‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 13 sur 77 · I. Œuvres, éd. d'Amsterdam, 1723, t. I, viii, col · texte numérisé non relu

I. Œuvres, éd. d'Amsterdam, 1723, t. I, viii, col

et ses amis littéraires, qui suivaient attentivement cette évolution, ne manquèrent pas de s'en apercevoir et de l'en féliciter.

C'est que Marie du Pin (ou Dupin)% la nouvelle maîtresse qui eut une si heureuse influence sur le ton de ses poésies amoureuses, n'était pas « d'vn lieu fi hautain que Calfandre )>, dit-il lui-même, mais la « fille d'vne hoftellerie )>, d'après Belleau qui commenta en 1560 le second livre des Amours, « vne fimple païfante », d'après Baïf qui la vit de près.

Ronsard l'avait rencontrée au Port Guyet, près de Bourgueil, en avril 1555. Elle était libre et d'accès relativement facile, surtout quand elle allait dans les prairies faire paître ses bœufs, hors des regards de sa mère et de ses sœurs. Certaines confidences de Ronsard ne laissent aucun doute à ce sujet; nous n'en citerons qu'une, qu'il s'empressa de faire à Du Bellay, qui se morfondait alors à Rome (I, 155) :

Vue fille d'Anjou, me détient en fervagc, Ores haifant fa main & ores /on ietin, Et ores fes beaux yeux ajlres de mon defiin. le vy (comme Ion dit) trop plus heureux quefagc.

Cassandre, mariée et inaccessible, fut donc abandonnée pour cette « fleur Angeuine de quinze ans », qui avait afi'olé par quelques coquetteries l'imagination de notre poète sensuel.

Au reste, s'il rompit avec sa première Muse, ce ne fut pas, comme il le prétend, parce qu'il n'obtenait pas la récompense tant sollicitée, mais parce qu'il se trouva ridicule de soupirer ainsi vainement et ressentit une véritable lassitude d'avoir fait l'amoureux transi sans espoir, et, comme on disait alors, d'avoir « petrarquisé » pendant plusieurs années.

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