Mémoires, éd. Lalanne^ VII
Que c'cjl qu'il fait, ce qu'il dit, ce qu'il cjî : Tu luy diras qu'icy tout luy dejplaijî, Soiil de foy-mcfuic'^...
Il ne se trompait point sur l'intérêt qu'elle lui portait, comme Marcassus nous l'apprend par une note placée en tête du premier livre des PoPiiies, qui lui est dédié (éd. 1623, p. 1 171) : « Cette Princeffe cheriffoit grandement noftre Poëte, & l'eftimoit comme elle le tefmoigna bien par le buffet de vaiffelle d'argent, de la valeur de deux mil efcus, qu'elle luy enuoya, auec cefte infcription : A Ronfard l'Apollon des François-. «
Il ne faudrait pas prendre au tragique la tristesse d'ailleurs très réelle du poète. Le jeune roi de quatorze ans qui venait de monter sur le trône lui apportait des distractions de son goût 5. On sait qu'il existait entre Charles IX et lui un aimable commerce de poésie (V, 258) :
I. De ces deux citations lu prcmicre est extraite d'une élégie publiée en 1563 au 3° livre des Nouuelles Pocftes, dont le 2^ livre contenait deux autres élégies inspirées par le départ de Marie Stuart (V, 15 et 17); la seconde est extraite d'un « envoi » publié en 1567, qui accompagnait manuscrit le volume des Elégies, Mafcarades & Bergerie offert à la reine d'Ecosse en 1565 (la Bergerie lui était personnellement dédiée). Ajoutons la « fantailie » de 1^67, Bien que le trait (V, 8) et le sonnet de 1578, Eucores que la mer, qui à cette date est placé en tête du 2'^ livre des Poruies, dédié à Marie Stuart (V, 3). — P. L.
2. Suivant Binet, ce fut en 1583, étant prisonnière, que Marie Stuart fit remettre, par le sieur de Nau, son secrétaire, ce présent à Ronsard.
3. Charles IX n'avait que dix ans et demi à la mort de son frère (décembre 1560). Catherine de Médicis régente fit proclamer la majorité de son fils par le parlement de Rouen dès le début de sa quatorzième année, le 15 août 1563, après le siège du Havre. — L'échange de vers dont Marty-Laveaux parle ensuite a dû se faire au plus tôt en 1568 ou i569,»lors que Ronsard habitait le prieuré de Saint-Cosme près de Tours. — P. L.
// faifoit de mes vers & de vioy telle ejlhiie. Que fouuent fa grandeur me rcfcriiioit en ryiiie. Et ie luy rejpondois, m'ejUmant hien-heureux De me voir ajfailly d'vn Roy fi généreux.
A ce sujet les demi-lettrés citent volontiers ces beaux vers attribués à Charles IX :
Tous deux également nous portons des Couronnes ; Mais, roy, ic les reçois, & Poète, tu les donnes.
Nous devons les détromper ; jamais ce prince n'a exprimé des idées aussi libérales, dans un style aussi cornélien. C'est en pleine Fronde que ces vers ont été écrits. On les trouve pour la première fois dans une Histoire de France, publiée par un certain Jean Royer. Assez mauvais poète, il se piquait cependant d'écrire des tragédies et était fort lié avec Rotrou. Peut-être celui-ci est-il pour quelque chose dans les vers en question, fort analogues à la nature de son talent \
Le roi écrit d'un tout autre style, amical mais enfantin (III, 179):
Donc ne t'ainu/e plus à faire ton nnfnage. Maintenant n'efi plus temps de faire iardinagc : Il faut future ton Roy qui t'aiine par fus tous Pour les vers qui de toy coulent braues & dous.
Parfois il laisse percer son égoïsme, et même quelque dureté (III, 181) :
... lors que la vicilleffe en comparaifon ofc Regarder ma icunefje, en vain elle propofc De fe rendre pareille à mon ieune Printemps : Car en ton froid Hyuer rien de verd n'efi dedans.
La réponse du poète est empreinte d'une gravité digne (III, 182-183) :