Brantôme, éd. Lalaniie, III
Ronsard — VIII. 17
pagnon de jeux. « Le Roy, dit Binet, ne failbit partie, fuft à la luitte, fufl: au balon, & autres exercices propres à dégourdir & fortifier la ieuneffe, où Ronfard ne fuft toufiours appelle de fon cofté : Tefmoin lors que le Roy fit partie au balon dans le pré aux Clercs, auec MonfieurdeLongueuille : où le Roy ne voulut iamais commencer le jeu qu'il n'y fuft, & dit tout haut, après auoir gaigné, que Ronfard en eftoit la caufe ^ »
Cette renommée, dont il s'était contenté quelque temps, ne lui suffisait plus; ce qu'il voulait, c'était avoir à la Cour, comme poète, un rang digne de lui. Il y parvint lorsque la princesse Marguerite eut ouvert les yeux de son frère Henri II : « Il eftima à grand honneur, dit Binet, d'auoir vn fi bel efprit en fon Royaume : Et de là en auant le gratifia & d'honneurs & de biens affez amplement, & de penlion ordinaire-. »
Ronsard ne négligeait rien pour mériter ces faveurs. Lui
1. Ce texte n'existe que dans l'édition de 1623; il est tout différent dans la première rédaction de Binet, où l'adversaire du roi s'appelle Mons'' de Laval, et raccourci de plus de la moitié dans ses deux autres rédactions. Le prince qui fut Henri II n'était encore que dauphin lors de ses parties de ballon avec Ronsard, que Binet place vers 154^. — P. L.
2. Ronsard n'a pas eu à se louer de la générosité de Henri II autant que Binet l'afîirme ici. Il s'est au contraire plaint à plusieurs reprises de l'indifférence du roi. Les bénéfices de cures qu'il obtint sous son règne sont dus à des libéralités directes des prélats Jean du Bellay, Odet de Chastillon, peut-être Charles de Lorraine. Néanmoins Ronsard est qualifié « poëte ordinaire du Ro}'' » dès 1554, « conseiller et aumônier ordinaire du Roy » en février 1559 (n. st.), et il recevait pour cette sinécure une pension de 1200 livres. — Cf. mon édition critique de la Vie de Ronsard, p. 152. — Quant à la princesse Marguerite, elle continua à s'intéresser vivement au sort de Ronsard, même après avoir quitté la France pour son duché de Savoie. Voir ci-après les Pièces justificatives, n" II. — P. L.
SUR PIERRU DE RONSARD IÇf
que nous avons vu en 1554 se vantant de ne point mendier « Des Rois ni biensfaidz ni honneurs^ », adresse, en 1555, à Diane de Poitiers, une pièce du troisième livre de ses Odes dans laquelle il lui donne un avant-goût des louanges qu'il voudrait être admis à lui prodiguer (VI, 239-240) :
le chanterois vers l'eglife ta foy.
Comme tu es la parente du Roy Oui te chérit comme vite Dame fage, De bon confeil, & de gentil courage, Graue, bénigne, aimant les bons e/J)ris Et ne mettant les Mufes à viefjiris.
Ces éloges ont de quoi surprendre, et ce n'est guère sous cet aspect que nous nous représentons la favorite d'Henri 1 1 ; il est Juste de remarquer pourtant que certains contemporains, dont l'appréciation était tout à fait désintéressée, s'exprimaient à peu près de môme à son sujet. Marino Cavalli, ambassadeur vénitien, dit dans un de ses rapports : « Henri II n'eft guère adonné aux femmes : la Tienne lui luffît; pour la converfation, il s'en tient à celle de Madame la Senechale de Normandie, âgée de quarante huit ans. Il a pour elle une tendreffe véritable; mais on penfe qu'il n'y a rien de lafcif, cn: que dans cette affedion c'efl comme entre mère & fils ; on affirme que cette dame a entrepris d'endoctriner, de corriger, de confeiller M'' le Dauphin -. »
Les soUicitations du poète paraissent n'avoir pas eu grand succès. Il les a souvent renouvelées, tout en variant le plus possible leur forme (VI, 304) :
Seray-ie feul viuanl en France de vojlre âge, Sans chanter voftre nom Ji craint & fi piiifant?