I. AVRATVS P. I. R
P. 10. Vous ruiffeanx... — Pour ces appels à la nature, si fréquents chez les poètes pétrarquistes, voir t. I, pp. 30 h, 32 b, 80-81, 317; II, 315, 326-327, et les notes. Cf. mon Ronsard poète lyr., pp. 448-453-
P. 10. EJl-ce tant que la Mort... — Cf. deux odes sur la mort, qui remontent à 1556 (t. II, pp. 302-304 et les notes).
P. 12. Madelene... — D'après ce sonnet, Madeleine de l'Aubespine, mariée à Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, composait des vers. Elle traduisit, notamment, les Heroïdes d'Ovide. Cf. t. V, p. 327.
P. 16. Stace... — Allusion aux Silvce, poésies mêlées, diverses de sujets et de rythmes, dont le titre a inspiré à Ronsard celui de Bocage, en 1550 pour un groupe d'essais lyriques placés à la fin de son premier recueil, en 1554 pour un recueil tout diiîérent, et en 1584 pour une section de son édition collective. Voir les notes des tomes II, p. 73; III, 185; VI, 130 et 206; et la Revue d'Hist. litt. de la France, 1903, p. 256.
P. 16. Le labeur... — Cf. Virgile, Géorg. I, 145. P. 16. Les Parqves. A lvy-mesme. — Ce luy-mefmc désigne Henri III, roi de France, auquel sont dédiées les pièces précédentes du Bocage royal, depuis le Panégyrique de la Renommée jusqu'au Difcours de l'Equité des vieux Gaulois (voir tome III, pp. 187 à 215). — Cette pièce, comme une autre qui développe le
même thème (V, 135), est imitée de Naugerius (Navagero), prédiction des Parques, dans le généthliaque : Vos mihi nunc inagnos...
P. 18. Comme le preux Hercule, ejpoufant la leunejfe. — On lit ieunejfe sans majuscule. Corrigé d'après 1623. Il s'agit de la déesse Hébé, la Jeunesse,
P. 19. Mafcarade & Cartels... — Cf. la note du t. III, p. 458, et mon Ronsard poète lyr., pp. 225-227.
P. 21. DiALOGVE DV LIBRAIRE ET DV PASSANT. — En
1623, OÙ cette pièce figure à la fin des Epigrammcs, le titre est précédé de cette indication : « Sur vn Liure traitant de la Foy Catholique, traduit par lean de Lauardin. «
P. 21. — Le tome V de 1587, Eclogues & Ma/car ades, se termine par ces pentamètres attribués à Virgile dans la Vita Virgilii du grammairien Donat (§ xvii) :
Sic vos non vobis fertis aratra houes, Sic vos non vobis nidificatis ânes.
Sic vos non vobis vellera fertis apes.
Mais le troisième de ces vers est le résultat ridicule d'une erreur d'impression. Il faut lire quatre vers au lieu de trois, et voici la vraie fin de ce quatrain :
Sic vos non vobis viellijicatis apes.
Sic vos non vobis vellera fertis oues.
Voir la paraphrase de ces vers au tome III de la présente édition, p. 273 : Ainji les gros torcaux, et leur développement au t. VI, p. 24 : ]>Jous femblons aux Toreaux. Cf. mon édition de la Vie de Ronsard, pp. 25 et 164.
P. 23. Elégie ii. — C'est la seule pièce que Ronsard ait adressée au poète Desportes, car je ne compte pas le sonnet en faueur de Cleonice (VI, 454 et note) ni le quatrain Dejportes, corrige tes vers, dont l'authenticité est douteuse (VI, 491). De son côté, Desportes n'a laissé dans ses œuvres, du moins à ma connaissance, aucune pièce adressée à Ronsard, et, chose plus remarquable encore, n'a pas consacré un seul vers à sa mémoire.
P. 23. Nous deuons... — Cf. Horace, Epist. ad. Pis., 63.
P. 23. Nous mourons... — On lit mourrons. Corrigé en 1623.
P. 24. Pour ce les Grecs... — Cf. Hésiode, Théog., 459 et suiv.
P. 24. Homère, qui fcruit... — Cf. t. II, p. 303.
P. 24. Nous femblons... — Voir ci-dessus, note de la p. 21.
P. 25. Et lors que nojîrc forme... — Cf. la fin de l'elegie xxiiii (IV, 145) et un passage de VHynne de la Mort (IV, 373).
P. 26. Mais happe le prefent... — Refrain épicurien de nombreuses pièces de Ronsard. Ci. Horace, Carm. I, xi, 8.
P. 26. — Elégie xxxv. — Bartholomco Dcl-Bene, né à Florence en 15 14, de Niccolo, majordome du roi de France Louis XII, devint lui-même valet de chambre de François 1*% puis passa au service de Madame Marguerite, sœur de Henri 1 1 , qu'il accompagna à Turin lors de son mariage avec Emmanuel-Philibert, duc de Savoie (1559). A la mort de cette princesse, dont il fut le majordome pendant vingt ans (15 54-1 574), il revint à Paris, où on le retrouve lecteur de Henri III et l'un des principaux membres de l'Académie du Palais. Il a écrit en italien des odes descriptives, morales et courtisanesques dans le genre horatien. Cf. une étude de C. Couderc insérée dans le Giornale storico délia liltcratiira Italiana, t. XVII, Turin, 1891. — Les deux odes, en retour desquelles Ronsard lui adressa cette élégie, ont été réimprimées parmi les oeuvres de notre poète dans l'édition Blanchemain (t. II, p. 380; t. IV, p. 356).
P. 26. Del-Bene... — A la fin de ce vers le Florentin désigne Pétrarque. — Au 3'' vers, la Sorgue, rivière du Vaucluse.
P. 27. Comme on voit... — Cf. t. V, p. 185 : Mais ainfi que...
P. 27. De Dante, & Caiialcant... — On lit Caluacant. Mais il s'agit du poète Guido Cavalcanti, l'un des prédécesseurs de Pétrarque.
P. 27. Vu homme... — Cf. Properce, II, x, 5-6.
P. 29. Callimaquc... — Ce fut un des auteurs favoris de Ronsard dès le début. Cf. t. II, p. loi.
P. 29. Et chommer... — C'est ce qu'il a fait dans trois hymnes, t. VI, pp. 36, 40, 109. Cf. mon Ronsard poêle lyr., p. 269.
P. 29. Garder oient... — Cf. t. VI, p. 37.
P. 30. Hynne de Mercvre. — Composé en février 1585 (voir mon édition de la Vie de Ronsard, pp. 29 et 177). II est imité en partie de VHymnus Mercurio de Marulle : Ergo restahat mihi...
P. 31. Des deux... — • On lit Pan avec une majuscule, graphie phonétique pour Paon, oiseau de Junon.
P. 34. Des fanges conieâeur... — C'est-à-dire : interprète. Le mot ariole est calqué sur le latin ariolus, devin.
P. 34. Le pajlenr... — Argus, qui gardait la vache lo.
P. 35. C'ejl toy qui donnes... — On lit donne. Corrige d'après le 2" vers qui suit.
P. 36. Binet, foin d'Apollon... — Pour le commentaire de cet alinéa final, voir mon édition de la Vie de Ronsard, pp. xvii à xx; mais Binet n'était pas substitut au parquet do Paris, comme je l'ai dit, trompé par les vers latins de Scevole de Sainte-Marthe; il y était simple secrétaire ou attaché.
P. 36. Hynne des pères de famille. — Cette expression
8 NOTES. T. VI, P. 37-5'i
du titre doit être- prise au sens latin. Quant à saint Biaise, c'est le patron de la petite paroisse de Montrouveau, qui touche au prieuré de Croixval. Ronsard écrivit donc cet hymne pour être chanté par ses voisins le jour de leur fête patronale, le 3 février. — Il s'est inspiré, pour l'allure et la composition de la pièce, de Bembo, Carmina, i, Pastorum chorus, et, pour certains détails, de Caton, De agricultnra, et de Varron, De re ritstica. D'ailleurs aucun vestige d'inopportune mythologie, mais une série de prières naïves d'un excellent réalisme et d'un style « propre », à la façon de Clément Marot. — - N. Buon édita cet hymne à part en 1618, avec un commentaire de N. Richelet, en une plaquette in-8° de 21 pages.
P. 37. De morfonlnre... — Varron : Ne quid a f ri g or e lahorent. — A la rime, le mot tous est mis pour toux.
P. 39. De congnée... — On lit congnées, ce qui fausse le vers.
P. 43. Le dernier honneur... — Cette préface est imitée de celle des Parentalia du poète Ausone.
P. 45. Galland, ma féconde ame... — Cette pièce et la suivante avaient déjà paru en mars 1586 dans le Difcours de la Vie de Ronfard. Cf. mon édition critique, pp. 29 et 39 et les notes.
P. 46. Bien fomicnt... — Pour le commentaire de ces importantes déclarations du poète, voir mon édition de la Vie de Ronsard, pp. 39, 198-200, et mon Ronsard poète lyr., pp. 283-284.
P. 47. Tu ne liras icy... — Les huit premiers vers de cette pièce se trouvent plus loin, à la p. 49, et ne virent le jour qu'en 1597 : Mon Prince, illnjlre fang.
P. 48. Il n'auoit acheuè... — Il s'agit de boeufs consacrés au Soleil, qui faisaient partie des richesses d'Augias. Cf. Théocrite, Idylle XXVII, d'où le fragment est tiré.
P. 49. Toute la viande... — Ce sizain n'est qu'une variante, ou plutôt une réminiscence, des deux premières strophes d'une odelette A. P. Pafchal, publiée en tête du Bocage de 1554, supprimée par Ronsard dès sa première édition collective en 1560, et par conséquent inconnue de Binet. Voir t. VI, p. 206, et la note.
P. 49. Mon Prince, illnjlre fang... — Comme on le voit, « l'eschantillon » du poème ne commençait qu'après ces huit vers en 1587. Binet ne les avait pas publiés alors par respect pour Henri III, qui régnait encore. Mais quand Henri de Navarre fut sacré roi de France (février 1594), Binet n'eut plus le même scrupule, et il publia le fragment complet à la fin d'un ouvrage intitulé Les Dejlinêes de la France (Paris, J. Mettayer, 1594, in-4°). Ces huit vers paraissaient donc pour la deuxième fois en 1597.
P. 51. Av TRESORIER DE l'espargne. — La compositiou
NOTES. T. VI, P. 5'7-f8.
de ce poème peut remonter aux environs de l'année 1573, où furent « divulgués », dit Pierre de l'Estoile, « des vers du poète Ronsard sur Charles IX » (éd. Brunet, Champollion, t. XII, p. 587). Il est possible que L'Estoile fasse plutôt allusion à une ode ; Roy, le vielllcur des Rois, dont on trouvera le texte au tome V I, p. 480, parmi les Pièces attribuées à Ronsard. Mais la satire de la Cour est la même dans les deux oeuvres. Cf. mon Ronsard poêle lyrique, p. 245. — Dans ce poème nous avons fait les corrections qui suivent, d'après l'édition de 1625 : P. 51, vers 8, fe lamentant au lieu de fe lamentent; vers 10, de la au lieu de de le; p. 53, vers I, leurs au lieu de leur; vers 19, nous avons transporté après le mot aueugle la virgule qui est après le mot Phince; vers 37, grands au lieu de grand; p, 54, nous avons supprimé les guillemets des vers 19 à 22 ; nous avons transposé les vers 28 et 29, dont l'interversion rompait le rythme; p. 55, vers 9, nous avons conservé la graphie de ce vers, qu'il faut comprendre : Comme raiforts, par rouelles viennes; vers 10, fes nues au lieu de ces nues; vers 22, en effet au lieu de vu effet; vers 32, s'en retournoient au lieu de s'en retournoit; vers 33 à fin, nous avons supprimé les guillemets; p. 56, après le vers 5 devrait s'en trouver un autre, nécessité par la rime. Il manque dans toutes les éditions; nous l'avons remplacé par une ligne de points.
P. 57. Les Œvvres. — Des deux éditions de 1609 (in-folio et in-12), nous avons adopté le texte de l'in-folio, sauf avis contraire. Au surplus, nous avons cru pouvoir sans avertissement remplacer six ou sept initiales minuscules par une majuscule et modifier très légèrement la ponctuation d'après rin-12 ou d'après l'édition de 1617.
P. 57. SoNETS. — On lit dans les Mémoires de P. de l'Estoile (éd. Brunet, t. VIII, p. 276), k la date du 19 février 1607 : « M. Despinelle m'a donné, ce jour, diverses poésies non imprimées, entre lesquelles y a Huict sonnets de Ronsard en faveur d'une des filles de la feue Roine-mère, qu'on a tirées des mains de M. Gallandius. »
P. 58. l'ay reçeu vos Cyprc:;^... — Au vers 6 de ce sonnet, dans les deux éditions de 1609 et dans celle de 1617 on lit D'vn oubly Stygienne. Corrigé d'après 1623. — Au vers 11 on lit cette note en 1617 : « Afin que l'on entende ce que veut dire Ei'pagnole & Tudefque, c'eft qu'Helene de Surgeres, vue des filles de la Reyne Mère Catherine de Medicis, tiroit fon origine d'Efpagne, &: Ronfard deuers les Tudefques. » Allusion à la prétendue origine bas-danubienne du poète. Cf. t. IV, pp. 95-96.
lO NOTES. T. VJ, P. 5'8-64.
p. 58. Mon page... — Au vers 8 de ce sonnet, on lit Sa lettre. Corrigé d'après l'éd. in-12 et celle de 1617.
P. 59. Quand au commencement... — Au vers i, on lit i'admire dans les deux éditions de 1609. Corrigé d'après 1617, qui se rapproche plus de cette leçon que la graphie de 1623 i'admiray. — Au vers 4, on lit HypoUte dans l'in-folio de 1609, et HipoHte dans l'in-i2, ainsi qu'en 1617. Corrigé d'après 1623. — Au vers 6, on lit le fus loin dans l'in-folio de 1609. Corrigé d'après l'éd. in-12. - — Au vers 9, dans les deux éditions de 1609 on lit ie vie dueux; celle de 1617 corrige ie me deulx. Nous aurions pu adopter cette correction ou la forme courante deuls (de douloir). Nous avons préféré celle de 1623, denx. graphie phonétique amenée par la rime.
P. 60. Léon Hehricu... — Cf. t. II, p. 412 et la note.
P. 61. Caprice. — La composition de cette pièce est postérieure à juin 1584, date de la mort de François d'Anjou, frère de Henri III. Ronsard en efl'et y parle de Henri de Bourbon comme de l'héritier de Henri III et y souhaite le triomphe du parti des Politiques, ce qu'il n'aurait certainement pas fait du vivant de François d'Anjou, surtout avec un tel enthousiasme,
P. 61. Tout eft perdu, Nicolas... — Ce personnage, auquel Ronsard a dédié plusieurs autres pièces (I, 192; II, 430; V, 264, 302; VI, 377, 381), était « secrétaire du roi et de ses finances ». Ses relations avec le poète remontent au début du règne de Charles IX, mais elles n'apparaissent intimes qu'à partir de 1569. On voit par cette pièce qu'il était devenu sous Henri III le confident des plus secrètes opinions de Ronsard. Cf. Brantôme, Mémoires, éd. Lalanne, V, 281.
P. 61. Que ie regrette... — Mêmes doléances qu'ailleurs (t. III, pp. 273-275, 288-294, 315, texte cité en note; V, 153-156, 378;
P. 61. Enflei d'honneurs... — On lit honneur dans les deux éditions de 1609. Corrigé d'après 1617.
P. 62. Bien que l'enuie... — Cf. t. V, pp. 147 et 425.
P. 62. A ce grand Roy... — Henri II, blessé à mort dans un tournoi par Montgomery (juin-juillet 1559).
P. 63. Que m'aferni... — Cf. t. VI, pp. 46-47; VII, 53.
P. 64. Promeine-toy . . . — Alinéa très important pour juger l'œuvre de Ronsard. Cf. t. V, p. 425. — A la rime du 2* vers, les antiques signifient les mots français du moyen âge (cf. VII, 64), et non pas, comme on serait tenté de le croire, les mots grecs et latins.
P. 64. Leurs belles fleurs... — Ou lit Carithes dans les deux éditions de 1609 et en 1617. Corrigé d'après 1623.
P. 64. Quand ie hantay... — On lit chantay dans les deux éditions de 1609. Corrigé d'après 1617.
P. 64. Ces vers fans art... — Cf. mon Ronsard poète lyrique, pp. 284-286, 540, note 6.
P. 65. ^ branle d'aile... — Dans les deux éditions de 1609 on lit d'ailes, ce qui fausse le vers. Corrigé d'après 1617.
P. 65. Son héritier... — Comme l'indique la suite, il s'agit de Henri de Bourbon, roi de Navarre. Or, c'est après la mort de François d'Anjou, frère puîné de Henri III, que ce prince huguenot devint l'héritier certain du dernier des Valois (juin 1584). Alors cet événement rallume violemment les passions politiques et religieuses, qui semblaient apaisées depuis trois ou quatre ans ; alors ligueurs et huguenots se préparent à la huitième guerre civile, que prédit aisément Ronsard. Si l'on compare toute cette fin avec les discours guisards de 1562 (V, 329-348; 366-390) et surtout avec les prières et hymnes farouches de 1569 (IV, 252; V, 430-443) dont on trouve des échos jusqu'en 1574 (V, 258-260), on verra quel changement s'est produit dans les opinions politiques de Ronsard. C'est dans les premières années du règne de Henri III, entre 1575 et 1580, qu'il s'est rallié au parti de la tolérance et de la conciliation, celui des Politiques. Cf. Pierre Perdrizet, Ronsard et la Réforme, pp. 131-139.
P. 65. 5/ le bon Dieu... — Sur le feu Saint-Herme, voir le t. IV, p. 225. — Au vers suivant, vn tel Roy désigne Henri de Bourbon.
P. 65. Or s'il adulent... — C'est-à-dire : Si Dieu <( le range à foy », en lui inspirant la résolution de se faire catholique.
P. 66. le l'ay cogneu... — Henri de Bourbon était duc de Vendôme, et par suite suzerain des Ronsard de la Possonnière. Ronsard avait composé l'épithalame de son père (II, 508), deux sonnets pour la naissance de son frère aîné (II, 22), et lui avait adressé, à lui-même, un sonnet à l'occasion de son mariage avec Marguerite de Valois (II, 26); enfin il se proposait, si la mort ne l'avait prévenu, de lui dédier un « Pocme de la Loy diuine », dont nous n'avons que le début (VI, pp. 47 et 49).
P. 66. Efcartes-en... — On lit Efcartei dans les deux éd. de 1609 et en 1617. Corrigé d'après 1623 et le vers 13 de la p. 64.
P. 71. Ode XL. — C'est au ft 79 v° des Œuurcs poétiques de lacques Pcletier du Mans (Paris, Vascosan, 1547; privilège du i^"" septembre), que parut cette pièce, sous le titre : Ode de Pierre de Ronfart à lacques Peletier, Des beauté^ qu'il voudroit en s'aniie.
C'est une des premières que composa Ronsard. Aussi la déclara-t-il « imparfaite, pour n'eftre mefurée, ne propre à la lire (sic pour lyre), ainfi que l'Ode le requiert », et la mit-il avec une douzaine d'autres en son Bocage de 1550 « Tous autre nom que d'Odes, pour cette même raifon, feruans de témoignage par ce vice à leur antiquité » (préface des Quatre premiers Hures des Odes, enfemhle fon Bocage, 1550). Il la fit toutefois figurer au 2^ livre de ses Odes dans les éditions collectives de 1560 à 1578, en prévenant le lecteur qu'elle n'était pas « mefurée ». Mais il la retrancha ensuite de ses QEuvres, ainsi qu'il fit, à des dates diverses, pour toutes les pièces irrégulières au point de vue du rythme, non seulement pour les odes qui n'observaient pas la loi de la régularité strophique intégrale, mais encore pour les poésies isométriques à rimes plates qui n'observaient pas la loi de la continuité d'alternance des rimes masculines et des rimes féminines, telles que V Auantentrée du Roi, l'Hymne de France et la Fantafie à fa Dame, qui parurent avant 1550. — On trouvera dans ma thèse sur Ronsard poète lyrique les renseignements essentiels sur les relations de Ronsard avec Peletier et les plus anciennes de ses compositions (pp. 23 à 69), sur les raisons qu'il eut de retrancher nombre de pièces de ses éditions collectives (pp. 271 à 286), et sur les questions de rythmique qui se rattachent à la genèse de ses Odes (Introduction et pp. 644- 685). Voir encore sur ses premières publications et leurs sources les tomes I et II de mon édition critique des Œuvres complètes (Hachette, 1914, in-12).
P. 71. Quand ie feroy... — Cette ode est inspirée par deux épigrammes d'Ausone, n°= 39 et 78, et surtout par la chanson xxiv de Cl. Marot : Quand vous vonldre:^ faire une amye. Quelques traits sont empruntés à Ovide, Ars amat. III, 139-155; 315-346; 473- 478; d'autres à l'Arioste, Orl. fur. VII, st. xiii-xv; XI, lxix (portraits d'Alcine et d'OIympie).
P. 71. Bien que l'œil verd... — C'est-à-dire : l'œil bleu-vert. Durant tout le moyen âge et jusqu'à l'époque de François I'", on préféra en France les beautés blondes. Jean Lemaire donne encore à Vénus des « yeux vers ». (lllustr. de Gaule, I, xxxiii.) Cf. t. I , p. 14 : Plus tojl le bal.,, et la note.
P. 72. Le pied petit... — Cette strophe n'existait pas dans l'édition princeps. Elle fut ajoutée en 1550 telle quelle, sauf le cinquième vers, plusieurs fois remanié.
P. 72. Ou la Rofe... — On lit dans l'édition princeps : Ou la Rofe par Meun décrittc. II s'agit du Roman de la Rose et de l'un de ses auteurs, Jean de Meung. Sur le goût de la Brigade pour cette
œuvre médiévale, que Cl. Marot avait rééditée en 1527, cf. Du Bellay, Deffence, II, 11 (éd. Chamard, p. 174).
P. 75. D'elle le temps... — Cette strophe et la suivante viennent d'Horace, Carm. I, ix, fin; II, xii, fin.
P. 74. AvANTENTRÉE DV Roi. — Cette pièce fut composée, ainsi que le Projphonema tique de J. du Bellay (éd. Chamard, t. III des Œuvres, p. 61), pour l'entrée solennelle du roi Henri II dans sa capitale, qui eut lieu le 16 juin 1549. Ronsard, après l'avoir fait réimprimer en tête du Bocage de 1550, puis en appendice de la deuxième édition des Odes (1553), la sacrifia en 1560, non seulement à cause de l'irrégularité de son rythme, mais parce que c'était une pièce de circonstance, qui, après la mort de Henri II, avait perdu tout intérêt d'actualité. Nous avons cru bon de placer en tête la mention « vers non mefurés », comme il le fit lui-même en 1560 pour les deux pièces suivantes de rythme identique, et comme le fit l'éditeur lyonnais de 1592, Th. Soubron, qui fut le premier à réimprimer cette pièce après la mort du poète (Œunres, t. IV).
P. 74. lo, Paris... — lo, cri de joie pris aux poètes anciens.
P. 74. La vierge... — Cf. Virgile, Bue. iv, 6; Géorg. II, 474.
P. 74. Et qui/on novi... — Dont l'Arno fait résonner le nom.
P. 75. Dans l'Italie... — Allusion aux ambitions politiques de Henri II, fondées sur son mariage avec Catherine de Médicis. Voir L. Romier, Origines politiques des guerres de religion, I, 12-32.
P. 75. A fa venue... — Cf. Virgile, Bue. iv, 48-52.
P. 75. Telle fai/on.. — Cf. Virgile, Bue. vi, 31-40.
P. 76. Qui leur rondeur... — Henri II avait pour emblème un croissant avec cette devise : Donec totuvi impleat orhem. Cf. II, 254.
P. 76. Cnofe iadis... — Cf. Callimaque, Hymne à Z eus, 41-68.
P. 76. l'enten... — Cf. Th. Godefroy, Cérémonial français, éd. de 1649, t. I, p. 877. On trouvera dans cet ouvrage le récit des fêtes de l'entrée de Henri II, t. I, pp. 858 et suiv,, ainsi que dans Félibien, Hist. de la ville de Paris, t. V, pp. 361 et suiv.
P. 77. le reconnoi defia... — François de Lorraine, comte d'Aumale, puis duc de Guise à la mort de sou père (1550), avait épousé en décembre 1548 une fille d'Hippolyte d'Esté, duc de Ferrare, qui se vantait de descendre de Roger, l'un des héros de l'Arioste. Cf. t. III, p. 385.
P. 78. Le grand trefor... — Jean II le Bon, prisonnier des Anglais à Poitiers, fut délivré par le traité de Brétigny, pour une rançon de trois millions d'écus d'or.
P. 79. L'Hymne de France. — Cette plaquette contenait dès 1549 non seulement V Hymne de France, mais encore la Fan'
Ronsard. — VIII. 2
faifieàfa dame et le Sonnet à elle-iiiefine. Les trois pièces reparurent en 1553 à la suite de la. deuxième édition des Quatre premiers liiires des Odes. Puis le sonnet fut sacrifié. Les deux autres pièces reparurent au Bocage de 1554. Mais en 1560, dans la première édition collective des Œuures, la Fantaifie fut placée au premier livre des Poèmes, et VHymne de France à la fin de la section des Hymnes, où il resta en 1567, 1571 et 1573. La mention « en vers non mefurés », dont nous avons fait suivre le titre de 1573, ne se lit que dans l'édition de 1560.
P. 79. Sus, lut doré... — Cet alinéa vient de Pindare, Pyth. i, début, et d'Horace, Carni. III, xi, 13-24.
P. 79. Touiours le Grec... — Cf. Horace, Carm. I, vu, début.
P. 79. Ferons voler... — Cf. Virgile, Gèorg. III, 9.
P. 80. Gemelles fceurs... — Dans l'édition princeps et dans celles de 1550 et de 1553 l'alinéa se termine ainsi : Gemelles feurs, jieurijfent tout ainfi One deux beaux li:^, lors que la terre s'ouiirc. Et fes thefors au nouneau ciel decomire. Le fainct troupeau des pucelles chenues, Du hault du ciel en terre reuenues.
Règne entre nous : la peine menajfanie Suyt les talons de la coulpe naijfante.
Les quatre derniers vers furent retranchés à partir de 1554.
P. 80. // ne faut point... — Ici commence, pour se poursuivre jusqu'à la fin, l'imitation de l'éloge de l'Italie de Virgile, Gèorg. II, 136 et suiv. — Cf. A. Chénier, Hymne à la France, 1-50.
P. 80. On ne voit point... — Cf. Ovide, Ars amat., I, 93-98.
P. 80. Bien que la perle... — Cf. t. II, p. 206 : Bien qu'on n'y...
P. 80. Ni le doux miel... — Cf. Ovide, Met. I, 111-112.
P. 80. Tel qu'en l'Affrique... — On lit en 1573 Tel qu'e l'Affriqne, qui est devenu Tel que l'Affrique dans le Recueil des Pièces retranchées (1609-1630). Corrigé d'après les éditions antérieures.
P. 80. Qui s'enfle... — Cf. Virgile, En. IV, 515-516.
P. 81. Et le douleur... — Bacchus = le vin. Ccrés = le blé.
P. 81. De ces bons Dieux... — On lit en 1573 De fes bons Dieux. Corrigé d'après les premières éditions.
P. 81. Auprès de Mun... — Meung-sur-Loire (Loiret).
P. 82. Ayant fur luy... — Carnavalet était en 1549 premier écuyer des écuries royales. Cf. t. II, p. 107, et note.
P. 82. Et lupitcr... — Cf. Virgile, En. II, 693; pour les vers suivants, En. I, 257-288. Allusion à la légende médiévale de Francus, fils d'Hector, d'où est sortie la Franciadc.
NOTES. T. VI, P. 82-88. IÇ-
P. 82. Ores le col. — On lit albajlres. Corrigé d'après la grapliie courante de ce mot dans Ronsard.
1\ 83. Mais iour & nuit... — A la place de ce vers et du suivant, qu'on lit à partir de 1554, l'édition princeps donne ceci : Mais éloigné du vulgaire, il defire De marier fes odes à la lyre, Que rapportai de Thebes iufqu'cn France, Et la fonnai premier des mon enfance, Ofant defia la tenter de mes doii, Et accorder mes chanfons à fa voix.
P. 84. L'art donte tout... — Cf. Virgile, Gèorg. I, 145-146. P. 85. Roland... — On lit de 1549 à 1553 : Roland, Renaud, Bué (Bueil), Mommorency, Les deux Bourbons, Bayard, & la Palyce... P. 85. Et qui naguère... — Allusion à la prise des forts de Boulogne, occupés par les Anglais (août-septembre 1549).
P. 85. A mon Prélat... — L'évêque du Mans, au diocèse duquel appartenait Couture, village natal de Ronsard. Ce fut le cardinal Jean du Bellay de 1546 à 1556, puis Charles d'Angennes, dont le poète a écrit en 1563 dans sa Ref ponce aux iniures : l'honore mou Prélat, des autres Voutrepaffe, Oui a pris d'Agenor fou furnorn & fa race, et auquel il adressa en 1567 une pièce latine (VI, 517)-
P. 85. Fantasie a sa dame. — Cette pièce, après avoir été réimprimée en appendice des Quatre premiers Hures des Odes de 1553 et dans le Bocage de 1554, passa en 1560 au tome III de la première édition collective, parmi les Poèmes.
P. 85. Il ejtoit nuit... — L'idée de cette pièce vient d'une canzone de Pétrarque, Standomi un giorno, que Cl. Marot avait traduite sous le titre de Visions de Pétrarque.
P. 86. Mais en penfant... — - Pour cet alinéa et le suivant, cf. Pétrarque, canz. Nel dolce tempo, st. vi et m.
P. 87. Que î'eftoi... — Pour cet alinéa, cf. Ovide, Met. IV, 256- 270, et Pétrarque, canz. Si è débile, st. m.
P. 87. Quand ell' n'ejl plus... — On lit elle, ce qui fait le vers faux. Corrigé d'après les éditions précédentes.
P. 87. Oii i'auifoi... — Pris à l'Arioste, Orl. fur. VII, st. xiv. Cf. la note du t. I, p. 54 : Plus que les Rois...
P. 87. D'vne vmbre... — Cf. Pétrarque, canz. Standomi, st. 11.
P. 88. Le port heurens... — Cf. Pétrarque, sonnet Passa la nave
mia, et sextine Chièfermato. Ronsard a repris en 1552 (t. I, p. 27 :
Verray-ie point) l'image du navire abordant « au haure de grâce ».
l6 NOTES. T. VI, p. 88-91.
P. 88. Ou print Amour... — Ce sonnet est le premier que publia Ronsard, trois ans avant son recueil des Amours, qui parut seulement en octobre 15 p. La « dame » qu'il y glorifie, ainsi que dans la pièce précédente, est très probablement Cassandre Salviati, qu'il a chantée pendant dix ans, de 1545 à 1555, « pour contenter son esprit », selon l'expression d'Estienne Pasquier. L'Arioste, Pétrarque, Jean Second, sont les trois principaux poêles qu'il a « pillés » à son sujet. Ici nous n'avons guère qu'une paraphrase du sonnet de Pétrarque, Onde toise Amor... Sur Ronsard auteur de « sonnets petrarquizés » (VII, 6) avant 1550, voir mon édition critique de la Vie de Ronsard, pp. 100 et suiv.
P. 89. A Ian Dorât. — Les hommages rendus à l'humaniste Jean Dorât par ses élèves sont très nombreux (cf. H. Chamard, Joachim du Bellay, pp. 41 et suiv.; P. Laumonier, Rousard poète lyrique, pp. 47 et suiv., et édition critique de la Vie de Rousard, pp. 98-111; M. Augé-Chiquet, Antoine de Baïf, pp. 30 et suiv.). — En même temps que cette pièce, naïvement orgueilleuse et hautaine, Ronsard adressait à Dorât l'ode pindarique Le médecin de la peine, d'un caractère plus général (voir tome II, p. 159). Il suffit de les rapprocher l'une de l'autre pour comprendre pourquoi notre poète sacrifia celle-là dès 1555. — De son côté. Dorât avait composé en l'honneur de Ronsard deux odes latines, qui furent imprimées à la fin du premier recueil des Odes et reproduites dans toutes les éditions collectives des Œuures de Ronsard (voir dans la présente édition les liminaires du tome I).
P. 89. Que vulgaires... — Que j'exprimai en français. P. 90. De fa Mère... — C'est-à-dire : Orphée, élève de sa mère Calliope, a pu avec son luth séducteur entraîner les bêtes. Cf. Horace, Carm. I, xii, 7.
P. 90. L'honneur... — Cf. Cicéron, Tuscul. I, 11, 4 : Honos alit artes; Érasme, Adag. I, viii, 92,
P. 91. Ode X. — Dans l'édition princeps, cette pièce avait pour titre, conservé jusqu'en 1573 : Sur la mort d'vne haquenée. Elle était divisée en trois huitains, dont voici le second, retranché en 1555 :
De ta mort fiere qui t'acahle,
Non pas te ineurtrijfant ainfi
Qu'un cheual tout pelé du cable
Aus coups de fouets endurci :
Mais te pouffant par une porte
Le pont-leuis s'ejl enfoncé,
Atiec lequel elle t'emporte
Te ranuerfant dans le foffé.
Il est vraisemblable qu'elle a été écrite lors du voyage de Ronsard en Gascogne, vers la fin de 1547. Voir t. VI, p. 156, l'ode A fon retour de Gafcongne, et la note.
P. 91. Les lumens... — Cf. Virgile, Géorg. III, 274-275,
P. 91. A René d'Oradovr, Abbé de Beus. — Nous devons à M. Louis Froger l'obligeante communication que voici : « L'abbaye dont René d'Oradour fut abbé est celle de Beuil près Saint-Junien (Haute-Vienne), dont nous savons par le tome II de la Gallia chrîstîaua que plusieurs membres de la famille d'Oradour furent les exploiteurs au xvi'= siècle. » — On lit en effet dans ce tome II, col. 632, à l'article concernant VAhhatia Biilii de l'évêché de Limoges, qu'un abbé de la fin du xvii'' siècle « plura bona monasterii, a dominis d'Oradour usurpata, recuperavit ». Dans la col. 631 on lit en manchette, à gauche de Abbatia Bulii, la mention : le Beuf vel le Beuil. D'où l'on peut conclure que la forme Beus, qu'on lit au titre de l'ode de Ronsard, est ou une faute d'impression pour Beuf, ou une graphie phonétique. — Quant à René d'Oradour (en latin Auradurus), c'est un gentilhomme limousin, probablement originaire de la ville du même nom. Ronsard, dans l'ode A fon retour de Gafcongne, qui remonte à la fin de i')47j ^^~ grette qu'il soit absent de Paris et retenu en Anjou « fous l'empire affés dous de s'amie » (voir t. VI, p. 157). On ne sait rien de plus sur lui, si ce n'est qu'il alla avec Charles de Pisseleu visiter Lambin aux environs de Lyon au printemps de 1553, d'après une lettre de Lambin à Ronsard publiée par H. Potez dans la Revue d'Histoire littéraire de 1906, pp. 495-496. — Cette pièce fut sacrifiée dès 1553 pour insuffisance rythmique : écrite sur deux systèmes strophiques, elle ne présentait pas une différence assez appréciable à l'oreille entre le système des strophes paires et celui des strophes impaires, et par suite avait un faux air d'irrégularité.
Sur l'inspiration horatienne de cette ode, voir mon Ronsard poète lyrique, pp. 568-569.
P. 93. A Margverite. — Ronsard a encore consacré à une Marguerite deux sonnets au moins des Amours de 1552 (voir t. I, p. 50 : Raui du nom, et 94 : Du hord d'Ejpagné). Il est possible que ce soit la même personne. Mais, étant donné le caractère traditionnel de cette ode et ce fait que Ronsard a publié à la même époque une pièce dont la fin contredit celle-ci (t. VI, pp. 127-128), je pense que cette Marguerite n'a pas une telle personnalité qu'on puisse en faire la première Muse de Ronsard (cf. Ronsard poète lyrique, pp. 45-46). — Cette pièce a été sacrifiée pour son rythme : le refrain, placé en tête et enchaîné par les rimes à chacun des
l8 NOTES. T. VI, P. 94-96.
couplets, lui donnait tout à fait l'allure des chansons du xv** siècle et de la première moitié du xvi", condamnées en principe par l'école de 1550. On dirait du Clément Marot. Sur le modèle qui a servi à notre poète, voir encore Ronsard poète lyrique, Introduction,
P. 94. De la ievne amie d'vn sien ami. — Cette pièce fut sacrifiée dès 1553, non pas pour la gaillardise de son inspiration, mais pour une défectuosité rythmique déjà signalée à propos de l'ode A René d'Oradour (ci-dessus, note de la p. 91). Ses deux systèmes strophiques étaient insuffisamment différenciés. En outre Ronsard s'aperçut que la paraphrase qu'il y avait faite d'une ode d'Horace sur Lalagé {Carm., II, v, 1-16) était maladroite. André Chénier fut certes plus heureux dans son idylle d'Arcas et Palémon.
P. 95. A C LE ION. — Dans l'édition princeps cette ode est intitulée : A la Miife Cleion, pour célébrer Maclon de la Haie, le premier tour du mois de Mai. — Ronsard s'adresse de préférence à Clio, muse de l'épopée et de l'histoire, parce que Maclou de la Haye (de Montreuil-sur-Mer) avait écrit avant 1550 un poème sur la Guerre, où il relatait les luttes récentes entre la France et l'Angleterre. Ce poème ne nous est pas parvenu; mais La Haye luimême en parle au début de ses Œnures (1553), ainsi que de son Chant de la Paix, qui est postérieur au rachat de Boulogne (mars 1550) et qu'il a publié. Du Bellay, de son côté, dans sa Mujagnœomachie (octobre 1550), vante le poète Maclou de la Haye « Foudroyant deffus fa corde L'Anglois iadis ennemi «.
P. 96. O qui des forejls... — Cf. Horace, Carm. I, xxvi, 6-12. Pour la tournure, qui est toute latine, voir encore Virgile, En. I, 229.
P. 96. Faites le bruire en Vandomois. — Maclou de la Haye, après avoir épousé vers 1548 une Vendômoise, Jeanne Desmons, qu'il chante dans ses Œunres, s'était fixé dans la banlieue d'aval de Vendôme. Voir ci-après, note du t. VI, p. 129, quatre strophes du texte primitif de l'ode de Ronsard A la four ce du Loir.
P. 96. Av Seignevr de LANQ.VES. — Cette ode était primitivement dédiée A Charles de PiJJelen eue/que de Condon, l'un des frères de la duchesse d'Étampes, Anne de Pisseleu, favorite de François P''. 11 était depuis 15 41 abbé commendataire de Bourgueil. duant au seigneur de Lanques, dont le nom remplaça le sien ici en 1555, ce ne peut être à cette date qu'Antoine de Choiseul, baron de Lanques, dont le troisième fils, Christophle de Choiseul, s'est vu dédier par Ronsard une ode de 1554 et une élégie de 1556. Cf. le P. Anselme, Histoire généalogique, IV, 827.
P. <^6. Que nul papier dorennauanl. — Le croisement des rimes de cette première strophe, m f m f, étant différent de celui de toutes les autres, je propose de lire le 4® vers le premier : Pour donner faueur à mon mettre, Que nul papier dorennauant Pour moi ne s'anime fans mettre, Brane Lanques, ton nom dauant.
Cette correction assure à l'ode l'unité de structure strophique. P. 96. Mife à ton las... — Après ce vers on lit primitivement trois quatrains, dont voici le dernier texte (1555) : Si plains de linguots d'or, i'auoie Mes cofres, vuides à prefent, Et des perles que l'Inde enuoie Aus froides terres pour prefent, Tu les aurois comme ma rime :
Mais Lanques (ou ie me deçoi) Ou tu en ferais peu d'ejlime Et les banirois loing de toi.
Rien que les Mufes ne t'émcuuent, Les Mufes donc ie veus l'offrir, Les Mufes qui viues ne peuuent Sur elles le lambeau foufrir.
Ronsard les a supprimés en 1560, soit qu'ils fissent double emploi avec un passage de l'ode A Rend d'Vruoy (II, 342, et la note) également paraphrasé d'Horace, Carni., IV, viii, soit qu'ils rompissent la suite des idées, soit qu'ils lui parussent moins applicables à Lanques qu'à Pisseleu.
P. 97. A SA GviTERRE. — Cette gracieuse pièce, où Ronsard déclarait trop modestement n'avoir d'aptitude que pour la poésie amoureuse, a sans doute été supprimée uniquement parce que les œuvres graves de sa carrière, d'inspiration pindarique et homérique, lui donnaient un démenti, ainsi qu'aux odes Cependant que tu nous dépeins et Vous faifant de mon efcriture (VI, 107 et 115), également supprimées vers la fin de sa vie. Cf. Ronsard poète lyrique, pp. 54, 279 et 468.
P. 97. Ma Guiterre... — Pour les trois premières strophes, cf. Théocrite, Idylle xi, début et fin; Horace, Carm. I, xxxii, fin; Ovide, Trist. IV, x, 137-140; surtout Mellin de Saint-Gelais, Sur un luth (éd. Blanchemain, I, 239).
P. 98. De rejfifler s'appareille. — Pour éviter toute confusion entre refifler et refijler nous avons adopté pour ce mot la graphie de 1555. Cf. Virgile, Bue. vi, 82-83.
P. 98. Suiuent Orphée... — Cf. Horace, Carm. I, xii, 7.
P. 98. Où l'oîfeau... — Cf. Ovide, Met, X, 155.
P. 98. Ses chiens... — Cf. III, 34 : Ce iemie enfant...
P. 99. Aiijfi... Accordé... — Cf. Horace, Carm. I, vi; II, xii.
P. 99, Dauant anecques fon coeur. — On lit chœur. Corrigé d'après la graphie de l'avant-dernier quatrain. Cf. Horace, Carm. I, xxiii; II, V.
P. 100. Et fon fein... — Cf. l'Arioste, Orl. fur. VII, st. xiv. Cf. ci-dessus, note de la p. 87 : OU i'auifoi...
P. 100. A SA MvsE. — Cette pièce, aussi violente de pensée et de ton que l'était par endroits la préface des Odes de 1550 (VII, 3), n'avait plus sa raison d'être en 1553 et disparut en même temps que la préface. En les sacrifiant, Ronsard a voulu donner à Jean Morel et à Michel de l'Hospital un gage certain de sa réconciliation avec les survivants de l'école de Marot. 11 écrivit lui-même de 1553 à 1556 plus d'une palinodie : voir notamment au tome V, p. 184, l'épître A Chrifophle de Choifeul, et p. 209 l'épître dédicace de la Nouuelle Continuation des Amours à J. Morel. Cf. Ronsard poète lyrique, pp. $5-56, 90-172 et 279.
P. ICI. A Cassandre. — Ronsard a retranché cette pièce de ses Œuvres en 1584 parce que, à partir de la deuxième strophe, elle faisait double emploi avec une chanson également paraphrasée du 2^ Baiser de Jean Second, et beaucoup mieux : Plus ejlroit que la Vigne à l'Ormeau fe marie, chanson qu'il avait publiée en 1578 parmi les Sonnets pour Hélène et placée en 1584 aux Amours diuerfes (voir t. I, p. 363 et la note).
P. ICI. O pucelle... — Début imité de Pontano, Aniores, I, Ad Fanniam. Tout le reste vient de J. Second, Basia, 11, sauf quelques vers qui viennent de Tibulle, I, m.
P. lor. Oui se gripe... — On lit en 1550 Se grimpant à l'en~ tour; en 1551-1571 Qui fe grimpe à l'entour; en 1573-1578 Qui fe gripe à l'entour.
P. 103. A SON LiCT. — Cette ode fut sacrifiée pour ses défectuosités rythmiques, bien plutôt que pour le caractère voluptueux de son inspiration : non seulement ses rimes sont d'un seul genre (singularité qui a fait supprimer d'autres odes : Dieu perruquier... et Nuit, des amours minijtre, VI, iio et 112), mais encore elle violait le judicieux précepte de VArt poétique de Peletier d'après lequel les strophes hétérométriques doivent commencer par les grands vers (cf. H. Chamard, De f. Peleiarii artc poetica, thèse de Paris, 1900, p. 66). Pour la pièce elle-même et ses sources, voir Ronsard poète lyrique, pp. 45 et 515.
P. 103. De leurs plaifirs... — On lit en 1578 ces deux vers trop courts de deux pieds :
De leurs plaifirs, quand le J'ouci Aiiiûureux nous enlajfe aiiifi.
Nous avons rétabli le texte régulier de la précédente édition, celle de 1573, qui contenait en outre ce quatrain avant le dernier : Deçà & là d'vii branle doux Le charlit tremblant connue nous, Ainfi qu'on voit des ble:; le chef mouuant Sous le foujpir du plus iraiiquile vent.
Remarquer que le mot charlit est un de ceux que les adversaires de Ronsard lui avaient reprochés, parce qu'ils « lentoient Ion terroir vendomois ». Voir tome VII, p. 13, le Suraucrtijfenient au leâeur des Odes de 1550.
P. 104. Les peintvres d'vn paisage. — Dans l'édition princeps cette ode a pour titre : Des peintures contenues dedans vu tableau. Ronsard s'est encore ailleurs inspiré d'un tableau; voir, par exemple, l'ode De la défloration de Lede (II, 292) et l'ode A fou lia (VI, 103). Cette pièce fut supprimée comme la précédente parce que ses strophes hétérométriques commençaient par les petits vers.
P. 104. Oii toute l'engence... — Pour cette strophe et les deux suivantes, cf. Virgile, En. VIII, 424-438.
P. 105. Vn peu plus haut... — Pour cette strophe et les deux suivantes, cf. t. II, p. 330. Souvenir de Virgile, En. I, 81-156.
P. 105. A cofié gauche... — Pris à Homère, II. XV.
P. 106. Leandre... — L'histoire de Hero et Léandre avait été traduite en vers par Cl. Marot.
P. 106. Contraint ces portraits... — On lit fcs dans toutes les éditions. Nous avons corrigé d'après le contexte.
P. 106. Que Charles... — Charles Quint, désigné encore sous le nom d'Empereur Romain à la p. 107. Son expédition contre Tunis eut lieu en 1535.
P. 107. A René Macé, Vandomois. — Cette dédicace a remplacé dès 1555 celle de l'édition princeps : A frère René Macé, excellent poëte hifioriographe François. Il s'agit du moine bénédictin de Vendôme qui avait succédé à G. Crétin comme chroniqueur de France en 1525 et fut très admiré de son temps. Voir son Voyage de Charles Quint par la France, publié avec une introduction par G. Raynaud (Paris, A. Picard, 1879). — Le ton modeste de Ronsard dans cette ode fait un singulier contraste avec celui qu'il prit du jour où il connut Pindare et songea à imiter Homère (cf. Ronsard poète lyrique, pp. 53 et suiv.). Plus tard, dans la première pré-
face de la Franciade, il eut bien soin de distinguer du vrai poète le simple historiographe, héritier des Rhétoriqueurs et de leur « prose rimée ». Aussi comprend-on aisément la variante de la dédicace et même la suppression de la pièce.
P. 107. Cependant... — Pour l'idée et le tour des premiers vers, cf. Horace, Epist. I, 11, début; Ovide, Am. II, xviii, début.
P. 107. Horace, & fcs nombres dîners... — C'est-à-dire : les rythmes variés de ses odes. A cet égard, Ronsard doit autant à Horace, auteur des Carmina, qu'à Cl. Marot, auteur des Psaumes. Voir Ronsard poète lyrique, Introd., p. xxxviii.
P. 108. Comme ta allas... — Cf. Virgile, Géorg. III, lo-ii.
P. 109. HiNNE A SAINT Gervaise... — Saint Gervais et saint Protais sont les patrons de l'église de Couture, paroisse natale de Ronsard. Cet hymne a donc été écrit pour le jour de la Saint- Gervais, 19 juin, où ont lieu encore chaque année la fête patronale et r « assemblée » de Couture. Il est probable que le poète le sacrifia pour son caractère trop local. On y trouve des souvenirs de Frudence, Peristephanon, IV, loi, et d'Horace, Carm. III, xviii. Cf. Ronsard poète lyrique, p. 440.
P. iio. A Phœbvs... — Il n'est pas téméraire de penser que la première idée de ce « Vœu à Phœbus » est venue au poète de la cérémonie de sa tonsure (mars 1543). — Cette ode isométrique à rimes plates, toutes masculines, n'était pas irrégulière, au sens strict du mot; aussi Ronsard ne l'a-t-il pas jointe aux pièces « non mefurées à la lyre » qu'il groupa dans son Bocage de 1550. Il se décida néanmoins, vers la fin de sa vie, à la sacrifier, pour le rythme insuffisamment lyrique. — Sur ces questions et celle des sources, cf. Ronsard poète lyrique, pp. 23, 382 et 678.
P. III, A Maclov de la Haie. — Ce personnage, né à Montreuil-sur-Mer et devenu Vendômois par son mariage (vers 1548), a laissé un recueil de vers intitulé : Les Œuures de Maclou de la Haye, Piccard, valet de chambre du Roy, Paris, Est. Groulleau, 1553 (Bibl. de l'Arsenal, B. L. 6478, Réserve). Pour ses relations avec Ronsard et les pièces que celui-ci lui adressa, voir les notes des odes M uf es aux yeux noirs... et Source d'argent toute pleine (VI, 95 et 128), et mon Ronsard poète lyrique, pp. 51 et suiv. — La date de 1545 qu'on lit au titre de cette ode est erronée, car il ne peut s'agir que du traité d'Ardres, qui fut signé entre François I" et Henri VIII le 7 juin 1546.
P. III. Il ejl maintenant... — Cf. Horace, Carm. I, début. Le reste de la pièce contient d'autres imitations du lyrique latin, notamment des Carm. III, xix, 10-24.
P. 112. La ioie en l'ohfciir... — Ou lit ofcur. Bien que ce soit une graphie phonétique (Talbert, Dialecte biaisais, thèse de Paris, 1874, p. 229), nous avons cru devoir corriger d'après la graphie du même mot qu'on lit plus loin aux pp. 113 et 119.
P. 112, Secoure ans vens... — C'est bien le texte, et non pas Secouer, qu'on lit dans l'édition Blanchemain. C'est l'ancien infinitif secorre, secourre, secoure, dont le participe, secous, secousse, est constamment employé du temps de Ronsard pour secoué.
P. 112. HvMNE A LA. NViT. — Cette pièce fut rangée parmi les Hymnes à partir de 1567, puis, étant en rimes d'un seul genre, a été sacrifiée sans doute à cause de cette singularité rythmique, bien plutôt que pour le caractère voluptueux de son inspiration. C'est la paraphrase de VHymnus in noctem de Pontano. Cf. Ronsard toète lyrique, pp. 511, 684 et 759.
P. 113. A SON LIVRE. — Cette pièce, d'abord placée au livre III des Odes, lut rejetée à la fin du livre V à partir de 1567, comme une sorte d'épilogue de tout le recueil. Mais dès lors elle fit double emploi avec sa voisine, Plus dur que fer i'ai fini viou ouuragc (II, 462), qui, étant la paraphrase de VExcgi monnmentuni d'Horace, parut un meilleur épilogue et la fit éliminer en 1578.
P. 115. Des Baisers. — Cette ode était primitivement intitulée : Le haifer de Cajfandre. C'est en 1555 que Ronsard lui donna le titre général : Des Bai/ers. Il supprima en même temps ce quatrain, qui venait le troisième :
Baifer qui fais que l'amant meure, Puis qu'il reuiue tout à l'heure, Refouflant l'avie qui pendait A us leur es oii cil' t'attendait.
Plus tard il sacrifia la pièce entière, soit qu'elle fît double emploi avec d'autres de même inspiration (voir tome II, p. 196; IV, p. 90, et cf. Ronsard poète lyrique, pp. 514 et suiv.), soit qu'elle parût d'une qualité strophique inférieure, étant simplement divisible en sections égales par rimes plates régulièrement alternées, comme les odelettes le t'ai ojfencce viaiflreffe et le veux aimer ardentement, également supprimées (voir tome VI, pp. 224 et 227). — Ronsard a fondu dans ce « baiser » deux tercets de l'Arioste, Capitolo vi, 22-27, ^^ quelques vers disséminés dans les Basia de J. Second. Cf. Cl. Marot, Epigr. c : A la bouche de Diane.
P. 115. Ode XXII. — Cette ode était primitivement numérotée XVIII et dédiée A Charles de Pijfeleu, euefqne de Condon (voir ci-dessus la note de la p. 96). A partir de 1560 elle perdit son titre-dédicace, mais Ronsard s'adressa, dans la première et la der-
nière strophe, en 1560 à Grévin (l'auteur de VOlyiiipe et du Théâtre), et de 1567 à 1575 à Gruiet, qui, malgré le tréma du troisième vers (absent d'ailleurs en 1567)," est très probablement Claude Grujet, traducteur des Dialogues de Sperone Speroni (15 51) et éditeur de VHeptamèron (1559). — Cette ode est imitée d'Horace, Carm. I, vi; II, XII. Ronsard la sacrifia parce que la modestie des prétentions qu'il y exposait ne répondait plus depuis longtemps à la réalité. Cf. l'ode A fa guitcrre (VI, 97), supprimée pour la même raison.
P. 116. Auecqne vous... — Après cette strophe, dans l'édition princeps on lit celle-ci, où le poète s'adresse encore aux Géants : Vos nertus, grâces, & mérites,
Seront dites Par un Maclou miens fortuné.
Ma petite liriqne mufe
Ne m'amufe Qu'à l'huvihle uers oii te fuis né.
Il supprima cette strophe dès 1555, parce qu'elle était mal venue, que l'allusion au poète Maclou de la Haye avait perdu sa raison d'être, et que le ton lui paraissait désormais trop modeste.
P. 116. Oii mes vers... — Au lieu de ce vers on lit primitivement : Mon renom ne périra point, qui rime avec Bruira l'amour qui me point. Mais à partir de 1567 on lit le vers faux Mes vers feront fleuriffans. Notre correction est conjecturale.
P. 117. Avx MovscHES A MIEL. — Cette ode avait primitivement un sous-titre : Pour cueillir les fleurs fur la bouche de Caffandre. Ronsard l'enleva en 1555, et plus tard il sacrifia la pièce elle-même parce qu'elle était construite sur deux systèmes strophiques non alternants (strophes i et 4, vi fmfvi^ '«^// strophes 2 et ^1 f '^n f VI f^ f^ ni). — Source : J. Second, Basia, xix.
P. 118. De fev Lazare de Baif. — Lazare de Baïf, père du poète Antoine de Baïf, mourut en 1547. Sur sa vie et ses travaux d'érudition, qui l'ont fiit rapprocher de G. Budé par Ronsard ici et par Du Bellay dans la Deffcnce (II, xii), voir L. Pinvert, Lazare de Baïf, Paris, Fontemoing, 1900. Je pense d'ailleurs avec R. Sturel {Mélanges E. Châtelain, 1910, p. 576, et Revue d'Histoire littéraire, 1913, p. 280) qu'on lui a faussement attribué la traduction de VHécuhe d'Euripide. — Cette ode n'était pas « mefurée à la lyre », même si on la suppose construite sur deux systèmes strophiques alternants. C'est une des raisons, peut-être la seule, qui la fit sacrifier par Ronsard dès 1553, bien qu'il ne l'eût pas jointe en 1550 aux pièces irrégulières de son Bocage.
P. 119. A loACHiM uv Bellai... — Cette pièce esta mon
NOTES. T. VI, P. î 19-124. 2^
avis la première de celles que Ronsard adressa à Du Bellay (cf. Ronsard poète lyrique, p. 50). Elle fut sacrifiée pour plusieurs raisons : d'abord ses strophes hétérométriques commençaient par les petits vers (voir ci-dessus, note de la p. 103, relative à l'ode A fon lia); ensuite la première moitié était contredite par les faits et par cette déclaration de Du Bellay lui-même : « Vrayment ie confefle auoir imité Pétrarque... » (première préface de VOlive, 1549); enfin Li seconde moitié avait perdu tout son à-propos.
P. 119. Veu que fes vers... — On lit ces vers. Corrigé d'après le contexte et cette variante de l'édition princeps : Vca que fon Hure antiq' tu ne leus onqiies.
P. 119. Connue le vieil... — On lit le viel. Corrigé d'après les Errata de 1550 et la graphie de l'avant-dernier vers de cette pièce.
P. 130. A Mercvre. — Cf. Horace, Cariii. I, x; III, xi, début. Toute la pièce est librement imitée de la première de ces odes. Ronsard a changé l'ordre des idées et les a développées à l'aide de souvenirs de Virgile et d'Homère. Cf. t. V, p. 55; VI, 30.
P. 122. A Boviv Angevin. — Jacques Bouju, de Châteauneuf-su r-Sarthe en Anjou, était maître des requêtes de la reine en i<;50. Il devint conseiller au parlement de Paris en 1554 et président au parlement de Rennes en 1558. Du Bellay et Ronsard, appuyés par lui en 1549 auprès de la princesse Marguerite, sœur de Henri II, chantèrent ses louanges. Ronsard lui adressa une ode pindarique et cette ode horatienne. Il conserva la première (II, 156), mais jugea dès 1553 que le mince talent poétique de Bouju ne méritait pas l'éloge dithyrambique contenu dans la deuxième, et il la supprima. Cf. Ronsard poète lyrique, pp. 64-65 et 279.
P. 123. Contre fes bords... — La Loire figure ici comme le fîeuve qui arrose l'Anjou, patrie de Bouju. Mais c'est la Sarthe qu'on attendrait, Bouju étant né à Châteauneuf-sur-Sarthe. La Loire se glorifie plutôt de Du Bellay (II, 148 et 151).
P. 123. Contre vn qvi lvi déroba son Horack. — Horace fut le principal auteur de chevet de Ronsard de i')40 à 1550, même au moment de sa plus grande ferveur pindarique. Cf. Ronsard poète lyrique, pp. 20-21, 53-55, 69, 351 et suiv. — Remarquer dans cette pièce l'enchaînement des strophes par deux rimes trop éloignées; le poète la sacrifia pour cette singularité rythmique et parce qu'elle avait perdu son à-propos.
P. 123. J'oir au ciel... — Cf. Virgile, Eu. IV, 469-473.
P. 124. Av FLEVVE DV LoiR. — 11 s'agit de la rivière du Loir, qui arrose le Vendômois, notamment les prairies de Couture, village natal de Ronsard. Celui-ci l'a maintes fois mentionnée et
Ronsard. - VIII. z
chantée dans ses œuvres (voir par exemple t. I, pp. 59, 75, 81, 102; II, 31, 179, 205, 301, 311, 313; III, 434; IV, 360; V, 128; cf. Ronsard poète lyrique, p. 435).
P. 124. O Loir, dont le beau cours dijlille... — On lit à partir de 1567 ce vers, qui est faux : Loir, dont le beau cours dijlille. Notre correction conjecturale se fonde sur le texte de 1560. : O mon Loir, dont le cours diJliUe.
P. 124. Ainfi Thctis... — Formule latine de souhait (Horace, Cariii. I, III, début); très fréquente chez Ronsard.
P. 124. Fameux comme Amphryfc... — Fleuve de Thessalie, près duquel Phœbus fit paître les troupeaux d'Admètc. — On lit dans l'édition princeps : Fameux comme le Lot, à cause de Clément Marot, né à Cahors. Cf. Ronsard poète lyr., p. 19.
P. 125. De Grèce... — C'est ce qu'il disait primitivement de René Macé (VI, 108). — Comparer toute la fin à la première préface des Odes (VII, 3).
P. 125. Ode VII. — Cette ode était primitivement numérotée VIII et eut pour titre jusqu'en 1560 : A Cajfandre fuîarde. Sa composition est sûrement antérieure au mariage de Cassandre Salviati (novembre 1546), d'après les derniers vers, surtout d'après la variante primitive de l'antépénultième : Et toi ta d'âge pour te fandre. Ronsard la supprima pour l'entrelacement irrégulier de ses rimes, qui la rendait astrophique.
P. 125. Tu vie fuis... — C'est la paraphrase de l'ode d'Horace à Chloé, Car m. I, xxiii.
P. 125, Allongeant... — Ce vers, qui en remplace un tout différent à partir de 1555, se termine par le mot fuîarde jusqu'en 1573. Mais cette finale ne rimant avec aucun vers, soit par inadvertance du poète, soit plutôt par erreur d'impression, nous avons adopté le texte conjectural iavibe fugace, qui rime avec les vers 7 et 8. Cette leçon est d'autant plus probable que le latin fugax a exactement le sens de « fuyard ».
P. 126. }\lets donc... — On lit Mes. Corrigé d'après les éditions précédentes et la graphie du même mot en 1573 dans la dernière strophe de VHymne à la Nuit (voir t. VI, p. 113, vers 19).
P. 126. Dv lOVR NATAL DE SA DAME. — Jusqu'cU I 560,
cette pièce est intitulée : Du iour natal de Cajfandre. Elle n'a pas de titre de 1567 à 1573. Q.uant à la dédicace A loland Chantre, on ne la voit qu'en 1578, — Ronsard sacrifia cette pièce pour l'imperfection de son rythme strophiquc (voir ci-dessus, note de la p. 103, ode A fou lia).
P. 126. Chanfon... — Ronsard dans cette pièce s'est inspiré de
Pétrarque, canz. Tacer non posso, st. v, et d'Hrcole Strozzi, Amores, II, De natali doinince.
P. 127. Des Roses plantées près vn blé. — Ronsard composa cette ode certainement avant de connaître Pindare (voir la 3'= strophe et la rapprocher d'une épode de 1549, t. II, p. 154) et avant de rencontrer Cassandre (voir la strophe finale). Aussi plus tard lui parwt-elle avoir perdu tout son à-propos et sonner faux, surtout quand il eut « luiui le vol » de bien d'autres poètes qu'Horace et Pindare, et qu'il eut chanté, outre Cassandre Salviati, Marie, Genèvre, Isabeau de Limeuil et Hélène de Surgères. V.i l'on comprend qu'il l'ait sacrifiée en 1578.
P. 127. Tes beaux trefors... — On lit dans toutes les éditions/wr la branche, ce qui fait le vers faux. Notre correction dejur est conjecturale,
P. 128. Près de toy /entant ton odenr. Cette strophe semble une réponse à Cl. Marot, qui avait jeté ce défi aux lyriques profanes dans la préface de ses Pfauvies (1541) :
Pas ne faut donc qu'auprès de Iny Horace Se mette en ieu, s'il ne veut perdre grâce : Car par fus luy vole noflre poète (David) Comme feroit l'aigle fur l'alouëtle,
Ronsard eut de bonne heure l'ambition de rivaliser avec Marot dans la poésie purement lyrique, mais en substituant l'inspiration païenne à l'inspiration biblique (cf. Ronsard poète lyrique, pp, 17-21).
P. 128. Du fang des Princes... — Hyacinthe, Ajax. Cf. Ovide, Met. X, 210 et suiv. ; XIII, 394 et suiv.
P. 128. De celle oit ma vie ejl enclofe... — Malgré une déclaration semblable faite à une Marguerite (t. VI, p. 93), cette Rose correspond vraisemblablement à une personne réelle, dont Ronsard a écrit l'épitaphe : Rofe tant feulement icy, la plaçant tout près de cette ode dans les Odes de 1555 (voir t. VI, p. 240),
P. 128. AlaSovrcedvLoir, — Cf. Ronsard poète lyr.,
P. 129. Se vante d'anoir fou nom... — Après ce vers, les premières éditions contenaient quatre strophes supprimées en 1578. En voici le texte d'après l'édition de 1573 :
Fuy doncques, heureufc fource, Et par Vandofme paffant, Retien la bride à la courfe Le beau crijlal effaçant.
Puis faille mon la Haie Du murmure de tes flots, C'eft celuy qui ne s'effave
De fonner en vain ton los.
Si le ciel permet qu'il viiie,
Il conmira doucement
Les neuf Mu/es fur ta riue
Pleines d'èhaijfement, De le voir fenl dejfus l'herhc
Remémorant leurs leçons
Faire aller ton flot fuperhe
Honoré par fes chanfons.
Sur le poète Maclou de la Haye, voir notes du tome VI, pp. 96 et III, et J. Martellière, Annales FUchoises de juillet 1907. Sa femme, Jeanne Desmons ou des Monts, avec laquelle il habitait depuis 1548 la banlieue d'aval de Vendôme, acquit en 1574 les domaines de Chauvigny et des Diorières, à vingt kilomètres au nord (ci. R. de Saint- Venant, Dictionnaire du Vendômois, 1912, t. I, p. 446). — Ronsard a supprimé ces strophes, soit qu'elles ne correspondissent plus à la réalité (La Haye ayant quitté sa première résidence), soit que les relations entre les deux poètes se fussent refroidies et même rompues, comme le laisse à penser la disparition, à des dates diverses, des autres pièces et passages où figurait Maclou de la Haye en 1550 (y compris l'ode Puis que d'ordre à fou rang, t. 1 1 , p. 281, dédiée en 1587 à François de la Brosse).
P. 130. Ainfl du Dieu... — Cf. ci-dessus, note de la p. Î24. P. 130. Le Bocage. — Ce Bocage de 1550, qu'il faut se garder de confondre avec le Bocage de 1554 et le Bocage royal de 1584, dont le contenu est fort différent, comprenait d'abord VAnantentrée du Roy (voir t. VI, p. 74), puis la série des pièces que nous reproduisons dans leur ordre primitif (t. VI, pp. 130 et suiv.), enfin l'ode A laques Peletier du Mans, qui venait après l'ode Contre la ieiinejfe françoife corrompue et que nous avons réimprimée à son rang chronologique (t. VI, p. 71). Elles avaient toutes ce trait commun d'être irrégulièrement versifiées et, comme dit Ronsard dans sa préface, de n'être pas « mefurées, ni propres à la lyre » (t. VII, p. 4). Aussi les avait-il reléguées dans son Bocage « sous autre nom que d'Odes » (cf. Revue d'Histoire littéraire, 1899, pp. 36 et suiv.; 1903, pp. 89, 256 et suiv.) Pourtant, après en avoir sacrifié plus de la moitié dès 1553, il en rangea cinq autres au t. II des Odes dans ses éditions collectives de 1560 à 1573 (et 1578 pour deux d'entre elles), en les qualifiant Odes, mais en prévenant derechef le lecteur qu'elles n'étaient pas régulières. Cf. Ronsard poète lyrique, pp. 35 et suiv. Pour la clarté de l'exposé nous avons cru devoir indiquer tout de suite entre crochets cette caractéristique
des pièces du Bocage de 1550 et supprimer le numérotage parfois erroné de celles qu'on retrouve dans les éditions collectives.
Dans toutes ces pièces on sent la triple inspiration de Virgile, d'Ovide, et surtout d'Horace. On en trouvera le détail dans les études citées ci-dessus, et au tome II de mon édition critique des Œuvres de Ronsard (Hachette, 1914).
P. 130. A SON LVT. — Voici la note qu'on lit en tête de cette pièce dans les éditions collectives de 1560 à 1575, au livre II des Odes : « Cette, Ode eft la première que l'Auteur a iamais compofée : & celle qu'il adrefî'e à laques Peletier : celles de Gafpar d'Auuergne & de Maclou de la Haye : & la prière à Dieu pour la famine [celle-ci placée aux Poëiiies] : auffi ne font elles pas mefurées, ni propres à chanter. » D'autre part l'édition de 1578, n'ayant conservé que deux de ces odes (à Maclou de la Haye et à Peletier), transforma cette noie ainsi : « Odes non mefurées, ny propres à chanter. Aufîi font-ce les premières que fîft iamais l'Autheur, l'an mil cinq cens quarante. » — Ces deux notes sont en partie contradictoires, et la date même donnée par la deuxième est contredite par la première préface des Odes de 1550, où Ronsard déclare avoir commencé à écrire en français des odes horatiennes « des le même tens que Clément Marot fe trauailloit à la pourluite de fon Pfautier » (Vli, 4), c'est-à-dire de 1541 à 1543.
P. 130. Maintenant vn Lut François... — Cette strophe initiale (dont le troisième vers était d'abord D'Ainarille énamouré) prouve assez que l'ode A fon lut fut bien composée la première des œuvres françaises de Ronsard. On y voit en outre qu'il s'était d'abord essayé dans l'ode latine; il a reconnu lui-même l'insuccès de cette tentative dans un poème A P. L'Efcot (voir t. V, p. 177).
P. 130. le t'affeure... — C'est à peu près ce que disait Cl. Marot Aux dames de France à propos de ses Psaumes (éd. Jannet, IV, 64). Mais Ronsard se faisait illusion en écrivant cette strophe : il a cédé plus d'une fois aux tentations dont il se défend ici.
P. 131. De in'anoir fait.., — Sur les goûts artistiques de Ronsard, cf. H. Chamard, foacbiin du Bellay, pp. 86-87. En ce qui concerne spécialement la musique, cf. Ch. Comte et P. Laumonier, Ronsard et les musiciens du xvi'= siècle (dans la Revue d'Histoire littéraire de 1900, p. 341).
P. 133. On dit que cil... — Mythe de Deucalion (Ovide, Met. I, 390-415). L'idée vient de Platon, Rép. III, vi. Ronsard l'a reprise ailleurs (II, 413).
P. 133. Auoit auffi... — On lit Auoir en 1573 et dans les édi-
lions précédentes. Nous avons adopté la correction de 1609 toujours conservée depuis lors.
P. 134. A Cass ANDRE. — Nous avons cru devoir laisser, dans la parenthèse qui suit le titre, la mention « texte unique », parce que les divers tirages de l'édition de 1550 ne diffèrent ici que par la ponctuation du 5'' vers, qui est d'ailleurs fautive et que nous avons corrigée (on lit mord? et mord.).
P. 134. Du Géant... — Encelade, ou Typhée, enseveli sous l'Etna par Jupiter. Cf. t. II , pp. 128 et 313.
P. 135. A la Roine... — Pasiphaé, amoureuse d'un taureau.
P. 135. D'vN ROSSIGNOL ABVSÉ... — C'cst le thème médiéval du « rossignolet », mais tout transformé et rehaussé par les emprunts à Virgile, à Ovide, à Horace. Cf. Ronsard poêle lyr.,
pp. 450-453-
P. 138. A Gaspar d'Avvergne. — Ce titre-dédicace est absent des éditions collectives, quoiqu'il soit indiqué dans la note qui précède l'ode A fon lut. Nous l'avons emprunté aux Bocages de 1550 et 1554, le préférant au faux numérotage de 1573 (ode XXXI = XXVI i). — Gaspar d'Auvergne ou Dauvergne était originaire de Limoges. 11 est l'auteur d'une traduction en prose du Prince de Machiavel, publiée à Poitiers en 1553 avec pièces liminaires de deux autres Limousins, l'humaniste Muret et l'avocat royal Jean Maledan. Lors de cette publication il était luimême « avocat au duché de Chastelleraut ». Ronsard lui a dédié deux autres pièces du Bocage de 1550 et une ode de 1560, Gajj)ar qui loin de Pegafe (voir t. II , p. 300).
P. 140. Et ce que tient... — On lit en 1571 et eu 1573 ce qui. Corrigé d'après les éditions précédentes.
P. 140. Le bien qui doit... — On lit en 1571 et 1573 que doit. Corrigé d'après le contexte, les éditions précédentes offrant une leçon très différente : Cela de quoi tu te peux bien pajfer.
P. 141. Sur le haut... — On lit de la tejle. Corrigé d'après le contexte et l'édition précédente. — Ces deux dernières strophes viennent d'Horace, comme la plupart des précédentes. Cf. Ronsard poète lyr., pp. 566 et suiv.
P. 142. A LVi MESME. — C'est-à-dire à Gaspar d'Auvergne, auquel est dédiée l'ode précédente.
P. 143. Mainte ville... — Thème horatieu, repris par Ronsard à satiété; voir notamment t. II, pp. 166, 235, 342.
P. 143. Ont fait... — On lit On fait. — En médaille, en bron:^e... On lit en bronce. Les deux corrections ont été faites dans toutes les réimpressions.
P. 143. Chant de folie a Bacchvs. — Nous avons cru devoir laisser, dans la parenthèse qui suit le titre, la mention « texte unique », parce que les divers tirages de l'édition de 1550 ne diffèrent ici que par une variante d'erratum, qui d'ailleurs nous a paru négligeable pour l'établissement du texte (au vers 22). Voir ci-après. — Le thème des sept premières strophes a été repris par Ronsard dans le Voyage (VHcrcueil de 1549 (t, V, p. 213), les Dithyramhes de 1553 (t. VI, p. 182) et VHyvine de Bacchiis (t. IV, p. 35$). Pour l'ensemble de la pièce, surtout la seconde partie, voir Ronsard poète lyrique, pp. 619 et suiv.
P. 144. Quels font ces rochiers où ie vois... — C'est-à-dire : oii je vais (cf. le subjonctif, que tu voifes, t. VI, p. 79, vers 5). Ronsard avait cependant déclaré qu'il substituait la forme ie va à l'ancienne forme ie voi (SurauertiJJcvient, au t. VII, p. 14); mais ici le principe a cédé au besoin de la rime.
P. 144. Et les champs fonner eiiouè... — Nous avons conservé le texte euouè (lisez evoiiè), malgré l'erratum de certains exemplaires non réglés {eu'ôe^ et celui des exemplaires réglés (euuoé), parce qu'il est assez justifié par la prononciation sourde de Vo fréquente au XVI" siècle, et par la rime enroué. C'est l'équivalent du latin cnoe, transcrit lui-même du grec jjov, cri de joie des Bacchantes.
P^ 145. Son chef... — On lit ejl de fer vient. La correction a été faite dans toutes les réimpressions.
P. 145. A Gaspar d'Avvergxh. — Pour ce titre-dédicace, mêmes observations que ci-dessus, note de la p. 138.
P. 145. Gafpar, qui aux bords de Vienne... — A Limoj.;es, ville natale de Gaspar d'Auvergne, ou à Châtellerault, où il est avocat.
P. 146. Se dénient... — On lit Se deuilent. Corrigé d'après l'édition princeps.
P. 146. Et la grâce... — Dans cette strophe inspirée par Horace, Carm. II, m, 13-16, nous avons le germe d'un thème lyrique que notre poète a repris maintes fois. Cf. Ronsard poète lyr., pp. 578-591.
P. 147. Prière a Diev povr la famine. — Des six odes irrégulières du Bocage de 1550 conservées par Ronsard dans ses premières éditions collectives, celle-ci est la seule qu'il rangea parmi les Poèmes^ tandis que les cinq autres trouvaient place parmi les Odes (au livre II). C'est que les cinq autres sont strophiques, tout en laissant à désirer pour la régularité d'alternance des rimes, alors que celle-ci, écrite en vers isométriques à rimes plates irrégulièrement alternées, eût été dans les odes un véritable monstre.
P. 147. O Dieu des exercites... — Cette pièce, d'inspiration sur-
tout biblique, peut remonter au delà de 1543, à l'époque où Cl. Marot « fe trauailloit à la pourluite de fou Pfautier » (VII, 4).
P. 149. A Cassandr^. — Cette ode remonte vraisemblablement au printemps de 1546. Voir Ronsard poète îyr., pp. 39 et 43.
P. 149. Frappant contre leurs bords dolents. — C'est bien le texte de 1550. La correction leur bord dotant, qui est séduisante, n'a fait son apparition qu'en 1623. Nous ne la croyons pas nécessaire, Ronsard ayant fait rimer ailleurs un pluriel avec un singulier, alors qu'il lui était, comme ici, facile de l'éviter (voir t. II, pp. 258 et 341; IV, p. 139).
P. 150, vers 8 et 9, on lit an Dieiis, an ciens. Corrigé dans toutes les réimpressions. — Des Odes du lue Vandomois. Cette strophe a un vers de plus que les précédentes, pour arrêter le rythme dans ce système de cinquains enchaînés par la rime médiane (unique dans toute l'œuvre du poète).
P. 150. Contre la ievnesse Françoise corrompvh. — Cette ode n'a pu être composée qu'entre l'hiver de 1542, date de la reprise des hostilités contre Charles-Quint, et le mois de septembre 1544, date de la paix de Crespy. Elle fut sans doute inspirée par les sentiments divers qui, dans l'entourage de François P% accueillirent en mars 1544 l'idée d'une grande bataille rangée en Lombardie, qui fut celle de Cerisoles. Cf. P. Courteault, Biaise de Moulue historien, 1907, ch. iv.
P. 150. Ejperons nous... — Dans toute cette pièce Ronsard s'est habilement inspiré d'Horace, Carm. III, vi.
P. 150. De fous le Roi captif... — Allusion à la défaite de Pavie et à la captivité de François P"^ à Madrid.
P. 151. Quel peuple... — On lit nejlre. J.a correction existe dans toutes les réimpressions.
P. 151. L'amant luxurieus... — Rapprocher de ce passage une strophe de l'ode A I. Peletier, où Ronsard souhaitait que son amie sût par cœur le canzoniere de Pétrarque (t. VI, p. 72). Sur ses divers sentiments à l'égard du grand poète florentin, cf. Ronsard poète lyrique, p. 478, et Revue d'Histoire littéraire, 1910, p. 860.
P. 152. A vN SIEN AMI... — Ce titre-dédicace est absent des éditions collectives. Nous l'avons emprunté aux Bocages de 1550 et 1554, le préférant au numérotage de 1578 (ode xxxix). — II s'agit de Maclou de la Haye, comme l'indique la note qui précède cette ode en 1578 (voir ci-dessus, 2^ note de la p. 130). Sur ce personnage, voir les notes du t. VI, pp. 95, m et 129. — D'un bout à l'autre cette pièce contient des imitations des odes d'Horace.
P. 156. A SON retovr de Gascongne... — Sur les mo-
NOTES. T. VI, P. ify-ié], 33
tifs plausibles de ce voyage, poussé jusqu'aux Pyrénées (vers 9-12), et la date probable de la composition de cette pièce (deuxième moitié de 1547), voir mon édition critique de la Vie de Ronsard, pp. 118 et suiv. — Les « cinq ans » dont il est question au vers 7, et qui reviennent à la fin de l'élégie xvi (t. IV, p. 98) ne doivent pas faire illusion. Étant donné qu'ils désignent seulement le temps que Ronsard passa comme « escolier » sous la discipline de Dorât (1545-15 50), on serait tenté de dater cette ode du début de 1550. Mais, comme elle est irrégulièrement versifiée et qu'elle contient des allusions à des faits de l'an 1547, on peut penser que le poète avait d'abord écrit « deux ans » ou « trois ans », et qu'il modifia son texte lors de l'impression de la pièce (janvier 1550), tout en conservant son titre primitif, sans souci de la contradiction.
P. 157. Vu Peletier... Daurat... Et mon Berger... — Il s'agit de Jacques Peletier du Mans, dont les Œiiiires poétiques parurent en 1547 (privilège du 1^" septembre); de Jean Dorât, l'humaniste limousin; de Bertran Berger, poète pastoral et dithyrambique, originaire de Montembeuf en Charente.
P. 157. Mon Oradotir, ne Maclou... — Il s'agit de René d'Oradour, qui est allé en Anjou (cf. t. VI, p. 91), et de Maclou de la Haye, chargé d'une mission à Rome dont il parle dans ses Œuurcs (voir notamment le Chant d'amour, fol. 14 et 15).
P. 157. Car fi le iour... — Cf. Horace, Carm. II, xx, 17-20.
P. 160. De toy Pafchal... — Ce sonnet, après avoir été retranché de la première édition collective (1560), reparut dans la deuxième (1567) au 1*" livre des Amours, où il resta jusqu'en 1572, pour passer en 1578 dans la section des Sonet s à diuerfes perfonnes (t. I, fin). — Pour ce personnage, dont le nom revient chez tous les poètes du temps, voir la Notice sur Ronsard, début. Quant à l'ami de Paschal nommé au 9* vers, c'est Michel-Pierre de Mauléon, protonotaire de Durban, conseiller au parlement de Toulouse. Cf. t. II, p. 297, ode le ne fuis iamais parejfeux.
P. 160. Le feul penfer qui nie fait deuenir... — Ce sonnet et le suivant, après avoir figuré au i'' livre des Amours jusqu'en 1572 (le premier avec cet incipit Le penfement qui me fait deuenir), passèrent en 1578 dans la section des Amours diuerfes (n"' xi et xii). Le poète ne les a jamais séparés, l'un complétant l'autre.
P. 163. LivuET DE FoLASTRiES. — Cct opusculc parut à Paris, chez la veuve Maurice de la Porte (éditrice des Amours de 1552), avec privilège, en avril 1553 (achevé d'imprimer du 20 avril). Il était anonyme. Mais les preuves de la paternité de Ronsard abondent. Non seulement nous avons le témoignage de ses amis.
notamment d'E. Pasquier (^Recherches de la France, livre VI, chap. vu), mais il reprit lui-même à son compte dans ses recueils postérieurs presque toutes' les pièces qui le composaient (les Folajîries sous le nom de Gayctei) : on les retrouve dispersées dans le Bocage de 1554, les Mejlanges de 1555, la Continuation des Autours de 1555 et de 1557, les Œnures de 1560, sans parler des éditions collectives suivantes. Une folastrie, deux épigrammes et les deux sonnets de la fin furent seuls exclus de toute réimpression avouée de Ronsard, et cela ne prouve nullement qu'il n'en soit pas l'auteur. En 1584 il en conserva encore un certain nombre (voir notre tome II, pp. 35, 36, 46, 55-58). — La Bibliothèque de l'Arsenal possède un exemplaire très rare de l'édition princeps (B. L. 6561, Rés. Anonymes), dont il n'existe aucune bonne réimpression (cf. Revue critique du 11 novembre 1907). Pour le contenu, les sources d'inspiration et le succès de cet opuscule, sur lequel j'ai attiré l'attention dès juillet 1902 dans la Revue de la Reuaissance, voir mon Ronsard poète lyrique, pp. 93-106.
Le Liuret de Folajlries fut réimprimé intégralement en 1584; mais nous n'avons pas tenu compte de cette réimpression, pensant avec Prosper Blanchemain (VIII, 88) qu'elle se produisit à l'insu de Ronsard, du moins sans son aveu. Voici nos raisons : 1° Elle parut sans nom de lieu, ni d'éditeur, et sans privilège. 2° Cette même année 1584, en janvier, Ronsard avait donné à Paris, chez G. Buon, sa belle édition collective in-folio, particulièrement soignée, avec une partie des Folajlries, celles qu'il tenait à conserver; pourquoi se serait-il amusé à publier à part, clandestinement et sans profit, ce petit in-r2 anonyme, avec des pièces qu'il avait retranchées délibérément de ses Œnures à diverses dates de sa carrière? 3" Ses exécuteurs testamentaires n'en ont tenu aucun compte dans la première édition posthume de ses Œnures « reueues, corrigées & augmentées par l'autheur peu auant fon trefpas & miies en leur ordre fuyuant les mémoires & copies » (achevé d'imprimer 24 décembre 1586), ni dans celles de 1597, 1604, 1609. 4° Le poète n'aurait certainement pas réédité sous leur forme primitive deux des pièces du Liuret de 1553 : l'épigramme Du grand Turc ie n'ai fouci et les Ditljyrauihcs, alors que dès 1554 il avait transformé l'épigramme en une ode conservée dans toutes ses éditions, et fait passer une bonne partie des Dithyrambes dans son Hymne à Bacchus, également conservé dans toutes ses éditions. 5° Le Liuret de 1584 était augmenté de deux pièces : une ode de 1554, Les Mu/es lièrent vu iour, conservée parmi les Odes dans toutes les éditions collectives de Ronsard, et un sonnet inédit, Des beautés, des attraits & des
NOTES. T. VI, P. 163-176. ■^<f
d'ifcour S féconds, d'une authenticité très contestable (II, 360 ; VI, 449).
P. 163. Gayeté. — C'est la Folajlrie H en 1553. Elle reparut au Bocage de 1554, dans la Continuation des Amours (1555 et 1557), puis au i" livre des Poèmes dans les éditions collectives.
P. 166. Gayeté. — C'est la FohiJJrie III en 1553. Elle ne reparut que dans la deuxième édition parisienne de la Continuation des Amours (1557). Elle est jointe ici pour la première fois aux œuvres complètes de Ronsard.
P. 168. Vient de la Chartre... — La Chartre (Sarthe), Lavardin et Montoire (Loir-et-Cher) sont trois localités du Bas-Vendômois, sur les bords du Loir, à quelques lieues du manoir de la Possonnière où est né Ronsard. On peut donc penser que les deux héroïnes de cette pièce habitaient le pays natal du poète.
P. 171. Gayeté. — C'est la Folajlrie IV en 1553. ^^^^ reparut dans la deuxième édition parisienne de la Continuation des Amours (1557), puis parmi les Polnncs dans les éditions collectives (au 3* livre en 1560-1573, au 2" livre en 1578).
P. 173. Comme il repaijfoit... — On lit repaffoit. Corrigé d'après le contexte et les éditions précédentes.
P. 173. De laquet guignait. .. — A la rime on lit iripart, qui ne veut rien dire. Corrigé d'après les éditions précédentes.
P. 173. laquet (dit-eW)... — On lit dit-elle, ce qui fausse le vers.
P. 174. Gayeté. — C'est la Folajlrie V en 1553. Elle reparut dans la Continuation des Amours (1555 et 1557), puis au i^"" livre des Poèmes dans les éditions collectives.
P. 175. Me dorlotoit entre fes dras... — On lit entre fes bras, ce qui donne une mauvaise rime. Il y a tout lieu de croire qu'il faut lire entre fes dras, d'après le contexte et cette variante de 1553 pour le vers suivant : Connillant de iour dans les dras. Voir aussi t. I, p. 64, 2* vers; VI, p. 176, avant-dernier vers.
P, 175. Tout feul ie faifoy... — On lit ie faifoye, ce qui fausse le vers. Corrigé d'après le texte primitif.
P. 176. Gayeté. — C'est la Folajlrie VI en 1553. Elle reparut dans la Continuation des Amours (1555 et 1557), puis au I=r livre des Pocmes dans l'édition collective de 1560.
P. 176. Hé quoy... — A la place de ce vers et des deux suivants, on lit dans l'édition princeps :
Mignon, vous couche:^ au lit, Voire es bras de la pucelle Oui de fes heaute:^ excelle La rofe, & de fes beaux yeux Cela qui treluit aux deux :
^6 NOTES. T. VI, p. 177-179.
A l'heure, de houle, à l'heure,
Mignon, ton petit œil pleure.
Ronsard les supprima dès la deuxième édition (1555), parce qu'il les jugea peu naturels dans la bouche d'une nourrice parlant à ce petit enfant.
P. 177. EJfuye tes laruielettes... — On lit larmeties, ce qui fait le vers fiiux. Corrigé d'après les éditions précédentes.
P. 177. Toute feulette endormie... — Après ce vers, on lit dans les précédentes éditions les seize vers suivants, que nous reproduisons d'après la Continuation des Amours (1557) :
Et peut cflre qu'au reueil,
Ou quand plus le doux fovuneil
Luy enflerait la vianiclle,
Qu'en glijfant plat dejfiis elle,
le luy fer oy fi grand bien,
Qu'elle après quitterait bien
Toy, fes frères, & fon père,
Qui plus eft, fa doulce merc
Pour vie fuiurc à l'abandon.
Comme Venus fon Adon
Suiuoit par toute contrée,
Fuft que la nuit acouflrèe
D'aflres, tumhafl dans les eaux,
Fufl que les flammeux nafeaux
Souflaffent d'vne alenêe
Hors des eaux la matinée.
Ronsard supprima ces vers, soit qu'ils compromissent l'honneuç de Jeanne (celle de la Gayetè ou une autre), soit qu'ils lui parussent d'une prétention excessive.
P. 178. FoLASTRiE VIII. Le Nuage ou l'Yurongne. — Cette pièce, qui porte ce numéro et ces titres dans le Liuret de 1553, fut sacrifice tout de suite par Ronsard. Elle reparut dans l'édition subreptice de 1584, puis dans la Mufe folaflre de 1600 (Paris, Ant. du Brueil, à la fin de la section intitulée Folaflries de P. de Ronfard), encore dans les Mufes gaillardes de 1609 et le Cabinet faiyrique de 1618, enfin dans les éditions des Œuurcs de Ronfard de 1604, 1609, 1623, non pas parmi les Pièces retranchées, mais dans la section des Gayete:^.
P. 179, vers I et 2. Ces deux vers ont une S5'llabe de moins que les autres dans le texte de 1553 et les anciennes réimpressions. On peut les corriger de plusieurs manières : en mettant dans les deux vers que dit, ou ce dit, ou a dit, ou comme Blanchemain :
Il ejl tour, que dit l'alotielte.
Non ejl, non ! non ! dit la fillette. Dans le doute nous avons préféré nous abstenir.
P. 181. Craq... — On lit ce vers faux :
Craq craq n'oye^ vous découdre.
Corrigé d'après les errata.
P. 182. Dithyrambes. — Ces Dithyrambes de 1553 furent sacrifiés dès l'année suivante par Ronsard, du moins sous leur forme primitive. A la réflexion, il fut choqué de la liberté rythmique des strophes et des vers, qu'il avait adoptée à l'exemple de son ami Berger, pour se conformer à la tradition antique (cf. Horace, Carm. IV, ir, 10-12), Mais, comme il tenait à l'érudition déployée dans cette pièce, il en fît passer en 1554 les deux tiers dans son Hymne de Bacchus. Voir notamment dans la présente édition les pages 360-363 du tome IV et les comparer aux pages 187-193 du tome VI. — Sans parler de la réimpression subreptice de 15 84, ces Dithyrambes ont été réédités dans les Œuures de Ronfard (section des Gayetei), comme étant de lui, par N. Buon en 1604, 1609, 1617, 1623, et cela avec l'autorisation de Jean Galland, héritier des papiers du poète.
Ces faits suffiraient à prouver que Ronsard est bien l'auteur de cette pièce bachique. On lui en a pourtant contesté la paternité au xix° siècle et jusqu'en 1910, sur l'unique témoignage de Cl. Binet, qui l'attribue à Bertrand Berger. Que celui-ci ait écrit des dithyrambes à la manière antique, et même le premier en France, cela ne fait pas de doute : Du Bellay, qui dès 1552 le louait de cette initiative (Ode pajl orale, éd. Marty-Laveaux, II, 57), lui renouvelle le compliment dans ses leux rufliqnes en 1558 (ibid., II, 363; cf. éd. Chamard, t. IV). Mais Binet devait-il en conclure que les Dithyrambes de 1553 étaient l'œuvre de Berger? Et s'il l'a fait — seulement en 1597, dans sa troisième édition de la Vie de Ronfard, après la mort de Dorât, de Baïf et des autres survivants de la fête d'Arcueil — ne serait-ce pas qu'il a voulu décharger la mémoire de son maître de l'accusation de paganisme que lui imputaient les protestants? Peut-être aussi a-t-il été sincère, remarquant dans la pièce la présence du nom de Ronsard et l'absence du nom de Berger. Mais cette coïncidence est loin d'être probante. Non seulement Ronsard n'a jamais désavoué les Dithyrambes de 1553, pas même dans sa Rejponce aux iniures & calomnies (1563), mais son ami Du Bellay, dont le témoignage ne peut être suspecté, les lui attribue clairement avec les Folajiries dans ce distique des Foëmata (1558, fol. II, verso) :
Ronsard. — VIII. 4
"jS NOTES. T. VI, P. 182-186.
Scii Biicclii numéros, seii rujlica carviina pangts, Gratin Roiifardi fevipcr in orc fcdd, qu'il a traduit lui-même ainsi (éd. Marty-Lavcaux, II, 119) : Bief, tout ce que tu fais... a toufwnrs bonne grâce : Soit que des vers fans loy tu accordes les fous, Ou fait que tu Vefgaye' en rufliques chanfons. J'ajoute cette dernière preuve à celles que j'ai réunies dans l'étude sur Ronsard porte lyrique, pp. 99-102 et y^^-y^i.
P. 182, ... à la pompe du Bouc. — 11 s'agit d'un bouc que Ronsard et ses amis littéraires, par réminiscence d'une cérémonie grecque, escortèrent solennellement à travers le village d'Arcueil, où ils étaient venus fêter les succès dramatiques de Jodelle quelques jours après la représentation de la comédie d'Eugcue et de la tragédie de CJcopatrc, jouées devant la Cour. Cette fête en l'honneur de Jodelle eut lieu, non pas, comme on le croit généralement, au carnaval de 1552, mais au carnaval de 1553. C'est la date donnée par A. de Baït" pour ses propres Dithyrambes (éd. Marty-Laveaux, II, 209). Cf. G. Lanson, Revue d'histoire littéraire, 1903, pp. 187 et suiv. ; P. Laumonier, Ronsard poète lyrique, p. 100, note 2, et édition critique de la Vie de Ronsard, p. 155.
P. 182. Tout rani d'ejjjrit... — Dans cette première partie des Ditijyrambcs, jusqu'à Euan, Pcre..., Ronsard s'est inspiré de plusieurs poètes : d'abord de M. -A. Flaminio (Carniina, I, Ad Bacchum), qu'il a imité ailleurs en 1553 (cf. Ronsard poète lyrique, pp. 116, 458 et suiv.); puis d'Ovide (Ars amat., I, 541 et suiv.; Met., IV, 11-30) et de Marulle (Hyninus Baccho, 19-21); peut-être aussi de Catulle {Epithal. de Pelée et Thetis, 252 et suiv.), d'Horace (Carm. II, xix; III, xxiii) et d'Euripide {Bacchantes, chœurs et passiiu). Des vers de cette première partie ont été repris par Ronsard en 1554 dans la première partie de son Hymne de Bacchus, et même dans la seconde partie. Enfin des expressions se retrouvent ailleurs dans ses oeuvres.
P. 182. lach ïach Euoc. — lach est la transcription du mot grec "Ia-//o:, appellation mystique du dieu du vin Dionysos (Bacchus). Le texte original présente au premier lach un tréma sur Va pour indiquer que l'I majuscule doit être prononcé comme un i voyelle. En réalité ce tréma devrait être sur l'I, comme il est sur 1'/ de 'iach. Faute de caractères, nous avons cru pouvoir nous en passer, comme l'a fait N. Buon dans les éditions de 1604 à 1623.
P. 186. Tentreuoy Bayf, & Rcmy... — Antoine de Baïf et Remy Belleau. Dans le vers suivant le Conte désigne Nicolas Denisot, qui signait de l'anagramme le Conte d'Alsinois, On peut s'étonner de
la présence du nom de Ronsard dans ce passage. S'il est l'auteur de cette pièce, a-t-il pu dire : l'entreiioy Ronfard...} L'objection est plus spécieuse que solide, vu le désir naturel qu'il dut avoir de se mettre en scène. Par contre, l'absence du nom de Berger prouvet-elle que c'est lui l'auteur? Nous ne le croyons pas, car il a bien pu ne pas assister à la fête ; à noter qu'il ne figure pas non plus dans la « chère bande » que Ronsard invite à la même époque à le suivre aux I/Jes foiiiuu'es (voir note du t. V, p. 159).
P. 187. Cejle hymne dithyrambique. — C'est-à-dire l'hymne qui suit, à partir de l'invocation Hayatianl Mu/es Thejpieiuics. D'après ce passage et les derniers vers, le poète a mis toute cette deuxième partie de la pièce dans la bouche de Jodelle, le héros de la fête.
P. 187, Hayaiiant Mu/es Thejpienncs... — Toute la deuxième partie des Dithyrambes, depuis ce vers jusqu'à Et reçoy, O Roy... n'est qu'une paraphrase de VHymiiiis Baccho de Michel Marulle, y compris la fameuse litanie de la p. 190 O Cuijfenc... Ronsard, qui a beaucoup imité Marulle de 1552 à 1556 et a écrit son épitaphe en 1554 (voir tome V, p. 307), n'a fait que transcrire en vers alexandrins cette paraphrase dans la deuxième partie de son Hyinue de Bacchiis, depuis : Père, ou vie traines-tn. — Si l'on songe à l'érudition livresque déployée par Ronsard ici et ailleurs, si l'on remarque d'autre part que Du Bellay dans les leiix rujiiques (1558) a loué Bertran Berger d'être poète sans avoir lu
aucune po'éfie, Soit de ce temps, foit de iadis, on ne sera plus tenté d'attribuer les Dithyrambes à Berger, mais, après les rapprochements indiqués ci-dessus et les autres preuves, la paternité de Ronsard apparaîtra évidente.
P. 192, vers I et 5. — On lit bien D'vn pié veillard (c'est-à-dire qui veille, éveillé), et Mille cœurs de Poêles. Et c'est le vrai texte, traduisant les expressions de Marulle « insomni pede » et « mille vatum prsecordia ».
P. 193. Reçoy ce vœu... — A première vue ces derniers vers pourraient faire croire que Jodelle est l'auteur des Dithyrambes. Mais ils signifient seulement que Jodelle, dans la bouche duquel Ronsard a placé le deuxième des hymnes qui composent cette pièce (voir notes précédentes), consacre à Bacchus le bouc dont il vient de parler, en reconnaissance du succès de sa tragédie de C'éopatre. — Les protestants affectèrent de prendre au sérieux ce simulacre de sacrifice païen et le reprochèrent vivement à Ronsard (cf. mon édition de la Vie de Ronsard, pp. 24 et 154; Pierre Perdrizet, Ronsard et la Réforme, pp. 52 et suiv.). Il se défendit de cette accu-
40 NOTES. T. VI, p. 194-196.
sation dans sa ReJJmice aux îniurcs 6" calomnies (voir tome V, pp. 410-411).
P. 194. Tradtiâîon de quelques Epigravivies Grcci. — Cette section du Liuret de Folajlrîcs était dédiée en 1553 à l'humaniste Marc- Antoine de Muret, sous l'influence duquel Ronsard imita V Anthologie grecque. Elle comprenait alors dix-sept épigrammes. L'une d'elles, Du grand Turc ic n'ai fond, reparut l'année suivante dans les Mcflangcs et fut rangée parmi les Odes dans les éditions collectives (voir tome II, p. 348; cf. Ronsard poète lyrique, pp. 94 et^ 122). Deux autres furent tout de suite sacrifiées. Les quatorze autres passèrent aux Pohnes dans les éditions collectives, et de ce nombre neuf seulement furent conservées en 1584 (voir tome II, pp. 55-58, n°' I à V, X et xi, et pp. 59-60 les deux épigrammes traduites de Palladas). — Nous donnons dans les notes suivantes l'incipit grec qui accompagne le nom de l'auteur ancien en 1553 et la référence à V Anthologie grecque, édition Fr. Jacobs.
P. 194. D'AvTOMEDON. — On lit Antoniedon, ainsi que dans les éditions précédentes. Eî'rt; a-a; •ir,\'.'x'.. C'est le n° 133 des Epigrammes descriptives.
P. 194. De AmMIAN. 0'.£t TÔv -or;o)va çjsv.uv r.O'.r-.-.v.-'j-j sïvat.
C'est le n° 156 des Epigrammes comiques.
P. 195. De NiCARCHE. — Eî; 'PôSov £■ tXv'jto: t:;. C'eSt le
n° 162 des Epigrammes comiques.
P. 195. De Palladas. — X^uité, tA-uo -/.oAâ-/wv. C'est le n° 394 des Epigrammes descriptives,
P. 195. De Nicarche. — ïlooSr, à-oxTcfvî-. zo/./.oj:. C'est le n° 395 des Epigrammes comiques.
P. 196. De Lvcil. — 'P-jy//.; i/yy/ Totoj-cov. C'est le n° 76 des Epigrammes comiques.
P. 196. De Palladas. — '0 cpfjovo; o'/tij;a')j y.'j.-.'j. nîvSaoov. C'est le n° 5 1 des Epigrammes morales.
P. 196. Lance an bout d'or... — Ce sonnet et le suivant, qui figurent aux pages 68 et 69 du Liuret de FolaJIries de 1553, ont été réimprimés non seulement dans l'édition subreptice de 1584, mais dans la Mufe folajlrc (Paris, A. du Breuil, 1600) à la suite des huit FolaJIries de P. de Ronfard. Dans ce dernier recueil ils ont pour titre Sonnet mafcnlin et Sonnet fœminin. Ce sont en effet de véritables « blasons » des sexes. — Bien qu'ils n'aient pas été réimprimés par N. Buon dans les Œiiurcs de Ronfard de 1604 à 1625, nous n'avons pas hésité à les placer ici, comme ayant fait primitivement partie intégrante d'un opuscule dont toutes les autres pièces sont de Ronsard. Au surplus ils ne sont guère plus libres que cer-
tains passages des « folastries » proprement dites qui ont reparu de son vivant dans des éditions partielles ou collectives de ses œuvres. Ils portent sa marque très nettement; ils sont bien dans la manière populaire qu'il lui plut d'adopter de 1553 à 1556, à l'imitation de certains poètes anciens, néo-latins, italiens et français; maints « blasons » ornent alors ses recueils sous des formes variées, celui du sein notamment, qu'il refit plusieurs fois dans les sonnets de ses Amours (cL Ronsard poète lyrique, pp. 116-117, 132-140, 503-516).
Si l'on en croyait le Temple de Ronfard, pamphlet protestant attribué à J. Grcvin, qui parut en septembre 1563, le Liuret de Folajlries aurait été saisi et brûlé par ordre du parlement (voir l'éd. Blanchemain, VII, 92). C'est possible, bien que le parlement ait d'abord enregistré le privilège et délivré le permis d'imprimer; et, si ce n'est pas vrai, il est toutefois très probable que le poète reçut, sinon un bLîme public, au moins une réprimande de certains parlementaires de ses amis, tels que Michel de l'Hospital et Robert de la Haye (avocat, puis conseiller en 1555), qui lui firent prendre l'engagement solennel de ne pas réimprimer certaines pièces de son Liuret, entre autres les sonnets de la fin. Ainsi s'expliquerait, en même temps que leur disparition, ce fait très curieux que dans les recueils suivants Ronsard, comme pour donner le change à l'opinion, déguisa ses Folajlries sous le nom de Gayete~, les disséminant parmi des œuvres plus convenables, et même supprima dès 1560 intégralement la pièce En cependant que la ieunejfe, qu'il avait laissé reparaître en 1557. Voir au tome IV, pp. 94-95, une Elégie de 1560, où il remercie de ses conseils et de son influence morale un « graue perfonnage », qui n'est autre que Robert de la Haye,
P. 198. l'ay cent fois ejprciiué... — Ce sonnet et le suivant sont restés au premier livre des Amours dans les éditions collectives jusqu'à leur suppression. — Dans le premier, Ronsard fait allusion à l'ouvrage d'Ovide intitulé Remédia avioris. Dans le second, il joue sur le nom de Cassandre Salviati, s'adressant à elle comme s'il parlait à Cassandre princesse troyenne. Cf. t I, pp. 4-5, et la note.
P. 199. De tes Erreurs... — Ce sonnet figure dans les éditions collectives parmi les Sonnets à diiierfes perfonnes (tome des Poèmes, de 1560 à 1573; tome des Amours, fin, en 1578). Sur l'ouvrage qui l'a inspiré, voir les Œuures poétiques de Pontus de Tyard, éd. Marty-Laveaux (collection de la Pléiade françoife). Pontus de Tyard est, avec Guillaume des Autels, le vrai trait d'union entre l'école lyonnaise de M. Scève et l'école parisienne de Ronsard. Cf. mou édition de la Vie de Ronsard, pp. 43 et 210. — A la rime du
vers 10, on lit s'ejlauça. Corrigé d'après le contexte et l'édition princeps, qui nous a aussi donné au septième vers l'apostrophe de /u er7'e'.
P. 200. Le Cinqieme des Odes. — C'est la deuxième édition du Cinquieiuc linre des Odes (Paris, veuve Maurice de la Porte, achevé d'imprimer du 8 août 1553). ^^- R<^vue d'histoire littéraire de 1905, pp. 253-256, et Ronsard poète lyrique, p. 114.
P. 200. Sur va autel facré... — Des Autels venait de faire paraître un volume intitulé V Amoureux repos, suivi des Façons lyriques (Lyon, J, Temporal, 1553, achevé d'imprimer du 15 juin). Dans ce sonnet Ronsard louait surtout la deuxième partie du volume, qui contenait des imitations originales de Pindare. En même temps il insérait une allusion très flatteuse aux sonnets amoureux de la première partie dans son Elégie à I. de la Perufe (voir tome V, pp. 35-36). — Sur ce poète et prosateur de grand mérite, qui se rallia à l'école de Ronsard et que celui-ci compta au nombre de ses plus brillants amis littéraires, voir les notes du t. I, p. 117 : Mon Des-Autels, et du t. V, p. 355 : Des Autels.
P. 201. Épitaphe de Ian Martin. — (Quelques jours avant d'être recueillie dans la deuxième édition du Cinqieuie des Odes, cette pièce avait paru en tête de VArchiteâure 6" art de bien hajlir « du feigneur Léon Baptifte Albert, gentilhomme Florentin, diuifée en dix liures, traduicts de Latin en François par deftunâ: Ian Martin, Parifien » (Paris, Jacques Kerver, achevé d'imprimer du 2 août 1553). Cf. H. Vaganay, Zeitschrift fur franiosische Sprachc und Litteratur, 1911, xxxviii, p. 103. — Jean Martin est l'architecte-poète, traducteur à^VArcadie àt Sannazar (1544), des A~olains de Bembo (1545), des traités de Vitruve (1547) et d'Alberti (1553) et l'auteur de la Breue expofition sur le premier livre des Odes de Ronsard, qui lui adressa une de ses odes pindariques (voir tome II, p. 162). Cf. Revue d'histoire littéraire, 1903, pp. 267 et suiv. ; Ronsard poète lyrique, pp. 66 et 660; Pierre Marcel, Un vulgarisateur, Jean Martin (Paris, Garnier, in-12, s. d.); J. Marsan, La Pastorale dramatique à la fin du xvi" siècle (thèse de Paris, 1905, p. 146).
P. 206. Le Bocage. — Ce recueil, publié à Paris chez la veuve Maurice de la Porte (achevé d'imprimer le 27 novembre 1554), était dédié « à P. de Pafchal, du bas païs de Languedoc ». Sur ce personnage, les pièces qui composaient le recueil et leurs sources littéraires, voir Ronsard poète lyrique, pp. 125-133.
P. 206. Toutes les fleurs ejpanoiiyes... — Ces deux premières strophes ont été reprises et fondues en une seule par le poète peu de jours avant sa mort (voir tome VI, p. 49). Elles viennent d'un
fragment de Callimaque, llcç-'t Y^rj.\>.[vj-{,yj, publié en 1553 dans les V-jM'y.'K'q'.'/.: dc Turnèbc, ou bien de sa traduction latine publiée en décembre 1552 dans les Epigramviata de Muret (trois distiques intitulés : E graccco Callimachi).
P. 207. Aux fçanans mes vers ie dédie Plus volenliers qu'aux grans Seigneurs, — Pour le contraste entre cette fière déclaration et les nombreuses pièces adressées par Ronsard au roi, à la reine et aux grands seigneurs avant et après, voir Ronsard poète lyrique, pp. 144- 150. Il suffit à expliquer la suppression de cette dédicace à i'aschal, sans compter la rupture entre les deux amis.
P. 207. Vœv d'vn cheminevr... — Ce %'œu et les trois suivants ont été inspirés par quelques épigramnies votives de V Anthologie grecque et surtout par les imitations qu'en avait faites le poète vénitien Navagero dans ses Lusus. Il est probable que Ronsard les rejeta de ses éditions collectives parce qu'il les jugeait inférieurs à ceux que Du Bellay avait publiés dans ses leux rujliques en 1558; mais il en conserva deux de même origine (t. II, pp. 5^"59)5 sans compter ceux des Odes de 1550 (t. II, pp. 174, 322, 324).
P. 209. Si tojl... — Cette ode avait pour titre dans le Bocage de 1554 : Les dons de laquet à Ifaheau. Dans les éditions collectives elle prit rang parmi les Odes (livre V). Elle est directement imitée d'un lusus de Navagero intitulé Lcucippem auiicain spe prconîorum invitât (cf. Ronsard poète lyrique, pp. 441 et suiv.).
P. 209. Tu viennes quérir tes prefens... — Le texte de cette dernière strophe, qui remonte à l'édition collective de 1567, rend l'ode irrégulière, en changeant l'ordre des rimes de même genre. La leçon primitive assurait à la pièce son unité de structure strophique :
(Si l'ainour de laquet tu fens
'P ardre les inoiielles tendrettes)
Seule derrière ces coudrettes
Tu viennes quérir vies prefens.
On ne voit pas bien la raison du remaniement, exceptionnellement malheureux, mais on voit qu'il fut une cause de la suppression de la pièce.
P. 210. EpiTAPnE DE François Rabelais. — Après avoir figuré en 1560 au i" livre des Poënies, elle disparut de l'édition de 1567, puis reparut en 1571 à la fin des Elégies (après la table), pour prendre place en 1573 parmi les Epilaphes. C'est une épitaphe humoristique, du genre de celles que Cl. Marot avait «mises à la mode, imitée des épigrammes funéraires qui dans V Anthologie grecque sont consacrées à Anacréon (édit. Fr. Jacobs,
n°' 23-53); badinage exempt de toute acrimonie, « fokstrie » bachique et non satirique, on n'en peut tirer aucun argument pour prouver une mésintelligence entre Rabelais et Ronsard. Avec Sainte-Beuve et Marty-La^veaux, je considère comme une pure invention la tradition recueillie à ce sujet izjo ans après la mort de Rabelais par le médecin blésois Jean Dernier (cf. Revue des Études Rabelaisiennes, 1903, pp. 210 et suiv. ; Ronsard poète lyrique, p. 117).
P. 211. Epiïaphe de Hvgves Salel. — Cette pièce passa du Bocage de 1554 dans les Poèmes des éditions collectives de 1560-15 75 (section des Epitaphcs à partir de 1567). Elle avait paru d'abord, avec le titre Aux Mânes de Salel, parmi les postliminaires d'un volume intitulé Les vn^ieme & douzième liurcs de l'Iliade d'Homère traduiâi de Grec en François par feu Hugues Salel, Abbé de fainà Cheron, auec le connnenceinent du ireiie/vte..., qui fut publié au début de 1554 par les soins d'Olivier de Magny, secrétaire du poète défunt (Paris, V. Sertenas, in-8; privilège du 25 juillet 1553). Cf. E. Courbet, Notice àts Dernières poésies d'Olivier de Magny, p. xxvii (A. Lemerre, 1881); J.-E. Favre, Olivier de Magny, thèse de Paris, 1885, pp. 45-50.
P. 212. Par fes vers... — On lit ces vers dans toutes les éditions de 1554 à 1573. Corrigé d'après le contexte et l'édition de 1623.
P. 212. Au milieu de tes ans.,. — Une épitaphe de Salel par P. Paschal, qui figure avec la pièce de Ronsard parmi les postliminaires du volume précité, se termine ainsi : « diuturno & mortifère morbo afFedus, de vita placide & conftanter deceflit, anno mdliii. Vixit an, XLix men. vi. » — De son côté, O. de Magny parle de Salel vivant, non seulement dans sa dédicace des Amours datée du 27 mars 1553 et dans l'Appendice de ce recueil, mais encore dans VHymne fur la naijfancc de Madame Marguerite de France, née le 14 mai 1553. Si l'on rapproche cette dernière date de celle du privilège octroyé pour le volume posthume de Salel (voir ci-dessus, note de la p. 211), on peut fixer la mort de Salel aux environs de juin.
P. 213. D'ejlre d'vn fi grand Roy... — Le premier recueil de Salel parut en 1540 sous ce titre : Les Œuures de Hugues Salel, valet de chambre ordinaire du Roy, imprimées par commandement dudiâ Seigneur (Paris, Estienne Roffet; cote de la Bibl. nat. : Rés. Y 4559). Ensuite François 1" le chargea de traduire V Iliade en vers français, le nomma son maître d'hôtel et son aumônier et lui fit donner plusieurs bénéfices ecclésiastiques, notamment l'abbaye de Saint-Cheron (faubourg de Chartres). Les deux premiers livres de la traduction parurent en 1541, les dix premiers en 1545, avec une curieuse
épître-dédicace à son bienfaiteur, A la mort de François I'% Salel, prenant pour secrétaire un compatriote, O. de Magny, se retira dans son abbaye, d'où il applaudit aux premières œuvres de Du Bellay et de Ronsard (voir les vers de Salel publiés en 1553 à la suite des Amours de Magny, Bibl. nat., Rés. Ye 1667). Les poètes de la nouvelle école n'ont eu que de l'admiration pour ce docte devancier, dont l'attitude à leur égard avait été si différente de celle de Saint-Gelais. Cf. H. Chamard, Joachim du Bellay, p. 76 et passùii; P. Laumonier, Ronsard poète lyrique, p. 138 et passiin.
P. 213. Oh fur les bancs... Le neâar... — Pour cette description du séjour des bienheureux aux Champs Élysées, cf. Virgile, En., VI, 637 et suiv., et Tibulle, I, m, 57 et suiv.
P. 214. Et vioy chetif... — Toute cette fin prouve qu'à l'époque où Ronsard composa l'épitaphc de Salel (deuxième moitié de 1533) il souffrait encore de la médisance des courtisans, malgré sa réconciliation avec Mellin de Saint-Gelais qui remontait au mois de janvier précédent. Cf. Ronsard poêle lyrique, pp. 117-118.
P. 215. Epitafe de Iehan de Ronsard. — Ce personnage fut curé de Bessé-sur-Braye et vicaire général de l'évêque du Mans. A sa mort (1535) il légua sa bibliothèque à son neveu, le futur poète. Cf. L. Froger, Revue historique du Maine, t. XV, 1884, p. 98, et Province du Maine, 1907, pp. 17 et suiv. ; P. Laumonier, Ronsard poète lyrique, p. 7, et édition critique de la Vie de Ronsard, pp. 70 et 85.
P. 215. A VN Rossignol. — Cette pièce, intitulée en 1554: Ode à vn Rojfignol, figure dans les éditions collectives au livre III des Odes (n* xxiii en 1578). — Sur le thème médiéval du Rossignol messager d'amour et les sources diverses de Ronsard reprenant ce thème, voir Ronsard poète lyrique, pp. 450-453.
P. 217. Mais RoJJignol... — Cette fin rappelle les chansons du xv° siècle et celles de Cl. Marot (voir éd. Jannet, II, 185).
P. 217. La Grenoville. — Cette pièce, adressée à Belleau dès 1554, figure dans les éditions collectives parmi les Pohncs (au livre I en 1578). Ainsi que la suivante, c'est un véritable « blason », genre si cher aux disciples de Cl. Marot, avec les allures et le rythme des « folastries » ou « gayetez ». Le mot blason n'est pas au titre, mais on le trouve dans une pièce analogue, le Houx, publiée dans les Mejlatiges la même année (voir tome V, p. 166).
P. 217. Pajfe par là... — Noter la rime phonétique /e///pour 50//. Elle est parfaite, car on prononçait beu et seu.
P. 218. Que tu l'ejlouffes... — Après ce vers, dans les premières éditions on en lit douze, dont voici le dernier texte (1573) :
En vain le héron t'ejl contraire,
T'ejpiant du hord folitaire
De qiielçfiie ejlang, car il ne peut
Te digérer lors qu'il le veut,
El ville ejl contraint de te rendre
Quand le /acre en l'air le vent prendre. Cela Grenonille, que tu. vois
Et par les champs, & par les bois
EJi pour toy, & ce que les précs.
Ce que tiennent les eaus facrées
De bon, en leur profond recoy,
N'eft fait, Grenouille, que pour toy.
P. 219. Mais le don... — Cf. t. IV, p. 371 : Que toufiours... P. 219. Tels dons... — Après ce vers, dans les premières éditions on en lit cinquante-deux, dont voici le dernier texte (1573) :
Car tu l'eus pour la recompenfc
De la foudaine diligence
One tu fis d'eueiller les Dieux,
Quand les Geans fedicieux,
Méchante race Titanine,
Echeloycnt la uiaifon diuine :
L'vn Pinde fur le dos portoit.
Sur l'autre Pelion ejloii,
Et l'autre fon échine grofje
Courhoit d'ahan fous le mont d'Offe.
la fe fians en leurs cent bras
Tenoyent les deux, & pas à pas
la de nuit entroyent en la fale :
On, dedans fa chambre royalle
lupiler de fomme tout plein
De fa femme enibraffoit le fein,
Chetif, qui n'auoit deuinée
A fou bcfoin fa dejlinée.
Sur le haut d'Olympe branchn
Efloit vu vieil viarets iouchn.
Des Grenouilles douce demeure :
Elles qui fentirenl à l'heure
De minuit le mont s'esbranler,
Firent vn grand bruit parmi l'air,
Et leur coacer redoublèrent
Si fort, que les Dieux s'èueillereni
Tons eu fur-fauf, ainfi par vous
Les Geans acahle^^ de coups,
My-inorts pour leur tombe reccuicnl
Les monts, dejfons le/quels ils cheureiU
L'vn deçà, & l'autre delà :
Car l'vn renuerfè s'en alla
Dejfons jEtne, & l'autre en l'ahyfiue
Du mont enflamè d'Emirime.
Or fi quelqu'vn doit receuoir
Quelque fala ire pour auoir
D'vn autre cljantè la louange,
Ottroye moy pour contre-échange
De mes vers, nn prefent nouueau
Aux premiers mois du renouueau :
Ce fi que ta voix vn petit rude
N'aprocbe ianiais de l'ifiudc,
Ni du lit, de mon cher Belleau.
Ainfi, Grenouille, ainfi dans l'eau
Le héron heccu ne te grippe.
Et le brochet dedans fa tripe
lamais ne te puiJJ'e enfouir.
Et iouiours puiffe tu fuir
La pièce rouge hameçonnée ,
Et iamais lefale Hy menée
Du crapaut de venin couuert.
Ne puiffe fouiller ton dos vert.
P. 219. Le Fovrmy. — Cette pièce, adressée à BclIcau dès 155^, figure dans les éditions collectives parmi les Pocines (au livre I en 1578). Dans les deux premiers vers Ronsard fait allusion à la pièce précédente et à celle qu'il a conservée dans ses Œuvres parmi les Gayete:^ (voir tome II, p. 44).
P. 219, A traiter bien vn ocuure bas. — Allusion à ces vers de Virgile, Géorg., IV, 6-7 :
In tenui labor : at tennis non gloria, si qucin Numina lava siniint auditque vocatus Apollo. P. 220. L'homme graue qui ne prendra... — Ces vers très curieux montrent l'opinion que Ronsard avait dès 1554 (car le texte princeps est le même) sur la Délie de Maurice Scève, dont les idées platoniciennes et la gravité obscure faisaient un tel contraste axcc les Folajlries, le deuxième Bocage et les Mefianges. Il avait du reste nommé le poète lyonnais avec éloge dans sa préface des Odes de 1550 (voir tome VII, p. 5).
P. 223. De fa gentille mignonnette. — Dans l'édition princeps
cette pièce est immédiatement suivie d'une pièce ds Remy Belleau à P. de Ronsard, de même genre et de même rythme, intitulée : Le Papillon. Sur les relations de Ronsard et de Belleau, très intimes en 1554 et les années suivantes, bien qu'elles ne remontent guère au delà de 1553, voir Ronsard poète lyrique, pp. 159-163, et édition critique de la Vie de Ronsard, p. to6.
P. 223. Ode. — Cette pièce, intitulée en 1554 : Odelette à Corydon, figure dans les éditions collectives au livre II des Odes (n° XX en 1578). Elle est imitée largement, y compris son refraincadre, du n° XXV des Anacreontea d'H. Estienne. Cf. Ronsard poète lyrique, p. 607.
P. 224. A SA M Aïs TRESSE. — Cette pièce, intitulée en 1554 : Odelette à fa maijlrejfe, figure dans l'édition de 1560 la dernière du livre V des Odes.
P. 225. Ode. Hé! mon Dieu que ie te hay, Somme... — Cette pièce, intitulée en iS54 ^ Odelette au Somme, figure dans les éditions collectives au livre II des Odes (n° xxiii en 1578).
P. 225. Ode. Laijfe moy fommeiller, Amour. — Cette pièce, intitulée en 1554 : Odelette à l'Amour, figure dans les éditions collectives au livre II des Odes (n° xxiv en 1578). C'est la contre-partie de la précédente.
P. 226, Chacun dit... — Cf. I, 176 : Chacun qui voit...
P. 226. Mais Amour... — Cf. VI, 255 : A pas viornes (fin).
P. 227. Les Meslanges. — Ce recueil, publié à Paris chez G. Corrozet (achevé d'imprimer le 22 novembre 1554, mais antidaté), était dédié « à lan Brinon ». Sur ce personnage, le contenu du recueil et ses sources d'inspiration, analogues à ceux du deuxième Bocage imprimé en même temps, voir Ronsard poète lyrique, pp. 133 et suiv. L'influence qui y domine est celle des Anacreontea, publiés par H. Estienne au printemps de 1554 (ihid., pp. 159 et suiv.).
P. 227. Odelette a sa maistresse. — Pour cette palinodie, qui fait un tel contraste avec VElegie à Cajfandre, publiée dans le Bocage de 1554 (voir tome I, p. iio), et d'une façon générale pour le pétrarquisme dans Ronsard, cf. Ronsard poète lyrique, pp. 151 et suiv., 477 et suiv., et Revue d'histoire littéraire, 19 10, pp. 858 et suiv. — Au vers 12, on lit car il me prifent, et dans la réimpression de Rouen car il vièprifent. La correction s'imposait.
P. 227. Ode. — Cette pièce, intitulée en 1555 : Odelette à fon Bouquet, figure dans les deux premières éditions collectives au livre V des Odes; puis en 1571 elle va rejoindre à la fin des Mafcaradcs deux odelettes de 1569; elle les accompagne encore en 1573,
mais, par inadvertance des imprimeurs, à la fin des Difcours (tome VI), avec le titre et la pagination de la section des Mofcaradcs.
P. 228. le t'enuoiroy... — On lit le futur enuoiray. Corrigé d'après le contexte et les éditions précédentes.
P. 228. Sonnet. — Ce sonnet et les trois suivants figurent dans les éditions collectives au premier livre des Amours,
P. 228. Celtiy qui boit... — Cf. Nicandre, Alexiph., 12-35.
P. 229. Que tu es, Ciccron... — Cf. Cicéron, Tusc. III, XXX, fin.
P. 229. Foudroyé vioy... — Cf. Stace, Theh. X, fin.
P. 230. Amour lu feinhle'... — « Phalanges... ce font petites beftes infectes qui picquent les hommes à la mort, &. fi la blefTure n'eft manifefte nullement. Nicandre en fes Tberiaques en defcrit de neuf ou dix fortes, » — Au 2® vers, quadrelle « eft vn pur mot Italien non encor cognu entre les François, qui fignifie flèche. » (Notes attribuées à Muret.)
P. 230. Ode. — Cette pièce, intitulée en 1555 : Odelette à VArondelle, figure en 1560 au livre V des Odes (n° xxx). — Imitée des Anacreontea, n° xii. A la fin il ne s'agit que d'un rêve erotique, comme dans le texte grec.
P. 231. Epigramme, a Ivlien. — Cette épigramme et sa réponse figurent en 1560 au livre III des Poèmes.
P. 232. Chanson. — Cette pièce figure dans les éditions collectives au premier livre des Amours. Sur ses sources pétrarquesques et son envoi final, qui vient directement de nos trouvères et troubadours, cf. Ronsard poète lyr., pp. 491 et 493, note 5.
P. 233. Ode. — Cette pièce, intitulée en 1555 : Odelette à Oliuier de Magny, figure dans les éditions collectives au livre IV des Odes (n° xxxv en 1578). — Imitée des Anacreontea, n° xxxii.
P. 234. Ode. — Cette pièce, intitulée en 1555 : Ode, en dialogue, l'Ejperance & Ronfard, figure dans les éditions collectives au livre IV des Odes (n° xli en 1573).
P. 234. Es cordes... — En fin de vers, on lit difoy-ie en 1573 ainsi qu'en 1571. Corrigé d'après la rime et les éditions primitives.
P. 238. Les qvatre premiers livres des Odes. — Cette troisième édition des Quatre premiers Hures des Odes fut achevée d'imprimer le 25 janvier 1555 (n. s.). Elle contient pour la première fois la dédicace générale .\ Henri II (voir tome II, p. 73) et une série de pièces adressées en tête du livre III aux plus hauts personnages de la Cour, en dépit de la déclaration faite par Ronsard en tête du Bocage de 1554 (voir tome VI, p. 206). Pour l'explica-
Ronsard. — VIII, 5
fO NOTES. T. VI, P. 238-241
tion de cette contradiction et les nouveautés de cette troisième édition des Odes, cf. Ronsard polie lyrique, pp. 141 et suiv,
P. 238. Ode a Diane de Poitiers... — On la trouve en 1555 au 3" livre des Odes, à la suite des six premières, consacrées à la fiimille royale.
P. 238. le chanierols d'vn Pindarique foin... — C'est-à-dire : à Li manière des odes de Pindare (cf. VII, 7). — Pour ce qui suit, voir deux romans de chevalerie très répandus dans la première moitié du xvi= siècle, et certainement connus de Ronsard : La Melusine (Genève, 1478) et Les conquesles du vaillant Geoffroy à la grand Dent seigneur de Lusignan et sixième fils de Melusine et de Rayinondin conte dudict lieu (Paris, Nie. Bonfons. — Bibl. nat., Y^ 227). Cf. J. Plattard, L'œuvre de Rabelais (Paris, Champion, 1910), p. 10.
P. 238-239. le chanicrois... Difant aivfi... — Imité de Virgile, En. VIII, 30-66.
P. 240. Qu'en vœu l'aurais à tes pieds confacré. — A remarquer que Ronsard n'a pas consacre avant 1555 un seul vers à la toutepuissante favorite, qu'il proclame ici plus belle qu'Hélène et plus chaste que Lucrèce. On sait, par le texte primitif d'une Epitre à Charles de Lorraine, qu'il suivit la Cour au château d'Anet (voir note du tome VI, p. 291) et chercha à obtenir la faveur de Diane par Jean d'Avanson (voir tome VI, p. 342). Mais ce fut en vain : Diane resta insensible aux louanges de Ronsard, comme en font foi deux sonnets qu'il lui adressa encore de 1556 à 1559 (voir tome VI, pp. 304 et 339), et le poète, regrettant d'avoir sollicité un tel patronage, supprima toutes les pièces qui en témoignaient.
P. 240. Epitafe de Rose. — Odelette d'un rythme strophique irrégulier. La Rose dont il s'agit pourrait bien être la même que celle de l'ode Dieu te gard (voir tome VI, p. 127), à la suite de laquelle cette épitaphc est placée eu 155s- D'ailleurs Ronsard y a paraphrasé trois distiques du poète néo-latin Marulle, Epigramviata, lib. I, Epitaphiuvi Alhimc, ou une pièce de Pontano, Tuviuliis Roscc ante dicui mortme.
P. 241. Les Meslanges. — La deuxième édition des ytejlanges suivit de très près la première. Elle ne contenait que deux pièces nouvelles, précisément la dédicace et l'épitaphe finale que Ronsard supprima plus tard, et qui prouvent que Jean Brinon mourut inopinément pendant l'impression du volume (on sait d'autre part que ce fut avant le 14 avril 1355). Cf. Ronsard poète lyrique, pp. 136-137.
P. 241. An para liant i'auoy, Brinon... — Ronsard avait dédié à
Jean Brinon, outre le volume entier des Mejlanges, les pièces suivantes qui s'y trouvaient contenues : le Houx, l'élégie Ans faits d'amour, l'élégie du Verre, VHynine de Bacchus, l'ode de V ArondeJle, les Armes, la Chaffe (voir tome V, 166; IV, 87; III, 315; IV, 355 ; II, 440; V, 30 et 37). — Vers 6, à ta Sidère. Pour cette maîtresse de Brinon, cf. Olivier de Magny, Soupirs, sonnet 86; Odes (éd. Courbet, t. I, p. 69); et Ronsard, Elégie à lanef, fin (t. VII, p. 181).
P. 242. SVR LE TOMBEAV DE IaN BrINON. Cf. O. dc
Magny, Soupirs, sonnet 28; A, de Baïf, poème des Mu/es, où Brinon est dépeint comme un Mécène (éd. Marty-Laveaux, t, II, p. 89); E. Pasquier, Epitaphe de Brinon (Gùivres, éd. de 1723, t. II, col. 930). — La pièce de Ronsard est paraphrasée d'une pièce du poète néo-latin J. Cotta (Cann., Epitaphium Oiiinterii).
P. 243. CoNTiNVATioN DES Amovrs. — Cc rccueil, publié à Paris chez V. Sertenas vers le mois d'août 1555 (sans achevé d'imprimer), était consacré en partie à la maîtresse angevine de Ronsard, Marie du Pin ou Dupin. Sur cette personne et le ton général des poésies qu'elle a inspirées à notre poète, voir Ronsard poète lyrique, pp. 150 à 159, 536 à 553.
P. 243. Ore l'vne me plait... — On lit pait, et en 1571 paijl. Cette leçon pourrait à la rigueur se défendre par ce vers d'un des sonnets suivants : C'ejl ce bel œil qui vie paiji de liejfe (VI, 248). Nous avons préféré la leçon des premières éditions.
P. 244. lerejpons, Cberouurier... — Ce sonnet n'est d'abord dédié à personne. En 1560 on lit ici et dans le dernier vers mon Choifcul (cf. t. II, p. 434; V, p. 184). Quant à Cherouvrier, qui remplaça Choiseul ici en 1567, c'est un musicien, auquel Ronsard a dédié le poème du Souci en 1569 (cf. t. V, p. 99).
P. 244. Quant à nioy, fi ne fut... — On lit en 15 71 fufi, qui marque plus clairement l'imparfait du subjonctif.
P. 244. Bien que vous furpajfie-^... — Pour les deux quatrains, cf. Properce, II, m, 15 et suiv. ; Corneille, Stances à la marquise.
P. 245. Mon amy... — Cf. Properce, II , iv, fin.
P. 245. le croy que... — Cf. Théocrite, Idylle xi, début.
P. 246. Baïf, il femhle à voir... — Ce sonnet fait partie d'une série de propos aigres échangés entre Ronsard et Antoine de Baïf sur la sincérité de leurs poésies amoureuses, Baïf ayant été probablement l'agresseur. Il s'ensuivit une rupture qui dura au moins un an (1555) et que j'ai racontée dans les Annales Fléchoises de 190g (n° de juillet). Cf. les Œuvres de Baïf, éd. Marty-Laveaux, t. I, pp. 121, 137, 165 et 192; le début des Dialogues contre les nouueaux
Académiciens de Guy de Bruès, publiés en 1557, avec privilège du 30 août 1556 (Paris, Cavellat. — Bibl. nat., Rés. Z 836).
P. 246. Non, celny... ■'— Cf. Pétrarque, sonnet Piu volte, fin.
P. 246. Hè que ineferl, Pafquier... — Ce sonnet était dédié en 1555 à Pierre Pasclial (cf. ci-après Notice sur Ronsard, début). Quant à Pasquier, qui remplaça Paschal ici en 1560, c'est l'auteur des Recherches de la France et des Lettres, qui se lia d'amitié avec Ronsard vers 1554. C'est à cette date que parut son Monophile, où Ronsard est présenté (au deuxième livre) avec Du Bellay et Tyard comme le meilleur poète du temps pour chanter l'amour.
P. 247. — Ditles, maijîrejfe... — « Il repette les quatre premiers vers d'vne mignardife qui n'a point mauuaife grâce, encores que la loy du fonnet ne le permette. » (Note de Belleau.) C'est la raison probable de la suppression de ce sonnet.
P. 248. Dejia deux ans... — On lit neuf ans en 1555, preuve que ce sonnet fut écrit pour Cassandre, non pour Marie.
P. 248, le vous enuoye... — Note de Belleau : « Ce fonnet eft fait à l'imitation d'vn epigramme de Marulle : Has violas, atque hac tihi candida lilia viilfo. » Ce sont quatre distiques Ad Ncaram, que Marulle a imités lui-même de V Anthologie grecque (épigr. de Rufin, n° 74 des Epi grammes erotiques). Sur la dette de notre poète envers Marulle, cf. Ronsard poète lyrique, pp. 168, 534-548 et 586. — Sainte-Beuve s'est étonné que Ronsard ait supprimé ce sonnet exquis (C. L., XII, 75). La seule raison que le poète eût pu lui donner, c'est qu'il faisait double emploi avec l'ode Mignonne allon voir et le sonnet Quand vous fer e^ bien vieille, et qu'il avait été développé dans l'élégie de 1567 Fay ce matin, et retourné dans le sonnet à Hélène Comme vue belle fleur (voir tome I, pp. 282 et 516; II, 168; IV, 74).
P. 249. Gentil Barbier... — Ronsard appelle plaisamment ce barbier enfant de Podalyre, celui-ci, fils d'Esculape, ayant été médecin de l'armée grecque sous les murs de Troie (Homère, //. II, 738; XI, 833).
P. 249. Fauray toufiours... — A rapprocher le sonnet II ne fera iamais, qu'on trouvera au t. VI, p. 254, et le sonnet Fauray toufiours au cœur attachei les rameaux, publié dans le même recueil et conservé au second livre des Amours (voir t. I, p. 183). — Le mouvement initial vient de Pétrarque, sonnet lo avro sempre in odio. — Au vers 2, on lit la cheie. Nous avons corrigé d'après la table d'errata, dont la réimpression de Rouen n'a pas tenu compte. — Au dernier vers de ce sonnet on lit Me fait prefent pour me l'em~ prindre au cœur. Nous avons imprimé Me feit d'après le reste du
NOTES. T. VI, P. 2fO-2y4. yj
sonnet, et empreindre d'après la table des errata, dont n'a pas tenu compte la réédition de Rouen.
P. 250. D'vne belle Marie... — Note de Belleau : « L'auteur pour l'amitié qu'il me porte m'a toufiours familièrement defcouuert fes plus secrettes paffions. Or ayant pris congé de Marie, vint à Paris où il deuint amoureux d'vne dame portant ce mefme nom, à laquelle il parle d'autre grâce, & auec autre refpect. » Belleau ajoute que la comparaison de la fin « efl prife de Pindare en fes Olympiques ». Je crois plutôt qu'elle vient ici d'une élégie de Propercc (II, 22), où le poète latin développe le même thème erotique : Nain vielius duo defendnnt retiiiacnla navent. C'est ailleurs que Ronsard a exploité le passage de la fin de la 6= Olympique auquel Belleau fait allusion : dans l'ode A Carnaualet et dans une épître A Charles de Lorraine (voir tome II, p. m; VI, p. 291, fia du texte mis dans les notes).
P. 251. D'aymer en fi bon lieu... — Ceci prouve qu'il s'adresse encore ici à Cassandre Salviati. La fin du sonnet eu est une autre preuve. Il tiendra un raisonnement tout opposé à Marie Dupin à la fin du sonnet Autre (l'en iure amour), au t. VI, p. 300.
P. 251. Dame, ie ne vous puis... — Imité en partie de Pétrarque, sonnet Mille finie.
P. 251. Rofiignol mon mignon... — Imité de Pétrarque, sonnet Vago augelletto, ou de Bembo, canzone O Rossignuol... Cf. ci-dessus, note de la p. 215.
P. 252. Pour-ce que tu fiais bien... — Les nombreuses licences de versification de ce sonnet expliquent sa suppression.
P. 252. Quand ie vous dis Adieu... — Ce thème de la migration des cœurs d'un corps dans l'autre est fréquent chez les poètes français du moyen âge et les pétrarquistes italiens. Cf. t. I, pp. 95 : Reji moy..., et 188 : Harfioir; VI, 251 : Dame... — La suppression de ce sonnet s'explique par l'agencement irrégulier des rimes dans les tercets.
P. 253, Ne me dy plus, Imhert... — Imbert (Gérard-Marie) fut un des condisciples de Ronsard au collège de Coqueret, comme en témoignent plusieurs de ses Sonnets exoteriqucs, adressés à Dorât, Ronsard et A. de Baïf (n°= 8, 9, 10 et 45); voir encore le n° 46, où il fait allusion au sonnet de la Continuation des Amours que Ronsard lui a dédié. Ce recueil d'Imbert, publié à Bordeaux en 1578, a été réimprimé par Tamizey de Larroque en 1872 (Paris, Claudin; Bordeaux, Gounouilhou), avec une préface et des notes. Ou le trouve à la Bibliothèque Mazarine sous le n° 21.683.
P. 254. // ne fera iamais... — Cf. VI, 249 : l'aurai toufiours...
P. 254. lauiais fi belle... — Cf. Virgile, En. III, 441-446.
P. 255. Pourtant fi ta maifirejfc efi vu petit putain... — C'est-àdire : un peu putain. — Cf. pour l'idée Horace, Carm. I, xxxiii : Al])i, ne doleas...
P. 256. Ode. — Cette pièce, intitulée dans l'édition princeps Imitation d'Anacreon, fut rangée dans les éditions collectives au livre IV des Odes. C'est la paraphrase du n° xvi des Anacreontea d'H. Estienne.
P. 256. Du Grec de d'Aurat. — J'ai vainement cherché l'original de cette pièce dans les Poemata de Dorât. Bon nombre de piécettes de Dorât, inspirées des Anacreontea ou de V Anthologie, sont restées inédites ou sont perdues. Baïf a également imité trois épigrammes « du grec ou du latin de Dorât » (éd. Marty-Laveaux, IV, 257, 276, 352), mais on n'en a pas retrouvé les originaux (cf. Augé- Ciiiquet, thèse sur Antoine de Baïf, Paris, Hachette, 1909, p. 41).
P. 257. Epigramme. — Cette épigramme, que j'ai rééditée dans la Revue de la Renaissance de juin 1903, est la douzième des treize qui parurent sous ce titre : Traduction de quelques Epigrammes Grecs, fur la lenijfe d'cerain de Myron excellenteinent bien grauée. A Erançois de Reuergai. On trouvera les douze autres au tome II, p. 53. — Au vers 2, on lit Vauthrier. Corrigé d'après la réimpression de Rouen.
P. 258. Les Hymnes. — Ce recueil, dédié au cardinal Odet de Chastillon, parut chez A. Wechel en 1555, sans achevé d'imprimer. Toutefois, il est très probable qu'il fut publié dans la deuxième moitié de l'année. Pour son contenu, voir la note du tome IV, p. 151. — Dans les éditions collectives il constitua en partie le 2® livre des Hymnes, toujours dédié au même cardinal, mais sans la pièce dédicatoire Mon Odet, mon Prélat, que nous reproduisons ici. — A remarquer que dans cette édition princeps 1'/ consonne est pour la première fois, dans les Œuvres de Ronsard, imprimé avec un caractère particulier, le ;'.
P. 258. Vers héroïques. — C'est à partir de 1555 que Ronsard qualifie ainsi les vers alexandrins. Voir note du tome VII, p. 58.
P. 258. Mon Odet... — Odet de Coligny, dit le cardinal de Chastillon (du château de ce nom, où il naquit en 15 17), était le frère aîné de l'amiral Gaspar de Coligny et du colonel d'infanterie François de Coligny d'Andelot, que Ronsard glorifie dans cette pièce et les deux suivantes. — De 1555 à 1560 Ronsard lui adressa plus de dix pièces, pleines de reconnaissance pour une efficace protection (voir notamment tome II, p. 305; V, 144 et 179; VI, 267). Puis le cardinal s'étant fait huguenot, et le poète ayant pris nettement
parti pour les catholiques, leurs relations cessèrent. — Voir mon édition critique de la Fie de Ronsard, p. 144.
P. 259. Le Temple de Messeignevrs le Connks- TABLE, ET DES Chastillons. — Ce poèmc et le suivant, écrits en l'honneur du connétable Anne de Montmorency et de ses neveux, les trois frères Coligny, figurent dans les éditions collectives au deuxième livre des Hymnes. Après la mort tragique du cardinal Odet (empoisonné à Londres en 1571), Ronsard eut la faiblesse de supprimer de ses œuvres sous le règne de Henri III ces témoignages d'une éternelle gratitude, qui contrastaient si fort avec d'autres pièces inspirées par les guerres de religion.
P. 260. Là, les camps... — On lit bien, ainsi qu'en 1571, Ariigny (pour Attigny, leçon de l'édition princeps et de 1560), et à la fin du vers suivant Auannes (graphie phonétique pour Avenues ou Avesnes).
P. 265. le feray refomier... — On lit lenr nom. Corrigé d'après l'édition princeps et celle de 1571.
P. 268. Le temps s'enfuit... — On lit qu'on r'atrape. Corrigé d'après l'édition princeps et celle de 1571.
P. 272. N'eut, ni n'a point... — On lit ni n'a point, n'aura. Corrigé d'après l'édition princeps et celle de 1571.
P. 273. De nos foudars... — On lit dcjfus fa charge. Corrige d'après l'édition princeps et celle de 1571.
P. 275. Romp & déchire... — On lit & fa dent. Corrigé d'après l'édition princeps et celle de 15 71.
P. 276. Hymne des Astkes. — Cette pièce, absente des premières éditions collectives, reparut en 1578, au premier livre des Hymnes. Ronsard s'était réconcilié avec Mellin de Saint-Gelais en janvier 1553 et lui avait adressé à cette occasion l'ode Toufours ne fempefe enragée, qu'il conserva intégralement (voir t. II, p. 350). Deux ans après, il lui dédiait en vers flatteurs VHynine des AJlres. Doit-on penser qu'il s'en repentit et qu'après la mort de son ancien rival (octobre 1558) il sacrifia d'abord cet hymne par une sorte de rancune posthume? C'est peu probable, car il lui eût suffi de supprimer l'éloge du début ou de changer le nom du destinataire, comme il le fit pour d'autres. D'ailleurs il a introduit, dans un poème postérieur de trois ans à cette mort, un grand éloge de Saint-Gelais auquel il n'était pas tenu (t. III, p. 274). Enfin il réédita V Hymne des AJlres intégralement en 1578, et sa suppression définitive s'explique bien plutôt parce qu'il faisait alors double emploi avec V Hymne des EJÎoiles, pièce lyrique composée en 1574 d'après la même source (un hymne de Marulle), qui des Odes de
1578 passa dans la section des Hymnes en 1584 (t. IV, p. 255). Cf. mon édition critique de la Vie de Ronsard, pp. 124 et 155-143.
P. 284. A Charles -DE Pisselev. — Cette épître fut rangée dans les éditions collectives parmi les Poèmes. Sur Ch. de Pisseleu, voir ci-dessus note du tome VI, p. 96. Il fut des amis de Ronsard l'un des plus mal traités : le poète remplaça son nom par celui de Lanques en 1555 dans l'ode Que nul papier dorennauanl , et par celui de Grevin en 1560 dans l'ode Vous faifant de mon efcritiire. La seule pièce qu'il conserva à son adresse est l'ode de 1550 : D'oii vient cela (Pijfeleii) (t. II, p. 286); les autres furent sacrifiées. Ils semblent s'être brouillés à propos de Marie Dupin, qui habitait près de Bourgueil, dont Ch. de Pisseleu était abbé. Cf. Ronsard poète lyrique, p. 153.
P. 284. L'Hyuer... — Remarquer le mot retourne qui termine ce vers dans toutes les anciennes éditions : il est mis pour retorne, et ce mot n'est qu'une assonance, de même qu'au t. I, p. 156, et au t. VI, p. 403. Blanchemain a inutilement corrigé en redonne,
P. 285. L'Abantiade... — Idmon, fils d'Abas. Cf. Apollonios, Argon. 1 1 .
P. 286. Ancce cognut... — Cf. Ovide, Met. VIII, 270-402.
P. 286. Vlyjffc quipaffa... — Cf. Homère, Od. XIX, 386-475.
P. 287. Le second livre des Hymnes. — Ce recueil, dédié à la princesse Marguerite, sœur de Henri II, parut chez A. Wechel en 1556 sans achevé d'imprimer. Toutefois il est certain qu'il fut publié dans la deuxième moitié de l'année. Pour son contenu, voir la note du tome IV, p. 151. — Dans les éditions collectives on retrouve ses deux premières pièces au i" livre des Hymnes, dédié à la même princesse avec la même pièce dédicatoire d'Etienne Jodelle.
P. 287. Epis T RE a Charles cardinal de Lorraine. — Cette épître fut rangée dans les éditions collectives parmi les Poèmes. Charles de Lorraine, frère cadet du capitaine François de Guise et oncle maternel de Marie Stuart, avait eu Ronsard pour condisciple au collège de Navarre. Aussi le poète comptait-il beaucoup sur la protection de ce puissant personnage, pour lequel il composa une douzaine de pièces, notamment VHymne de la lujlice (1555) et VHymne de Charles de Lorraine (1559). ^^^^ ^^ ^"^ '^^Ç^ ^^ lui reprocha dans le poème du Procès (écrit avant avril 1562, publié seulement en 1565) de ne pas l'avoir traité suivant son mérite (voir t. III, p. 268 et les notes). Après le Procès, Ronsard n'adressa plus aucun vers au cardinal, bien que celui-ci ne soit mort qu'en 1574; et la suppression de VEpiJlrc de 1556 et de la Suyte de l'Hymne de
NOTES. T. VI, P. 288-291. f7
Charles de Lorraine (t. VI, p, 326), où le poète se montrait solliciteur si pressant, n'a rien qui doive étonner. Cf. mon édition critique de la Vie de Ronsard, pp. 71 et 145.
P. 288. Bien que pour vojlre ayeul... — Les Guise se vantaient de descendre du croisé Godefroy de Bouillon. Cf. VOde à Charles de Lorraine (t. II, p. loi), l'Hymne de la lujlice (t. IV, p. 205), V Hymne de Charles de Lorraine (t. IV, p. 229), la Harangue aux Soldats de Mcti (t. V, p. 23). Les vers suivants font allusion à Marie Stuart, reine d'Ecosse, fiancée au dauphin François, qu'elle épousa en 1558.
P. 288. D'ejlre humble & gracieux. Il est piquant de rapprocher tout le début de cette Epiftre d'autres témoignages sur l'attitude hautaine du cardinal. Le duc d'Albe écrit de lui : « En faveur il est insolent et ne reconnaît plus personne » (lettre du 18 juillet 1572). Brantôme en dit autant dans ses Mémoires (t. IV, p. 278).
P. 289. C'ejl peu de cas aujji... — Ce vers et les suivants font allusion au château de Meudon, que le cardinal s'occupait d'agrandir. Cf. t. III, pp. 404-408; IV, p. 240.
P. 291. Or fus parlon de vioy... — En 1378 ce vers et le suivant remplacent 174 vers des premières éditions, dont voici le dernier texte (1573) :
« EJl il rien de plus grand qu'après la mort de viure?
Si les fils d'Apollon s'eforccnt de vous fuiure
Jamais ne vous feront importuns ni fâcheux :
S'il vous plaifi feulement de dire vn mot pour eux
Au Roy, vous les rende:^ contans en toute chofe :
Ne foye:^ donq marri ô grand Prélat, fi i'ofe
Ainfi parler à vous : le flateur, le menteur.
Ne tiendroit ces propos, mais le vray feruiteur
Oui aime de bon cœur, prent quelque fois l'audace
De parler à fon maiflre, & fi n'en perd la grâce. Mais bien que vous foye:^ tres-debonnaire & dons
Pourtant il ne fault pas prefier l'oreille à tous.
Il fault choifir les gens en vofire fantaifie
Dauant qu'vfer vers eux d'honnefle courtoifie :
Autrement ce ferait fous ombre de douceur
Faute de iugement, profaner fa grandeur : Comme bien fçauei faire, ô façon qui égalle
La prudence des Dieux : car fi en vofire fille.
Ou dedans vofire chambre vn homme entre, foudain
Que pour vous faluër met le bonnet en main
Vous le voye:( de loin ; & vofire œil de Lyncéc
Lui a delà perfé le cœur & la penfêe :
Vous fçauei ce qu'il veult auant qu'il ait parlé,
Et fon gejle vous a fon fecret décelé.
Vous ahordei les vus d'vne douce parolle,
le dy ceux qu'il vous plaifi, que vojlre hras acolle
Les carejfant vn peu, puis vous faites fortir
Vue voix en parlant, qui coule au dejpartir
Plus douce que le miel, car de vojlre éloquence
De bien loin vous pfjffcx ^^^ mieux difans de France.
Si vous leur promette:;^ de leur faire plaifir Soudain à bonne fin auancei leur defir : Car î'o;;; grandes bonte^ ne font accoufiuuiées A donner vne baye, ou vendre des fumées, Comme vn tas de trompeurs petis courtifaneaux, Oui penfent conquérir, coiirnie on dit, des châteaux Quand ils trompent quelqu'vn : mais vofire feigneurie Ne fe fouille iaviais de telle piper ic, Qui efi es gentil Prince & de fang 6" de cœur. Et trop ho))ii>ie de bien pour dcuenir moqueur.
« Auffi la moquerie efi indigne d'vn Prince « Qui veult gnigner le cœur de toute vne prouince, « Et mefme la faneur du populaire bas : // peut dire s'il veut, ie ne le ferai pas, Ou bien ie le feray : car fa libre penfce D'vn panure fuppUant ne peut eflre jorcée.
Les autres qui vous font importuns ennuyeux, Ne reçoivent de vous vn acueil gracieux, Mais en les dédaignant , ou les laiffant derrière. Ou en les eftonnant d'vne affenrance fiere, Ou appellant quelqu'vn, pour mieux les engarder (Vous voyant empefché) de ne vous aborder, Comme maijlre & Seigneur, vous vous fçaue^ défaire De ceux à qtù plaifir il ne vous plaifi de faire, Qui s'en reuont confus, imputans le malheur A eux mefmes tous feuls, & non à vous, feigncur.
Certes il me fouuient que vous bien ieune d'âge Au collège portiez vn feuere vifage.
Sage, Catonien, qui ia pronofiiquoit Que Dieu fecrettement î'o^ vertus colloquoit Au comble des honneurs, oii il faut efire graue. De fourcy renfrongné, & de maiefiè braue Pour honorer l'efiat auquel Dieu vous a mis.
Et pour vous rendre craint de tous x'a;;; ennemis.
Depuis en vous voyant ceint à la Cardinale, Dcfia le poil grifou, & le vif âge palle, Et penfif vous grater le chef du bout du doy, Tout bajfeinent alors ie difois à part inoy, Que vie vaudroii luy faire vue humble reuerence? Il ne fe fonuicnt plus que de:^ ma tenue enfance le fus fon feruiteur ef collier auec luy : Chercbon en autre lieu vn jauorahle appiiy, Il ejl trop grand feigneur : puis il n'ejl pas pojfiblc Qu'il fifl conte de moy, il efl inacceffible.
Ainfi fol ie difois à par (sic) moy baffcnicnt Quand ie vous regardois marcher ft grauemcnt : Aucunesfois l'ardeur me pouffoit de vous faire Vite reconnoijffance, & la honte au contraire Me venoit d'autre part mon propos diuerlir, (Honte combien de fois m'as-tu fait repentir) Agitant çà et là ma penfcc dotibteufe, Comme vn bateau furpris d'vne mer tempejleufe? Ainfi pour vous penfer trop fuperbe & trop fier En voflre humanité ie ne m'ofois fier : Et ne vous euffe aime, fi l'autre iour à table Rencontré ne vous euffe humain & acointablc, Si bien qu'à tout iamais cefle humaine douceur. Sera (fuffe-ie mort) efcrite dans mon cœur : La main deffus le chef deux ou trois fois me mifics, Puis parlant du collège, en fouriant me diflcs Que pour voflre grandeur vous n'avie:^ oublié Ceux qui auecques vous auoyent efludié, Et que telle amitié vous fcinbloit la meilleure : Certes ie me randis voflre efclaue dc\ l'heure Que i' entendis ce mot, & Phebus qui l'oiiit Du fommet de Parnaffe aife s'en reiouït : Deux ou trois tours après fi haut dreffay la tefie Que i'ofay bien vous faire vne prompte requefie. Et point ne fus deceu, car en vous efprouuant Et feigneur & amy ie vous allay troutmnt. Sans l'auoir vicrité : qui efl-ce qui mérite D'vn fi grand Cardinal faneur tant f oit petite}
Mais auant que vous rendre vn grand merci du bien Que i'ay reçeu par vous, & duquel ie n'ay rien, Toferay s'il vous plaifl prendre la hardieffe
6o NOTES. T. VI, p. 291
De vous remercier de l'honnejïe îargejfe Que n'agiiieres Dorât a receu par vo^ mains : Tel aâe généreux pajfe ceux des Romains, D'Augufie & de Mécène, & fi ie l'ofois dire Surmonte l'apareil du marbre & du porfire Dont vous cnrichijfe:^ la Grotte de Medon (sic) ; Car la grotte ne peut tefmoigner vojîre nom Que cent ou deux cens ans : & la Mufe honorable De Dorât le peut rendre aux fiecles pardurable.
Tel aâe en bon confeil pajfe celuy des Grecs, Oui campei deuant Troye ordonnèrent après Qu'Achille fut tué par fegrette malice, (Fraudant le grand Aiax) fes armes à Vlyjfe Couhard & mal habile à fuporter le faix D'vn tel bouclair d'acier fi fort & fi ejpaix : Ainfi ayant les Grecs permijfion d'élire Le meilleur de l'armée, ils choifirent le pire, Et par faute d'auoir le iugcment entier, Firent vn rien ne vaut d'vn vaillant l'héritier. Mais vous mon cher feigneur, d'une prudence caute Des Grecs mal auife^ aue:^ fuy la faute. Car Coron trejpafjé gui fut en fon vinant En l'vne & l'autre langue homme doâe & fçauant, Vous auei ordonné d'vne équitable grâce Que Dorât plus fçauant hcritaft de fa place. Et fuccedafi à luy, non d'importunité, Non par faneur d'amis, mais pour la vérité : Dont la France vous rend mille grâces, lejqucllcs En cent mille papiers fe liront immortelles.
Mais reuenon à moy, & vous remcrcion De cette honnefie, douce, & bonne affeâion Qu'il vous pleut me porter, quand l'ardeur etherée Bniloit du bel Annet la campaigne altérée : Feftois dedans la court de ce chaficau d' Annet Debout comme vn cyprès, on comme vn pin qui met Autant de chef en l'air que de racine en terre. Auquel trois bûcherons font vne dure guerre A grands coups de congnée, & luy coupent fi bien Le pied de tous cofie:^, qu'il ne tient plus à rien : Ces bûcherons douteux, ignorons quelle voye Doit prendre en trébuchant ce grand pin qui ondoyé, Esbranlé çà & là, fe rccullent adonc
Et regardent de loing chancelier ce grand tronc, Qui fait ores femhlant de tomher à fenejlre, Ores tout au rebours de tomber à la dextre, Ores de tous les deux : à la fin ne pouuant Se tenir plus debout, brunche le chef dcuant, Renuerfé contre terre, & d'vn grand branle cajfe Tous les petis buijfons dejfus le/quels il pajfe : Ainfi tout esbranU dedans la court i'ejlois, Maintenant ajfeuré, maintenant ie doutais Le/quels des grands feigneurs me iiendroyent la main forte, Quand ie vous vi fortir tout rouge d'vne porte Flambant pour mon fccours, comme les deux lumeaux En vn temps orageux flambent dejfus les naux Pour fauuer du péril les hommes qui de crainte Et de palle frayeur ont la face depainte. A vous ie m'adreffay, & fi tojl ie ne fceu Vous fléchir le gcnoil que ie ne fu reccu D'vn œil doux & bénin : fecours vous me promites, Et tojl voftre proiucjfe à bonne fin vous mites. Obtenant de mon Roy tout fur l'heure le bien Que ie voulais auoir par voflre feul moyen : Parlant aujfi pour moy Monjieur le Conneflable : « Car comme dit Pindare, vne nef fur le fable « D'vne ancre tient ajfci, ruais en temps orageux « Quand elle efi fur la mer il luy enfault bien deux. Non que voflre faneur ne me fufl la meilleure. Mais fortune voulut que l'en en deux à l'heure. P. 293. le ne fçaurois penfer... — 11 faut comprendre : « Je ne saurais penser que des peintres étrangers (allusion aux Italiens qui décoraient les châteaux de Chambord et de Fontainebleau) ont autant de mérite que nous, qui sommes les hérauts des vertus royales. » C'est une idée que Ronsard a maintes fois exprimée : voir notamment la première pièce du livre III des Odes, où, s'adressant au roi lui-même, il oppose comme ici la Franciade aux arts plastiques (t. II, p. 235). — Pour tout ce passage, cf. Ronsard poète lyrique, pp. 147 et suiv., 179 et suiv.
P. 294. Au danger de leur fang... — Après ce vers, dans les premières éditions on en lit quarante-huit, dont voici le dernier texte (1573) :
le ne veux feulement qu'vn médiocre bien Pour mieux philofopher à mon aife, auffi bien Dedans dix ou dou:(e ans il faudra que ie meure :
Ronsard. -—VIII 6
Encor fi le Roy veut que pour luy ie laheure, Il fault que vioy ahfent me vneille départir Du hien, qui ne h puis par pojles aduertir Quand vn hien vaquera : car ie n'ay pas à gaiges Ni courriers, ni laqucts, ni médecins, ni pages : C'cjl à faire aux fcigneurs, autrement i'attendrois En ma chambre mille ans que rien ie ne prendrais Si par vojîre bonté luy me/me ne referiie Quelque petit morceau pour nourrir ma Minerue. Quelcun fera bien aife en receuant beaucoup D'en laijjer vn petit, ainfi d'vn me/me coup Nous ferons deux contans, luy prenant chofe grande, Moy receuant bien peu, car bien peu ie demande.
« Malheureux ejl celuy qui n'en veut point auoir : « L'Abbé veut l'Euefchc, l'Euefquefe veut voir « Cardinal, & puis Pape : vn Roy voudrait l'empire, « Et vue monarchie vn Empereur defire : « Car à la vérité tout homme généreux « Courytl^ après la grandeur, & en eft dcfireux, u Et veut s'il ejl pojfible, ainfi que de fageffe, « Le peuple furpafj'cr d'honneur à' de richeffe. Certes depuis deux ans ft heureux i'ay eftè
Que te n'ay fupplié de rien fa magefé
Qu'oâroyè ne me l'ait, & iamais la main chiche
Ne me ferra de peur que ma Mnfe ftijl riche :
Il n'a tenu fans plus qu'au, malheureux defiin,
Qui n'a voulu du Roy mettre le vueil à fin,
Dejlin qui ne vent pas enrichir les poêles :
Mais ie fuis ajfeurè fi de ma part vous eftes.
Qu'en dejpit du defiin, de fortune & du fort,
Francus viendra hien tofi en France prendre port :
Et pour l'honneur du Roy la belle Franciade
En France imitera la Gregeoife Iliade,
Oie les nobles Troyens qui régnèrent icy
Qui furent fies ayeux, & les vofires aujji
Seront portraits au vif, leurs chenaux, leurs gendarmes,
Leurs guerres, leurs combas, & tous leurs beaux faits d'armes
Vol frères y feront de fer tout reuefius.
Vous y lire:(^ au fil quelles font vo^ vertus,
Vofire bonté, confeil, prcud'hommic & fageffe.
Et vofire ieune aduis tout chenu de vieilleffe :
Mais fi i'entrcprenois de vouloir raconter
Fo:^ honneurs que ic veux fi hautement chanter, Le iour me defaudroit & ie perdrais haleine : Car prefquc de vous fcul ma charte feroit pleine.
P. 295. Saincl Gelais... Le premier rejonner... — Il s'agit de MelUn de Saint-Gelais (cf. Hymne des Ajlres, début), de Lancelot Carie (cf. Hymne des Daimons, début), de Jean Dorât (cf. Hymne de l'Or, début), dont il a rappelé plus haut (p. 60) la nomination au Collège royal en 1556, et d'Etienne Jodelle, qui avait fait représenter sa tragédie de Clêopâtre en février 1553. — Dans V Hymne du Cardinal de Lorraine, publié au début de 1559, Ronsard se compte au nombre des protégés du cardinal, avec L'Hospital, Du Bellay, Paschal, Dorât et Baïf (cf. t. IV, pp. 245-246).
P. 296. Les meilleures vertus... — Le souhait du poète se réalisa en janvier 1559, quand eurent lieu au château de Meudon les fêtes du mariage de Charles, duc de Lorraine, et de Claude de France, fille de Henri II. Ronsard y prit une notable part, témoin le Chant pafloral, qu'il écrivit alors (voir t. III, p. 403; cf. p. 271). C'est à la même époque qu'il remplit la promesse faite ici en composant VHymne de Charles Cardinal de Lorraine, expression de sa reconnaissance; mais son enthousiasme ne dura pas, et dès 1560 il dut déchanter (voir note du tome III, p. 315 : le ne remporte rien...).
P. 297. NOVVELLE CONTINVATION DES AmOVRS. —
Ce recueil parut en 1556 chez V. Sertenas, sans achevé d'imprimer, mais il est certain que ce fut dans la deuxième moitié de l'année. Il était dédié « à lean Morel Ambrunois, marefchal ordinaire des logis de la Royne », par l'élégie Quand le fameux la/on (voir t. V, p. 209). La Bibliothèque de l'Arsenal en possède le seul exemplaire connu, et encore mutilé d'un tiers (B. L. 6470) ; mais l'éditeur rouennais Nicolas le Rous en a donné en 1557 une reproduction textuelle et intégrale, également rarissime. — Cf. Ronsard poète lyrique, pp. 164-175, et pour les imitations du poète néo-latin Marulle, même ouvrage, pp. 534-550.
P. 297. Elégie. — Contient des souvenirs de Pétrarque. Tout le début notamment est imité de la canzone Nella stagioiie.
P. 299. Chanson. — Cette chanson (paraphrase d'une épigramme de Marulle : Sic istos oculos...) et les trois sonnets suivants tigurent dans les éditions collectives au deuxième livre des Amours consacré à Marie.
P. 300. Si vous n'efics d'vn lieu... — Cf. ci-dessus, note de la p. 251 : D'ayuier en fi bon lieu... — Pour le tercet final, cf. t. II, p. 222, et la note.
P. 301. L'Amovr oyseav. — Cette pièce, imitée du poète
grec Bion, parut avec ce simple titre : Ode. Dans les éditions collectives elle le changea pour : l'Amour oyfeau, et prit place en 1560 parmi les Poënies, en 1567-1573 dans le deuxième livre des Amours. On remarquera que l'agencement des rimes n'est pas le même dans les deux premières strophes que dans les suivantes. Ronsard eût aisément corrigé cette irrégularité; il préféra sacrifier la pièce entière. — Entre la deuxième et la troisième strophe, l'édition princeps seulement contenait ce quatrain :
Son plumage lui/oit plus beau
Que n'ejî du Paon la queue étrange,
Et fa face feinhloit vu Ange
Qu'on voit portrait en vn tableau.
P. 301. Tendit fur l'arbre tous fes lats... — C'est bien la leçon de 1572 et iS7i. H f'iut comprendre ses lacs (pièges).
P. 302. Chanson. — Cette chanson et la suivante (paraphrases de deux épigrammes de Marulle : Odi te, viihi crede... et : Quo te depcreo...) figurent dans les éditions collectives au deuxième livre des Amours.
P. 303. Le Gay. — Cf. t. VI, p. 230 : Tay toy, babillarde Arondelle. — Il s'agit ici du geai, dont le nom primitif était le gai.
P. 304. A LA DvcHEssE DE Valentinois. — Ce sonnet figure dans les éditions collectives parmi les Sonnets à diuerfes perfonnes (section des Poèmes). Pour les relations de Ronsard et de la duchesse de Valentinois (Diane de Poitiers), voir ci-dessus, notes du tome VI, p. 240 : Qu'en vœu V aurais...
P. 304. A MONSEIGNEVR LE CONNESTABLE, — Ce SOn-
net est précédé, dans l'édition princeps, du sonnet Si déformais le peuple, adressé également au connétable Anne de Montmorency (voir t. II, p. 13). Il figure en 1560 parmi les Sonnets à diuerfes perfonnes (section des Poèmes). Ronsard y fait allusion au Temple des Chajîillons et à la Prière à la Fortune, publiés en 1555 (voir t. VI, pp. 259-276). On comprend aisément que Ronsard ait supprimé ce témoignage de ses sollicitations réitérées. Anne de Montmorency est un des personnages qu'il a le plus loués, depuis l'Ode de la Paix de 1550 jusqu'à la longue Epitapbe qu'il lui consacra en 1568 (voir t. II, pp. 85-86; V, pp. 206 et 278).
P. 305. Mieux que l'autre an... — On lit l'autre en. Corrigé d'après l'édition princeps et le contexte.
P. 305. Av Roy Henry. — Ce sonnet figure dans les éditions collectives parmi les Sonnets à diuerfes perfonnes. Ronsard y fait allusion à la trêve de Vauxelles, qui fut conclue le 5 fé-
NOTES. T. VI, P. 306-309. 6f
vrier 1556 et dura jusqu'en novembre de la même année. Sur le projet sans cesse ajourné de la Franciade, voir t. VI, p. 293 et note, et t. II , p. 16, un sonnet de 1560 adressé à J. d'Avanson.
P. 306. A Madame Margverite, Dvchesse de Sa- VOYE. — Ce sonnet, adressé en 1556 ^ Madame Marguerite, fœur du Roy (elle ne fut duchesse de Savoie qu'en 1559 par son mariage avec Philibert-Emmanuel), figure dans les éditions collectives parmi les Sonnets à diuerfes perfonncs, à la suite du sonnet de 1560 Comme vue belle Nymphe, adressé à la même princesse (t. VI, p. 338^. — Remarquer la triple irrégularité rythmique des tercets, raison probable de la suppression : ils ne présentent que deux rimes — et de même genre — dont l'une est déjà dans les quatrains. — Au vers I, on lit mon cher Mercure. Corrigé d'après l'édition princeps, celle de 1571 et le dernier vers,
P. 506. A LA ROYNE d'EsCOSSE, POVR LORS ROYNE
DE France. — Le titre primitif est simplement A la Royne d'EfcoJfe. L'addition pour lors Royne de France ne convenait à Marie Stuart que dans l'édition collective de 1560. G. Buon eut tort de la reproduire dans les éditions suivantes, où elle ne correspondait plus à rien. En effet, quand parut cette odelette, en 1556, Marie Stuart, élevée à la Cour de France depuis 1548, n'était que reine d'Ecosse; elle n'épousa le dauphin François qu'en avril 1558 et ne devint reine de France qu'à la mort de son beau-père Henri II (juillet 1559); elle ne l'était plus dix-huit mois après. — Cette pièce, la première que Ronsard adressa à Marie Stuart, figure dans les éditions collectives au troisième livre des Odes. Noter que toutes les rimes sont féminines dans des strophes isométriques, raison probable de la suppression.
P. 306. Si Vay eu ccjl honneur... — Ce quatrain fait allusion au séjour du poète en Ecosse comme page de Jacques V (1537-1539)'
P. 307. Ode. — Cette pièce figure dans les éditions collectives à la fin du livre IV des Odes. — Pour le vers 4, cf. le début d'un poème A P. L'Efcot (t. V, p. 174).
P. 508. Sonet. — Ce sonnet figure dans les éditions collectives au 2"^ livre des Amours consacré à Marie. — Il rappelle les chansons médiévales du rossignol. Cf. ci-dessus, notes des pp. 215 et 251.
P. 309. Penfes tu, mon Auhert... — Guillaume Aubert, avocat poète de Poitiers, s'est lié avec Ronsard vers le même temps qu'Estienne Pasquier, autre avocat poète, c'est-à-dire à la fin de 1554. En 1555, dans la Continuation des Amours, Ronsard lui dédie l'ode de la Rofe (voir t. II, p. 366), en retour du blason du Ciron,
qui figure dans le même recueil à l'adresse de Ronsard et de Belleau. Dans les Amours de Franchie Baïf lui adresse un sonnet très élogieux. En 1556, Aubert publie la traduction du douzième livre d'Amadis. Grand ami de Du Bellay, il se fit l'éditeur posthume de ses Œuvres (voir H, Chamard, Joachim du Bellay, thèse de Paris, 1900).
P. 309. Ah! il vaudrait mieux... — Ce tercet fait allusion aux grands architectes royaux, tels que Pierre Lescot et Philibert Delorme, qui touchaient les revenus de riches abbayes. Autant Ronsard avait de sympathie pour le premier (voir t. V, pp. 177 et suiv.), autant il détestait le second, qu'il appelle ailleurs « vue vile truelle à trois crofîes tymbrée » (t. V, p. 153 et la note). Cf. mon édition de la Vie de Ronsard, pp. 27 et 171-172.
P. 310. Chant de liesse, — Plaquette publiée en avril 1559 chez A. Wechel, in-4° (Bibl. nat., Rés. Ye 496). Il n'y a pas d'achevé d'imprimer; mais d'après les passages qui font allusion aux clauses du traité du Cateau-Cambrésis, connues à la Cour dès le 28 mars par une lettre du connétable de Montmorency à ses neveux, cette pièce a été écrite vers le i^"" avril (le retour de l'an dont le poète parle au bas de la p, 311 désigne la semaine de Pâques, qui tomba le 26 mars de cette année-là). Cf. Décrue de Stoutz, Anne de Montmorency sous Henri II , François II et Charles IX (Paris, Pion, 1889), chap. x. — Pièce rangée parmi les Po'êmes (3° livre) en 1560.
P. 313. Ton fils a if ne... — Le dauphin François était roi dès l'âge de quatorze ans, par son mariage avec Marie Stuart, reine d'Ecosse, célébré le 24 avril 1558. Aussi, de cette date à la mort de son père l'appela-t-on couramment « le roi dauphin ».
P. 313. Tes autres fis... — Cf. t. II, pp, 254-262.
P. 313. Ta fille aifnce... — La clause du traité par laquelle Elisabeth de France devait épouser Philippe II, roi d'Espagne, ne fut arrêtée qu'à la fin de mars 1559 {Papiers d'Etat de Granvelle, tome V). La cérémonie du mariage eut lieu seulement le 22 juin à Notre-Dame.
P. 514. Ton autre fille... — Claude de France avait épousé Charles, duc de Lorraine, le 22 janvier 1559. — Quant à la plus jeune des filles de Henri II, Marguerite de France, âgée de six ans, Catherine de Médicis songeait alors pour elle à Don Carlos, fils de Philippe II; il est question de ce futur mariage dans le traité du Cateau-Cambrésis {Papiers d'Etat de Granvelle, t. V).
P. 314. D'vne antre part ta fœnr... — Le mariage de Madame Marguerite, sœur de Henri 1 1 , avec le duc de Savoie Philibert-Emma-
nue], était décidé dès la fin de 1558; mais il ne fut officiellement conclu que par une clause du traité du Cateau-Cambrésis, dans les derniers jours de mars 1559. Dès lors on pouvait dire, surtout en vers, que Marguerite était « l'épouse » du duc. Mais la cérémonie du mariage n'eut lieu que le 9 juillet, la veille de la mort de Henri II, dans une chapelle du palais.
P. 315. C'ejl vu d'Alhon... — C'est le maréchal Saint-André. — Vn Chajlillon. C'est l'amiral Coligny.
P. 315. Contente toy... — C'est comme si Ronsard disait au roi : Souviens-toi que tu es homme. Plus d'une fois il a recommandé ainsi aux grands la modération dans le bonheur, à la façon de Pindare {Olymp. v, lin; Istbui. iv, 14). Cf. II, 103, 107; V, 204. P. 316. La Paix. Av Roy. — Pour la description de cette plaquette, voir note du tome V, p. 199. Elle n'a pas d'achevé d'imprimer, mais on peut la dater d'avril 1559, comme la précédente, puisqu'il s'agit encore de la paix obtenue par le traité du Cateau- Cambrésis. Les trois pièces qu'elle contenait furent rangées parmi les Poèmes (3* livre) en 1560.
P. 319. DiscovRS. — Cette plaquette, dont on trouvera les deux premières parties au tome III, pp. 259 et 418, parut à Paris chez Robert Estienne en 1559, ^''^"^ achevé d'imprimer; mais au verso du titre on lit cet Aduertijfement an leâeiir : « Ami Lefleur, ie te fupplie de croire que tout ce petit recueil eftoit compofé auant la mort du feu Roy, & différé d'imprimer, à caufe de la commune trifteffe où toute la France eftoit pour le regard d'va (î piteux accident. Maintenant il fort en lumière, pour eftre receu de to}', s'il te plaift, d'auffi bonne volonté que de bon cueur ie te le prefente. » La date de la publication est donc postérieure au mois de juillet. Qiiant au privilège, il est daté du 23 février 1558 (1559, "• ^0 ^^ accordé « à maiftre P. de Ronlard, Confeiller & aumônier ordinaire du Roy 8c de Madame de Sauoye ». Cf. Ronsard poète lyrique, pp. 182 et suiv.
P. 319. Pour les Rois de France & d'Efpagne. — Le titre primitif était : Pour les Rois trefchrejlien & catholique. 1) s'agit de Henri II et de Philippe 1 1 , qui venaient de signer la paix du Cateau-Cambrésis.
P. 319. Pour le Roy de France. — Le titre primitif était : Pour le Roy trefchrejlien Henri II. Sur fa deuife.
P. 320. Pour la Royne mère du Roy. — II s'agit de Catherine de Médicis. Le titre dans l'édition princeps, publiée après la mort de Henri II, était : Pour la Royne de France, maintenant Royne mère du Roy.
P. 321. Pour h Roy Ft'ançois fécond de ce nom, alors nommé Roy- Dauphin. — Le mot alors ici est équivoque; il signifie « avant la mort de Henri II ». Le titre primitif était : Roy-Dauphin, maintenant Roy trefchrejïicn.
P. 321. Pour la Royne d'EfcoJfe, alors Royne de France. — Ici au contraire le mot alors signifie « après la mort de Henri II ». Le titre primitif était : Roync-Dauphine, maintenant Royne. Cf. ci-dessus, note de la p. 306.
P. 322. Duc de Sauoye. — Philibert-Emmanuel, auquel Ronsard a adressé le « difcours » du tome III, p. 259.
P. 322. Diichcjfe de Sauoye. — Marguerite de France, duchesse de Berry, sœur du roi Henri II, mariée en juillet 1559 au duc de Savoie. Cf. t. III, pp. 418 et suiv.
P. 523. Duc de Lorraine. — Charles, fils de François II de Lorraine et de Christine de Danemark.
P. 323. Duchejfe de Lorraine. — Claude de France, fille du roi Henri II, mariée au duc Charles de Lorraine en janvier 1559.
P. 323. DncheJJe douairière de Lorraine. — Christine de Danemark, qui servit de médiatrice pour les négociations qui aboutirent à la paix du Cateau-Cambrésis (avril 1559).
P. 323. Diichcffe de Gulfe. — Anne d'Esté, fille du duc de Ferrare et femme du capitaine François de Guise.
P. ^24. Pour la Royne d'EfcoJfe douairière. — Marie de Lorraine, sœur des Guises, deuxième femme de Jacques V, roi d'Ecosse, et mère de Marie Stuart.
P. 325. Pour les Nopces. — Il s'agit du mariage de Philippe II, roi d'Espagne, avec Elisabeth de France, fille du roi Henri II.
P. 326. SvYTE DE l'hymne. — Cette pièce parut en plaquette à Paris chez R. Estienne, sans achevé d'imprimer; mais le sonnet qui la précède (A la Royne mère : Depuis la mort..., voir t. II, p. 21) sufiit à prouver qu'elle fut publiée après la mort de Henri II, c'est-à-dire dans la deuxième moitié de 1559. Comme son titre l'indique, elle est la « suite » de l'Hymne du Cardinal de Lorraine, publié au début de la même année (voir t. IV, p. 228), et dans les éditions collectives elle figure immédiatement après lui, section des Hymnes. Elle fut composée après la signature du traité du Cateau-Cambrésis (3 avril), que Ronsard attribue pour une grande partie à l'habile intervention du cardinal de Lorraine.
P. 326. Quand Vacheuay... — On lit à la rime ton Hymne. Nous avons cru devoir adopter la graphie hynne, que Ronsard a préconisée dès 15^0 sans y (tome VII, p. 14) et qu'on retrouve systématiquement dans l'édition de 1584, revisée par lui. On évitera ainsi
de prendre pour une simple assonance une homophonle complète, Car hinne rimait très bien avec insigne, qui se prononçait insine (cf. tome IV, pp. 242 et 324, fin de VHyniie de VAtUonne).
P. 328. Sur h tombeau... — Allusion à l'expédition de François de Guise en Italie jusqu'à Naples, qui eut lieu de décembre 1556 à octobre 1557. On croyait dans l'antiquité que la sirène Parthénope avait son tombeau à Naples (Strabon, V, i v, 7). Cf. t. II , p. 313 ; IV, 203 et 236.
P. 328. Quelques Seigneurs... — Outre les deux personnages nommés ici et le cardinal de Lorraine, les plénipotentiaires de Henri 1 1 furent Jean de Morvillers, évêque d'Orléans, et les frères L'Aubespine.
P. 328. Ainji qu'on voit... — Cf. le début de la dédicace des Oiies au roi Henri 1 1 , également comparé au bon pilote, d'après le poète néo-latin Marulle (t. II, pp. 73-74, et la note).
P. 329. De no^ deux Rois... — Henri II, roi de France, et Philippe II, roi d'Espagne.
P. 329. Celui qui met tes vertus par efcrit. — Après ce vers, on lit dans les premières éditions la longue tirade qui suit, où se trouve l'apologue de Simonide (pris à Stobée, Florilège, X, 39), que les protestants ont tant reproché à Ronsard. En voici le dernier texte (1560 pour les douze premiers vers; 1573 pour le reste) : Il ejl bien temps comme à ces vieux genfdarmes
Que Ion me face exempt de porter armes,
Tout maladif & caduc qui ne puis
Viure long temps, fi libre ie ne fuis.
Libre ie di, franc de la feruitude
De pauuretté, ma maijirejfe trop rude :
Or fay moy donc comme au cheual guerrier
Oui fouloit ejlre au combat le premier :
S'il dénient vieil il ha dedans l'ejîable
Des grands Seigneurs v ne place honorable,
Et eji montré de tous cojîès au doy
Pour auoir faiâ feruices à [on Roy.
le ne quiers pas les moijfons d'Arabie,
De peu de chofe on pafe cejle vie :
Tant feulement ne fouffre que le tien
Humble fer uant f oit refemblable au chien,
Oui ieune & lourd d'vne fuite follete
Court par la Beauffe après vue a loue te
Perdant fes pas : car elle en fecoiiant
Sa plume au vent, du chien fe va ioiianf,
yO NOTES. T. VI, P. 329.
Oïd haut qui bas la fuit par le derrière. Et court en vain après l'ombre legiere. Aucunesfois fouffre au chien d'aprocher, Puis quand il ejl tout près de la toucher, S'enleue au ciel, ou va de motte en motte Trompant h chien, & fa gueulle trop fotie, Oui va l'oyfeau vainement pour fuyuant.
Et pour fa proye il ne prend que du vent.
Ainfi ie fuy d'vne courfe trop vainc Le bien qui fuit, & plus ie penfe pleine Ma main de luy, & moins elle en iouït. Et dans le vent le bien s'euanouït En la façon que les fœurs Beleides Dans les enfers portent leurs cruches vuidcs.
Pardonne moy, fi trop hardy ie fuis.
Si d'vn efcrit importun ie pourfuis Quelque auantage : & que vaudrait de faire Honneur aux Rois, qui n'auroit du faJairel Le grand Pindare, & Bacchilide aufp Au temps paffé (Prélat) faifoyent ainfi : Et Simonide honneur grand des poètes Auoit chei luy (comme Ion dit) deux boetes : Dans l'vne vuide il iiiettoit feulement Les grands mercis : en l'autre richement Il ejluyoit ce que les mains Royales Ejlargi/foyent à fes vers, libérales.
Quand il voulait quelque chofe acheter, Deffus fa table il faifoit apporter Le vaiffeau vuide, oit, vainement fonner eut Les grand mercis que les Rois luy donnèrent Puis en l'ouurant ne trouuoit que du vent : Lors Simonide & peufif & refuant Se detejloit & les Mufes friuolles Qui le payoycnt en fumeufes parolles.
Dejpit adonc fes labeurs maudiffoit Et le vaiffeau cotitre terre cafjoit.
Mais en ouurant fa boëte qui fut pleine Du bien des Rois, il s'ojloit hors de peine : Plus courageux au peuple fe monlroit, Et en tout lieu le bon-heur rencontroit. Et beniffoit la Mufe fauorable Qui le rendait & riche 6" honorable :
Car fans les biens & les honneurs des Rois
Les viufes font muettes par les bois :
Et Apollon fans la lyre dorée
Ne treuue point fou efcharpe honorée :
Tout vient de là, tout procède de là :
Par ce moyen fi hautement parla
Le grand auteur de la belle Enéide.
En tel chemin fi tu me fers de guide,
Tu me feras auecques le bon-heur
Plus que deuant deuenir bon fonneiir :
Sans craindre plus ni le temps ni l'enuie,
Ejîant au port le plus feur de la vie. P. 330. Le second livre des Meslanges. — Ce recueil, signalé par Prosper Blanchemain au tome VIII de son édition, pp. 81 et 147, nous est inconnu. De longues recherches nous ont appris qu'il n'existe dans aucune bibliothèque publique de l'Europe, et nous savons, par l'obligeance de M. Paul Blanchemain, qu'il n'existe pas non plus dans celle de son père. Celui-ci, très probablement, n'en a parlé que par ouï-dire, car il ne le signale que pour une seule pièce, dans son tome supplémentaire, et le fait éditer par Sertenas à la p. 81, mais par Lemangnier à la p. 147. Brunet, dans le Manuel du libraire, l'a signalé à deux reprises, au t. IV, col. 1381, et au t. VI (supplément), col. 508, comme un in-8° de 60 fts édité chez Vincent Sertenas.
P. 330. — Nicolas de Nicolay, Dauphinois, seigneur d'ArfeuilIe, était valet de chambre et géographe ordinaire du roi.
P. 331. Les Œvvres. — Cette première édition collective parut à Paris chez Gabriel Buon en quatre tomes in-i6. Dès le 6 août, le Parlement accordait le permis d'imprimer, et le 20 septembre François 1 1 octroyait un privilège général à son « féal Confeiller & Aulmofnier ordinaire maiftre Pierre de Ronfard ». L'achevé d'imprimer du premier tome est daté du 29 novembre; celui du quatrième est daté du 2 décembre. Sur la disposition et l'importance historique de cette édition, voir Ronsard poète lyrique, pp. 186 à 202.
P. 331. Chanson. — A été probablement supprimée pour raison de versification : toutes ses rimes sont masculines.
P. 332. SoNETS, — Le premier de ces sonnets commençait en i$6o une série de quatorze sonnets adressés à Sinope, « vue dame d'illuftre naiffance aimée par le poète d'vne affedion prelque furieule » (note de Belleau). Les quatre sonnets suivants faisaient partie de la même série, ainsi que ceux qui furent conservés par
Ronsard et qu'on peut lire au t. II de la présente édition, pp. 171- 175. Dans toutes ses éditions collectives, Ronsard a rangé ces sonnets parmi ceux du 2* livre des Amours adressés à Marie. Pourtant, il faut se garder de confondre Sinope avec Marie, qui était d'humble origine et de qui Ronsard n'aurait pu dire ce qu'il dit dans le sonnet C'eft trop aime. Belleau les a nettement distinguées dans son Commentaire de 1560, et nous pouvons l'en croire, lui à qui Ronsard a « toufiours familièrement defcouuert fes plus fecrettes paffions ». C'est seulement en 1578, après la mort de Marie et de Belleau, que Ronsard a remanié les notes de son ami, changé le nom de Sinope en celui de Marie, déclaré que Sinope n'était qu'un surnom qu'il avait donné à Marie, et supprimé les pièces qui rendaient la chose invraisemblable.
P. 3^2. Marie, c'eft mon cœur.., — On lit Sinope au lieu de Marie de 1560 à 1573.
P. 334. Ceft trop aimé... — Début imité de Catulle, viii : Miser Catulle, desinas ineptirc.
P. 334. Le bonnet rond... — Il est impossible de tirer de ce tercet la preuve que Ronsard était prêtre, et surtout qu'il devint prêtre le 16 juin 1560, comme l'a pensé M. Louis Froger (Ronsard ecclésiastique, pp. 22-29). Notre poète veut dire simplement : « Le bonnet rond que je porte malgré moi depuis que je suis tonsuré. » Il disait encore en 1560 à Sinope dans le sonnet Si i'ejlois lupiter : Mais ie voudrais auoir changé mon bonnet rond Et vous auoir che^ moi pour ma tendre èpoujce.
Le bonnet rond était porté par tous les tonsurés, les simples clercs aussi bien que les prêtres. Or Ronsard, sans fortune personnelle comme puîné, s'était vu dans l'obligation de recevoir la tonsure (mars 1543) et d'entrer dans les ordres mineurs pour avoir droit aux bénéfices ecclésiastiques. Cela n'entraînait pas ipso facto le vœu de célibat; mais, s'il s'était marié, il eût perdu son droit aux bénéfices; « la rigoureuse loi des puînés » le forçait à rester célibataire pour sauvegarder ce droit. — Ronsard parle encore de son bonnet rond dans une épître à Odet de Coligny, publiée également en 1560; il s'y donne la qualité vague d' « homme d'église », plus tard celle de « protenotaire » (t. V, p. 228). Nulle part il ne se dit prêtre. Bien plus, dans sa Rejponce aux iniures (1563), il prend Dieu à témoin qu'il ne l'est pas (ibid., p. 399). Pourquoi douterions-nous de sa parole?
P. 334. Epitaphe d'André Blondet. — En 1578, cette épitaphe a pour titre Pour luy-mefme, venant à la suite de l'épitaphe d'André Blondet, trésorier de France, qu'on lit au t. V, p. 293.
NOTES. T. VI, P. 33f-338. y-j
p. 555. — Épitapiie de Loyse de Maili. y. — Cette pièce, surtout dans son état complet, faisait double emploi avec la première partie de l'épitaphe de Loyse de Mailly conservée par Ronsard (t. V, p. 296). Une autre raison de sa suppression, c'est son double rythme. Il s'agit de la demi-sœur des Coligny, dont la mère, Loyse de Montmorency, était la sœur du connétable.
!'• 335- Q'if^ cette tombe... — Après ce vers, on lit dans l'édition princeps seulement :
Feus eu viiiant vu frère Cardinal.
Vu Colonne], & vu antre Amiral, Feus pour mon oncle vnfage Connejlahlc.
Feus pour mon père vu cheiialier notable. Par mes parens morte icy te fus mife, le fus Picarde, & mon nom fut Louyfe.
Paffant quiconqnes fois à ma tombe arrejlè, Leue les yens en haut, & voy la pieté D'vn frère eniters la fœnr, du frère qui honore La fcenr, & de fcpukhrc, & d'epitaphe encore : L'amitié des parens règne encor ici bas, Viuant ie l'ay feutie, & après le trejpas. P. 355. Et la tombe... — Après ce vers on lit dans l'édition princeps seulement :
Bien loing de ce tombeau l'cflnne fe hcrijfe., Le chardon & l'ortie : en lieu d'eux y fleurife Le fafran en hyuer, les rofes au prîmtemps (sic), En eftè les œillets : le pajleur en tout temps S'y repofe à l'vmbrage, & au tour de la tombe Du ciel A tout iaviais la douce manne tombe. Paffant...
P. 337. Av Roy Henri II. — Dans toutes les éditions collectives ce sonnet a pour titre A luy mefiiie, c'est-à-dire au roi Henri II, auquel est dédié le sonnet précédent Quand entre les Cefars (t. II, p. 7). D'après le premier tercet, cette « eftrene », comme on disait du temps de Marot, n'a pu être composée que pour le V janvier 1559 (le dauphin était alors roi d'Ecosse depuis avril 1558, et deux de ses sœurs, Claude et Elisabeth, allaient se marier).
P. 337. A LA RoYNE DE F RANGE. ~ C'est-à-dire Marie Stuart, qui était reine de France quand parut l'édition collective de 1560. Ce titre a été conservé à tort dans les éditions suivantes.
P. 338. A Madame Margverite Dvchesse de Sav OYE. — La composition de ce sonnet remonte à la première moi-
Ronsard. — VIII. 7
74 NOTES. T. VI, p. 338-342,
tié de 1)58 au moins, d'après le deuxième quatrain. A ce moment, Madame Marguerite n'était pas encore duchesse de Savoie; elle ne le devint que par le traité du Catcau-Cambrésis (avril 1559).
P. 538. Av Cardinal de Chastillon. — C'est Odet de Coligny, frère de l'amiral.
P. 338. Nul homvie n'ejl heureux ft non après la mort. — On lit : Nul homme n'cjî heureux après la mort. Corrigé d'après 1571.
P. 339. A Madame la Dvchesse de Valantinois. — Diane de Poitiers, maîtresse de Henri II. Cf. t. VI. pp. 240, 304, et les notes.
P. 359. Puis s'ejlongnant... — On lit s'cjlongnent. Corrigé d'après le contexte.
P. 340. A MoNsiEVR D \- Thier. — Lc chevalier Jean du Thicr, seigneur de Beauregard, conseiller et secrétaire d'Iitat et des linajices du roi Henri II, est l'auteur des Louanges de la folie, « traité fort plaifant, traduit de l'italien en Irançois », qui parut en 1566 après sa mort. Ronsard, qui lui adressa encore vers 1559 un sonnet, une égloguc et une épître (voir t. II, p. 17; III, p. 427; Y, p. 138), lui demande ici d'être traité aussi généreusement que l'avait été le poète Hugues Salel, mort en 1553 (cf. t. VI, p. 212).
J'. 340. A M0NSIEVR BovRDiN. — Jacques Bourdin, seigneur de Villennes, l'un des quatre secrétaires d'État. Ronsard lui adressa en oiitre, en 1563, l'hymne de l'Hyuer (voir note du t. IV, p. 324). Ne pas le confondre avec son frère Gilles, procureur général du roi, comme cela nous est arrivé (ainsi qu'aux éditeurs précédents) dans les notes du t. II, pp. 15 et 445. Nous remercions M. Maurice Cauchie de la communication si précise qu'il nous a faite à ce sujet.
P. 341. A MoNSiEVR d'Avanson. — Jean de Saint-Marcel, seigneur d'Avanson, conseiller du roi en son privé conseil, avait été ambassadeur de Henri II à Rome, où il eut comme secrétaire le poète Olivier de Magny. C'est à lui que Du Bellay dédia ses Regrets en 1558. Ronsard lui adressa encore en 1560 deux sonnets (t. II, pp. 16 et 17). Dès 1554 il lui exprimait sa gratitude à la fin du poème Le Narffis (voir la note du t. IV, p. 70). Cf. E. Courbet, notice des Sou/pirs de Magny, et J. Favre, thèse de Paris (1885) sur Olivier de Magny, pp. 50 et suiv.
P. 342. A Olivier de Magny. — Ce poète, qui publia de 1553 à 1560 les Amours, les Gayete^, les Soujpirs et les Odes, était secrétaire de Jean d'Avanson, après l'avoir été du poète Hugues Salel, Quercinois comme lui. Il mourut en 1561 (voir l'édition de ses Gluvres par E. Courbet et la thèse de J. Favre sur Olivier de
Magny). Par l'intermédiaire de D'Avanson, Ronsard espérait obtenir la faveur de Diane de Poitiers, pour laquelle Henri II avait fait construire le château d'Anet; mais ce fut en vain.
P. 343. Monfeigneur, ie n'ay plus... — On aurait tort de prendre à la lettre ce que Ronsard nous dit de lui dans ce sonnet de 1560 et dans une élégie de la même année, où il développe sa pensée en une célèbre comparaison (voir t. III, p. 313). Il n'avait alors que trente-cinq ans, et il a chanté « les pallions d'amour » encore pendant vingt ans avec enthousiasme. Cf. Ronsard poète lyrique , p. 201.
P. 34.']. Les trois livres... — Pour la description et le contenu de ce recueil rarissime, voir les notes du tome IV, p. 8, et mon Tableau chronologique des œuvres de Ronsard. La première édition, dont on ne connaît aucun exemplaire, a paru dans le courant d'octobre 1563 ; la seconde édition ne porte pas d'achevé d'imprimer, mais elle a dû paraître très peu de temps après, car on n'y trouve pas une seule des poésies que Ronsard composa pour le carnaval de Fontainebleau (13-15 février 1564). Cf. Ronsard poèlc lyrique, pp. 209 et suiv.
P. 344. Sonnet a Isabeav de la Tovr. — Ce sonnetdédicace venait immédiatement après une longue Epitre au lecteur que l'on trouvera au tome VIT, p. 26, et, chose étrange, il composait à lui seul, avec cette préface en prose, le premier livre du recueil (un examen attentif de l'exemplaire de l'Institut ne laisse aucun doute à ce sujet). Comme, d'autre part, Ronsard dédiait le deuxième et le troisième livre à deux autres personnages, le « livret » dont il s'agit dans ce sonnet ne peut désigner que le recueil entier; d'ailleurs les deuxième et troisième livres contenaient plusieurs pièces inspirées par Isabeau de la Tour, notamment la chanson Quand ce beau printemps ie voy (t. I, p. 196) et les élégies J-Jicr quand..., Si lafoy... et Oyant vn iour... (t. IV, pp. 8, 43 et 98). Sur cette demoiselle d'honneur de Catherine de Médicis, qui fut aimée de Ronsard, de Cl. de la Chastre, de Robertet de Fresnes, de Brantôme, de Louis de Condé, et finit par épouser le financier italien Sardini, voir une étude de H. de la Ferrièrc dans la Revue des Deux Mondes du i*"" décembre 1883.
P. 345. A MoNSiEVR DE Lansac. — Ce sonnet-dédicace du deuxième livre était adressé d'abord à H. Lhuillier, « lèigneur de Mailbnfleur, gentilhomme feruant de leurs Mageftez », auquel Ronsard avait déjà dédié en 1560 le Voyage de Tours (note du t. I, p. 161) et l'élégie Mon Lhuillier, tous les arts (t. III, p. 312). C'est en 1573 qu'il remplaça le nom de Lhuillier par celui de Lansac, et ailleurs par celui de Troussily (il avait supprimé la dédicace du
Voyage de Tours dès 1567); il ne le conserva qu'en tête de l'élégie L'Huillier, fi nous perdons (t. V, p. 15), publiée dans le Recueil des NouucUes Pocfies. — Ce sonnet prit place en tête du livre IV des Elégies dans les éditions collectives de 1567 à 1573, et parmi les Sonels à diuerfes perfonnes dans celle de 1578.
P. 345. PovK LE Roy Charles IX. — Ce « cartel » (le mot est dans le titre de 1564) prit place parmi les Majcaradcs dans les éditions collectives. Sa composition remonte au moins au 27 juin 1563, date de l'anniversaire de Charles IX,
P. 347. Av Seignevr de Castelnav. — Ce sonnet-dédicace du troisième livre avait d'abord pour titre : A. M. de Cajïelnau, feigneur de Mauuijficre, gentilhomme fer uant de Monfienr. Dans les éditions collectives de 1567 à 1573, il figure par erreur à la fin du 2" livre des Elégies, au lieu d'être en tête du 3° livre des Elégies, qu'il dédie à Castelnau. Ce Michel de Castelnau fut ambassadeur auprès d'Elisabeth d'Angleterre et de Marie Stuart, et a écrit de curieux Mémoires où sont racontées les fêtes du carnaval de Fontainebleau (1564), auxquelles il prit une part active (collection Michaud et Poujoulat, t. IX).
P. 347. A LA RoYNE. — Ce sonnet en l'honneur de Catherine de Médicis fut écrit en septembre 1563, ainsi que celui qui le précède dans le Recueil des Nouuelles Poëfies : Rien du haut ciel (t. II, p. 8). Tous deux font allusion à une chute de cheval que lit la reine à Mantes vers le 15 septembre. Voir Correspondance de Catherine de Médicis, par H. de la Perrière, t. II.
P. 348. A Clavde de l'Avbespine. — C'est un des quatre secrétaires d'État auxquels Ronsard adressait dans le Recueil des Nouuelles Pocfies les quatre hymnes des Saisons. L'Aubespine recevait celui de VAutonne (voir t. IV, p. 510). Il mourut en novembre 1567; mais c'est à son fils, mort prématurément en 1570, que Ronsard a consacré une longue épitaphe (t. V, p. 297). — Ce sonnet prit place dans les éditions collectives de 1567 à 1578 parmi les Sonets à diuerfes perfonnes.
P. 349. Elégies, Mascarades et Bergekie. — Pour la description et le contenu de ce recueil rarissime, voir la note du t. III, p. 458, mon Tableau chronologique et Ronsard poète lyrique, pp. 214 et suiv. Il ne porte pas d'achevé d'imprimer; mais d'une part on y trouve une pièce sur l'entrevue de Rayonne qui commença le 14 juin 1565, et d'autre part il parvint vers le 20 août à Londres pour être offert par notre ambassadeur à la reine Elisabeth, à laquelle il était dédié. Il parut donc dans le courant de juillet.
P. 349. Elégie. — Cette pièce, qui a toujours porté ce simple
titre, figure dans les éditions collectives parmi les Elégies. Elle fut composée au nom d'une dame nommée Anne, qui envoyait son portrait à une amie appelée Diane. Sapho ne devait pas écrire avec plus d'ardeur à ses amantes.
P. 353. Anne m'a fait.., — Ce sonnet est une réponse à l'élégie précédente, après laquelle il se trouve encore en 1573. Mais en 1578 Ronsard l'en sépara et le rangea parmi les Sonets à diuerfes perfonnes, sans désigner la femme à laquelle s'adressait la femme qu'il fait parler.
P. 355. Las i fans ejpoir... — Ce sonnet vient dans l'édition princeps après le cartel Pour le cheualier mal content, qui commence ainsi : Ayant l'œil trijîe & pefant le fonrci (t. III, p. 460), et il est intitulé : Sonet à ce propos. 11 passa au second livre des Amours eu 1567. — Au premier vers du second quatrain on lit De beauté. Corrigé d'après l'édition précédente (15 71).
P. 35-^. Elégie povr vne mascarade, — Cette pièce et les quatre suivantes figurent au livre des Mafcarades dans les éditions collectives à partir de 1567.
P. 359. Av Rot. — Ce sonnet, adressé à Charles IX, figure parmi les Sonets à diuerfes perfonnes dans les éditions collectives de 1567 à 1573.
P. 359. Oui a point veu... — Ce sonnet est suivi d'un autre qui est adressé au même personnage et que Ronsard a conservé : Prince bien né, quand le Ciel t'anima (voir t. II, p. 9, avec la variante de 1567 Prince royal). Cf. un article de la Revue d'Histoire littéraire de juillet 1902, p. 444, où il a reparu pour la première fois depuis 1565.
P. 360. Prince du fang Royal... — Ce sonnet, qui commençait avant 1578 par l'hémistiche Magnanime Seigneur, figure parmi les So7iets à diuerfes perfonnes dans les éditions collectives de 1567 à 1578.
P. 360. Quand en pleurant... — Ce sonnet et le suivant ont été réédités par moi, avec commentaires historiques, dans la Revue d'Histoire littéraire de la France de juillet 1902, pp. 444 et 445.
P. 362. On dit qu'Amour... — Ce sonnet figure à la fin des Sonets à diuerfes perfonnes dans les éditions collectives de 1567 à 1578; mais Ronsard n'a pas désigné la personne à qui s'adressait la femme qu'il fait parler.
P. 363. Las! ie ne veux... — Ce sonnet figure dans les éditions collectives de 1567 à 1573 vers la fin du Second Hure des Amours, tout de suite après la chanson : Quand ce beau printemps ie voy, écrite en 1563 « en faueur de M"' de Limeuil » (cf. tome I, p. 196, et VI, p. 344).
P. 365. Belle fin fait... — Vers traduit de Pétrarque, sonnet
Amor, che nel peûsier..., dernier vers : Che hel fin fa chi ben amando more. Ronsard avait terminé par le même vers le sonnet de 1552 : Ny les defdains (I, 85).
P. 363. Mafoy rejfemhle... — • Ce tercet vient de l'Arioste, Orl. far. ch. XLIV, st. LXi, passage déjà imité par Ronsard dans la chanson de 1552 : Ma Dame ie n'euffe penfé (I, 70).
P. 364. De mon prefenl... — Ce sonnet et les trois suivants, ainsi qu'un cinquième conservé par Ronsard (t. II, p. 23), ont été adressés à Catherine de Médicis, à son fils Charles IX et à son autre fils Henri d'Anjou, en novembre 1565, lors de leur passage à Plessis-lcs-Tours. Ronsard les a reçus alors dans son prieuré de Saint-Cosme-en-l'Isle, voisin du château royal, et non pas « en sa maison de la Poissonnière », comme le dit Blanchemain au t. V de son édition, p. 306. Le deuxième sonnet, qui mentionne la Loire, fleuve qui baignait le prieuré de Saint-Cosme, et le troisième sonnet, qui contient une allusion à ce prieuré obtenu par le poète au mois de mars précédent, ne laissent aucun doute à ce sujet. Cf. mon édition critique de la Vie de Ronsard, pp. 228 et suiv.
P. 365. Et toufesfois... — A la rime on lit halitent, de même qu'en 1567 et 1571. Corrigé d'après 1623.
P. 366. Le Sixiesme livre des Poèmes, — Ce recueil et le suivant, dont on ne connaît que l'exemplaire de la Bibliothèque nationale (voir note du t. V, p. i), furent publiés à Paris, chez Jean Dallier, en un seul volume in-4°, formant deux parties de 59 et 36 feuillets chiffrés. L'achevé d'imprimer du volume entier est du i"' août 1569. — Le Sixîefme liure est dédié « k Monfieur de Belot, Confeiller & Maiftre des Requeftes de l'hollel du Roy » (cf, tome V, p. 44), et le Septiefuie liure « à Monfieur Pierre du Lac, feigneur du Petit-Bourg » (cf. tome V, p. 95). — Sur leur contenu, dont la plus grande partie fut écrite au prieuré de Saint- Cosme, voir Ronsard poète lyrique, pp. 231 et suiv.
P. 366. Stances lyriques. — Cette pièce est intitulée dans l'édition princeps : Stances prontement faites pour ioiier fur la lyre. Vu ioneur repondant à l'autre, au hatefme du fil^ de Monfieur de Villeroy. En faveur de Monfieur de l'Aubépine à prefent. Il s'agit très probablement du baptême de Charles de Neufville, fils de Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, et de Madeleine de TAubespine, fille du secrétaire d'État Claude de l'Aubespine. Cf. Ronsard poète lyrique, p. 235.
P. 369. Le cœur de crainte... — Après ce quatrain, dans les éditions précédentes on en lit deux autres, dont voici le dernier texte (1573):
Tant d'herbes ne font amajfées Aux prés quand le Printemps fleuri fi, Que ces dames ont de penfêes, Dont ili trauaillent leur Ejprit.
L'vne penfe d'eftre cruelle, Et fan cœur de glaçons armer.
Et l'autre d'eftre touflours belle, Pour viure fou-{ le nom d'aymer.
P. 369, SoNi-T l'OVR Madame de la Chastre. — Ce sonnet — que Tabourot trouvait le moins coulant des sonnets de Ronsard, parce qu'il n'observe pas l'alternance des rimes après le deuxième quatrain (Bigarrures, livre IV, chap. 3) — figure dans les éditions collectives parmi les Soncts à diuerfes perjonnes. — Il ne s'agit pas d'un livre composé par Ronsard, comme on pourrait le croire tout d'abord et comme le dit Tabourot, mais d'un livre dont l'auteur nous est inconnu, et qui est très probablement resté en manuscrit.
P. 371. Le Septiesme livre des Poèmes. — Voir cidessus la note de la p. 366 sur le recueil précédent.
P. 371. L'abfence, ny l'oubly... — Cette pièce figure parmi les Poèmes dans les éditions collectives de 1571 à 1578. Il y avait environ treize ans que Ronsard avait cessé d'écrire des vers pour Cassandre Salviati quand il écrivit cette pénétrante élégie. On sait en outre par D'Aubigné (sonnet v du Printemps) qu'à l'époque où luimême chantait la toute jeune Diane de Talci, nièce de Cassandre (1569-70), Ronsard chantait encore la tante, qui avait alors environ quarante ans; et de fait quinze sonnets amoureux parus en 1569 furent rangés en 1578 dans le i""" livre des Amours, consacré à Cassandre, après avoir figuré au 2= livre des Amours, consacré à Marie.
P. 372. Et fi l'àgc... — Cf. la liu du sonnet L'an fe raicnnijfoit (VI, 332). L'idée est prise à Pétrarque, sonnet Erano i capei, fin. P. 372. Puis qu'autrement... — Ce sonnet et les quatre suivants furent rangés par Ronsard dans les éditions collectives de 1571 et 1572-73 au 2" livre des Amours, ainsi que seize autres publiés également pour la première fois en 1569. C'est qu'il revit vraisemblablement Marie du Pin (ou Dupin) en 1568 et 1569, ayant habité ces années-là son prieuré de Saint-Cosme-lès-Tours, et « nourriliant à Bourgueil des chiens de chaffe que le roy Charles luy auoit donnez, enfemble vn faulcon «S: vn tiercelet d'autour » (Cl. Binet),
8o NOTES. T. VI, p. 374-378.
Rappelons que lès pièces Sur la mort de Marie (I, 209-227) n'ont paru qu'en 1578.
P. 374. Epigramme... — C'est traduit de V Anthologie grecque, Êpigrammes descriptives, n° 130 (anonyme) : iia/./.àSo; e'^i ç-j-côv.
P. 374. Seul & penfif... — Ce début vient de Pétrarque, sonnet Solo e peiisoso... Le reste est aussi d'inspiration pétrarquesque.
P. 375. BoiuoH, le jour... — Sur cette odelette anacrcontique — qui figure à la fin des Mafcarades en 1571 et 1573 (dans cette dernière édition à la fin du tome VI par erreur), et en 1578 au livre V des Odes — et sur l'inspiration bachique dans Ronsard, voir Ronsard poète lyrique, p. 624.
1\ 376. Elégie a Amadis Iamyn. — Cette pièce figure au livre V des Elégies en 1571 et 1573. Dans le même recueil de 1569 parut le poème de la Salade, également adressé à Amadis Jamyn, qui habita Tours (peut-être même le prieuré de Saint-Cosme) à cette époque-là et servit alors de secrétaire à Ronsard. Voir t. V, p. 76 et les notes. — Au titre, on ne trouve la mention /o« page dans aucune édition du xvi"* siècle. Elle n'apparaît qu'à partir de 16 17 dans le Recueil des pièces retranchées.
P. 376. Quand le defdain... — C'est bien le texte de 1573 et aussi de 1571, de beaucoup préférable à celui de 1609-1623, Quand le dejlin, reproduit dans les éditions de Blanchemain et de Marty- Laveaux.
P. 377. Elégie a Monsievr Nicolas. — Ronsard a dédié à ce personnage plusieurs autres pièces (I, 192; II, 430; V, 264 et 302; VI, 61 et 381 et les notes).
Les premiers vers font allusion au poème de la Lyre, qui parut en 1569 en tête du Sixiefme liure des Pohnes, et était dédié à Jean Belot, conseiller au parlement de Bordeaux jusqu'en janvier 1569, puis maître des requêtes du roi, mort en 1570 (voir t. V, p. 44).
Cette pièce termine la section des Elégies en 1571 et 1573; mais elle n'avait plus sa raison d'être à cette place, car aucun des cinq livres ai Elégies n'est dédié à Belot, ni aucune élégie; et, comme elle n'avait plus de raison d'être nulle part, Ronsard la supprima en 1578.
P. 377. Sortant de table auant que leur coucher... — Les gens du peuple emploient encore le mot leur pour le pronom réfléchi se. Cf. t. I, p. 56 : leur repaijlre; V, 288 : leur ioindre.
P. 377. De tous cojlei chantant... — On lit chantans. Corrigé d'après l'édition précédente (1571).
P. 378. C'efl à grand tort... — Le chagrin profond que Soreau conçut de la mort de sa femme, Jeanne de Loynes, a été célébré
par d'autres poètes. Voir les Œuures de Jodelle, éd. de 1574, ft 180; éd. Marty-Laveaux, t. II, p. 284; les Œuures d'Amadis Jamyn, éd. de 1575 (livre v, Epitapbes); les Poëfies françoi/es de Passerai, éd. Blanchemain, t. I , p. 195 : Tu refciiihlcs, Sorcau, à ce bnrpeur de Thrace...
P' 378. Qu'Amour & Charité... — On lit en 1571 et en 1573 : L'Amour que Charilè ont... Les éditions posthumes ont corrigé : Amour & charité t'ont d'vn lien fi doux Attaché cette foy... Nous avons préféré une correction plus simple et plus claire.
P. 379. l'aime, Brulard... — Par ce sonnet Ronsard dédiait à Brulard en i$7i le Cinquième livre des Elégies, auquel le neuvième vers fait allusion. Dans les exemplaires réglés, il figure non seulement à la p. 385, mais encore à la p. 418. Dans les exemplaires non réglés, la p. 418 est remplie par un sonnet d'Amadis Jamyn : Te donner, mon Brulart, de belle poëfie, qui disparut de l'édition suivante et fut recueilli au 5* livre des Œuures de Jamyn en 1575.
P. 379. Villeroy, dont le nom... — En 1571, ce sonnet terminait une série de sonnets écrits pour le même personnage, en tête de la section des Mafcarades, qui lui était également dédiée : Vous efies grand; Les anciens foulaient ; Ce grand Hercule; Le bon Bacchus; Trois temps Seigneurs. En 1578 ils passèrent dans la section des Sonets à diuerfes perfonnes. Enfin en 1584 Ronsard supprima celui qui nous occupe et dissémina les autres dans deux sections, celle des Amours diuerfes, dédiée au même Villeroy, et celle des Soneis à diuerfes perfonnes (voir t. I, pp. 348 et 550; II, pp. 30 et 32, et la note). Sur les relations de Ronsard et de Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, cf. Ronsard poète lyrique, pp. 236 et 237.
P. 381. De s' en-aller fans combatre... — C'est bien le texte, de 1571 à 1578. Le Recueil des pièces retranchées donne à tort, dès 1609, pour combattre, erreur reproduite dans les éditions de Blanchemain (IV, 190) et de Marty-Laveaux (VI, 175).
P. 381. Si quelque Dieu... — C'est à tort que Blanchemain a fait adresser ce sonnet à Nicolas de Villeroy au t. VIII, p. 126, de son édition, trompé par la présence du nom de Villeroy au dernier vers. Ronsard s'adresse ici à un personnage ayant pour nom de famille Nicolas, et il s'agit de Simon Nicolas, auquel il a dédié encore, entre autres pièces, une ode (t. II, p. 430), un poème et une élégie (t. VI, pp. 61 et 376). C'était un simple secrétaire du roi, et non un secrétaire d'État comme l'était Villeroy.
P. 382. le ne crains plus la mer... Comme vn Cafior... — Le manuscrit de la Bibliothèque nationale (fr. n° 1663, ft 41 v°), d'où Blanchemain (VIII, 126) et Marty-Laveaux (VI, 417) ont extrait
ce sonnet, présente ces variantes curieuses : le ne crains plus la Court... Coinnie vng grand Dieu... Ce sont des gloses qui ont pris la place du vrai texte.
P. 383, Helas! ie n'ay... — Cette chanson faisait partie d'une section du Second Hure des Amours, qui avait pour titre : Seconde partie, fur la mort de Marie. Il s'agit de Marie du Pin (ou Dupin), la jeune fille de Bourgueil que Ronsard chanta de 1555 à i$6o, et probablement encore en 1568-69 (voir note du t. IV, p. 372). On trouvera les quinze autres lamentations sur ce sujet au t. I , pp. 209 et suiv. Sur la date probable et le genre de la mort de Marie, cf. Ronsard poêle lyrique, pp. 254 et suiv.
P. 383. Ma mort, à' ma vie... — Cette antithèse revient à satiété dans le i"^ livre des Amours. Voir encore au tome VI, p. 246 :
Celle qui dans Jes yeux tient ma mort & ma vie. Sources : Roman de la Rose, vers 2917 et suiv. : Ce est ma mort, ce est ma vie.
De mile riens n'ai pins envie, et Pétrarque, sonnet Piu volte, vers 7 :
Mio hen, mio maie, e mia vita e viia morte. Voir encore le sonnet Liete e pensose, vers 3,
P. 386. En fonge la nuiâ... — Cette strophe et les quatre suivantes sont imitées de Pétrarque, canzone Ouando il soave (après la mort de Laure).
P. 387. Chaujon, mais complainte... — Strophe imitée de Pétrarque, canzone Cbe debho io far, fin (après la mort de Laure).
P. 387. Plus que mes yeux... — Ce sonnet et le suivant faisaient partie des pièces que Ronsard écrivit pour Françoise d'Estrée, qu'il servit « trois mois entiers d'vn defir volontaire ». Cf. t. I, pp. 245 et suiv., et la note.
P. 387. D'ejlre larron... — A la rime on lit bien prenne. Les éditeurs posthumes ont imprimé preigne pour que la rime ne fût pas seulement pour l'oreille, mais aussi pour l'œil. On écrivait bien preigne, mais on prononçait prenne; on écrivait enseigne, mais on prononçait e7«cK;;c (cf. (2h. Turot, Prononciation française, II, 347). il n'y a donc pas là une simple assonance, mais une vraie rime, comme ailleurs entre insigne et hynne, cygne et hucine.
P. 388. En choififfant l'ejprit... — 11 s'adresse à Hélène de Surgères, demoiselle d'honneur de Catherine de Médicis, à laquelle il a consacré cent quinze pièces de 1568 à 1574. Voir t. I, pp. 259 et suiv. et les notes, notamment le sonnet Bien que l'ejprit humain, qui précédait celui-ci en 1578 et est de même inspiration antiplatonicienne (T, 28) et la note).
P. 389. Amour, te ne me plains... — Il s'agit vraisemblablement de Lucrèce de Bacqueville, demoiselle d'honneur de Catherine de Médicis et amie d'Hélène de Surgères, d'après Richelet (voir note du t. I, p. 325). L'instrument de ses plaisirs s'appelait couramment le gaudemichy (du latin gaiidc niihi).
P. 389. C'eft vn gros injlrnment... — Le Recueil des pièces retranchées présente dès 1609 cette variante de la fin du vers : par le bout étrecy, qui a été reproduite dans les éditions de Blanchemain (I , ^22) et de Marty-Laveaux (VI, 52).
P. 38g. Que Je feindre Portie... — C'est-à-dire Porcin ^ sœur de Caton d'Utique. Cf. t. III, p. 287; VI, 511. — Le Recueil des pièces retranchées présente cette variante : Que fe feindre Lucreffe (par erreur Zuceffe en 1609), reproduite dans les éditions de Blanchemain et de Marty-Laveaux.
P. 395. Bien cjl vraiment... — Ce sonnet, reproduit par E. Tricotai dans le Bulletin du Bouquiniste du 15 janvier 1872, par Blanchemain et Courbet dans leurs réimpressions des Amours de Magny (1870 et 1878), enfin par moi dans la Revue d'Histoire littéraire de la France, 1902, p. 441, et dans l'appendice du Tableau chronologique, est réuni ici aux Œuvres de Ronsard pour la première fois.
La « beauté » dont il s'agit dans ce sonnet liminaire est Castiaiiire, la maîtresse de Magny, dont le portrait était gravé en tête du recueil de ses Amours, comme celui de Cassandre avait paru gravé Tannée précédente en tête des Amours de Ronsard.
P. 396. Traductions. — Ces vers, reproduits par moi dans la Revue du Sei:^icme siècle de 1916, p. 128, sont réunis ici aux Œuvres de Ronsard pour la première fois. Dans la Dialectique de La Ramée, la signature de Ronsard se trouve imprimée en marge, soit à la suite du premier vers, soit à la suite du vers qui est au milieu d'une citation un peu longue, soit à la suite du dernier. D'autres vers sont signés Du Bellay, Belleau, Pasquier, de Brués, l^eleticr, etc. Les traductions dues à Ronsard ne sont pas des citations que La Ramée aurait puisées dans les recueils déjà parus (Odes de 1550 et 1552, Amours de 1552 et 1553, Folajîries de 1553, Bocage et Mejlangcs de 1554); il les a écrites spécialement à la demande du professeur humaniste, alors que celui-ci n'était pas encore en lutte avec Dorât, lequel ne fut nommé au Collège royal qu'en 1556 et ne prit parti pour Charpentier contre La Ramée qu'après cette date.
P. 401. Dcieâée ejl... — Il faut lire ces quatre vers de suite, sans tenir compte du texte en prose mêlé aux vers. Ronsard et La Ramée ont voulu rendre ainsi le passage où Cicéron a mêlé sa propre
84 NOTES. T. VI, p. 403-409.
prose à deux vers d'Ennius : « PelUlut e meàlo, non solum ista vestra verbosa simulatio prudentiae, sed etiam ipsa illa domina rerum, sapientia, vi geritur res, Spernîtur orator, non solum odiosus in dicendo ac loquax, verum etiam bonus, horridns miles amatur. » (Pro Murena, XIV, 30.)
P. 403. Xanthe, va contre-rnonL.. — Nous n'avons à la fin de ce vers qu'une assonance qui se rencontre ailleurs chez Ronsard; il fait rimer retourne (prononcé sans doute retorne) avec ejlonne et avec Aulonne (voir t. 1, p. 156, et t. VI, p. 284).
P. 404. Grcuin, en tous meflicrs... — Cette longue et flatteuse épître liminaire, que Ronsard n'a pas fait figurer dans ses éditions collectives à cause de sa rupture avec Grevin en 1563, ne fut recueillie que dans l'édition de Lyon (1592, tome V) et dans les éditions de 1609 et suivantes, parmi les Pièces retranchées. — Déjà en 1560 Ronsard avait écrit pour VOliinpe de Grevin un sonnet liminaire : A Pbebns, mon Grcuin, qu'il adressa ensuite à Patoillet (voir t. I, p. 184). Cf. Lucien Pinvert, Jacques Grevin, thèse de Nancy (Paris, Fontemoing, 1898), mon Ronsard poète lyrique, pp. 240 et suiv., et l'édition de la Vie de Ronsard, pp. 216 et suiv.
P. 408. Rome t'en a donné... — Allusion à la tragédie de César, que Grevin a imitée du Jnlius Ccesar de son maître M.-x\. Muret (cf. L. Pinvert, op. cit., pp. 137 et suiv.).
P. 408. Et toy, Grcuin... — Ronsard oublie ici Jean de la Peruse, auquel il avait- fait le même compliment en 1553 (^- V> P- 3^)-
P. 408. A qui vingt & deux ans... — Un portrait de J. Grevin, gravé au verso du titre de son Tljcatre dès la première édition, porte en haut la date 1561 et au bas le nom du poète avec cette mention : ax. .ït. xxiii.
F, 408. Du dart venant des yeux... — 11 s'agit de Nicole Estienne, que Grevin a chantée sous le nom à'Oliinpe.
P. 409. Quelle nouuelle fleur... — Bien que ce sonnet ait reparu non seulement au xvi'' siècle dans les rééditions des Soncts, Prières & Deuifcs, mais encore en 1605, parmi les liminaires d'un autre ouvrage d'Anne de Marquets, les Sonets Jpirituels fur les Dimanches 6" principales folennitei de l'Année, il n'a été réuni aux Œuvres de Ronsard qu'au xix'= siècle, dans les éditions de Blanchemain et de Marty-Laveaux. Sur Anne de Marquets, voir Léon Feugère, Femmes poètes au xvi^ siècle (Paris, Didier, 1860), pp. 64-67.
P. 409. Ainfi qu'on void... — Ce sonnet, reproduit par E. Tricotel dans le Bulletin du Bouquiniste du 15 janvier 1872, et depuis par moi dans l'appendice du Tableau chronologique, est réuni ici pour la première fois aux Œuvres de Ronsard.
NOTES. T. VI, P. 4 10-41 f. Sf
P. 410. Quand le Soleil,.. — Cette pièce, adressée à la reine mère Catherine de Médicis vers la fin d'août 1564, fut bien publiée du vivant de l'auteur, quoi qu'en aient dit l'éditeur de 1623 et d'après lui les éditeurs du xix" siècle. Je connais trois exemplaires de l'édition princeps ; l'un appartient à la bibliothèque de Munich, l'autre à celle de M. Frédéric Lachèvre, le troisième à notre Bibliothèque nationale. Dans ce dernier exemplaire, relié à la suite de pamphlets dirigés contre Ronsard, la fin manque; les feuillets manuscrits qui la remplacent ne reproduisent pas exactement l'original. Nous avons donc suivi l'exemplaire obligeamment prêté par M. Lachèvre, sauf pour les leçons signalées ci-après. — Cette pièce fut recueillie seulement dans l'édition de 1597, à la fin du tome VIII, après la table des matières, et dans les éditions suivantes parmi les Poèmes. C'est une imitation du poète italien Mattio Franzesi (cf. J. Vianey, Revue d'Histoire littéraire de la France, 1901, p. 569).
P. 411. Cent vains portraiâs... — On lit à la rime images comme au vers précédent. Corrigé d'après l'édition de 1623.
P. 411. Viiide, sans poix, fer t d'vne halle an vent. — On lit hajlc au vent. Corrigé d'après l'édition de 1623.
P. 411. Vn tel hrouillart... — Allusion au voyage entrepris en 1564 dans les provinces par Catherine de Médicis et ses deux fils, le roi Charles IX et le prince Henri (futur Henri III). — Notre poète adressa une autre épître à la reine mère pendant ce voyage (voir t. III, p. 297, et la note du vers Et le retour...); il n'avait suivi la Cour que jusqu'à Bar-le-Duc (voir la note du t. III , p. 468). Cf. mon Ronsard poète lyrique, p. 223.
P. 414. Et qu'à cela Brigidc... — Allusion au livre suédois des Reuelations, traduit en latin à la fin du xv^ siècle (édition de Lubeck), et en français en 1556 sous ce titre : Prophéties merueilleufes de madame Sainte-Brigitte iufqu'à prefent trouuêes véritables (Lyon, I. Moderne, in-i6 goth.).
P. 414. L'autre qui vient... — La peste était à Lyon, d'où elle chassa la Cour au commencement de juillet 1564. La Cour passa la fin de juillet et le mois d'août à Roussillon (château du cardinal de Tournon) et à Valence. Le 15 septembre elle était à Montélimar, le 25 à Avignon.
P. 415. Que nojlre Roy... — Charles IX épousa en effet quelques années plus tard, en 15 71, Elisabeth d'Autriche.
P. 415. D'vn E/pagnol... — Il ne s'agit pas, comme le pensait le commentateur Marcassus, du roi Philippe II (marié alors à Elisabeth de France), mais de son fils Don Carlos, que l'on parlait de marier à Marie Stuart.
Ronsard. - VIII. 8
86 NOTES. T. VI, p. 41^-421
P. 415. Et qu'vn Anglois... — Il s'agit de lord Dudley, comte de Leicester, favori de la reine Elisabeth d'Angleterre.
P. 415. Et qu'vn François... — Si Ronsard a voulu désigner un prince huguenot, comme le dit Marcassus, ce ne peut être que Louis de Bourbon-Condé, veuf d'Éléonore de Roye depuis le 23 juillet 1564; mais, au lieu d'une Allemande, il épousa Françoise d'Orléans en novembre 1565.
P. 415. Par les maijons... — On lit ils fevieut à monceaux, Et fait. Notre correction est imposée par le contexte, les verbes senie et fait ayant pour sujet Le bruit. C'est du reste la leçon de 1625.
P. 417. Av Roy. Chant I... — Cette ode, reproduite par E. Tricotel dans le Bulletin du Bouquiniste du 15 janvier 1572, par Marty-Laveaux dans la Langue de la Pléiade, t. II, p. 417, enfin par moi dans la Revue d'Histoire littéraire de la France, 1902, p. 446, et dans l'appendice du Tableau chronologique, est réunie ici aux Œuvres de Ronsard pour la première fois.
Elle fut récitée avant la représentation du Brave, joué le 28 janvier 1567 à l'hôtel de Guise devant Charles IX et Catherine de Médicis. Quatre autres odes furent récitées entre les actes de cette comédie, sans avoir plus de rapport avec elle, de Baïf A la Roinc, de Desportes A Monfieur, de Filleul A Monfieur le Duc, de Belleau A Madame. C'était, comme on l'a remarque, un simple artifice, remplaçant la manœuvre du rideau (cf. J. Madeleine, Revue de la Renaissance de 1903, p. 46).
P. 417. Cowe vn lis... — La comparaison des deux premières strophes vient de Naugerius (Navagero). Ronsard semble l'avoir affectionnée; voir t. II, p. 264 : Comme trois beaux lii, et la note; III, 228 : Lequel croijl; 359 : Puijfcnt fes ans.
P. 418. Soit que l'homme... — L'exemplaire que nous avons consulté à la Bibliothèque nationale est un de ceux qui sont millésimés 1568 (cf. Brunet, Manuel du libraire). Mais la lettre-dédicace est datée du château royal de Molins (Moulins) en Bourbonnais, i^'' mai 1567, et l'achevé d'imprimer est du 1" septembre 1567. — La pièce a été recueillie seulement au xix* siècle dans les éditions de Blanchemain et de Marty-Laveaux, qui n'ont connu que la réimpression d'Anvers, G. Sylvius, 1576. Mais la fin, relative à Charles IX, prouvait péremptoirement que les vers de Ronsard avaient été écrits pour l'édition princeps.
P. 421. Tu l'as trounée... — On lit à la rime/oWrt/;;;. Nous avons cru devoir adopter la graphie foldars, couramment employée au XVI* siècle, afin d'éviter la simple assonance, comme l'avait sans doute fait Ronsard sur son manuscrit (cf. t. VI, p. 413. vers 6).
P. 422. Non ce n'ejl pas... — Ce sonnet n'a été réuni aux Œuvres de Ronsard qu'au xix" siècle, dans les éditions de Blanchemain et de Marty-Laveaux.
P. 423. le fuis raid... — Sonnet recueilli dans les éditions posthumes, dès 1587, au tome I, Sonnets à diuerfes perfonnes (voir notre tome VI, p. 12, N. B.). — Sur les relations de Ronsard et de Garnier, cf. Henri Chardon, Robeii Garnier, sa vie, ses poésies inédites (Paris, Champion, 1905). Mais Chardon s'est trompé en disant (p. 91) que le sonnet de Ronsard ne fut composé que pour la première édition collective du théâtre de Garnier (1580). — Garnier a composé pour Ronsard un sonnet qui parut en 1567 eu tête du Second Hure des Amours, et une Elégie fur le trejpas de P. de Ronfard, publiée dans son Tombeau (édition de 1587).
P. 423. Epitaphe... — Cette plaque, trouvée à Gisors en 1854, a été acquise au prix de 150 francs (communication de M. Darcel, ancien directeur du Musée, à Marty-Laveaux). Epitaphe signalée et reproduite par Blancliemain, Œuvres inédites de Ronsard, Paris, Aubry, 1855, puis recueillie dans les éditions de Blanchemain et de Marty-Laveaux.
P. 424. Bref et sommaire recveil... — Cet opuscule a été publié par les soins de l'échevin parisien Simon Bouquet. Il comprend trois parties inséparables, quoiqu'elles aient chacune une pagination propre. C'est à tort que Marty-Laveaux, dans la Notice sur Ronsard de son édition (p. cxxiii), a décrit comme distinct un opuscule de 15 71 relatant le sacre et l'entrée de la reine Elisabeth. En réalité ce n'est que la seconde et la troisième partie du recueil de Simon Bouquet, et Ronsard n'a collaboré qu'à la première; il est l'auteur des pièces signées R., et Bouquet est l'auteur des pièces signées B. dans les trois parties, comme en témoigne une note latine qui clôt l'ouvrage. Cf. Revue d'Histoire littéraire de la France, 1898, p. 266.
On connaît le détail des sommes reçues par Ronsard et Dorât pour leur participation aux fêtes de l'Entrée du roi Charles IX à Paris : « A maiftre Pierre de Ronllard, aulmofnier du Roy, la Ibmme de 270 Hures tournois, à luy ordonnée par Meilleurs de la ville fur les inuentions, deuifes & infcriptions qu'il a faicles pour les entrées du Roy & de la Roync... A maiftre lehan de Dorât, poëte du Roy, la fomme de 29 liures tournois, à luy ordonnée pour auoir faicl tous les carmes grecs <S: latins mis tant es portiques, théâtres, arcs triomphants, que colofles qui ont efté dreffés, & auoir faid partie des inuentions, niefmes l'ordonnance de fix figures de fucre qui furent prefentées à la collation de la Royne. » (Cimber et
Danjou, Archives curieuses de l'histoire de France, V^ série, t. VIII, 1856, p. 569.)
P. 428. Heureux le fiecle... — Avant ce sonnet, les éditeurs Blanchemain (IV, 204) et Marty-Laveaux (VI, 390), se fiant à Ja relation de Simon Bouquet, en ont inséré un autre qui commence par : Catherine a régi la naiiire de France, en l'attribuant à Ronsard. Or il est d'Amadis Jamyn, qui l'a recueilli dans ses Œunres poétiques en 1575 (livre I, n° 78) et a eu soin de faire remarquer qu'il avait été mis par erreur « sous autre nom « à l'entrée de Charles IX.
P. 429. Quand la naiiire... — On lit le nauire. Bien que le genre de ce mot soit alors si douteux qu'on le trouve du féminin et du masculin dans une même ligne de la prose qui précède, nous avons cru devoir corriger comme l'ont fait Blanchemain et Marty-Lavcaux ; non seulement parce que Ronsard a l'habitude de dire la navire, notamment au huitième vers de ce sonnet, mais surtout à cause du participe enclose, qui termine le troisième vers.
P. 450. Voicy ce bon Lutcur... — Ce madrigal fut recueilli dans les éditions posthumes, dès 15S7, au tome I, Sonnets à diuerjes perfonnes (voir notre t. VI, p. 12, N. B.).
P. 430. le fuis des Dieux... — Cette ode de Ronsard fut composée à l'occasion du grand gala offert aux Tuileries en août 1573 par Catherine de Médicis en l'honneur des députés polonais venus à Paris pour annoncer officiellement à Henri d'Anjou son élection au trône de Pologne. Elle n'a été recueillie dans aucune édition de Ronsard, ni de son vivant ni après sa mort. La Bibliothèque de l'Arsenal la possède, il est vrai, à la fin d'un exemplaire des EJloilles, opuscule de Ronsard qui parut en 1575; mais on l'a simplement détachée du volume de Dorât pour la relier là; ce n'est pas une réimpression : témoin l'exemplaire des EJloilles qui est à la Bibliothèque nationale à l'état complet, mais sans l'ode de la Nymphe de France. Je l'ai rééditée, avec commentaire historique, dans la Revue de la Renaissance de juin 1903, et dans les Annales Fléchoises d'août 1903. Cf. mon Tableau chronologique (2° édit., 1911), et Ronsard poète lyrique, pp. 242 à 245, 75$ à 758. — Elle est réunie ici aux Œuvres de Ronsard pour la première fois.
P. 434. // vie Jouuient... — Recueilli dans les éditions posthumes dès 1587, au tome I, Sonnets à diuerjes perfonnes (voir notre tome VI, p. 12, N. B,). Dans les premiers vers Ronsard fait allusion à son sonnet liminaire de la tragédie de Porcie (t. VI, p. 423). — Au verso du sonnet de Ronsard, on lit un autre sonnet, de Nicolas de Ronsard, sieur de Koches. Sur ce personnage, ami
de Robert Garnier, voir Louis Froger, Nouvelles Recherches sur la famille de Ronsard, dans la Revue historique et archéologique du Maine, tome XV, 1884, i'='' semestre, pp. 212-214.
P. 434. Le vieil cothurne... — Recueilli dans les éditions de 1609 et suivantes parmi les Pièces retranchées. Qj-iand Ronsard écrivit ce sonnet, Jodelle était mort depuis près d'un an. Il put ainsi facilement accorder la palme de la tragédie à Garnier.
P. 435. Homère, il fuffifoit... — Ode recueillie dans les éditions de 1609 et suivantes, parmi les Pièces retranchées. La traduction de Jamyn, dédiée à Charles IX, fut plus d'une fois réimprimée a la iin du xvi° siècle, chaque fois avec l'ode de Ronsard. Breyer en donna une troisième édition en 1580, et il est probable que l'édition de L'Angelier (1584), seule connue de Blanchemain, était la quatrième. Cf. Bibliothèque françoise de l'abbé Goujet, tome IV, et mon Ronsard poète lyrique, pp. 246-248.
P. 435. Et tu as ton aine pajfée... — Amadis Jamyn avait fait à Ronsard un compliment analogue en 1572 dans un sonnet liminaire de la Franciade :
Oui vi'ofera nier la vieille opinion De naijlre en nouueaux corps, fi docle il confidcre Reuiiire en cejl authenr Virgile auecq' Ploniere, Qui femblahles ne font qu'vne entière vnion?
Ronsard lui rendait en 1574 sa politesse. Voir ce qu'il disait dès 1548 à Du Bellay, en qui semblait s'être incarnée l'âme de Pétrarque (t. VI, p. 119).
P. 436. La terre qui... — On lit bien qui, et encore en 1609 et 1617. La correction de 1623, que, reproduite dans les éditions de Blanchemain et de Marty-Laveaux, ne nous a pas paru s'imposer.
P. 436. Le part au giron... — C'est le vrai texte (du latin partus, enfant qui vient de naître), et non pas la part, erreur commise en 1609 ^^ dans les éditions postérieures. — Même remarque pour parturit (du latin parturire, enfanter), qu'on lit dans la strophe suivante, et non pas partiroit (erreur de 1609 et 1617) ni parturoit (erreur de 1623, reproduite dans les éditions de Blanchemain et de Marty-Laveaux).
P. 437. Et n'as fouffert qu'vn Argien... — C'est-à-dire : Tu n'as pas chanté les guerres civiles.
P. 437. Où las! ie ne fçaurois... — C'est-à-dire : Au lieu que moi, au contraire, hélas! je ne saurais... Oii marque ainsi fréquemment une opposition (cf. notes du t. V, pp. 6 et 425). C'est ici le vrai texte, et non pas Çà, erreur commise en 1609 et reproduite dans les éditions postérieures.
90 NOTES. T. VI, p. 437-441.
P, 437. El uoflre bonne antique Loy... — Ronsard entend par là le gouvernement monarchique et la religion catholique.
P. 438. Princejfe que le ciel... — Reproduit en 1868 par A. de Rochambeau, La Famille de Ronsart (Paris, Franck, petit in-8°, p. 186), et réuni aux Œuvres de Ronsard pour la première fois en 1895 par Marty-Laveaux, grâce au bibliophile d'Orléans, Louis Jarry. Par ce sonnet le poète priait la princesse Marguerite de Valois de le recommander à son frère Henri III (au-devant duquel la Cour était allée jusqu'à Lyon), en lui présentant le Discours qui commence par Si l'honneur de porter (voir t. III, p. 197, et note). — Au vers 3, on lit bien confiance, et non pas confiance que donne l'édition Marty-Laveaux.
P. 438. Tout cela que peult faire... — Reproduit par L. Froger dans les notes de Ronsard ecclésiastique (Mamers, 1882, p. 48), d'après l'édition de 15S5, et réuni aux Œuvres de Ronsard pour la première fois en 1895 par Marty-Laveaux, qui note : « D'après Malgaigne, la Bibliothèque de Sainte-Geneviève possède le seul exemplaire connu de cette édition originale. Dans les suivantes on trouve après ce sonnet un Quatrain du viefnic autheur, qui n'est autre que celui que nous avons reproduit en tète de la Franciade (t. III, p. 2), sous ce titre : L'autheur parle. »
P. 439. Ainji qu'an mois d'Anril... — Reproduit par Eusèbc Castaigne à la page 23, note, de sa réimpression du Discours nonveau sur la mode, poème de 1613 (Angoulême, 1850, in-S"), et réuni aux Œuvres de Ronsard au xix° siècle dans les éditions de Blanchemain et de Marty-Laveaux, d'après l'édition de G. de la Noue, qui est de 1584, comme la deuxième de G. Chaudière, et qu'on trouve également à la Bibl. nat. sous la cote S*» Z 10.095.
P. 440. L'Epire feulement... — Réuni aux Œuvres de Ronsard seulement au xix® siècle, dans l'édition Blanchemain, mais d'après un texte très suspect, celui de l'édition JuUiot (1621), qui remonte à la deuxième édition (1597), postérieure de douze ans à la mort de Ronsard. Le seul texte authentique est celui de l'édition princeps, que Marty-Laveaux a retrouvé et que nous reproduisons.
P. 440. Si doclement... — Reproduit par Hugo Schlensog dans sa dissertation inaugurale sur Lucelle, p. 6 (Fribourg-en-Brisgau, Wagners, 1906), et par P. Laumonier, Revue du Seizième siècle, 1916, p. 123. Réuni aux QEuvres de Ronsard ici pour la première fois.
P. 441. Heureux tu ioitïs... — Ce quatrain, qui ne figure pas dans l'édition princeps des Œuures poétiques de Jamyn (157$), n'a été réuni aux Œuvres de Ronsard qu'au xix'' siècle, dans les éditions de Blanchemain et de Marty-Laveaux.
P. 441. Ne iaillei... — Ce quatrain a été réuni aux Œuvres de Ronsard dans les éditions posthumes dès 1587, parmi les Epitapbes. (Voir notre tome VI, p. 45, N. B.)
P. 441, Virgile, pour effay... — Ce quatrain n'a été réuni aux Œuvres de Ronsard qu'au xrx° siècle, dans les éditions de Blanchemain et de Marty-Laveaux; mais ils ont conservé la fausse date de l'édition originale : son titre porte le millésime m. d. lxviii, alors que le privilège est du 20 février 1578. Le privilège des Troi- Jîefiiies Œunres de Boyssières étant également du 20 février 1578, l'erreur d'impression se trouve au titre, et nous l'avons corrigée.
P. 442. Loyer... — Quatrain recueilli dans les éditions de 1609 et suivantes, parmi les Ficccs retranchées . C'est à son sujet que Colletet a écrit dans la Vie de P. Le Loyer : « Le grand Ronlard fc rencontrant vn jour dans la ville d'Angers, dans la boutique d'vn libraire, auec René Bellet la Chapelle, fon auocat & Ton amy, homme fçauant & célèbre & qui auoit vue fort belle bibliothèque à Angers, après auoir ouy parler en ce lieu de la comédie nouuelle de Le Loyer intitulée la Nuée des Cocus qui cftoit prefte de paroillre en public, il compoHi lur le champ quatre vers qu'il enuoya dés l'heure mefme à l'autheur de la pièce & qui font inferez au frontifpice de fon liure. » Cité par A. de Rochambeau dans la Famille de Ronsart, in-S", p. 235.
P. 442. Ton œuure ejl tel... — Ce quatrain, reproduit par E. Tricotel dans le Bulletin du Bouquiniste du 12 janvier 1872 et par moi dans le TaUeau chronologique, est réuni ici aux Œuvres de Ronsard pour la première fois. C'est sans doute à son sujet que Colletet a écrit : « Ronfard compofa en faueur de Michel Le Comte vue épigramme dont l'équiuoque me perfuaderoit volontiers qu'il la fit plutoll pour fe moquer de lui que pour le louer. » Cité par A. de Rochambeau dans sa Famille de Ronsart, in-8°, p. 225.
P. 442. Celuylà... — Quatrain recueilli seulement au xix*" siècle dans les éditions de Blanchemain et de Marty-Laveaux.
P. 442. Quel /on majle... — Sonnet recueilli dans les éditions de 1609 et suivantes parmi les Pièces retranchées. — Remarquer l'accent sincère de l'admiration de Ronsard pour la muse tragique de R. Garnier, déjà célébrée trois fois par lui (t. VI, pp. 423, 434 a et b). Cf. E. Faguet, La tragédie française au xxi" siècle (thèse de Paris, 1883), chap. v et suiv.
P. 443. Celny, qui furpajfa... — Épitaphe reproduite par A. de Rochambeau dans le Bulletin du Bouquiniste du 15 septembre 1869 et par P. Laumonier dans la Revue du Seizième siècle, 1916, p. 140; réunie aux Œuvres de Ronsard ici pour la première fois.
92 NOTES. T. VI, p. 444-449.
L'ouvrage latin de N. Boucher, d'où J, Tigeou a tiré la Conionction des Lettres... est de 1577. On n'y trouve pas les vers de Ronsard, ni même la pièce latine d'Oct. Mage qui lui a servi de modèle. Notre poète avait d'ailleurs écrit dès 1565 et recueilli dans ses Œuvres la Profopopèe de Monfeigneur François de Lorraine, qui figure aussi dans l'ouvrage français de J. Tigeou, et qu'on trouvera dans la présente édition, tome V, p. 263.
P. 444. Les Figvres et Portraicts... — C'est à dessein que nous avons rangé ces quatrains à la date de l'achèvement de la gravure (1580), et non à la date de leur publication (1595). Ils n'ont été reproduits qu'au xix"^ siècle dans les éditions de Blanchemain et de Marty-La veaux. — Nous avons volontairement omis, comme sur les gravures, l'apostrophe après les articles élidés. En revanche, nous avons corrigé deux vers faux : le deuxième du quatrain 4, où on lit dixiiciif, et le deuxième du quatrain 6, où on lit lufqiics en.
P. 446. Comme Vejper... — Ce sonnet n'a été réuni aux Œuvres de Ronsard qu'au xrx° siècle, dans les éditions de Blanchemain et de Marty-Laveaux. Il n'existe pas parmi les liminaires de la première édition des Œiinres poétiques de Flaminio de Biragtie (1581), dont un exemplaire est à la Bibliothèque de l'Arsenal. Une deuxième édition, de 1583, est signalée par Brunet (Supplément au Manuel, I, 134), mais nous n'avons pu la consulter. Nous avons donc adopté le texte de nos devanciers, celui de la troisième édition. On lit aux feuillets 136-157 de ce recueil un sonnet et une ode adressés par F. de Birague à Ronsard.
P. 449. Des beaute:(... — Ce sonnet est daté de septembre 1577 par P. de l'Estoile, qui raconte l'assassinat de la Villequier par son mari au château de Poitiers, où la Cour logeait alors (Mémoires, éd. Brunet, t. I , p. 206). Mais il ne l'attribue pas à Ronsard; il se contente d'écrire : « Sur ceste mort tragique... furent faits et divulgués plusieurs et diverses sortes de tombeaux et épitaphes : entre lesquels j'ai recueilli les suivants, qui sont tumbés en mes mains » ; et il en cite douze. — Ce sonnet est en vers « rapportés », forme affectée que les poètes de la Pléiade ont très peu cultivée, en particulier Ronsard, dont les Œuvres n'en offrent que deux exemples : le sonnet de 1552 Le Dejlin veut (t. I, p. 10) et le quatrain contre Zamariel (t. V, p. 397). — H n'a été attribué à Ronsard que dans l'édition subreptice du Liuret de Folaftries de 1384, due probablement à ses ennemis huguenots, et de toutes les pièces que contient cette réédition, c'est la seule qu'on ne retrouve pas dans les publications de Ronsard. — Enfin les anciens éditeurs posthumes de
Ronsard n'ont pas cru devoir le recueillir parmi ses Œuvres, même parmi les Pièces retranchées. Pour l'y trouver, il faut arriver à l'édition Blanchemain (V, 363), que sur ce point Marty-Laveaux s'est contenté de suivre (VI, 400). — Autant de raisons pour douter de sou authenticité. — Au vers 9, on lit laiâ. Corrigé d'après le texte de P. de l'Estoile.
P. 449. T/i te viocqnes... — Cette ode et la suivante reparurent toujours ensemble, et avec la signature de Ronsard, dans les diverses éditions des Mu/es gaillardes (1609-1613) et du Cabinet falyriqne (1618-1667). En outre, dans le volume 448 des Cinq- Cents Colbert (Bibl. nat., Mss.), aux fts 520 et 521, la première a pour titre : Ode de Ronfard à Bure, et la seconde : Le mefvie à cejic garce « defpité de ce qu'vn iour l'eftant allé voir elle s'eftoit mocquée d'vne calotte qu'il portoit ». Cf. Frédéric Lachèvre, Recueils collectifs de poésies libres et satiriques publiées de j6oo à 1626 (Paris, Champion, 1914), pp. 335 et 337. — On serait donc fondé à croire ces deux pièces authentiques, bien qu'elles n'aient pas été recueillies dans les anciennes éditions posthumes de Ronsard ni dans celles du XIX* siècle.
P. 454. Cejîe Françoife Greque... — Ce sonnet a paru pour la première fois en 1600, ce qui ne laisse pas de surprendre, car les Dernières aviours, où Cléonice (Heliette de Vivonne de la Cliastaigneraie) fut chantée par Desportes, remontent à l'édition de 1583 (Paris, Robert le Mangnier) et figurent dans celles de 1585 (Paris, Mamert Pâtisson), de 1587 (Paris, R. le Mangnier) et de 1594 (Rouen, Petit Val). Si Ronsard est vraiment l'auteur de ce sonnet et l'a offert à Desportes pour servir d'épilogue aux Dernières amours, comment Desportes a-t-il attendu si longtemps pour le publier (quinze ans après la mort de Ronsard)? Et pourquoi les éditeurs des Œuvres de Ronsard de 1609 à 1630 ne l'ont-ils pas recueilli, même parmi les Pièces retranchées (surtout Jean Galland, qui fut très lié avec Desportes)? On peut donc douter de son authenticité.
Malherbe, auquel appartint l'un des deux exemplaires de la Bibliothèque nationale (Rés. Ye 2067), l'a corrigé comme s'il était de Desportes. Il a biffé d'un trait oblique le premier hémistiche du quatrième vers, et de deux traits obliques les deux quatrains et le premier tercet, et il a noté en marge : « Ce sonnet n'a rien de bon, sauf les trois derniers vers. » Encore a-t-il écrit devant le treizième vers : « Dy la faute n'est à moy, et non de moy. On dit c'est la faute d'un tel, et la faute en est à un tel : c'est ma faute et la faute en est à moy », renvoyant le lecteur à la p. 120, sonnet 9 : Si par vojire beauté, où Desportes a commis la même faute.
94 NOTES. T. VI, p. 45'4-45'5',
p. 454. OnelLuth... — Ce sonnet, signalé dans la Bibliographie forèiieiine par le chanoine Reure, l'historien d'Honoré d'Urfé, et réimprimé par H, Vaganay dans la Revue d'Histoire littéraire, 1916, p. 562, est réuni ici pour la première fois aux Œuvres de Ronsard.
Il resta manuscrit jusqu'en 1608, date de la publication des Hymnes de Meffïre Anne d'Vrfé. On le retrouve en tête des Œuvres' morales et spirituelles de Monsieur le Marquis d'Urfé (Bibl. nat., Ms. fr. 12.487). Ce dernier recueil contient un sonnet de l'auteur « au sieur de Ronsard », qui, d'après M. Reure, daterait de 1574, époque où Anne d'Urfé (l'aîné des fils de Jacques d'Urfé) quitta la Cour pour succéder comme bailli de Forez â son père, mort au mois d'octobre de cette année-là (cf. le P. Anselme, Hist. Géuéalog., t. VIII, p. 500). Mais, comme il n'avait alors que dix-neuf ans et que vraisemblablement il n'avait pas encore composé son livre d'Hymnes, on peut penser que le sonnet de Ronsard est assez postérieur à cette date. Quoi qu'il en soit, rien ne nous autorise à mettre en doute son authenticité. Toutefois nous devons faire remarquer que le texte imprimé diffère sensiblement du texte manuscrit de la Bibliothèque nationale, que celui-ci présente des corrections (ratures et surcharges) d'une main différente et d'une encre plus noire, et que ces corrections ont passé dans l'imprimé. Voici le texte primitif :
SONNF.T DE FEV PlERRE DE RONSARD SVR LES VERS d'VrFÉ.
Quel lue ejl cejîuy cy qui charme les oreilles Comme celluy d'Orphé d'vn Jon armonieux? Quel nouueau roiijfignol oy ie mélodieux. Oui rauit les ejpris & les cueurs de merueillcs ? Le miel hymetien des celejles abeilles Ne me femble fi doux nef dellicieux Onefes carmes icy qui pénètrent les deux, Nous chantant icy bas des chofes nompareillcs. Le trouppeau tant chery des piérides feurs.
Nous voullant affouuir de touttes leurs douceurs, Les ont dedans f es vers heureufement infufes. Pourfuis doncqucs, Vrfè, car ou ie me dcffoy Ou France ne voira de long temps aprc^ toy Neul qui iongnef bien les armes à" les mufcs. P. 455. Sainâe Société... — Ce sonnet, publié pour la première fois en 161 1 (vingt-six ans après la mort de Ronsard), a été reproduit, mais sans nom d'auteur, à la fin de VAduertiffement de l'abbé Du Bois aux pères lefuiies (s. 1., 1623), puis à la fin de plusieurs
éditions de la Satyre Menippcc postérieures à 1612 (notamment celle de 1632, s. 1.) sous ce titre : Pierre Ronfani aux Icfiiites. Il n'a été réuni à ses Œuvres qu'au xix^ siècle, dans les éditions de Blanchemain (V, 363) et de Marty-Laveaux (VI, 409). Mais celui-ci doute fort de son authenticité, et nous partageons ce sentiment, vu que rien, ni dans la vie ni dans l'œuvre de Ronsard, ne témoigne de son hostilité à l'égard des Jésuites, pas même aux environs de 1565, époque où son ami Etienne Pasquier plaida véhémentement contre eux.
Dans les éditions de la Safyre Meuippèc, au vers 8, on lit poijfon au lieu de veron, et tirc:^ au lieu de premi; au vers 10, on y lit Et Dieu, & lefiis Chrift, vous prient. — Au dernier vers, on lit en 161 1 L'Eglife, les fidiians, faute d'impression que nous avons corrigée d'après les vers 2 et 9 et les éditions de la Satyre Menippcc.
r. 456-457. Sonnets. — Ces trois sonnets ont été insérés dans l'édition de 1617 à la suite des huit sonnets « pour Helcne de Surgeres » publiés dès 1609 (voir tome VI, p. 57). Mais ils furent supprimés des deux éditions suivantes (1623 et 1629-50), soit qu'on en ait suspecté l'authenticité, soit plutôt qu'on les ait jugés, comme déjà en 1609, indignes d'être recueillis. Blanchemain et Marty-Laveaux les ont réimprimés sans défiance, et je crois pour ma part qu'il y a de bonnes raisons de les croire authentiques, malgré leurs défectuosités d'expression.
P. 456. Sçauanic en l'art d'armer... — Blanchemain et Marty-Laveaux ont imprimé en l'art d'aimer. Cette correction n'est nullement nécessaire. La suite indique assez qu'il faut conserver armer. D'autre part, rien n'autorisait Blanchemain à corriger au dernier vers Germanie en Italie.
P. 456. Si vue belle & icunc... — Je pense que la rime Iliriennc est une erreur de 1617 pour Iherienue (c'est-cà-dire Espagnole), qui devait correspondre au mot ]:/pao:;e du vers final, comme Germain du vers 7 correspond à Germanie. Cf. le sonnet l'ay reccn vos Cypre:;^, dont les quatre derniers vers présentent la même antithèse ethnographique (tome VI, p. 58). Hélène de Surgères était Espagnole par son père, et Ronsard se qualifie là « Tudefque », ici « Germain de nation », par allusion aux prétendues origines basdanubiennes de ses ancêtres paternels. Voir encore les deux premiers vers du sonnet pour Hélène De toy ma belle Grecque (1 , 269). P. 457. Ils ont vienly, d' Aurai... — Ce sonnet et le sizain suivant, qui en est inséparable, ont été réimprimés comme authentiques dans trois éditions postérieures à 1617 (1623, 1867, 1895). Parmi les raisons de les attribuer à Ronsard, en voici une qui paraît
96 NOTES. T. Vi, P. 4f7-45'8.
décisive. On lit dans un fragment de la notice écrite par G. Colletât sur Guillaume de Salluste, seigneur du Bartas, fragment inséré par A. de Rochambeau dans son ouvrage sur la Famille de Ronsart (Paris, Franck, 1868, p. 198) : « Je sçay bien qu'il y en a [les huguenots] qui se sont persuadez que du Bartas avoit plus fait en une semaine que Ronsard en toute sa vie, et qui attribuent encore ce bon mot au même Ronsard [cf. notre t. VI, p. 488]. Mais je sçay bien aussi que Ronsard, de son vivant, démentit ceux qui foisoient courir ce bruit si contraire à sa réputation, aussy bien qu'à sa créance : et pour ce que le sonnet qu'il composa sur ce sujet est tombé entre mes mains, écrit de la main propre de Ronsard, et que je ne croy pas qu'il se trouve ailleurs, si ce n'est peut-estre dans la dernière édition de ses œuvres, je ne feray point de difficulté de le rapporter ici pour le contentement des curieux [suit le sonnet avec de légères variantes de graphie et celle-ci au 7° vers : Les plus cruels tourments au lieu de Mille & mille tourments']. Et en suite de ce sonnet, il escrivit ces six vers qui sont sans doute comme un jugement tacite qu'il fit des œuvres de du Bartas, son illustre rival [suit le sizain]. Et en effet le style de du Bartas passe parmy les intelligences pour un style enflé et boufî^y, mesme raboteux, dur, et qui fait autant de bruit que ce chariot de fer de la fable, lors qu'il passoit sur un pont d'airain... »
D'après une note de Colletet le fils, imprimée à la suite de ces lignes, Ronsard, à la première lecture du début de la Semaine de Du Bartas, aurait manifesté publiquement son admiration en ces termes : « O que n'ai-je fait ce poëme, il est temps que Ronsard descende du Parnasse et cède la place à du Bartas, que le ciel a fait naistre un si grand poëte. » Mais il se peut, comme le fait remarquer la note, « que Ronsard ait été alors de ce sentiment, et que la suite du temps luy ait fait chanter cette palinodie [le sonnet] lorsqu'il vit la gloire de du Bartas prendre un si grand essort parmy les sçavans de son siècle ».
P. 458, le 11'ayme point... — Ces vers, qui résument la théorie classique du juste milieu en poésie et qu'on croirait sortis de la plume de Boileau, correspondent tout à fait à ce que nous savons par ailleurs des idées littéraires que Ronsard a professées après sa trentième année Dès 1556 il les exprimait dans une épître A Chriflophle de Choijeul (tome V, p. 184, note), et on les retrouve à la fin de sa carrière, soit dans la troisième préface de la Franciade, soit dans des confidences à des amis, que son biographe Binet nous a rapportées. Cf. Ronsard poète lyrique, pp. 283 et suivantes, et mon édition de la Vie de Ronsard, pp. 39, 197-199 et 204.
1'. 458. A ce malheur... — Cette chanson a été réimprimée comme authentique dans trois éditions postérieures à 1617 (1625, 1867, 1893). Pourtant son authenticité est très douteuse : d'abord elle n'a jamais paru dans aucune édition contemporaine de Ronsard, fragmentaire ou collective, et l'on ne voit pas pourquoi il se serait abstenu de la' publier, tandis que les raisons qu'il eut de ne pas publier les précédentes sont assez claires; ensuite elle est d'un rythme tout à fait étranger aux habitudes de Ronsard et de la Pléiade. Cf. Ronsard poète lyrique, pp. 278 et 673, note 4.
P. 461. l'ojle Greuin... — Cette pièce se lit en 16 17 et en 1623 au beau milieu de la section des « odes retranchées ». Ce n'était pas sa place, et Blanchemain l'a en outre datée fuissement 1572. Ronsard l'a composée en 1567, lorsqu'il prépara la deuxième édition collective de ses Œuvres, et s'est bien gardé de la publier parce qu'il se serait ainsi contredit. Aussi G. Colletet a-t-il eu tort de faire à propos d'elle cette vaine critique dans sa notice sur Grevin : « Cela s'appelle cacher et découvrir un homme en mesme temps, puisqu'il n'oste le nom de Grevin de ses œuvres que pour l'y mettre plus avant. » Au reste, si Ronsard ne pardonna pas à Jacques Grevin ses violentes diatribes de 1563, il n'en fut pas de même pour Florent Chrestien, avec lequel il s'est réconcilié avant 1578. Cf. Ronsard poêle lyrique, pp. 240-241.
P. 462. — Ce fragment d'une traduction du Plulus est fort suspect, bien qu'il ait reparu dans trois éditions postérieures à 161 7 (1623, 1867, 1893). Il est suivi dès 1617 de ce dizain anonyme (signé Cl. Garnier en 1623) :
A vingt ans le grand Vandouiois,
Sortant de la viaifon des Roys,
Mit cette Couimedie entière
Dejfiir le Théâtre en lumière.
Au bout de foixante & doufe ans,
Connue vne relique du Temps,
Ce Fragment que fa dent nous laijje,
EJl mis au iour deuant les yeux
Sur le Théâtre de la Prejfe,
A fin qu'il y reluifc mieux.
Or ces vers, ainsi que la note en prose qui précède le fragment, n'ont d'autre fondement qu'un texte de Binet très obscur et sujet à caution, qui porte à croire (au moins dans la première rédaction) que c'est Dorât qui « tourna en François » le Plutus d'Aristophane. Dorât, qui avait déjà « traduit en François » en faveur de Ronsard le Prométbée d'Eschyle, au lieu de le traduire en latin comme il le
Ronsard. — VIII. Q
98 NOTES. T. VI, p. 462-479.
faisait d'ordinaire pour les auteurs grecs. Il n'existe aucun autre texte, à ma connaissance, qui attribue à Ronsard la paternité de cette traduction ; pas même la moindre allusion dans ses propres œuvres, où pourtant l'occasion ne lui avait pas manqué, et ce fait est d'autant plus significatif qu'il était très jaloux de la priorité de ses inventions. Enfin l'étude de ce fragment au point de vue du style (cf. H. Guy, Revue d'Histoire littéraire, 1902, p. 220) ne peut que confirmer les doutes au sujet de son authenticité. Pour ma part, je suis convaincu qu'il n'est pas de Ronsard (voir mon édition de la Vie de Ronsard, pp. 102 à 104).
P. 462. Sur vu trépied,... — On lit vu tripier. Corrigé d'après l'édition de 1623.
P. 463. Que toute ionr... — Cette expression, qui revient à la p. 469, est invariable (Marty-Laveaux, Langue de la Pléiade, II,
P. 463. ...ains Jcra arraché... — On lit mue fera arraché. Corrigé d'après 1623.
P. 463. Et n'ay cejjé... — On lit Et n'ay cejfe d'cftre vu poiire qu'aiment. Corrigé d'après 1623.
P. 465. L'intention... — A la rime on lit chèrement. Corrigé d'après 1623.
P. 465. Si tu chéris... — A la rime on lit pauure. Corrigé d'après
P. 467. Et au contraire... — Cette leçon de 1617, que nous avons tenu à conserver, fait le vers faux. L'édition de 1623 a corrigé au contraire en au rebours.
P. ^[67. Or vie laijfei... — On lit Or me laijfe. Corrigé d'après
P. 468. Mais aujfi iojl que l'un d'iceux... — On lit luy d'iceux. Corrigé d'après 1623.
P. 469. Entre les Dieux... — On lit Entre les deux. Corrigé d'après 1623.
P. 470. Des Dames a 6- tripes... — On lit Des Daines, 6"... Corrigé d'après 1623.
P. 473. D'en amajfer... — On lit D'amajfer, qui fait le vers faux. Corrigé d'après 1623.
P. 47). le le veux faire... — Cette leçon de 1617, que nous avons tenu .î conserver, fait le vers faux. L'édition de 1623 corrige eu Faire le veux.
P. 478. Efcoute:^ bien... — On lit Efcoutes. Corrigé d'après 1625.
P. 479. Pour avoir... — Ce quatrain a été réimprimé par A. de Rochambeau dans sa Famille de Ronsart, p. 219, et par Blanche-
main au tome VIII des Œuvres, p. 153, d'après une édition du Recueil de bons mots de 1705, avec cette variante, qui corrige le troisième vers faux : Mais que fi l'on in'enji faict rai/on. Marty-Laveaux, qui l'a reproduit d'après l'édition de 1709, la seule que nous ayons pu consulter avec celle de 1702 (qui ne le contient pas), l'a déclaré « d'une authenticité fort douteuse ». Il semble en effet avoir été fabriqué sur le modèle de celui de la p. 461 « pour vu iergent », qui lui-même est sujet à caution.
P. 480. Roy, le meilleur des Rois... — Cette ode satirique fut publiée pour la première fois en 1855 par Blanchcmaiu dans ses Œuvres inédites de P. de Ronsard, p. 127, puis en 1867 dans son édition collective des Œuvres du poète (t. VIII, p. 105). Marty- Laveaux l'a rejetée (t. VI, p. 493), donnant pour motif qu'il ne l'avait pas trouvée, ni lui ni Tamizey de Larroque, dans les manuscrits de L'Estoile, d'où Blancliemain disait l'avoir extraite sur communication d'Aimé Champollion-Figeac, ni dans la dernière et très complète édition de ces manuscrits, et ajoutant que, à défaut de preuves matérielles, le mérite de cette ode était insuffisant pour l'authentiquer. Mais il a eu tort. En effet : 1° le manuscrit de L'Hstoile qui contient cette ode existe à la Bibliothèque nationale sous la cote que nous donnons, mais on n'en a publié que la partie prose, qui forme l'Appendice du tome XII de l'édition Brunet; 2" à la page 387 de cet Appendice, ou lit l'indication suivante, qui correspond exactement au titre et à la date placés dans le manuscrit en tête de l'ode en question : « En cest an 1573, on divulgua des vers du poëte Ronsard sur Charles IX », et cette date est confirmée par les allusions de la première et de la dixième strophe de l'ode; 3° le ton général est le même que celui du poème Au Treforier de l'Ejpargne, qui est de la même époque (cf. notre tome VI, p. 51); 4° cette satire est signalée par son incipit comme étant de Ronsard dans la biographie que Binet lui a consacrée (texte de 1597), en même temps qu'une autre, aujourd'hui perdue, « où il touche viuement le mefme Roy &; l'admonefte de fon deuoir », et qui commençait par ce vers :
Il me deplaifi de voir vu fi grand Roy de France; 5" quant au mérite littéraire de la pièce, s'il est faible, ce n'est pas une raison pour penser qu'elle n'est pas l'œuvre de Ronsard. Cf. Ronsard poète lyrique, p. 245.
P. 480. L'auare Italien... — Allusion aux Gondi, Strozzi, Sardini, Peroni, Adjaceto, Gonzague, Birague et tutti quanti. René de Birague obtint les sceaux en 1570 et fut nommé chancelier en mars 1573 à la mort de L'Hospital. Cf. Mémoires de L'Estoile, éd.
lOO NOTES. T. VI, P. 481-484.
Brunet, tome I', pp. 9, 18-20, 70-80, 266, 273, et tome XI, p. 293.
P. 481. Le François cjîrangé... — Cette strophe et la suivante ont été supprimées par Blanchemain de son édition, on ne sait pourquoi. Il y a dans la première deux rimes, gounerne et ejpargne, qui ne sont défectueuses qu'en apparence; elles étaient autorisées par la prononciation du temps, soit goniiarne et ejparne, soit gounerne et ejperne, le g disparaissant dans les deux cas. Cf. tome III, p. 242, rimes gounerne et ejpergne; V, 413, rimes ferme et arme; tome VI , p. 387, rimes enf signe et prenne, et la note,
P. 481. Tandis le Rochelois... — C'est-à-dire : Pendant ce temps les huguenots de la Rochelle nous menacent. C'est dans la première moitié de 1573 que le prince Henri d'Anjou assiégea cette ville, sans pouvoir la prendre.
P. 481. l'ay veu trop de niajons... — Allusion à Philibert de Lorme, que Ronsard n'aimait pas. Le poète s'est plaint ailleurs que les bénéfices ecclésiastiques allaient aux « maçons » plutôt qu'à lui, et a désigné ainsi le grand architecte (tome V, p. 153) : Et fi ay fait fer uice autant à ma contrée Ou'vne vile truelle à trois croffes tymhrée. Voir encore au tome VI, pp. $2-53, des vers sur les « maçons » de Catherine de Médicis, « qui fuccent l'efpargne auec leurs piperies », et p, 309, le premier tercet du sonnet à Aubert.
P. 482. Chaffei moy tant de chiens... — Ronsard a beaucoup souffert de voir à la Cour tant de solliciteurs et de favoris indignes, et d'autre part la France dévorée par les Italiens. On trouve des doléances analogues dans plus d'une pièce de Ronsard; voir notamment au tome III, pp. 207, 273 et suiv. ; 315, note; V, 359, et surtout au tome VI, p. 52 :
Il faut chaffer quelques Italiens Les vrays corbeaux rauifj'eurs de nos biens. Cependant, vers 1572-73, Ronsard écrivit un sonnet des plus flatteurs au Florentin Ludovico Dajaceto (t. II, p. 29). Ce riche Italien « engraiflé de truages » lui avait sans doute témoigné sa générosité.
P. 484. SvR VNE MEDAILLE d'Antinovs. — Le manuscrit français 1662 (anc. 7652 3.5 ; Coîbert 2220), d'où cette pièce est tirée ainsi que les cinq suivantes, est un petit registre de 37 fts contenant des copies de plusieurs mains. Le papier et l'écriture sont du XVI'-' siècle. On n'y trouve pas seulement, comme l'indique le catalogue imprimé, des poésies satiriques sur Henri III et son époque, notamment les fameux Sonnets d'EJlat qu'on a quelque temps attribués à Ronsard sans aucune preuve. On y trouve encore
NOTES. T. VI, P. 484-48^. lOI
des pièces lubriques antérieures au règne de Henri III, par exemple cinq sonnets tirés de la Prîapée de Jodelle. Les six pièces que nous en extrayons y sont toutes attribuées à Ronsard, soit au titre, soit en signature.
P. 484. Contemplant l'autre ioiir... — Cette pièce a été publiée pour la première fois en 1855 par Blanchemain dans ses Œuvres inédites de P. de Ronsard, puis en 1867 au tome VIII de son édition. On ne peut tirer ni du fond ni de la forme aucune preuve contre son authenticité. Il est vrai que Ronsard a écrit pour certains mignons de Henri III des épitaphes flatteuses qui en contredisent l'esprit; mais ce sont des pièces d'un caractère officiel, dont l'une même fut sacrifiée par lui in extremis (voir tome V, pp. 315- 315, et tome VI, p. 392); et en revanche plus d'un texte montre son dégoût pour les mœurs honteuses de ce roi. Seuls les huguenots ont accusé notre poète de pédérastie, en 1563, au fort de sa querelle avec eux, mais leur témoignage n'a aucune valeur. — Quant aux fautes de grammaire et de prosodie que présente le manuscrit, ou bien elles sont le fait d'un copiste négligent, ou bien elles prouvent tout au plus que nous avons là un brouillon auquel le poète ne mit pas la dernière main. Au surplus cette pièce rappelle assez bien la manière de Ronsard, et la signature, qui est de la même main et de la même encre que la copie, me semble un argument non négligeable en faveur de l'authenticité.
P. 484. Les terres qu'autrefois... — On lit ce vers faux et grammaticalement incorrect :
La terre qu'autrefois leurs fceptrcs auoicnt tenues. Blanchemain et Marty-Laveaux l'ont corrigé ainsi :
La terre qu'autrefois leur fceptre auoit tenue le faisant rimer, le premier avec comment mue, le second avec comme en Nue. Notre correction a l'avantage de conserver les rimes, qui sont très lisibles, en réduisant au minimum les modifications apportées au manuscrit.
P. 484. La mort après la vie... — Blancliemain a corrigé ce vers faux en élidant la coupe féminine devant & nuiti après le iour. Le contexte semble indiquer une autre correction, d'ailleurs plus digne du poète :
La vie après la mort, la nu ici après le iour. Dans le doute nous avons préféré nous abstenir.
P. 484. Et de Caie qui fut... — Il s'agit de l'empereur Caius Caligula.
P. 485. De fes cheueux crejpés... — On lit crejpes, ce qui fait le vers faux par une coupe féminine non élidée. Deux corrections sont
possibles : ou bien De fes crcfpes cheiieiix, ou bien celle que nous avons adoptée, qui change par un simple accent la coupe féminine en coupe masculine.
P. 485. Apres qu'il eut long temps... — Blanchemain a refait ainsi d'une façon arbitraire ce passage qui n'a ni sens ni mesure : Lorfiju'il Je fnjl longtemps enynrê de fes yeux, Ses yeux, maijlres des cœurs des hommes & des dieux. Une correction plus heureuse serait la suivante :
Apres qu'il eut long temps piiij'ê dans fes heaiix yeux L'amour, maljîre des cœurs des hommes & des Dieux. Dans le doute nous avons préféré nous abstenir.
P. 485. La fleure ha! doucement... — Nous avons ajouté le point exclamatif pour éviter l'équivoque. Blanchemain a préféré supprimer l'interjection ha.
P. 485. Elle entra dans Jon Corps... — On lit ensuite le ferre & l'cmhraffa. Notre correction s'imposait par le contexte.
P. 486. Q'vne corne de buffle... — On retrouve ce vers presque textuellement dans une pièce à Hurault de Cheverny publiée en 1584 (tome III, p. 346). Si ce n'était pas une expression proverbiale, on pourrait tirer de ce rapprochement une preuve d'authenticité.
P. 487. Trois Sonnets de Ronsard. — Ces sonnets, très libres dans le fond et la forme, ont été signalés par Blanchemain en ces seuls termes : « Enfin trois sonnets dont il n'est pas possible de citer même le premier vers » (VI , 340). Marty-Laveaux n'a publié que le début du premier et quelques vers du second. L'historien de la littérature ne saurait avoir de pareils scrupules, mettant la vérité au-dessus de tout. — Au surplus, ces vers ne doivent pas étonner sous la plume d'un poète du xvi'= siècle, de l'auteur des Folafiries de 1553, héritier de la tradition médiévale en dépit de ses déclarations, du chef de cette Pléiade qui a tant imité les épigrammes de V Anthologie grecque et les œuvres erotiques des Italiens, enfin d'un mécontent très porté à la satire (voir tome III, pp. 206-208), qui se rangea peu à peu au parti des Politiques et souhaitait en 1584 l'avènement de Henri de Bourbon- Vendôme au trône de France (voir tome VI, pp. 65-66). On comprend toutefois que Ronsard, qui se montrait de temps à autre à la cour de Henri III et se crut obligé de composer des vers pour Épernon, duélus et Maugeron, n'ait pas tenu à divulguer ces sonnets. Cf. la pièce sur Antinoiis au tome VI, p. 484, et la note. Remarquer enfin que deux passages s'appliquent assez bien à Ronsard, le vers 12 du premier sonnet et le vers 9 du troisième.
P. 488. Et comme le cajlor... — On lit Et comme vn cajlor, ce qui fait le vers faux. Au vers suivant on lit un pluriel, ils foulent, que rien ne justifie, car le sujet de tous les verbes des tercets, c'est le roi (Henri III).
P. 488. Bartas voulant... — Les lignes de prose qui encadrent ce quatrain sont- certainement de la main d'un huguenot. Cf. la note du tome VI, p. 457. Faut-il en conclure que le manuscrit 1662 tout entier est d'origine huguenote et que par suite les attributions à Ronsard sont quelque peu suspectes? Nous ne le pensons pas, les copies qu'il contient étant de mains différentes et d'encres diverses. Rappelons que Ronsard, sans doute pour rivaliser avec Du Bartas, « auoit enuie, fi la liinté & la Parque l'eufient permis, d'efcrire la naiflance du monde, & traifter dignement le lubiecl des iours de fa création » (Cl. Binet, Vie de Ron/ard, texte princeps).
P. 48g. le voudrais que Bacchus... — Cette pièce, dont on n'a aucune raison de suspecter l'authenticité, a été publiée par Blanchemain en 1855 d'abord, dans les Œuvres inédites de P. de Ronsard, puis au tome VIII de son édition, p. 128. Mais M. Louis Froger a fait remarquer avec raison dans son Ronsard ecclésiastique, p. 51, qu'il faut lire dans les deux premières strophes Chemillé, qui est donné par le manuscrit, et non pas Chevillé. Il s'agit de Chemillésur-Dême, près de Rebondais, dans l'Indre-et-Loire. — On lit au deuxième vers fourfe, que nous avons cru devoir corriger en courfc.
P. 489. A MoNsiEVR DE Vil LEROY. — Le manuscrit français 166^ (anc. 7652 3.3A; Colbert 2205), d'où cette pièce est tirée ainsi que les sept suivantes, est d'un papier et d'une écriture du xvi° siècle. Au bas d'un feuillet de garde rempli de gribouillages, de parafes, de noms divers, on lit : De laube/pivc. C'est sans doute ce qui a fait dire à Blanchemain (tome VII, p. 276, note 2) que ce manuscrit appartint à Madeleine de l'Aubespine, femme de Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy. — Il contient un assez grand nombre d'oeuvres de Ronsard publiées de son vivant : au ft 11 v° : Quand l'AuheJpinc alla fous le tombeau (voir tome V, p. 297); au ft 41 v° : Si quelque Dieu au milieu d'vng orage (VI, 381); au ft 42 r° : Villeroy dont le nom er le furnom enfemble (VI, 379); au ft 45 r" : Le fort J'oleil ne s'offerife des nues (III, 485); au ft 43 v° : A Dieu reffemblent les Roys (III, 480); au ft 45 r° : Le Soleil & noire Roy (III, 481); au ft 46 \° : Comme le feu furmonte (III, 484); au ft 88 v° : Ce cheualier d'inuincible puiffance (III, 492; on lit en marge : « Cecy a efté chanté à l'hoftel de Lorraine le dimanche gras 1571 »); au ft 93 r" : Ceji habit blanc que ie porte. Madame (III, 493). Le voisinage de ces pièces parfaitement authen-
tiques est une "garantie pour celles qui n'ont vu le jour qu'au xix^ siècle, dans les éditions de Blanchemain et de Marty-Laveaux, et que nous reproduisons ici.
P. 489. Pour aborder... — Ce sonnet a été attribué d'autorité à Ronsard par A. de Rochambeau dans le Bulletin de la Société archéologique du Vendôuiois de 1867 et réuni de confiance aux Œuvres de Ronsard par Blanchemain et par Marty-Laveaux. Pourtant le nom du poète ne figure ni en marge du manuscrit ni en signature. On le trouve seulement en marge de la pièce suivante, Tout ce que France auoit de beau, et en marge de la pièce précédente, Quand l'AubeJpinc alla fous le tombeau, qui fut publiée par Ronsard luimême parmi ses œuvres de 1571 à 1584 (voir tome V, p. 297). Mais, outre cet indice de présomption, la manière des sonnets courtisanesques de Ronsard est assez apparente dans celui-ci. Enfin voici des faits. Il est daté de 1570, du château que Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, possédait à Conflans (voir tome I, pp. 347- 348). Ronsard adressa nombre de pièces à ce secrétaire d'État pour les finances, aux environs de 1570, notamment en tête de la section des Mafcarades dans l'édition collective de 15 71. Jusqu'à la fin de sa vie il resta son familier. Il célébra également plus d'une fois sa femme Madeleine de l'Aubespine. Tel La Fontaine chez Fouquet (cf. Ronsard poète lyrique, pp. 235-236). — Je crois donc, jusqu'à preuve du contraire, à l'authenticité de ce sonnet, surtout s'il est vrai que ce manuscrit 1663 provient des papiers de Madeleine de l'Aubespine, comme le prétend Blanchemain (voir la note précédente).
P. 490. Tout ce que France... — Cf. t. V, p. 297, et la note.
P. 491. Sage Carnauallet . . . — Ce sonnet a été publié et réuni aux Œuvres de Ronsard pour la première fois par Marty-Laveaux. bien que le nom de Ronsard ne figure ni en marge du manuscrit ni en signature, et que la pièce précédente et la pièce suivante ne soient pas de lui. La manière du poète est assez reconnaissable, et c'est ce qui nous décide à le conserver. Au surplus Ronsard fut lié de bonne heure avec François de Carnavalet (de son vrai nom breton Kernevenoy), témoin l'ode pindarique de 1550, où il vante ses mérites de premier écuyer du roi Henri II (voir tome II, p. 107). Plus tard, en 1565, il le célébra comme gouverneur du troisième fils de Henri II, le futur Henri III (voir tome II, p. 13). C'est encore sous ce jour, mais aussi comme protecteur des poètes à la Cour, que ce sonnet nous le présente. S'il est authentique, comme on est fondé à le croire, Ronsard n'a pu l'écrire qu'après la bataille de Jarnac (mars 1569), où le prince Henri d'Anjou remporta son
NOTES. T. VI, P. 491-496. lOf
premier succès, et avant la mort de Carnavalet, qui eut lieu en 1571. P. 491. SvR LES RIMES DE Menestrier. — Cc titre est en marge d'une série de quatrains de Nicolas, de Jamyn, de Ronsard et de Baïf adressés à Menestrier et à Desportes. Il semble commander toute la série, et pourtant il ne s'applique qu'à une partie. Le deuxième quatrain de Ronsard, qui adresse à Desportes un reproche analogue à celui que le premier adresse à Menestrier, est lui-même suivi de distiques latins de Dorât à Desportes et de ces vers, qui sont anonymes :
Dejportes, pour te faire rire,
Ov de Meneftrier les chanfons
Rudes à ton oreille bruire.
Oui dejplaifent en ces façons.
P. 492. Ainfi qu'on voici... — En marge de cette élégie on lit le nom de Ronsard; mais ce n'est pas une preuve suffisante d'authenticité, d'autant plus que ce nom est d'une écriture différente. En eftet, aux fts 67 et suiv. du même manuscrit on lit aussi le nom de Ronsard, en marge d'une autre élégie : Qui fait d'amour les trauerfes douîeufes. Trompés par cette indication, les éditeurs Blanchemain et Marty-Laveaux la lui ont attribuée. Or, elle est en réalité d'Aniadis Jamyn, qui l'a recueillie dans les trois éditions de ses oeuvres (1575, 1577, ^579)» ^^ j'^^ '^^^ ^^i ^^^ rendre la paternité {Revue d'Histoire littéraire, 1906, pp. 112 et suiv.). Il est donc possible que l'élégie Ainfi qu'on voiâ ne soit pas non plus l'oeuvre de Ronsard. Elle ne figure dans aucune de ses anciennes éditions, partielles ou collectives, et l'on ne voit pas pourquoi il ne l'aurait pas recueillie s'il en était l'auteur. Toutefois, nous avons cru devoir la conserver parmi les pièces attribuées à Ronsard, l'ayant vainement cherchée dans les œuvres de ses contemporains. Au reste, elle est assez dans sa manière.
P. 494. Mon fang, mon cœur... — On lit à la rime aiuye. Nous avons adopté la correction de Blanchemain, car le ravisseur n'est pas une femme, mais un homme (on voit plus loin un vaincueur, un fâcheux).
P. 496. Theuct auoit bien fréquenté... — Cette pièce, publiée par J. Gay dans un recueil de Gayetei et Epigrammes de P. de Ronsard (1865), puis par A. de Rochambeau dans le Bulletin de la Sociclc archéologique du Vendomois (1867), fut réunie aux Œuvres de Ronsard par Blanchemain et Marty-Laveaux. — Il s'agit du moine voyageur, cosmographe du roi, auteur de la Cofuwgraphie du Leuant (1554), des Singularitei de la France antarâique (1558), de la CoJmographie vniuerfelle (1575) et des Vrais portraits & vies des Hommes
îllujîrcs (1584). Dans ce dernier ouvrage, où Ronsard pouvait prétendre à une bonne place, silence complet sur lui. D'où le dépit du poète, qui se vengea en changeant l'adresse des deux pièces (un sonnet et une ode) qu'il avait écrites vers 1559 à la louange de Tlievet. Dans les éditions posthumes, c'est un autre voj^ageur, Pierre Belon, qui reçoit les éloges dont Thevet avait bénéficié jusqu'en 1584 (voir tome II, pp. 19 et 443, et les notes). Il est donc fort possible que Ronsard soit l'auteur de cette mordante épigramme, qui montre « suant et bavant » le malheureux cosmographe, d'ailleurs peu sympathique, au dire de ses contemporains (cf. L'Estoile, édition Brunet, tome V, p. 61; De Thou, lib. XI).
P. 497. Bonhounnc, fi iu pers... — Ce quatrain ne porte pas de nom d'auteur ni en marge ni en signature. Mais il est immédiatement précédé de la pièce A frère André Theuel, signée Ronsard ; il figure en tête du ft 112 r°, et le bas de la page est blanc; en outre il ressemble fort à d'autres épigrammes tirées par Ronsard de V Anthologie grecque (voir t. II, pp. 53-58; VI, pp. 194-196). Ce sont les seules raisons qui ont pu déterminer Blanchemain à le recueillir dans son édition des Œuvres de Ronsard (tome VIII, p. 132). Mariy-Laveaux a suivi son exemple (ancien tome VI, p. 431), après avoir laissé à son prédécesseur la responsabilité de cette attribution et regretté qu'il n'ait pas donné ses raisons (Jodelle, tome II, p, 397). Nous ne garantissons pas autrement l'authenticité de ces vers; et surtout nous pensons que rien n'autorise à dire, comme l'a fait Blanchemain, que ce quatrain s'adresse à André Thevet.
P. 497. Sire, la Pieté... — Ce quatrain a été réuni aux Œuvres de Ronsard par Blanchemain (tome VIII, p. 129), sans aucune preuve d'authenticité. On y trouve bien, comme l'a constaté Marty- Laveaux en le reproduisant, la paraphrase de la devise Pielate & lufiitia, donnée à Charles IX par le chancelier Michel de l'Hospital. Mais qui nous assure que cette paraphrase est de Ronsard?
Avant ce quatrain, l'édition de Marty-Laveaux (VI, 432) en présente un autre : Voye^:^ au mois de May..., que nous avons supprimé, pour la bonne raison qu'il n'est qu'un extrait d'une pièce adressée par Ronsard à Charles IX (voir t. III, p. 182).
P. 498. Le Charon. — Prononcer Caron; c'est le nautonier des enfers. — Cette pièce est réunie ici pour la première fois aux Œuvres de Ronsard. Elle est inachevée. Prosper Blanchemain, qui l'a publiée en 1877, conjecture que Ronsard l'abandonna parce que cette ébauche n'avait pas eu l'approbation d'Henri d'Anjou, vainqueur de Moncontour, « à la louange de qui elle n'est pas exclusi-
NOTES. T. VI, P. 5'04-5'o8. 107
vement consacrée ». Ce qui est certain, c'est que Ronsard publia sur le même sujet, non pas l'hymne stropliique dont parle Blanchemain, qui en dépit de son titre fut composé sur la bataille de Jarnac (IV, 252), mais trois poèmes en décasyllabes à rimes suivies (V, 430-443), dont l'un, l'Hydre desfaiâ, est un éloge dithyrambique de Henri d'Anjou. — Q.uant au manuscrit de J. de Pyochct (contemporain de Ronsard), où Blanchemain a découvert celte pièce, il fait actuellement partie des archives du château de la Bâtie, près de Chaimbéry, mais nous n'avons pu le consulter.
P. 504. Chanson. — Cette pièce satirique, en distiques à rimes féminines, a été réunie par Blanchemain aux Œuvres de Ronsard (tome VIII, p. 133) et par Marty-Laveaux aux Œuvres de Baïf (tome V, p. 289). Nous la reproduisons ici parce qu'il se peut que Ronsard y ait réellement collaboré. Nous savons en effet par lui-même qu'il assista aux discussions des docteurs catholiques et des ministres protestants au colloque de Poissy (voir tome V, pp. 416-417), et d'autre part que dès 1560 il osa élever la voi:; contre les réformés rebelles, de concert avec Lancelot C>arle et Guillaume des Autels (voir la note du tome V, p. 356 : Cependant...). Cf. A. de Ruble, Mémoires de la Société de l' histoire de Paris, tome XVI (1890), p. 51.
P. 505. Et puis Caluin... — On lit dans le manuscrit ce vers trop court de deux syllabes :
Et puis Caluin conclud l'affaire.
Nous avons adopté la correction de Blanchemain, qui nous paraît excellente,
P. 506. Prier E a Diev... — Nous avons trouvé la copie de cette pièce dans les papiers de M. Louis Proger, décédé au Mans le 7 mars 1918; mais il était trop tard pour l'imprimer à sa vraie place, c'est-à-dire au t. VI, p. 449. Elle doit dater des dernières années de Ronsard, car elle n'a paru que dans cette édition — très rare — du Poeniatium de Pontus de Tyard, signalée dans la référence bibliographique. Mais il est surprenant que J. Galland, l'hôte, le confident, l'héritier de Ronsard, ne l'ait pas fait paraître dans les Derniers Vers (VI, 3-9), ni recueillie dans les éditions posthumes de 1587, 1597, etc., et que son biographe Cl. Binet ne l'ait pas mentionnée. — Elle est jointe ici pour la première fois aux Œuvres de Ronsard, après avoir été soigneusement collationnée sur le texte original par M. J, L'Hermitte, archiviste départemental de la Sarthe.
P. 508. Ce petit diable Dieu... — Cette pièce a été publiée dans le Cabinet fatyrique avec la signature de Ronsard. D'autre part elle
Io8 NOTES. T. VI, P. 5'o8.
figure dans le volume 488 des Cinq Cents Colbert, ft 471 (Bibl. nat., Ms. fr.), sous ce titre : La Boiiqulnade ou de/confiture du fatyre Philante; et là non seulement elle n'est pas signée, mais elle est suivie d'une seconde pièce sur le même personnage fictif intitulée : Epitaphe de Philante et signée : Maschefert A. Cette signature désigne François Grelière, sieur de Macefer, natif d'Orléans (A == Aurelianensis), qui a collaboré à la Puce de Madame De/roches. Or ces deux pièces sur le satyre Philante sont écrites de la même main ; le copiste n'a mis de signature qu'au bas de la seconde, parce qu'elles forment à elles deux un bloc indissoluble. C'est un principe, que, lorsque plusieurs pièces copiées à la suite l'une de l'autre appartiennent au même auteur, c'est la dernière seule qui porte une signature.
Q.uant au collecteur du Cabinet falyriquc, ses attributions ont une certaine autorité lorsqu'il s'agit des poètes de sa génération, tels que Théophile de Viau, Sigogne, Berthelot, Motin ; mais elles n'en ont pas lorsqu'il s'agit de poètes de la génération de Ronsard et de Ronsard lui-même. Il a attribué la Bonquinade à Ronsard simplement parce que celui-ci avait écrit les Folajlries et surtout le poème Le Satyre (V, 70), et que ses Œuvres étaient encore rééditées. Il n'a pas eu d'autre raison, sauf peut-être que le style de la Bouquinadc est assez vigoureux. Mais Nicolas Buon, rééditant les Œuvres de Ronsard en 1623, s'est bien gardé d'y recueillir cette pièce, qui ne figurait pas non plus dans les éditions de 1609 et 1617 parmi les Pièces retranchées. Cf. Fr. Lachèvre, Recueils collectifs de poésies libres et satiriques publiés de 1600 à 1626 (Paris, E. Champion, 1914), pp. 295 et 335. — On trouvera la Bonquinade reproduite dans le recueil des Gayete^ et Epigrammes de P. de Ronsard (Bruxelles, J. Gay, 1865), à la Bibl. Mazarine, n" 57260.
P. 508. En quelle nuiâ... — Ce sonnet et les deux suivants, publiés avec la signature de Ronsard, furent reproduits sans signature dans le Parnajfe fatyrîque (éd. de 1625). Mais ils figurent, avec deux autres, au ft 20 du ms. fr. 1662 de la Bibl. nat. sous ce titre : Cinq Sonnets tirés de la Priapée de Jodelle. Ils sont aussi attribués catégoriquement à Jodelle dans le vol. 448 des Cinq Cents Colbert. Pour Fr. Lachèvre, l'attribution de ces sonnets à Jodelle est bien plus sérieuse que celle de \a Quinlejfence Jatyrique (voir Recueils collectifs de poésies libres, pp. 336, 337 et 413). On les trouvera reproduits dans le recueil des Gayclei et Epigrammes de P. de Ronsard (1865) et cà la suite de la réédition du Livret de Folastries par Ad. Van Bever (1907).
P. 508. Maugré l'enuy... — Ces deux quatrains à refrain ont été
découverts par Ch. Nodier sur un livre d'Heures, imprimé à Paris par Thielman Kerver en 1552, et ayant appartenu à Marie des Marquets, Il les a faussement attribués à Ronsard, par suite d'une confusion entre celte personne et Marie du Pin (ou Dupin), l'Angevine de Bourgueil que Ronsard a chantée de 1555 à 1560. Non seulement rien ne peut prouver que Ronsard soit l'auteur de ces vers, bien qu'il ait écrit en 1562 un sonnet en l'honneur de la religieuse Anne de Marquets (voir tome VI, p. 409); mais leur style et leur focture rythmique sont plutôt ceux de Mellin de Saint- Gelais ou d'un autre poète de l'école de Marot. On les trouvera reproduits dans l'édition Blanchemain (I, 442) et dans l'édition Marty-Laveaux (VI, 432).
P. 509. Lorfqiie je vais reiioir... — Blanchemain semble indiquer (p, 159, note) qu'il a extrait ce sonnet d'un manuscrit d'André Lefèvre, seigneur d'Ormesson, qui fait partie de la Bibliothèque de Rouen (collection Leber). Mais, le reproduisant dans son édition de Ronsard (VIII, 127), il a écrit au bas cette simple note : « Je ne réimprime ce sonnet que pour constater qu'il est apocryphe. » Nous le croyons avec lui, bien qu'il n'en ait donné aucune preuve. On le retrouve pourtant, imprimé en italique comme une citation de Ronsard, dans un opuscule dramatique de Blanchemain intitulé : Une odelette de Ronsard, et inséré dans ses Poèmes et poésies, tome I (1880, Paris, E. Rouve5^re, p. 115; l'éd. princeps est de 1845).
P. 509. Ne t'ejlonne, Bignet... — Ce sonnet et les huit suivants figurent sans nom d'auteur aux fts 7 à 9 du ms. fr. 1662 de la Bibl. nat. sous ce titre : Sonnet^ d'EJlat publie^ à la Cour es années !$']'] et iSjS. — Blanchemain ne les a pas recueillis dans son édition des Œuvres de Ronsard, convaincu sans doute par les arguments d'Ed. Turquéty et de Sainte-Beuve, qui combattirent leur authenticité dès 1855, ^^ premier dans le Moniteur du 16 octobre, le second dans un article du 20 octobre recueilli au tome XII des Causeries du Lundi. — Lenient seul persista à les croire authentiques, admettant toutefois qu'Etienne Pasquier avait pu y collaborer avec Ronsard {Satire en France au xvi° siècle, Hachette, 1866, pp. 3)3 et suiv.). — Depuis lors Edouard Tricotel en a donné une réédition critique, ainsi que d'un dixième sonnet tiré du même manuscrit, et les a déclarés à son tour faussement attribués à Ronsard {L'Amateur d'autographes, juin-juillet 1872, pp. 57 et suiv.). — A noter que Pierre de l'Estoile les signale presque tous dans ses Mémoires, les uns à la date de décembre 1575, les autres à la date de septembre 1579, sans jamais nommer Ronsard, ce qu'il n'aurait pas manqué de faire s'ils l'avaient eu pour auteur.
Ronsard. —VIII. lO
IIO NOTES. T. VI, P. 5'09-pO.
P. 509. SirCj comme Qneliis... — Ces stances sur la mort de Q.uélus figurent au ft 22 r° du ms. fr. 1662 de la Bibl. nat,, sans nom d'auteur. P. de l'Estoile les cite à la date d'avril 1578, sans nommer Ronsard ni faire allusion à lui.
P. 509. Quatre Rois ont règne... — Ce sonnet « fur les ftatues des mignons de Henry 111°, 1579 » figure au ft 11 v" du ms. fr. 1662, sans signature ni attribution. Je l'ai vainement cherché dans P. de l'Estoile.
P. 509. EJl-ce exemple du Roi... — Ce sonnet et le suivant figurent au ft 15 du ms. fr. 1662 sans nom d'auteur. P. de l'Estoile cite le premier à la date de décembre 1580, sans nommer Ronsard ni faire allusion à lui.
P. 509. Saint Liic,pclil qu'il cji... — Ce sonnet figure au ft 10 r° du ms. fr. 1662, sous ce titre : Les mignons de l'an i^']'] enfilés en ce fonnet, sans nom d'auteur. P. de l'Estoile le date d'octobre 1577, sans nommer Ronsard ni faire allusion à lui. Blanchemain s'est contenté de le signaler par Vincipit, ainsi que les pièces suivantes, au tome VI, p. 340, de son édition de Ronsard. Marty-Lavcaux n'a même pas cru devoir les signaler dans la sienne.
P. 510. Quand ce beau Mangcron... — Ce sonnet figure au ft 21 v" du ms. fr. 1662, sans nom d'auteur. P. de l'Estoile le date d'avril 1578, sans nommer Ronsard ni faire allusion à lui.
P. 510. Qnelus n'entend pas... — Ce quatrain figure au ft 10 r° du ms. fr. 1662, sous ce titre : Quatrain femé par Paris en. fehurier lyyS lors que Quclii s chargea BuJJi en la rue Saint Honoré, sans nom d'auteur. P. de l'Estoile le cite à la même date, sans nommer Ronsard ni faire allusion à lui. Il se contente de dire : « Ces querelles [entre mignons du roi] servoient seulement de risée et gausserie aux bons compagnons, qui en firent le suivant quatrain, qui courut incontinent partout. »
P. 510. Bidet, que l'orgueil... — Cette chanson sur le combat entre les mignons de Henri III, où Quélus fut tué, figure au ft 10 \° du ms. fr. 1662, sans nom d'auteur. P. de l'Estoile la cite à la date d'avril 1578, avec la signature Cl. D. L. P., Ligueur, A., et un long titre, qui nous apprend que ces vers furent qualifiés de « courtizans », c'est-à-dire « peu honnestes, sales et vilains à la mode de la Cour ».
P. 510. le croi qu'il veut... — Ce quatrain et les deux suivants figurent au ft 14 v° du ms. fr. 1662, sans nom d'auteur. P. de l'Estoile cite le troisième à la date de février 1578, sans nommer Ronsard. Il se contente de dire qu'il « fust semé à la Cour » à propos du mariage de M"" de Brissac, « laide, bossue et contre-
faite, et encores pis », avec Saint-Luc, mignon de Henri III. Blanchemain l'a imprimé au tome VIII de son édition, p. 132; mais Marty-Laveaux n'a même pas cru devoir le signaler.
P. 510. Catherine a régi... — Cette pièce et les trois suivantes ont été faussement réunies aux Œuvres de Ronsard par Blanchemain (IV, 120, 204; V, 345; VIII, 112) et par Marty-Laveaux (VI, 390, 394, 397 et 418). Elles sont toutes les quatre d'Amadis Jamyn, qui les a recueillies dans ses Œnnrcs poétiques dès 1575. Pour la première (livre I , n" 78), Jamyn fait remarquer qu'elle avait été mise par erreur « sous autre nom » (celui de Ronsard) à V Entrée de Cloarles IX à Paris, relatée par Simon Bouquet (voir ci-dessus, t. VI, pp. 424 et suiv. et les notes). Pour les trois autres, rangées par Jamyn en son livre V (les Mejlanges), voir mon article de la Revue d'Histoire littéraire delà France, 1906, p. 112.
P. 510. Pleujl à Dieu... — Cette pièce et les deux suivantes sont pour nous apocryphes. Leur auteur pourrait bien être Henri Chesneau, de la Garnache en Poitou, qui, en transcrivant le curieux Inventaire trouvé dans les archives de la famille de Rostaing, y mêla des observations personnelles et des vers qu'il attribua maladroitement à Ronsard pour faire honneur à son patron, le seigneur de Rostaing, possesseur du château de Bury (près de Blois). Florimond Robertet mourut en novembre 1527 {Journal d'un bourgeois de Paris, éditions Lalanne et Bourrilly), et l'inventaire dressé par sa veuve est daté du 4 août 1532. Or à cette date Ronsard n'avait pas même huit ou sept ans (suivant qu'on fasse remonter sa naissance à septembre 1525 ou à septembre 1524). Quelque précoce qu'il fût, il ne peut avoir composé ces vers. On n'y retrouve ni le style ni la versification de cette époque, mais ceux du xvii'' siècle. Enfin et surtout, la veuve de Robertet en 1532 n'aurait pas pu dire en parlant de cet enfant : « des vers Italiens... que le fçavant Ronlfard a traduids en ce fcns «.
P. 512. Françoys en guerre... — Ce huitain se lit sans signatuie au-dessous d'un portrait en pied de François 1°" à la gouache, conservé au cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale (dans le cabinet du conservateur, M. François Courboinj. Deux papiers collés derrière le cadre contiennent les documents suivants : 1° de la main du donateur : « Peint d'après nature et dans le temps de la [ici le papier est déchiré]. Donné au cabinet des Estampes du Itei par le comte de Caylus le 15 juin 1765. » Signé « Caylus. » — 2" de la main de Joly, garde des Estampes de 1750 à 1792 : « Attribué par Leprince en 1760 à Nicolo dell' Abbate, élève du Primatice. Les vers sont de Ronsard. » Cette dernière aflïrmation vient-
I 1-2 NOTES. T. VI, P. fl^-^'If.
elle de Joly, ou de Leprince, ou de Caylus? Il est difficile de le savoir. En tout cas nous y voyons une erreur. Car le portrait de François I'^'' que Niccolo dell' Abbate avait peint à Fontainebleau en costume allégorique, symbolisant à la fois Minerve, Mars, Diane, l'Amour et Mercure, ainsi que l'explique le huitain souscrit, remonte à une époque où Ronsard ne faisait pas encore de vers. Au surplus la facture de ce huitain aurait dû le faire attribuer bien plutôt à Cl. Marot ou à. Mellin de Saint-Gelais.
P. 513. Vers latins. — Claude Binet en parle ainsi dans la troisième édition de sa Pie de Ron/ard : « En fa première ieuneffe il s'eftoit addonné à la Mufe latine, & de fait nous auons veu quelques vers latins de fa façon affez pafTiibles, comme ceux qu'il addreffe au Cardinal de Lorraine, & à Charles Euefque du Mans & Cardinal de Ramboiiillet, & les Epigrammes contre quelques miniftres, & le Tombeau du Roy Charles IX, mais qui montrent par quelque contrainte forcée, ou qu'il n'y eftoit point entièrement né, ou qu'il ne s'y plaifoit pas : auih n'en auoit-il continué l'exercice, pour efcrire en noftre langue. » — On remarquera que Binet parle des Epigrammes contre les ministres protestants comme s'il y en avait plusieurs, alors qu'une seule nous est parvenue. D'autre part il ne semble pas avoir connu la pièce Ad Tulleum, restée manuscrite jusqu'au xix^ siècle. Cela fait en tout soixante-sept médiocres vers. Quant à ceux que Ronsard composa « en fa première ieunefiè » et dont il :ious parle lui-même sans le moindre enthousiasme (voir t. V, p. 177; t. VI, p. 130), il n'en est rien resté. Cf. H. Chamard, Revue d'Histoire littéraire de la France, 1899, p. 34; P. Laumonier, Ronsard poète lyrique, pp. 15 à 17.
P. 515. In p. Ronsard vm. — Ces vers, qui ont pour auteur un pasteur de Genève, avaient paru sous un autre titre à la suite de la première Rejponfe de B. de Mont-Dieu (cf. note du t. V, p. 394). Ils reparurent avec la réplique de Ronsard en avril 1563, à la suite de la Refponce aux iniures & calomnies, exactement après le Recipe (voir tome VII, p. 25). La réplique de Ronsard était suivie de cette pièce anonyme, attribuée à Dorât (le début en est cité par Montaigne au livre 1 1 de ses Essais, cliap. xii) :
IN LAVDEM RONSARDI.
Illifos fluclus rupes vt vajla ref audit, Et varias circuvi latrantes dijfipat vndas Mole fiia : Sic tu tact ta grauitate minutos Frangere debueras ijlos, Ronfarde, Poëtas Nominis ohfcurî, audaces difcrimine nullo,
NOTES. T. VI, P. fIf-ÇlÔ. 113
Qui tecum certaJlJe putant, prcechrius oiinics Quant vicijfe parcs, fed pojlquavi non ita vifuni, Vtque parens puero interduin doâufque magijler Rejpondent blandè illudentes vana loquenU, Sic tu ctiaiii infano vis rejpondcre Poëta? Quatinis illc tua dignuni nil proférât ira? Cygne vlnlaui nec dedignaris candide nigram : Eia âge, fed catulo adlatranti feu frémit ingens Ore Léo, exertuni fuhitb nec coniicit vnguem, Sic tu etiain viiferuin fermone illudc minaci Tanlum, terrifica vibres liée fulmina lingua. Sut Ronfarde tihi,fatfit memoraffe fuperbi jEolide pœnas qui non iiiiitabile fuhneii, Elide, duin Jîmulat démens, ejl turbine prceceps Iiiniiani trijîes Erebi detrufus ad vinbras, Sic tibi tain charuin caput hoc quicunque laceffet, Phcebe, perire finas, Lauri nec facra corona Illius indoâani frontem, fi forte reuincit, Ingraium feruet, ncfcit qui parcere Lauro. Les trois pièces latines reparurent dans les éditions collectives de Ronsard de 1567 à 1573, mais furent supprimées en 1578.
Comme on sait, les adversaires de Ronsard ne se tinrent pas pour battus et répliquèrent en septembre 1563 par la Seconde Rejponce de F. de la Baronie... plus le Temple de Ronfard... Or, à la fin de ce dernier pamphlet, on lit ces lignes relatives aux vers latins anonymes que nous venons de citer : « Meflire Pierre mon amy,... vous pouuez communiquer ce Temple à voftre maiftre le Limofin, afin que Agnofcat mores ille legatque fuos, le remerciant de noftre part de ce qu'il a pris la peine de défendre fon difciple : vous luy direz que les grenouilles (qui font des long temps la guerre aux rats de fon pays) n'ont pas efté fi grues, qu'ils n'ayent bien cognu le mafque de fa patte. Ce qui n'a pas eflé fans crier Au rat, au rat... » Noter le jeu de mots de cette dernière phrase sur le nom latin de Dorât (Auratus).
P. 516. Ad Carolvm Lotii aring vm. — Ce distique se lit à la suite du poème Le Procès, composé avant la mort du cardinal de Tournon (avril 1562), mais publié seulement en avril 1565 (voir tome III, p. 268). On le retrouve dans les éditions collectives jusqu'en 1573 inclus. 11 est suivi lui-même, dans le ms. fr. n° 4897 de la Bibl. nat., de ce distique Ad Ronfardum :
Mufaruni Ronfarde deciis, fine vincere Carlum, PoJ) fiin nain vincens fata fuperfies erit.
114 NOTES. T. VI, P. py-yiS.
p. 517. Ad Carolvm Agenorevm. — Cette pièce parut en tête des Difcours fur les Mifcres de ce temps dans l'édition collective de 1567 (t. VI, ft 4 r"), et fut supprimée en 1584, Elle est adressée à Charles d'Angennes, évêque du Mans, qui avait succédé dans cet évêché au cardinal Jean du Bellay en 1556. Pour le flatter, Ronsard le fait descendre d'Agenor, héros troyen tué par Pyrrhus. Cf. la Rejponce aux iniures (tome V, p. 413) :
l'honore mon Prélat des autres l'outrc-pajfe, Oui a pris d' Agenor fon furnoin & fa race.
On sait que Couture, paroisse natale de Ronsard, dépendait pour le spirituel de l'évêché du Mans, où le poète avait été tonsuré en 1543. Il était d'ailleurs curé commendatairc d'Évaillé au Maine depuis 1555.
P. 517. Régis Cauoli IX Epitaphivm. — Ces quatre vers hexamètres ont paru à la suite d'un sonnet de Ronsard dans le Toniheau du feu Roy trefchrejîicn Charles IX (Paris, Féd. Morel, s. d. [1574]). Comme ils ont été conserves dans toutes les éditions collectives, nous les avons réimprimés à la place qu'ils occupaient en 1584 (t. V, p. 246). Mais nous avons cru devoir les répéter ici. On remarquera qu'ils sont inspirés par la devise de Charles IX : Pietate & lujlitia, comme le quatrain français du tome VI, p. ^197.
P. 518. Ad Tvllevm primvm rR;i:siDEM. — Cette pièce en vers hendécasyllabes a été conservée par P. de l'Estoile (édition Brunet, XI, 294) avec cette mention finale : P. Ronsardus (ex auiographo). On la trouve aussi aux manuscrits de la Bibliothèque nationale dans la collection Dupuy, vol. 837, p. 248, avec cette mention finale : Ronsardi manu, ce qui veut dire non pas que l'on possède le manuscrit de Ronsard, mais que la copie a été faite sur son manuscrit, comme celle de L'Estoile, car elle est de la même main que les autres pièces du recueil Dupuy. D'après Blanchemain, le Tulleus auquel le poète s'adresse serait le premier président Christophe de Thon. Pourtant tous les auteurs de son Tombeau l'appellent en latin Tbuanus, sauf Cl. Binet, qui adopte la forme Thons (Paris, Mamert Pâtisson, 1583; sa mort remonte au i*' novembre 1582); et son fils, l'historien, traduit également son nom par Thuanus. Mais la famille de Thon prétendait descendre des comtes de Toul. Il est donc probable, comme le pense Blanchemain, « que Ronsard par une adroite flatterie aura choisi un nom latin se rapportant à la fois à cette origine prétendue et au nom de TuUius Cicero ». Ajoutons que Christophe de Thou avait épousé une Jacqueline de Tulleu {Dictionnaire de Moréri).
NOTES. T. Vil, P. 3-8. 11^