit se consoler

De la mort d'un tyran qui vouloit l'immoler :

Je ne sais quoi pourtant dans mon cœur en murmure.

HÉRACLIUS

Peut-être en vous par là s'explique la nature : Mais, prince, votre sort n'en sera pas moins doui; Si l'empire est à moi, Pulchérie est à vous. Puisque le père est mort, le fils est digne d'elle,

{A Léontine.) Terminez donc, madame, enfin notre querelle.

LÉONTINE

Mon témoignage seul peut-il en décider?

MARTIAN

Quelle autre sûreté pourrions-nous demander?

Je vous puis être encor suspecte d'artifice. Non, ne m'en croyez pas; croyez rimpératrice.

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