‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 96 sur 343 · LE SOLEIL, MELPOMÈNE · texte numérisé non relu

LE SOLEIL, MELPOMÈNE

MELPOMÈNE

Arrête un peu ta course impétueuse; Mon théâtre, Soleil, mérite bien tes yeux; Tu n'en vis jamais en ces lieux La pompe plus majestueuse :

J'ai réuni, pour la faire admirer, Tout ce qu'ont de plus beau la France et l'Italie; De tous leurs arts mes sœurs Tont embellie : Prête-moi tes rayons pour la mieux éclairer. Daigne à tant de beautés, par ta propre lumière, Donner un parfait agrément .

Et rends cette merveille entière En lui servant toi-même d'ornement.

LE SOLEIL

Charmante muse de la scène, Chère et divine Melpomène, Tu sais de mon destin l'inviolable loi; Je donne l'âme à toutes choses, Je fais aulr toutes les causes;

■j22 ANDROMÈDE.

tfais quand je puis le plus, je suis le moins à moi;

Par une puissance plus forte

Le char que je conduis m'emporte :

Chaque jour sans repos doit et naître et mourir.

J'en suis esclave alors que j'y préside; Et ce frein que je tiens aux chevaux que je guide Ne règle que leur route, et les laisse courir.

MELPOMÈNE

La naissance d'Hercule et le festin d'Atrée

T'ont fait rompre ces lois; Et tu peux faire encor ce qu'on t'a vu deux fois

Faire en même contrée.

Je dis plus; tu le dois en faveur du srectacle Qu'au monarque des lis je prépare aujourd'hui; Le ciel n'a fait que miracles en lui; Lui voudrois-tu refuser un miracle?

LE SOLEIL

Non . mais je le réserve à ces bienheureux jours Qu'ennoblira sa première victoire; Alors j'arrêterai mon cours Pour être plus longtemps le témoin de sa gloire. Prends cependant le soin de le bien divertir, Pour lui faire avec joie attendre les années Qui feront éclater les belles destinées Des peuples que son bras lui doit assujettir. Calliope ta sœur, déjà d'un œil avide Cherche dans l'avenir les faits de ce grand roi, Dont les hautes vertus lui donneront emploi Pour plus d'une Iliade et plus d'une Enéide.

MELPOMÈNE

Que je porte d'envie à cette illustre sœur,

Quoique j'aie à craindre pour elle Que sous ce grand fardeau sa force ne chancelle! Mais, quel qu'en soit enfin le mérite et l'honneur.

J'aurai du moins cet avantage Que déjà je le vois, que déjà je lui plais, Et que de ses vertus, et que de ses hauts faits Déjà dans ses pareils je lui trace une image. Je lui montre Pompée, Alexandre, César, Mais comme des héros attachés à son char; Et tout ce haut éclat où je les fais paroitre Lui peint plus qu'ils n'étoient, et moins qu'il ne doit être.

LE SOLEIL

Il en effacera les plus glorieux noms

Dès qu'il pourra lui-même animer son armée;

Et tout ce que d'eux tous a dit la renommée

Page 1