‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 20 sur 77 · I. Voir t. VII, p · texte numérisé non relu

I. Voir t. VII, p

Charles, tel que ie fuis, vous fere:^ quelque jour :

le vous pa£'e, mon Roy, de vingt & deux nmièes^.

Heureux, trois fois Ijeureiix, Ji vous auie^ uion âge, Vous ferie:^ deliurê de l'importune rage Des clmudes pajfions, dont l'homme ne vit franc Quand fon gaillard printemps luy efchaujfe lefing.

Ces sages remarques ne faisaient pas grande impression sur le prince, qui avait la familiarité brutale et la plaisanterie un peu lourde. Selon Binet, « il difoit ordinairement en gauffant qu'il auoit peur de perdre fon Ronfard, & que le trop de biens ne le rendift pareffeux au meftier de la Mufe, & qu'vn bon Poëte ne fe deuoit non plus engraiffer que le bon cheual, & qu'il le falloit feulement entretenir, & non affouuir- ».

La conformité de goûts qui unissait le roi et le poète effaçait bien vite ces petits dissentiments. Ils étaient passionnés tous deux pour la chasse et la fauconnerie. Aussi Ronsard ne dédaigne point de placer parmi les épitaphes des grands personnages de son temps celle de Courte, chienne du Roy Charles IX, que le prince chérissait si fort qu'il se fit faire des gants de sa peau (V, 320) :

Apres que la Mort la ranit Encore le Roy s'en feruit, Faifant conroyer fa peau, forte En gans que fa Maieflé porte.

Bientôt Beauviont, lévrier du roi, meurt à son tour, et le

1. Charles IX étant né le 27 juin 1550, Ronsard, d'après ce vers, serait né en 1528; mais il est certain qu'il se rajeunit. Voyez cidessus p. 161, note I.

2. Sur les sources de ce témoignage et sur les « biens » que Ronsard reçut de Charles IX, voir mon édition critique de la Vie de Ronsard, pp. 165, 167-168. — P. L.

poète le fait dialoguer avec Caron et nous montre Courte le recevant dans les Champs Élysées (V, 325) :

Courte à Beamnont fijl l'immhle reucrence, Lny demanda des nouuelles de France :

Puis font entrci dejfons les hais myrtes '.

Malgré la différence des rangs, le roi et le poète échangeaient divers présents. Binet, en parlant de la prédilection de Ronsard pour Bourgueil, nous dit que cet endroit lui plaisait « à caufe du déduit de la chaffe auquel il s'exerçoit volontiers, & où pour cet exercice il faifoit nourrir des chiens que le feu Roy Charles luy auoit donnez, enfemble vn Faucon, & vn Tiercelet d'autour ».

Le poète, qui « fçauoit (comme il n'ignoroit rien) beaucoup de beaux fecrets pour le iardinage, fuft pour femer, planter, ou pour enter, & greffer en toutes fortes... fouuent en prefentoit des fruids au Roy Charles IX, qui prenoit à gré ce qui venoit de luy ». Un sonnet de Ronsard nous le montre offrant des pompons, ou melons, de son jardin, au roi (II, 25)-\

Il ne faut pas croire que Ronsard ait été seulement pour Charles IX un compagnon de distractions et de plaisirs. Il l'accompagnait le 24 septembre 1567, dans sa dangereuse retraite de Meaux à Paris, ainsi qu'il le rappelle dans l'épitaphe du roi (V, 257) :

le me trouuay deux fois à fa royale faite, Lors que fes ennemis luy donnèrent la fuite.

1. Ces deux épitaphes humoristiques ont paru en 1567 au tome III de la deuxième édition collective des Œuures. — P. L.

2. Ce sonnet, publié en 1567, fut écrit en novembre 1365 au prieuré de Saint-Cosme, où Ronsard reçut alors la visite de Catherine de Médicis et de ses lils Charles IX et Henri d'Anjou, logés au château de Plessis-lès-Tours, voisin du prieuré. Cf. édition critique de la Ile de Ronsard, pp. 228-229. — P. L.

Quand ilfepenfa voir par irahifon farpris Auant qu'il peujl gaigner fa cité de Paris.

Du reste il ne le quittait guère (V, 258) :

Ouator:{e ans ce hon Prince, alegre te Juiiiy : (Car autant qu'il fut Roy, autant ie le Jeruy) '.

Ce que nous avions à dire de cette étroite liaison nous a entraîné un peu loin; il nous faut revenir à la part que Ronsard a prise dans les guerres religieuses, sinon comme combattant, ainsi que plusieurs l'ont affirmé avec une grande vraisemblance, du moins comme poète, transporté violemment, par la force des choses, du milieu des douces fictions mythologiques dans la brutale réalité des discussions du moment.

Le massacre de Vassy, qui eut lieu le i^i' mars 1562, fut le signal de la première guerre civile. Il amena un soulèvement général des protestants, et, de leur côté, les catholiques organisèrent jusque dans les moindres localités une énergique résistance. Les principaux historiens contemporains, quelle que soit leur religion, font jouer un rôle à Ronsard dans cette prise d'armes : « Prefque par toutes les parties de France, dit D'Aubigné, les Curez ayant eu charge d'exhorter à prendre les armes : tout ce qui en eftoit capable s'enrolla par les villes, bourgades & villages. L'Anjou ayant commencé comme nous avons dit, le Vandofmois fit fes légionnaires, aufquels commanda pour un temps Ronfard gentilhomme de courage, & à qui les vers n'avoyent pas ofté Tufage de l'efpée-. «

Voici maintenant le récit de l'historien J.-A. de Thou : « La Noblesse touchée de ces maux, prit les armes pour en

1. Sur ces vers et les précédents, voir mon édition critique de la Vie de Ronsard, pp. 156-160. On aurait tort de prendre à la lettre, comme l'a fait Binet, l'expression « alegre ie fuiu}- )>. — P. L.

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