‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 15 sur 77 · Voir t. I, pp. iio-iii · texte numérisé non relu

Voir t. I, pp. iio-iii

2. A vue Dame. Voir pour cette pièce pleine d'esprit la thèse d'H. Chamard sur Joacbim du Bellay (1900), pp. 195 et suiv.

Mais voyant que toujiours clic marcboit plus fier e, le defiiay du tout mon amitié première. Pour eu. aimer vue autre en ce pa'is d'Anjou, Oit maintenant Amour me détient fous le joii '.

Ce jour-là notre poète fit un coup de maître sous l'influence de l'esprit gaulois. Tout au moins, s'il pétrarquisa encore, ce fut plus discrètement, ou ce fut indirectement, par un intermédiaire comme le poète néo-latin Marulle, jusqu'au jour lointain où, pour pleurer la mort de Marie, il emprunta à Pétrarque lui-même les accents, d'ailleurs admirables, dont celui-ci avait pleuré Laure morte.

Ronsard fut très vivement épris de Marie, à preuve la véritable jalousie que lui fit concevoir dès 1556 un rival plus beau, plus riche, partant plus heureux que lui. Il était jaloux de tous ceux qui approchaient Marie, même du médecin qui la soignait, et Binet nous dit en propres termes : « Il l'a fort aimée, & icelle quittée pour quelque jaloufie conçue. » Il n'en faudrait pas plus pour expliquer le style relativement simple, attendri et pénétrant, des œuvres qu'elle lui inspira. Le poète avait à cœur de se faire comprendre de cette belle paysanne. Les sonnets se débarrassèrent donc de leur mythologie, et les odes devinrent des chansons sans prétention, du moins sans emphase ni obscurité, des chansons qu'apprirent les gens de Bourgueil et qui coururent le pays.

Après 1556, Ronsard n'eut pas de longues relations avec Marie. Il nous dit lui-même que son « feruage à Bourgueil » n'a pas duré plus de trois ans, ce qui place le moment de leur séparation au printemps de 1558. C'est probablement

j. Elégie à fou Hure, t. I, pp. 126 et 130. C'est à la fin de cette jolie pièce qu'on trouvera les principes d'esthétique qui ont guidé- Ronsard dans la Continuation des Amours (1555) et la Nouuelle Continuation des Amours (1556). Cf. le poème A Ican Morel, qui servait de prologue à ce dernier recueil (t. V, pp. 209-212).

l'année précédente que Ronsard, retiré à la Possonnière (où le retenaient des affaires de famille et peut-être aussi la crainte du siège de Paris par les Impériaux), se rendit de Couture à Bourgueil pour offrir une « quenoille Vandomoife » à Marie l'Angevine. C'est probablement encore au sujet de Marie que Ronsard écrivit 1' « amourette » Or' que rbyner..., bien que l'héroïne de cette idylle ne soit pas nommée. Mais il s'en tint là et ne tarda pas à quitter la belle, pour avoir fait définitivement « accointance d'vn autre feruiteur ^ )>.

Ronsard avait un talent très souple, et il s'en vantait :

Le pèlerin ejl fot qui ne fçait qii'viie rolic, Le foldat qu'vne emhufche, & fot ejl le nocher Oui ne peut fou bateau que d'viie ancre acrocher -.

Aussi a-t-il composé parallèlement des œuvres graves et des œuvres légères durant une bonne partie de sa carrière. En même temps que les sonnets et les chansons pour Marie, il publiait deux recueils à'Hymnes (1555-1556), par lesquels il pensait préluder à la Franciadeh]

Il avait formé ce rêve, souvent renouvelé depuis avec aussi peu de succès : doter la France d'une épopée. Du Bellay avait consacré un chapitre de son programme au long Poème Françoys {Œuvres, I, 41), et Ronsard s'était réservé cette tâche. Cette épopée nationale devait nécessairement

1. Cf. la présente édition, t. IV, p. 16. — Il la revit toutefois à Tours en avril 1560 et déclara quelques mois après, dans le plus passionné des épilogues, qu'il l'avait « fix ans plus que fon cœur aimée » {Voyage de Tours, t. I , p. i6r ; Elégie à Marie, t. I, p. 207).

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