TOME VII
p. 3. Av LECTiîVR. — Sur les prétentions de cette préface et les protestations qu'elle souleva dans le camp des Rhétoriqueurs et des survivants de l'école de Marot, voir mon Ronsard poète lyrique, Introduction, pp. xxiii à xli.
P. 4, ligne 14 : i'allai noir les étrangers,.. — C'est-à-dire : « Je me mis à étudier les poètes grecs, latins et italiens », et non pas : « Je voyageai dans les pays étrangers ».
P. 4, ligne 17 : de la uiilgaire poëfie... — C'est-à-dire : « de la poésie française » (opposée aux vers latins et grecs contemporains).
P. 4, ligne 29 : feruans de témoignage... — C'est-à-dire : « offrant par ce défaut une preuve de leur ancienneté ». Pour tout ce passage, voir le tome VI, pp. 71, i3o-i'58 et les notes,
P. 4, ligne 30 : Depuis... — C'est-à-dire : « Depuis l'époque où je commençai à composer des odes horatiennes », et non pas : « Depuis l'apparition de cette ode ». Cette phrase fait allusion aux publications de Peletier (Œuvres poétiques, 1547) et de Du Bellay (Vers lyriques et Recueil de poésie, 1549).
P. 8, ligne 2 : le iujle poix de leur granité... — Sur cette importante question, voir Ch. Comte et P. Laumonier, Ronsard et les Musiciens du xvi° siècle, dans la Revue d'Histoire littéraire, 1900, pp. 341 à 381 ; J. Tiersot, Ronsard et la Musique de son temps (Paris, Fischbacher, 1902, in-8°; tirage à part des volumes trimestriels de la Société internationale de musique, année iv, cahier i); P. Laumonier, Ronsard poète lyrique, pp. 85 et suiv., 675 et suiv,, 715 et suiv. On consultera encore avec profit M. Brenet, Claude Goudimel, dans les Annales franc- comtoises, 1898; Notes sur l'histoire du luth en France, dans la Rivista Musicale Italiana, t. V et VI (1898-99); H. Expert, Les Maîtres musiciens de la Renaissance française (Paris, A. Leduc, 1894... en cours de publication).
P. 8, ligne 10 : ces famé us Sciamaches... — Ronsard doit ce mot, non pas à Rabelais, comme l'a cru L. Eoulet (Revue d'Histoire littéraire, 1907, p. 134), mais à Budé, Annolationes in Pandectarum libros (éd. S. Gryphe, 1546, p. 351). Il entend par là les poètes qui, comme Mellin de Saint-Gelais, s'escrimaient seulement à l'ombre de leur cabinet (umhratilis pugiiator), au lieu de combattre an grand jour par la publication de leurs œuvres.
ii6
NOTES. T. Vil, P. 9-14.
P. 9, ligne 3 : Meigrel... — Sur ce réformateur de l'orthographe, voir F. Brunot, Histoire delà langue française, t. II, pp. 95 et suiv. — Ronsard s'adresse à lui dans une ode de 1550 De la coniialefcence de loachim du Bellay, leur ami commun (t. II, p. 281); et Du Bellay le nomme avec honneur dans la Deffence, II, vu (éd. Chamard, 1904, p. 268), et à la fin de la deuxième préfoce de VOliue.
P. 9, ligne 5 : fans raiicrliffewent de mes amis... — Au premier rang des amis qui ont dissuadé Ronsard d'adopter, au moins dans son intégralité, l'orthographe de Meigret, on doit compter Du Bellay, qui l'avait rejetée, bien qu'il la trouvât rationnelle, et avait donné à la fin de la Deffence le motif de sa décision (éd. Chamard, pp. 346-347)-
P. II, lignes 27, 28, 30 : collercr... de feruir... l'éguillon... — On lit collererer... deferuir... l'êcjuillon. Nous avons corrigé ainsi que l'ont fait les éditeurs des Pièces retranchées en 1617 et en 1623; on lit d'ailleurs/^ colère à la page suivante.
P. 12, ligne 21 : qu'il leur plaijl... — On lit qu'ils leurs plaijl. Corrigé d'après la graphie de la p. 8, ligne 15.
P. 13. SvRAVERTissEMENT AV LECTEVR, — Ce Surauertiffement ne se lit que dans certains exemplaires de l'édition princeps des Quatre premiers Hures des Odes, ainsi que le Privilège royal daté du 10 janvier 1549 (1550, n. s.). On le chercherait vainement dans les anciens recueils des Pièces retranchées et dans l'édition Blanchemain. C'est M. Louis Froger, possesseur d'un de ces exemplaires, qui l'a réédité pour la première fois (Les Premières poésies de Ronsard^ 1892, p. 30), et a bien voulu collationner derechef le texte que nous donnons. Un autre exemplaire fait partie de la bibliothèque de M. Abel Lefranc. Cf. Revue d'Histoire littéraire, 1902, p. 45; 1903, p. 274.
P. 14, ligne 3. — Cf. Théocritc, Epigr. xxii, 4, texte des anciennes éditions. Ronsard a toujours eu un faible pour les termes dialectaux et n'a cessé d'en préconiser l'usage pour enrichir la langue littéraire; voir son Abhregé de l'Art poétique (1565) et la troisième préface de la Franciade. Toutefois ces deux œuvres contiennent sur ce point un important correctif à la déclaration du Surauertijfement de 1550 (voir t. VII , pp. 48-49 et 94-96) ; et en fait Ronsard, dès 1555, a éliminé peu à peu de son œuvre certains termes qui, au gré de la Cour, sentaient trop le terroir vendômois. Cf. L. Froger, op. cit., pp. 32-33, 103-105.
P. 14, ligne 33 : fe finiffant en mue... — Cf. Ch. Thurot, De la prononciation française (1883). t. II, pp. 348 et 509. On prononçait
NOTES. T. Vli, P. 16-20. 117
hinne bien avant Ronsard. Jean Marot fiait rimer hymne avec divine et condigne (Entrée de Louis XII à Milan). Cf. l'italien inno. Ronsard n'a donc fait qu'adopter une graphie phonétique.
P. 16. Livre de Meslanges... — On ne connaît qu'un exemplaire de l'édition princeps de ce recueil musical, publié en 1560 à Paris, chez A. Leroy et R. Ballard, in-4'' oblong. 11 est à la liibliothèque de Berlin (cf. R. Eitner, Bibliographie der Mnsiksaminelwerke des XVI. und XVII. Jahrhiinderts, Berlin, Liepmanssohn, 1877, in-8°). Nous n'avons pu, à cause de la guerre, avoir une copie de la préface de Ronsard qui l'accompagne; mais nous en avons donné le texte d'après la réédition de 1572, intitulée : Mellange de Chaiifons tant des vieux autheurs que modernes, à cinq, fix, fept & huiit parties (chez les mêmes éditeurs), dont notre Bibliothèque nationale possède le Superius avec la préf:ice de Ronsard (Rés, Vm7 660). — D'ailleurs la différence entre les deux textes est peu importante : en 1560, c'était François II qui recevait, comme protecteur éclairé des musiciens de son règne, les mêmes louanges que notre poète devait décerner douze ans plus tard à Charles IX, mais c'était alors à Arcadet qu'il attribuait, parmi les artistes contemporains, la place d'honneur où il f^iit figurer en 1572 « le plus que diuin Orlande » (voir la note suivante). Eu 1560 le recueil contenait cent vingt chansons, comme il est dit au titre; en 1572 il en contient cent quarante-huit, dont la plupart, de forme archaïque et populaire, remontent à Cl. Marot et au delà. Ronsard n'y figure que pour cinq pièces : la chanson Douce maitrejfe touche (musique de Millot), les sonnets Amour me tue (musique de Goudimel), bi je Irefpaffe (musique de Millot), Rojfignol mon mignon (musique de Claude le Jeune), Que dis-tu, que fais-tu (musique de Gardane). Cf. Ch. Comte et P. Laumonier, Ronsard et les Musiciens du xvi° siècle, dans la Revue d'Histoire littéraire, 1900, pp. 341 et suiv., surtout 352-353; J. Tiersot, Histoire de la chanson populaire en France (1889), pp. 432-433, et Ronsard et la Musique de son temps (Paris, Fischbacher, 1902, in-8").
P. 20. Certon, Arcadet... — En 1560 ou lit après le nom de Certon : « Et de noftre temps Arcadet, lequel ne cède en la perfedion de cet art, aux anciens, pour eltre infpiré de ion Apollon Charles Cardinal de Lorraine. » Cet éloge d' Arcadet remplaçait alors toute la phrase suivante, où Orlande eft porté aux nues. C'ell que le musicien belge Roland de Lassus, ou de Lattre (dont le prénom italianisé en Orlando s'est francisé en Orlande), n'arriva qu'en 1571 à Paris, où sa réputation le fit accueillir avec les plus grands lionneurs par les musiciens français. C'est l'éditeur Adrien le Roy
Il8 NOTES. T. VII, P. 21-26.
qui l'hébergea et le présenta à Charles IX, comme il le raconte lui-même avec fierté dans une préface latine écrite pour un premier recueil de la musique de son hôte, qu'il pubha aussitôt après : Primns lihcr inodulonun (1571). A partir de ce moment jusqu'à la fin du siècle, les recueils d'Orlande sont imprimés et réimprimés sans interruption. Henry Expert a transcrit en notation moderne le premier fascicule des Meflanges d'Orlande de LaJJ'us de 1576 (Maîtres viusicîens de la Renaissance française, Paris, Leduc, 1894).
P. 21. Epistre. — Bien que cette Épître, qui fut conservée dans toutes les éditions de Ronsard, figure déjà au tome V, p. 394, nous avons cru devoir la reproduire ici dans sa rédaction primitive, ainsi que l'Épître suivante, parce que ce sont des réponses à des pamphlets, et qu'elles ont avant tout une valeur historique. Voir les notes au tome VII, pp. 549-550.
P. 24. AVX BONS HT F ID ELLES MEDECINS... — Cette épîtrC
se trouve au ft 24 v" de l'édition princeps de la Rejponce aux inîures. Ronsard y répond à Zamariel et à de Mont-Dieu, qui l'avaient ainsi raillé au verso du titre de leur triple pamphlet : « ... Cepend;int, pource que tu monftres par figues treleuidens que tu es fort malade de la tefte, & que fi tu mourois fi toft, la France perdroit vue partie de fon pafletemps : ie t'enuoye ces trois pillules, que tu prendras & digéreras le mieux qu'il te fera poflible, comme vn preparatif en attendant que l'Anticyre t'enuoye autant d'Hellébore qu'il eft requis pour purger ton cerueau. A Dieu, Meflire Pierre. »
P. 25. — A la suite du Recipe venaient encore trois pièces de vers latins, qui ne furent supprimées qu'en 1578 : 1° In P. Ronfardiini rana lemanicolce coaxatio; 2° P. Ronfardi rejponfum; 3° In laudem Ronfardi. On trouvera les deux premières au tome VI, p. 51 ), et la troisième dans la note y afterente.
P. 26. Les trois livres du Recveil des Novv elles Poésies. — On ne connaît que la seconde édition de ce recueil, dont un exemplaire est à Paris, à la Bibliothèque de l'Institut (Q.. As 116). Mais il est certain que l'édition princeps a paru dans le courant d'octobre 1563, et la seconde édition peu de temps après, au début de l'année 1564. Pour les preuves et le jugement d'ensemble sur ce recueil, dont l'inspiration contrastait si fort avec les œuvres de polémique prcccdentcs, voir mon Ronsard poète Ixrique, pp. 207-214.
P. 26. Epistre av lectevr. — Cette lipijlrc servait de préfiice au Recueil des Nouuelles Poëfies. Quand Ronsard répartit le contenu de ce recueil en différentes sections de son édition collective de 1567 (Amours, Pocvies, Sonnets, Hymnes, Elégies), il con-
serva isolément VEplJlre an Icâcur dans la section des Difcoiir^ fur les viiferes de ce temps, à son rang chronologique, où on la retrouve encore en 1571 et 1573.
P. 26, ligne 3 : m'aiioient voulu calov.inicr... — Allusion aux deux Difcours des Miferes de ce temps, à la Rcmonjlravce au peuple de France et à la Rejponce aux îniures & calomnies, pièces publiées les trois premières en 1562 et la quatrième en avril 1563.
P. 26, ligne II : ces nouucaux rimajfeurs... — Les « nouueaux rimafîeurs », auxquels Ronsard répond dans cette épître, sont les auteurs des nombreux pamphlets publiés contre lui de mars à octobre 1563, et énumérés plus loin (VII, p. 31), Il prend plus particulièrement à partie ceux d'une plaquette qui avait paru en septembre sous ce titre : Seconde Rejjwnje de F. de la Baronie à MeJJtre Pierre de Ronfard, Prejlre-Gentilhomme Vandomois, F.nefqne futur. Plus h Temple de Ronfard oit- la légende de fa vie eft hriefiemeni defcrite (Bibl. nat., Rés. Ye 1027). Suivant l'opinion générale, que confirme une étude attentive de ce double pamphlet et de VEpiJlre au leâeur de Ronsard, l'auteur de la Seconde Rejjionfe est Florent Chrestien, le « chrefticn reformé -> ; et l'auteur du Temple de Ronfard (du tout ou d'une partie) est Jacques Grevin, le « ieune drogueur », Blanchcmain a reproduit le Temple de Ronfard au tome VII de son édition du poète, mais il aurait dû l'insérer, non pas avant la Rejponce aux inlures & calomnies, mais avant VEpiJlre au leâeur, à la p. 136. Cf. mon édition critique de la Vie de Ronsard, pp. 152 et suiv., 213, 217 et suiv.
P. 27, ligne I : Ils diront que ie J'uis vn magnifique vantcur... — Allusion à ce passage de la Seconde Rejponfe de F. de la Baronie :
Penfes tu pour remplir vn liure de hrauade.
Pour dire que tu peus nous faire vne Iliade,
Pour hauffer ton fonrcy, & enyurè d'orgueil
T'ajfeurer qu'en la France on n'a pas ton pareil.
Nous ejlonncr? Ainfi le frerc Laconique
Du cheualier Cafor deffit le grand Aniyquc,
Amyque grand géant qui faijoit le hragard,
Et penfoit ejlonner Poilu x de fon regard. Ce combat entre PoUux et Am5'cus est raconté par Apollonios, Argcnaut., II, début, et par Ronsard, Phimw de Pollnx 6" Cajlor (t. IV, pp. 279-293).
P. 28, ligne 25 : la complaiucîe que i'ay n'agucres efcrile à la Royne... — Il s'agit de la Complainte à la Royne viere du Roy, qui parut sous ce titre dans le Recueil des Nounelles Poëfies (voir au tome III, p. 287, et le passage sur l'abandon de la Franciade,
p. 294). Depuis longtemps Ronsard avait fait un vain appel à la générosité du roi et de son entourage à propos de la Franciade. Voir notamment deux pièces qui parurent en 1555 dans la troisième édition des Odes (dédicace à Henri II, fin, et prologue du troisième livre, au tome II, pp. 75-76, 231-236), une Epilre an- Cardinal de Lorraine, qui date de 1556 (au tome VI, p. 287), et l'élégie de la Promejfe, adressée encore en 1563 à la reine mère (au tome IV, p. 117). Cf. Ronsard poète lyrique, pp. 147-150, 179-181 et 213.
P. 29, ligne 28 : ie vie donner ay bien garde de forcer ma complexion pour leur plaifir... — Allusion à l'apologue des deux boîtes par lequel le poète grec Simonide cherchait à justifier sa cupidité (Stobée, Florilège, X, 39). Ronsard s'en était servi pour son propre compte en 1559 dans la Snitc de l'Hymne du Cardinal de Lorraine. Ses adversaires, partant de là, comparaient son avarice à celle de Simonide. Ce reproche le toucha plus tard, car il retrancha en 1578 le fameux apologue, dont il se prévalait encore en 1565, et sacrifia la pièce entière en 1584 (voir tome VI, p. 326, et le texte cité en note, au t. VII, pp. 69-71).
P. 30, ligne 8 : ie les ay appelle:;^ apranlis & difciples de mon cfcollc... — Voir au tome V, pp. 425-426, la Rejponce aux iniurcs 6" calomnies. Ronsard développe sa pensée plus loin, après la citation de Théocritc.
P. 31, ligne 5 : & mille autres tels fatras... — Pour tous ces pamphlets écrits en 1563 contre Ronsard, cf. L. Pinvert, thèse sur Jacques Grevin (Paris, Fontemoing, 1898) et P. Perdrizet, Ronsard et la Réforme (Paris, Fischbacher, 1902), études fort intéressantes, mais défectueuses au point de vue de la chronologie.
P. 32, ligne 15 : S'armer du nom de Dieu... — Chose curieuse, alors que Ronsard retranchait de ses Œuures en 1578 toute cette Epijlre au leâeur, il y laissa subsister ce sonnet à la p. 128 du tome VI, sans signature, entre deux pièces de lui et avec ce titre à la table des matières : Sonnet de la perfcâion de Théodore de Be^e, comme s'il avait voulu le prendre à son compte; si bien que l'éditeur de la Mufc chrefiienne de 1582 recueillit ce sonnet comme une œuvre de Ronsard (Paris, Gervais Malot, sonnet 81). — Il est probable que Florent Chrestien et Ronsard étaient déjà réconciliés lorsque parut l'édition collective de 1578 (achevé d'imprimer 6 février), ce qui explique la disparition de VEpiJlrc au lecteur. Mais, que Ronsard ait poussé la bienveillance à l'égard de son ancien adversaire jusqu'à endosser la paternité de ce sonnet après avoir déclaré formellement de 1563 à 1573 qu'il était l'œuvre d'un autre, cela paraît peu vraisemblable. Je crois plutôt à une erreur de son
NOTES. T. VII, P. p-38. 121
imprimeur, car le sonnet disparut définitivement de ses Œiiuies en 1584.
Au reste, FI. Chrestien dans sa réplique ne s'est pas contenté de désavouer ce sonnet; il a en outre accusé Ronsard de l'avoir travesti pour les besoins de sa cause, en substituant dans le dernier tercet les mots mauiiaife et Théodore de Be:{^e à ceux qu'on y lisait primitivement : humaine et Charles de Lorraine, et il en donne pour preuves que le dernier vers ainsi falsifié est trop long d'une syllabe et que le cinquième vers ne peut s'appliquer à un ministre de la religion réformée {Apologie on deffenje d'vn homme chrcjlicn pour itiipofer filence aux faites reprehenfions de M. Pierre Ronjard foy dij'anl non feulement Poëte, mais aufji viaijîre des Poetajlres, par laquelle l'auâeur re/pond à vue Epijlre fecretement viife au deuant du Recueil de fes Nonuelles Poëfies. S. 1., 1564, plaquette in-4° en prose de 16 fts non chiffrés, dont un blanc. — Bibl. nat., Rés. pYe 173, et Bibl, Sainte-Geneviève, 4" Z 1034, pièce 18).
P. 32, ligne 28 : C'ejl la perfeâion... — Quoi qu'en ait dit Fauteur de V Apologie (voir note précédente), ce vers n'est pas trop long d'une syllabe. Il y a syncope des deux voyelles consécutives dans Théodore, comme ailleurs (t. VI, p. 505) dans Théologie.
P. 34, ligne 33 : les ioyeufes faillies de Tony on du Grefier... — Tony et le Grefier sont deux fous de cour, que Ronsard a encore nommés, avec un troisième. Caillette, dans la Re/ponce aux iniures (tome V, pp. 403 et 429). On les retrouve, avec un quatrième, Brusquet, au 42'' des Sonnets exoteriques de G. -M. Imbert. Cf. Dreux du Radier, Récréations historiques... avec l'histoire des fous en titre d'office (La Haye, 1768, 2 vol. in-i2) et A. Canel, Recherches historiques sur les fous des rois de France (Paris, A. Lemerre, 1873).
P. 35, ligne 4 : ce ieune Drogueur (duquel la vie ne fera point manuaife defcrittej... — La parenthèse contient une allusion au titre complet du Temple de Ronfard (voir ci-dessus note de la p. 26). P. 35, ligne 10 : J'ans le commandement des plus Grands qui ont cxprejfement deffendn les libelles... — Allusion à une ordonnance de Charles IX, du 10 septembre 1563.
P. 36, ligne 23 : ic ne veux commenter... — 11 s'agit de la Seconde Rejponfe de F. de la Baronie (voir ci-dessus note de la p. 26).
P. 36, ligne 32 : Bien que iamais le n'ay heu dedans l'eau... — 11 s'agit du Sonnet à Ronfard imprimé en tête de la Seconde Rejponfe de F. de la Baronie. On trouvera la réplique à la ciitique de ce sonnet dans V Apologie ou dcffenfe d'vn homme chrejlien, signalée plus haut, note de la p. 32.
P. 38, ligne 24 : la jplendeur des fept ejloilles de la Pléiade... —
Ronsard. — VIII. II
Ce passage nous fixe sur la vraie valeur historique du terme de Pléiade appliqué à l'école de Ronsard. Ce ne fut primitivement qu'une métaphore, et non pas une appellation réelle, courante, ayant un caractère officiel ou simplement public. Bien mieux, cette métaphore ne remonte pas au delà de 1536, Ronsard est le seul à l'avoir employée parmi les poètes dits « de la Pléiade », et il ne l'a employée qu'une seule fois : c'est dans VEJcgie à Christophlc de Choifeul, publiée en tête de VAnacreon de R. Belleau au mois d'août 1556. Là Ronsard s'était contenté d'assimiler métaphoriquement sept poètes français à la Pléiade alcxandrine contemporaine des premiers Ptolémées (voir au tome V, p. 185). L'expression que Ronsard emploie dans son Epijlre au Iccleur de 1563 « Il me louuient » et l'explication qu'il y donne du sens du mot Pleiadc sufHraient à prouver que cette appellation n'était pas généralement connue et que par conséquent elle ne servait pas encore à désigner l'école de Ronsard. Ce sont les poètes huguenots qui, raillant cette métaphore de Ronsard comme un témoignage de son orgueil, la répandirent à partir de 1565; si bien qu'on finit par la lui appliquer sans moquerie, à lui et aux poètes catholiques de sa « volée » qui « s'étoient fait apparoiftre comme grandes eftoilles » (expressions de VEpiJïre an Iccleur, p. 35). Sur la fortune du mot Pléiade, qui même à partir de cette date ne fut pas très répandu, tandis que celui de Brigade désigne couramment l'école de Ronsard durant toute la deuxième moitié du xvi® siècle, voir mon édition de la Vie de Ronsard, pp. 219 et suiv.
P. 41. Elegicis, Mascarades et Bergerie. — Sur le contenu, l'inspiration de ce recueil et les raisons qu'eut Ronsard de le dédier à la reine d'Angleterre Elisabeth, voir Ronsard pocle lyrique, pp. 214 et suiv.
P. 41, ligne 7 : deux Royaumes fi voyfins & fi florljj'ans... — Le traité de Troyes entre l'Angleterre et la France fut signé le 12 avril 1564. Mais, comme les hostilités avaient cessé des 1563 après la reprise du Havre par les catholiques et les protestants français réconciliés, et que d'autre part Ronsard n'a pas rédigé sa dédicace avant juillet 1565, on comprend qu'il parle déjà de « deux ans » de paix.
P. 43, ligne 17 : les loujïes, Tournoys, Coinhal:^, Carleli, & Mafquarades... — Voir quelques spécimens de ces pièces au tome III, pp. 458-478.
P. 43, ligne 30 : afin aujfi que mon nom & labeur... vous foicitl pour iamais treshumhlement recommande^. — Binct raconte dans sa Vie de Ronfard (texte de 1597) que le poète reçut de la reine Élisa-
bctli « vu dicimant d'excellente valeur ». Ce fut probablement en retour de cette flatteuse dédicace et des trois poèmes non moins flatteurs adressés dans le même recueil à Elisabeth, à son favori Diidley et à son secrétaire Cccil (voir tome III, pp. 242, 253 et 306; dans l'édition de 1584, le deuxième de ces poèmes est dcdié à l^Hsabetli comme le premier). Le volume avait été présenté à la reine dans les derniers jours d'août 1565 par notre ambassadeur M. de Foix, comme en témoigne une lettre qu'il écrivit au secrétaire Cecil le 23 de ce mois (Papiers d'Étal, Londres, Record office). — C'est probablement à ce moment-là, et par le volume de Ronsard, que le goût des « mascarades » s'introduisit à la cour d'Elisabeth.
P. 44. Abbrugé de l'Art poï; tique François. — Cet Ahhregé parut d'abord à part chez G. Buon, in-4'^ de 14 feuillets (Bibl. nat., Rés. Ye 202). Dans les éditions collectives (1567-1575) on le trouve à la fin du tome III. Il fut réimprimé à part en 1585 (Paris, G. Linocier, in-i6) précédé de distiques latins de Dorât et d'Edouard du Monin, et d'un sonnet d'A. Le Clerc (Bibl. nat., Rés. Ye 1216). Mais, outre que c'est une mauvaise copie de 1573, nous pensons que Ronsard n'}'' a pas participé.
P. 44. A Alphonce Delbene... — Alphonse Delbene, ou Del-Bene, historien et poète (i540?-i6o8), descendait d'une famille noble de Florence, réfugiée à la cour de France dans les premières années du xvi° siècle. Il était le deuxième iîls de Barthelemi Del- Bene, auquel Ronsard adressa une élégie en retour de deux odes italiennes (voir ci-dessus, tome VI, p. 26 et note). Pourvu en 1560 de l'abbaye de Hautecombe (qu'il abandonnera vers 1600 pour celle de Mézières en Bourgogne), il devint évêque d'Albi en 1588 {GaJlia christ., t. XVI, col. 483). Il laissa quelques ouvrages en prose latine sur les origines des princes de Savoie, celles de la famille de Hugues Capet, et sur l'ancien royaume de Burgondie, quelques poésies françaises, notamment une Prosopopce d'A. Turncbe (Bibl. nat., Rés. Ye 384), et une Avicdêide, dont le sujet est l'expédition d'Amédée VI, comte de Savojp, contre les Turcs en 1366 (le I" livre a été publié par A. Dufour, à Chambéry, chez Bottero, s, d.).
P. 45, ligne 3 : quand trop ouuertement on defcouiwoit la vérité... — Cf. Le Caron, Dialogues (Paris, J. Longis, 1554). Dans le dialogue IV, intitulé Ronfard on de la Poëfie, Le Caron fait dialoguer Ronsard et Jodelle, Pasquier et Fauchet, sur les sujets que doit traiter le poète, la nature de l'inspiration, le vrai sens des fables mythologiques, les inconvénients de ces mêmes fables. Ce dialogue témoigne de la très haute idée que Ronsard et ses amis se faisaient
du poète et de la poésie. Voir encore, pour ce passage et toute la page 45, l'ode de Ronsard A Michel de l'HoJpital (de la strophe 14 à l'épode 18), au tome II, pp. 135 à 140.
P. 45, ligne 21 : qu'ils ont apporté aux Libraires.. . — On lit Librairies dans les deux premières éditions (i 565-1 567).
P, 45, ligne ■^z : la leçon des bous & anciens antbeurs. — Opinion moyenne qui vient d'Horace (Epist. ad Pis., 408-411). Cf. Du Bellay, Deffence, II, chap. m (éd. Cliamard). Ailleurs, Ronsard, qui s'est mainte fois vanté d'être né poète, a insisté sur la nécessité de posséder « vue excellente félicité de nature » pour mériter vraiment le nom de poète. Mais aussi les pages abondent où il s'est glorifié de son labeur acharné d'humaniste et d'interprète des poètes grecs, latins, italiens et néo-lntins. Cf. Ronsard porte lyrique, pp. 291 et suiv., 340 et note 6.
P. 46, ligne 5 : viemora. Car les Mujes... — On lit : mcuiora. les Mu/es. Corrigé d'après les deux premières éditions (1565-1567).
P. 46, lignes 14-18 : Tu feras laborieux... bien peu de projet... — C'est ce qu'il a fait lui-même avec un esprit de sacrifice digne de tous éloges, que l'on a même parfois trouvé excessif. Cf. Ronsard poète lyrique, pp. 271-^86.
P. 46, lignes 18-25 • -^'^ conuerferas... les plus expers en ce mejlicr... — Cf. ce qu'il dit ailleurs de la consultation du public et surtout de celle des amis (première préface des Odes de 1550 et préfaces de la Franciade de 1572 et 1573; voir tome VII, pp. 8, 72 et 73). Cf. Du Bellay, Deffence, II, ch. xi (éd. Chamard, p, 303).
P. 46, lignes 28-33 : tu puijfes facilement... au vieil langage Romain... — Il s'agit de Barthelemi Del-Bene, auquel Ronsard adressa vers la fin de sa vie une élégie très élogieuse. Voir t. VI, p. 26 et note. Dans une lettre de Passerat à Ronsard, son nom est écrit d'Elbene (voir t. VII, p. 124).
P. 47, ligne 2 : qu'elle t'ejl maternelle... — Le père d'Alphonse Del-Bene, marié à une fille de Giuliano Buonaccorsi, trésorier de France, avait été naturalisé Français le 23 juin 1533 (Actes de François /''% tome II, n° 5978). fCf. Emile Picot, Les Italiens en France au xvi" siècle, tome I, pp. 88-89.
P. 47, lignes 16 et suiv. : Nous auons aujfi vue certaine ccefurc... — Il s'agit ici de l'élision de l'e muet final devant un mot commençant par une voyelle, à n'importe quelle place du vers; cf. p. 54. La règle de la coupe féminine (« fafcheux & rude geôlier », dit Du Bellay dans la Deffence, II, ch. vu) n'en est qu'un cas particulier; elle est due au rhétoriqueur Jean Lemaire, qui l'apprit à Clément Marot. Cf. Ronsard poète lyrique, p, 765.
NOTES. T. VII, P. 47-48. I2f
P. 47, lignes 20-34 : à mon imitation... la trace du premier... — Dans l'édition princeps Ronsard avait dit plus modestement et plus justement : « A l'imitation de quelqu'vn de ce temps... » Sur cette ligne et les suivantes, voir Ménage, Ohfeniations fur les poefies de Malherbe, 1666, p. 401. Mais il ne faut pas confondre, comme il l'a fait, les deux règles que Ronsard distingue ici très nettement (sauf le mot chanson appliqué à des poésies qui ne sont pas strophiques) : i" la loi de l'alternance dans les vers à rimes plates ou suivies ; 2° la loi de la régularité strophique intégrale dans les vers lyriques proprement dits. Au reste il présente l'une et l'autre comme exigées par la musique (cf. tome VII, p. 60, Des autres vers en gênerai). Sur la genèse de ces règles et la part que Ronsard a prise à leur établissement définitif, voir Ronsard poète lyrique, 5^ partie, surtout les pp. 669-685 et 'jSG-jGc).
P. 48, lignes 1-3 : tu les tourneras à la terminai/on Françoife... — Ronsard résume ici une page de Du Bellay, Deffcnce, II, ch. vi (éd. Chamard, pp. 254-256). Il reviendra plus loin sur cette transcription des noms propres, en donnant des exemples comme son ami (t. VII, p. 64).
P. 48, lignes 3-5 : Tu. ne dois rcietter... — Ici encore Ronsard reprend un conseil de la Deffence, II, ch. vi (éd. Chamard, pp. 257-260). II y reviendra plus loin (t. VII, p. 64) et dans la troisième préface de la Franciade, où il semble regrevter l'absence d'un lexique de nos anciens romans (t. VII, p. 98).
P. 48, lignes 5-19 : Tu pratiqueras... victorieux du temps... — Après l'enrichissement de la langue, celui du style. L'introduction des termes techniques dans la poésie est un des points capitaux du programme de la Pléiade. Ronsard reprend encore ici un conseil de la Deffence, II, ch. xr (éd. Chamard, p. 303). Il y reviendra dans la troisième préface de la Franciade (tome VII, pp. 87-88 et 92). Pour l'application de ce principe, voir par exemple les Stances du tome I, p. 232, et le début de la dédicace générale des Odes, au tome II, pp. 73-74. Cf. Marty-Laveaux, Langue de la Pléiade, I, 360-420.
P. 48, ligne () : & de là tireras... — On lit de là tirer. Corrigé d'après les deux premières éditions (i 565-1 567).
P. 48, lignes 19-30 : Tu fçaiiras... de bien parler... — Ronsard n'a jamais cessé de préconiser l'usage des dialectes provinciaux (voir tome VII, pp. 13-14, 94, 96 et notes). Sur ce moyen d'enrichir la langue littéraire au xvi^ siècle, voir Marty-Laveaux, Langue de la Pléiade, I, 352 et suiv. ; F. Brunot, Histoire de la Langue française, II , 174 et suiv,
P. 48, ligne 23 : fignîfians, & ne fefatit... — On lit fignifians, ne Je faut. Corrigé d'après l'édition princeps, qui présente cette variante : <( quand mefmement tu n'en auras point de fi bons ny de il propres en ta nation, cn: ne fe Riut foucier fi les vocables ibnt Gafcons... »
P. 49, ligne 14 : ejcriuijfent en la langue de leur pays naturel...
— On lit : efcrîuijfent leur pays naturel. Corrigé d'après l'édition princeps.
P. 49, lignes 15-18 : car les Princes... — Tel est le texte des éditions du xvi^ siècle. Or Ronsard a voulu dire le contraire, d'après le contexte et plusieurs passages de ses Œuvres où il exprime la même idée (voir par exemple tome V, p. 70, début du Satyre, et 252, fin). Aussi les éditeurs des Pièces retranchées, et à leur exemple Blanchemain, ont-ils renversé ainsi les termes de la phrase : « car les Princes ne doiuent eftre moins curieux d'eftendre leur langage par toutes nations, que d'agrandir les bornes de leur Empire. »
P. 49, lignes 18-23 : Mais anionrd'huy... — Le contraste est grand entre ces lignes et les préfaces des Odes de 1550, surtout le Snrauertijfement (t. VII, 3-15). Depuis cette époque, surtout à partir de 1553, Ronsard, sur les conseils de sçs amis L'Hospital. Jean Morel et autres, n'avait pas cessé de foire des concessions à la Cour, soit sur la question du style, soit sur la question du vocabulaire. Mais ce n'était pas sans regrets, témoin le ton de ce passage et le Caprice (t. VI, pp. 61-64). Dans la troisième préface de la Franciadc il cherchera à concilier son opinion personnelle sur les dialectes et celle des gens de Cour (t. VII, p. 96).
P. 49, lignes 25-28 : Et pour-ce que les liens... — Cette phrase n'existe pas dans l'édition princeps. Elle a été introduite en 1567, comme par dépit.
P. 50, lignes 12-24 : Quand ic te dy. . entendues d'vn chacun...
— Ronsard est revenu plus d'une fois sur cette idée toute classique qu'il tenait d'Horace, Ep. ad Pis., début. Cf. première et troisième préfiices de la Franciade (t. VII, pp. 67 et 78) et mon édition de la Vie de Ronsard, pp. 39, 197 et suiv.
P. 51, lignes 2-8 : de noi vioderncs... — Allusion à l'œuvre de Ronsard et de ses amis poètes, qui depuis 1549 avaient suivi dans ses grandes lignes la doctrine de la Deffence & IlUijlration de la Langue françoife, adoptant uniquement le français comme langue littéraire (sauf Dorât, auteur d'une foule de vers grecs et latins. Muret, auteur des Juvenilia, et Du Bellay lui-même, qui avait écrit à Rome ses Pohuaia). Cf. le passage contre les « latineurs » et « gré-
caniseurs » dans la troisième préface de la Franciade (t. VII, pp. 97-98).
P. 51, lignes 14-21 : non qu'il faille ignorer... ~ Ces deux phrases finales du paragraphe n'existent pas dans l'édition princeps. Elles ont été introduites dans l'édition de 1567. — Ronsard entend par « langues eftrangeres » le grec et le latin aussi bien que l'italien. Cf. la première préface des Odes et la troisième préface de la Franciade (t. VII, pp. 4 et 96-97).
P. 52, lignes 10-17 : Tu doihs fçauoir... entier & parfaiâ... — Cf. la première et la troisième préflice de la Franciade, t. VII. pp. 67 et 81.
P. 52, lignes 18-22 : Tu ne commenceras... — Cf. la troisième préface de la Franciade, t. VII, p. 90 : Tu noteras encore...
P. $2-53, ligne 25 : Les antres petite poefmes... & de nojlre nation... — L'aversion de Ronsard et de Du Bellay pour les simples versificateurs, qu'ils appellent ailleurs dédaigneusement des « rimeurs », est un des traits caractéristiques de leur école. C'est par là qu'elle se distingue surtout des deux écoles précédentes, celle des Rhétoriqueurs et celle des Marotiques. Cf. Deffence, II, ch. xi (éd. Chamard, pp. 305-318). Voir encore la troisième préface de la Franciade (t. VII, p. 80) et mon édition de la Vie de Ronsard, p. 40, note 7, et pp. 201 et suiv.
P. 53, ligues 8-22 : le te veux adnertir... — Sur les épithètes significatives, voir un développement analogue dans la Deffence, 1 1 , ch. IX (éd. Chamard, pp. 287 et suiv.). Voir encore la troisième préface de la Franciade (t. VII, p. 94).
P. 53, lignes 23-32 : Tu fuiras... — Cette réserve judicieuse à l'imitation des Italiens n'a pas empêché Ronsard d'user dû procédé qu'il condamne, même après la publication de VAhhregê. Voir par exemple au tome I, pp. T23, 124, 136, 155, 157. 158, 219, 225,
P. 54. De la ryme. — Sur ce paragraphe, cf. Du Bellay, Deffence, II, ch. vu (éd. Chamard, pp. 261-269). Tout en recomluandant les rimes exactes et sonores, les chefs de la Pléiade réagissent contre la superstition de la rime équivoque, chère à l'école des Rhétoriqueurs, et subordonnent la rime à la pensée et à son expression, bien avant Boileau. Mais Ronsard s'est montré plus large, ou moins scrupuleux, que Du Bellay sur cette question : non seulement il fait rimer souvent le simple et le composé, eu des mots identiques ne différant que par leur rôle grammatical (en quoi il suit la poétique de Sebilet), mais il se contente parfois de rimes approchées ou de simples assonances, telles que efonne ou
128 NOTES. T. Vil, P. ff-fS.
antonne et retourne (I, 156; VI, 284 et 403), septembre et pavipre (II, 59), perruque et offufque (IV, 281), defire et vitire (V, 321), rencontre et vionjïre (VI, 266). — Ronsard a d'ailleurs écrit et conservé dans ses Œnures une « ode sans rime » (voir t. II, p. 27$ et note; VII, 138). Sur les vers blancs au xvi^ siècle, cf. Du Bellay, Deffence, II, ch. vu (éd. Chamard, p. 265, note 2).
P. 55, lignes 13-22 : Tu euiteras... donne plaifir... — Condamnation de l'hiatus. Avant Ronsard l'hiatus était permis sans restriction. A part de rares exceptions, Ronsard et ses amis littéraires ne l'admettent qu'après un monosyllabe et aussi à la coupe. Sur ce point comme sur tant d'autres ils ont préparé l'art classique. Voir à ce sujet une remarque excellente de J. Vianey dans la Revue d'Histoire littéraire de la France, 191 5, pp. 606 et suiv. — Quelques lignes de la troisième préface de la Franciade (t. VII, p. 87 : Fauois auffi penfe) semblent justifier l'iiiatus, mais la contradiction n'est qu'apparente.
P. 55-56, lignes 22 et suiv. : Tu dois aujji noter... à la perfection de ce mejtier... — Remarquer que Ronsard ne rejette pas de l'intérieur du vers (sauf à la coupe) les mots terminés en ie, oie, aie qui sont suivis d'une consonne (cf. L. Froger, Premières Poésies de Ronsard, pp. 77-78). Q.Liant aux mots terminés en èe, oue, ue, dont Ve final compte pour une syllabe dans le vers, ses œuvres en offrent plus d'un exemple; voir t. I, p. 159 : Voirra ma liberté trofée d'vn bel œil; t. V, p. 180 : Mais quand la roue tourne & Vancugle Déejfe\ t. V, p. 186 : Me loue qui voudra les replis recourbe-;^.
P. 56, ligne 6. — Cette ligne a été complétée d'après l'édition princeps.
P. 57, ligne 2 : & ne diras... — On en trouve pourtant des exemples dans Ronsard lui-même : voir t. I, 35 (i'appenderois); IV, 295 (nous comba Itérons); VI, 245 (rejpondere:^).
P. 57, ligne 10. — Cette ligne a été complétée d'après l'édition princeps.
P. 57, ligne 21 i Tu n'oublieras iamais... — Du Bellay avait déjà condamné l'omission des articles, dans la Deffence, II, ch. ix (éd. Chamard, p. 288), réagissant contre l'école de Marot. Mais en fait Ronsard et ses amis ont eux-mêmes souvent négligé ce précepte, aussi bien que le suivant, relatif aux pronoms personnels.
P. 58, lignes 1-7 : Les Alexandrins... — En 1549, dans la Deffence, Du Bellay qualifiait encore « vers héroïques » les décasyllabes (II, ch. IV et ix); et il n'y est question nulle part de l'alexandrin. C'est Ronsard qui le premier transporta aux vers alexandrins la qualification d' « héroïques », et cela dans la
NOTES. T. VII, P. f9-6o. 129
deuxième édition des Mejlanges, donc de janvier à avril 155). Les pièces de ce recueil qui sont en vers alexandrins (par ex. l'Hymne de Baccbus, les Armes, la Chctjfc) ne portaient encore aucune mention de ce genre dans la première édition, imprimée en novembre 1554; ni celles des recueils antérieurs, telles que la Harangue du Duc de Guife (155?) et le poème du NarJJis (1554), qui pourtant sont d'inspiration épique; ni même celles qui parurent en janvier 1555 dans la troisième édition des Odes (voir t. II, pp. 73, 229 et 231). On trouve ensuite dans la Continuation des Amours (juillet 1555) deux groupes de 27 et de 31 sonnets « en vers héroïques ». Enfin dans le premier livre des Hymnes (deuxième moitié de 1555), sur quinze pièces, douze sont en alexandrins à rimes plates avec la mention déjà vue « vers héroïques », tandis que la mention « vers communs » est réservée aux décasyllabes.
P. 59, ligne I : ie ne fçay quoy de grand... — Nouvelle sortie contre les mauvais poètes, qui sera reprise presque textuellement dans la troisième préface de la Franciade (t. VII, p. 80) : « Ces verfificateurs fe contentent de faire des vers fans ornement, fans grâce & fans art, & leur fenible auoir beaucoup fait pour la Republique quand ils ont compofé de la profe rimée. >■ Voir encore le Caprice (t. VI, p. 63).
P. 59, lignes 10 et 11. — Cette citation d'Hésiode {Travaux et Jours, 25) a été traduite par Ronsard au début de l'ode A Bouhi Angenin (voir t. II, p. 156),
P. 59, lignes 11-18 : Si ie n'ay commencé... — Ce passage ne fut introduit dans VAhhregc qu'en 1567. Quand parut l'édition princeps en 1565, Ronsard avait encore l'ambition de composer sa Franciade en alexandrins. C'est seulement à la fin de cette même année que Charles IX lui commanda de l'écrire en décasyllabes. Ronsard s'exécuta aussitôt, témoin les deux fragments du chant I qui circulèrent dès 1566 et que Lambin put insérer dans les notes de son Horace (Ep. ad Pis.) en 1567. Cf. mon édition de la Vie de Ronsard, pp. 143 et 159; Revue du Sei:^ième siècle, 1916, pp. 121 et suiv. ; ci-dessus, t. VII, p. 312. Plus tard Ronsard expliqua son abandon de l'alexandrin dans la Franciade par une raison d'esthétique (première et troisième préfaces, t. VII, pp. 70 et 75-76); mais cette raison est vaine, attendu qu'il a toujours manié l'alexandrin avec une singulière habileté et que les plus beaux poèmes de sa maturité et de sa vieillesse sont en alexandrins.
P. 60, lignes 2-10 : Sur toute chofc... — Cette règle sur les rapports du sens et de la coupe du vers se trouve déjà dans la Deffence, où Du Bellay demande que « la ientence ne foit pas trop
abruptement coupée à la quadrature », c'est-à-dire à la coupe du vers décasyllabique (II, ch. ix; éd. Chamard, p. 289). La réserve que Ronsard a mise en parenthèses était nécessaire, car Du Bellay et lui ont plus d'une fois violé leur précepte, que toute l'école classique a rigoureusement suivi.
P. 60, lignes 20-25 : Tels vers... — Aux yeux de Ronsard les petits vers sont éminemment lyriques et la strophe hétérométrique est plus lyrique que la strophe isométrique. Th. Sebilet, dans sou Art poétique (1548), avait déjà exprimé cette idée, que les mètres les plus courts conviennent mieux à l'ode « à caufe du luth, ou autre inftrument femblable, fur lequel l'Ode fe doit chanter », et, quant à la strophe, il avait expliqué que sa valeur d'expression (au sens littéraire et musical) est en raison directe de sa variété rythmique. Cf. Ronsard poète lyrique, xvi et suiv., xxxviii et suiv., 683 et suiv.
P. 60, ligne 27 : pour la Mufique, & autres injlrïiiiiens. — Tel est le texte de toutes les anciennes éditions, bien qu'on attende une formule semblable à celle de la ligne 21 « pour la Mufique, la lyre, & autres inftrumens ».
P. 60-61, lignes 29 et suiv. : le te veux aujji bien adnertir... — Cf. première préface de la Franciade, fin (t. VII, p. 72).
P. 61. Des personnes des verbes François et de l'ortographie. — Pour tout ce paragraphe final, voir Marty- Laveaux, Langue de la Pléiade, tomes I et II, et particulièrement t. I, pp. 476-477.
P. 61, lignes 20-27 : Tu pourras... — Encore le souci d'éviter l'hiatus, qui explique nombre de variantes des œuvres de Ronsard à partir de 1555. Voir plus haut note de la p. 55 : Tu euiteras...
P. 62, ligne 5 : Plus nous aurons de mots... — Illusion, qui fut encore celle de Fénelon, Lettre sur les occupations de l'Académie, ch . III.
P. 62, lignes 14-21 : Tu feras... — Cette phrase, qui rompt complètement la suite des idées, n'existait pas dans l'édition princeps. Elle fut introduite en 1567, on ne sait par quelle inadvertance du poète, qui avait déjà donné plus haut cette règle de l'alternance dans les vers à rimes plates (t. VII, p. 47).
P. 62, lignes 21 et suiv. : Tu euiteras... — Tout ce passage sur l'orthographe est à rapprocher de V Auertijfement de la première édition des Odes (t. VII, pp. 9 et suiv.) et d'un chapitre de VArt poétique de J. Peletier (1555). Sur cette question des deux graphies (étymologique et phonétique), qui passionna les grammairiens du XVI'" siècle, cf. F. Brunot, Histoire de la langue française, t. II.
NOTES. T. Vil, P. 63. 131
P. 63, lignes 20 et suiv. : le te veux ciicores adneiiir... — Ces ligues visent les innovations verbales des Rhétoriqueurs, que Rabelais avait si spirituellement raillées en faisant parler son « escolier limousin «. Elles sont corroborées par un propos de Ronsard que rapporte, d'Aubigné dans la préface des Tragiques (éd. Réaume et de Caussade, t. IV, p. 6). Elles auraient dû mettre en garde certains critiques contre une fausse interprétation des vers où Boileau reproche à Rpnsard d'avoir « parlé grec et latin en français ». Les mots latins ou grecs transportés directement en français par Ronsard sont très rares. Presque tous ceux qu'on rencontre ians ses oeuvres étaient « defîa receus & vfitez d'vn chacun ».
P. 65, ligne 24 : toutes-fois tu ne les dcfda ignora s... — Ce passage est ponctué dans toutes les éditions comme si cette phrase, au lieu d'être une restriction à la précédente, était une amorce de la suivante; on lit un point avant « Toutes-fois » et deux points après « vrt chacun ». Nous avons ponctué de façon à bien séparer deux idées très distinctes : i" N'imitons pas nos devanciers, qui ont abusivement transporté en français nombre de mots calqués sur le latin; toutefois ne rejetons pas ceux qui sont déjà passés dnns l'usage courant (par ex. cannes, excrciie). 2° Imitons les Grecs et les Latins, en composant hardiment des mots suivant leurs procédés, c'est-à-dire avec des éléments de notre langue. — Conserver l'ancienne ponctuation, ce serait attribuer à Ronsard une contradiction flagrante.
P. 63, lignes 26-29 • -^'^ compofcras... — Ronsard reprend ici, avec les mêmes restrictions judicieuses, un conseil de la Deffencc (II, ch. VI ; voir surtout l'édition Chamard, pp. 248, note 3, et 253j note 3). Il le redonnera dans le Caprice (t. VI, p. 64) et dans la troisième préface de la Franciade (t. VII, pp. 94-96). — Le néologisme est un moyen d'enrichir la langue qu'il a volontiers pratiqué, mais d'une façon très différente de celle des Rhétoriqueurs. Il a « composé » des mots (au sens restreint de ce terme), à l'exemple des Grecs et des Latins, mais avec des éléments purement français, fondus ou réunis par un trait d'union, tels que le préfixe en et un verbe dérivé d'un nom (enreter), deux adjectifs (doiixainer), un nom et un adjectif (piedvite), un verbe et un adverbe (tireloin, biendisant), un verbe et un nom (aimehois, portecieï), deux noms (chevrepied), etc. Il était très fier de ces innovations : « le fis des mots nouueaux », dit-il dans le Difcours contre Fortune et la Rejponce aux iniures (t. V, pp. 147 et 425), et il ajoute en cette dernière œuvre qu'il « fit d'autre façon que les antiques (c'està-dire que les anciens poètes français) des vocables compoiez ».
1^2 NOTES. T. VII, P. 6y6^.
p. 63-64, lignes 33 et suiv. : l'ny entendu... — Au sujet de cette phrase, cf. une note de Belleau sur le sonnet de Ronsard Si i'auois m haineux, à propos des mots en-rocher, en-eauër, en-ghcer, en-fou'cr (t. I, pp. 182-183 et note). Voir encore un regret analogue dans le Caprice (t. VI, p. 64).
P. 64, lignes 5-16 : Ta lounwras... — Retour à un conseil déjà donné (t. VII, pp. 47-48). Ronsard présente ici des réserves moins précises que celles de Du Bellay, qui recommande « d'user en cela de jugement et discrétion », et renvoie le poète « au jugement de son oreille » {Dejjence, II, ch. vi). Et de fait il n'a pas toujours été bien inspiré dans cette innovation, qui semble avoir beaucoup préoccupé l'école de 1^50 (voir encore J. Peletier, Arithm., proème du livre III). Rien n'est moins harmonieux que ces noms à finale francisée dont il a usé : Dele, Clare, Eurote, Paphe, Gyge, Pyrrhe, Cyrrhe, Semele, Echon, Sapphon, Eraton et d'autres.
P. 64, lignes 16-20 : Tu ne def daigner as... — Encore un retour à un conseil précédent (t. VII, p. 48), que Du Bellay avait déjà donné dans la Deffence (II, ch. vi; éd. Chamard, pp. 256-260). La restauration des archaïsmes français est un moyen d'enrichir la langue que Ronsard préconisa et dont il se loua le plus volontiers. « le reftauray, ie r'appelay les vieux mots », dit-il dans le Difcours contre Fortune et la ReJJwnce aux iniurcs (t. V, pp. 147 et 425), « R'appelle les mots antiques... Remets en vfage les antiques vocables... » répète-t-il dans le Caprice (t. VI, p. 64) et dans la troisième préface de la Franciade (t. VII, p. 94). Voir encore une note de la Franciade au mot viehaigne (t. III, p. 90) et la préface des Tragiques de d'Aubigné (loc. cit.).
P. 64, lignes 20 et suiv. : â" lors tu ie Jhuiras... — Sur ce procédé, qu'il appelle ailleurs par métaphore « provignement », et qui n'est autre que la dérivation, cf. I.M.P. (Jean Martin Parisien), Breuc expofition de quelques pajfages des Odes de 1550. Voir mon édition critique des Œuvres complètes de Ronsard, Hachette, 1914, tome II, p. 209, et troisième préface de la Franciade, t. VII, p. 95. Du Bellay n'en avait pas parlé dans la Deffence.
P. 65, ligne 5 : eaiier. — On lit eiter, qui est une faute soit pour eaiier, soit pour ever, que donnent l'édition princeps et les éditions posthumes contenant les « pièces retranchées ». Nous avons préféré eaiier, puisque Ronsard emploie la forme eau à la ligne précédente, et que eve n'était plus « reçu en vfage » de son temps. Au reste on trouve le verbe composé cn-cai'icr dans un sonnet du tome I, p. 184.
P. 65, lignes 7 et suiv. : Or fi ie convois... — De cet Ahhregè,
qui, s'il faut en croire l'auteur, fut rédigé « en trois heures » (VII, p, 63), Colletet dit dans sa Vie de Ronfard : Il « n'a que ce feul défaut finon qu'il euft efté plus viile s'il eut efté plus étendu. Mais il (Ronsard) ne faid qu'effleurer les matières & n'en approflbndit pas vne, luy qui eftoit fi capable de les traider dignement, comme on le peut plus amplement & plus vifiblement auffy difcerner dans Tes Eipitres à fes calomniateurs &: dans plufieurs de fes préfaces raitonnées. » S'il avait connu la succession chronologique des œuvres de Ronsard, Colletet aurait pu ajouter que sa poétique avait subi des variations et sans cesse évolué dans le sens malherbien et classique, tout en restant hardie et libérale. Cf. mon Ronsard poète lyrique, première et troisième partie.
P. 66. La Fraxciade. — Pour la description de ce volume et de ses pièces liminaires, voir la note du t. III, p. i. Ronsard songeait à son épopée de Francus dès avant 1550. Il l'abandonna vers 1556 et ne la reprit qu'en 1566. Cf. mon édition de la Vie de Ronsard, pp. 143 et 159, et un article d'E. Faral dans la Revue d'Histoire littéraire de la France, 1910, p. 685.
P. 67, lignes 3 et suiv. : non toutefois... — Cf. V Ahhregè de l'art poétique et la troisième préf;ice de la Franciade, t. VII, pp. 50 et 78. Cette réserve, d'un goût tout classique, est d'autant plus méritoire que l'Arioste est, avec Pétrarque, le poète italien que l'école de la Pléiade a le plus volontiers imité. Du Bellay l'aurait égalé à Homère et à Virgile « n'eftoit la l'aincleté des vieulx poèmes » (JDeffence, II, v). Par contre, Peletier s'est montré plus sévère encore que Ronsard, dans son Art poétique (I, v, 29).
P. 69, lignes 15 et suiv. : car voyant... — Ronsard avait lu les aventures de Francus dans la prose de Jean Lemaire {Lettre à Hcclor de Troye, et surtout Illujlrations de Gaule & fingularite^ de Troye, ouvrage paru de 1509 a 15 12 en trois livres). C'est au livre III que Lemaire développe une croyance qui a existé durant tout le moyen âge, accréditée par Sidoine Apollinaire, Grégoire de Tours, Frédégaire, Wace, Benoît de Sainte-Maure, Vincent de Beauvais, les Chroniques de Tongres, la Chronique de France par Robert Gaguin, et vingt autres auteurs allégués par Lemaire. — Les œuvres de Jean Bouchet sont aussi pleines de la légende de Francus; voir notamment les Anciennes et modernes généalogies des Roys de France, ouvrage publié en 1527 et réédité onze fois jusqu'en 1545. — Un autre rhétoriqueur, Guillaume Crétin, en parle dans sa Chronique françoife, écrite de 1515 à 1525, dont Henry Guy a publié une analyse et d'importants extraits dans la Revue des langues romanes^ septembre 1904, p. 394.
Ronsard. — VIII. 12
P. 70, lignes 10 et suiv. : Ei fi tu me dis... — Cf. VAhbregê de l'art poétique, t. VII, pp. 58-59, et notes.
P. 72, lignes 3 et suiv. : auquel ie ponvray... — Pour la docilité de Ronsard en présence des critiques sincères, cf. la deuxième préfiice de la Frnnciadc, t. VII, p. 73, et note.
V. 72, lignes 7 et suiv. : le ie fupliray... — Cf. VAbhregc de l'art politique, t. VII, pp. 60-61. Du Bellay, dans la Deffence, avait consacré un chapitre à la nécessité « de bien prononcer les vers » (II, X).
P. 73. Av LE CTEVK, — Cette courte préface, reproduite textuellement dans l'édition collective de Turin (F. Pico, 1574), n'a reparu depuis lors dans aucune édition des œuvres de Ronsard. L. Froger en a signalé le premier l'existence {Annales Fléchoises de mars 190^1, p. 132); mais ce n'est pas, comme il l'a cru, dans l'édition de Turin qu'elle parut d'abord; elle remonte à l'édition parisienne de Gabriel Buon, dont le premier tome a paru en décembre 1572 et les cinq autres en janvier 1573 (la Franciade se trouve à la suite du tome VI, sans tomaison et avec pagination particulière). Cf. Revue d'Histoire littéraire de la France, 1904, p. 456, note 2; Ronsard poète lyrique, p. 275, et mon édition de la Vie de Ronsard, p. 203.
P. 74. Av LECTEVR. — Cette courte préface des Odes, indiquant les sujets propres à la poésie lyrique, correspond aux préfaces on vers que Ronsard a laissées à ses exécuteurs testamentaires « pour mettre au commencement de chacune diuerfe forte de Poëme » (voir t. VI, pp. 15, 15, 19, 22, 29, 42, 43). Sur la défmition de la poésie lyrique donnée par Sebilet en 1548, Du Bellay en 1549, Peletier en 1555, et par Ronsard ici, cf. mon Ronsard poète lyrique. Introduction, pp. xv et suiv., xxxiv et suiv.
P. 75. Avertissement... — Cet avertissement était inséré vers la fin du cinquième livre des Odes, avant les deux pièces où Ronsard a essayé de reproduire le rythme strophique des odes saphiques (hormis la quantité métrique des syllabes). Voir t. II, pp. 460 et 46 t. On y voit une fois de plus quelles relations intimes Ronsard établissait entre la poésie lyrique et la musique.
P. 75. Av LECTEVR APPRENTIE. — Claude Binet a écrit dans sa Vie de Ronfard en 1587 : « Il nous a laiffé vn Difcours en profe fur le Poëme Héroïque, aflez mal en ordre (addition de 1597 : pour l'auoir di6lé à quelque ignorant qui efcriuoit foubz luj'-, qu'il m'enuoya) & que i'ay remis à peu près félon fon intention. » Bien qu'il soit difficile de déterminer la part de Binet dans la composition de cette préface, il est probable qu'il se contenta de disposer et de
NOTES. T. VII, P. 7f-8l. 135"
relier entre eux les paragraphes, sans grand succès d'ailleurs. Au reste, quelles qu'aient été la nature et l'étendue de sa collaboration, le style clair, vivant et métaphorique est bien celui de Ronsard, et les idées correspondent tout à fait à. celles de VAbbregè de l'art poétique, des préfaces antérieures de la Franciadc et de quelques poèmes et épîtres où Ronsard a exposé les principes de son esthétique.
P. 75. // ne faut t'efmerueiller... — Cf. VAbhrcgé et la première préface, t. VII, pp. 58-59 et 70.
P. 78, lignes II et suiv. : Telles feinhlable^ chofes... — Du Bellay a aussi préconisé l'emploi de la périphrase en poésie sous le nom d' « antonomasie » (Deffence, II, ix; éd. Chamard, pp. 285 et suiv.). La sage restriction présentée ici par Ronsard n'a malheureusement pas été assez observée dans sa pratique. C'est l'abus de la périphrase qui est la principale cause de sa disgrâce au XVII* siècle, avec l'abus des « veftiges de rare & antique érudition » également recommandés par Du Bellay, op. cit., II, iv,
P. 78, ligne 23 : Tu enrichiras... — Ce passage pourrait bien viser le Roland furieux de l'Arioste, d'après ce que Ronsard en avait déjà dit dans la première préface (t. VII, p. 67), à moins qu'il ne fasse allusion aux œuvres de Du Bartas et de Du Monin, dont notre poète dans ses dernières années déplorait les excès de fantaisie et de style (voir mon éd. de la Vie de Ronsard, pp. 40 et 199).
P. 79, ligne 5 : V enrichi (j'ani d'Epithctes... — Cf. VAbbregè, î. VII, p. 53.
P. 80, lignes 1-19 : Il y a autant de différence... — Cf. VAbbregè, t. VII, pp. 52-53, 58-59, et les notes. La comparaison du versificateur avec un Hercule de scène rappelle celle des Sciamaches appliquée aux poètes de cour, survivants de l'école de Marot, dans la préface des Odes de 1550 (t. VII, p. 8).
P. 80, lignes 29 et suiv. : Bref, c'ejl vn homme... — La comparaison du poète et de l'abeille, qui a sa source dans Pindare (Pyth. x , 54) et surtout dans Sénèque (Epist. ad Lucil., Lxxxiv), revient à satiété chez Ronsard. Voir notamment t. II, p. 84; V, pp. 132 et 421 ; VI, pp. 64 et 296.
P. 81. — Toute cette page, où Ronsard distingue nettement l'œuvre du poète épique de celle de l'historiographe ou de l'historien, reprend la première partie de la préface primitive de la Franciade (t. VII, pp. GG-dj), avec une idée déjà présentée dans VAbbregè, t. VII, p. 52, lignes 10 et suiv.
P. 81, lignes 21-24 : Telles façons... — Ce passage résume une page de la Rejponce aux iniines (t. V, p. 421).
l']6 NOTES. T. VII, P. 82-90.
P. 82, ligne 27 : Les antres... — Ce principe du juste milieu en poésie, qui est celui de l'école classique, Ronsard le proclama dès 1556, dans VElegie à Chrijlophe de Choifenl (t. V, p. 184, note) : Il faut garder le ton dont la grâce dejpend, Ny trop haut ny trop bas, Juinant nojlre nature.
On retrouve la même doctrine dans VAhhregé (1565), dans le Caprice (1584), dans une déclaration du poète rapportée par Cl. Binet, et dans un sizain publié seulement en 1617 (t. VI, p. 45H) : Ny trop haut, ny trop bas, c'ejl le fomierain Jlyle, Tel fut ccluy d' Homère & celuy de Virgile.
On croirait lire du Malherbe ou du Boileau. Cf. Ronsard po'elc lyrique, pp. 283 et suiv., et mon édition de la Vie de Ronsard, pp. 39 et 197 et suiv.
P. 84, lignes 3-17 : Au rcsle... — Du Bellay de son côté avait recommandé de choisir pour sujet d'épopée « quelque vu de ces beaux vieulx romans françoys, comme vn Laucelot, vn Triftan, ou autres » (Deffencc, II, v). La légende de Francus, qui se rattache au cycle des romans de Troie, était bien moins nationale que celles du cycle carolingien ou même du cycle breton. Mais Ronsard voulait avant tout composer l'épopée des ancêtres de la maison de France et pensait ainsi faire oeuvre éminemment nationale.
P. 84, lignes 19-25 : Car les propres noms... — Passage reprisa la première préface de la Franciade (t. VII, p. 68).
P. 84, ligne 32 : C'ejl le faiâ... — Déjà dit plus haut, pp. 80-81.
P. 87. — Les observations que contient cette page, sur l'inversion, l'enjambement, l'hiatus, les licences poétiques, ne s'appliquent pas particulièrement à la poésie héroïque et eussent été plus à leur place dans VAbbregè. Il en est de même pour d'autres passages. Ouandoque bonus dormitat Hoiiierus.
P. 87, lignes 13 et suiv. : l'auois auffi pcnfc... — Cf. VAbbregè, t. VII, p. 55.
P. 87, fin. — Cf. VAbbregè, t. VII, p. 48. Ronsard reviendra encore, à la p. 92, sur la nécessité d'user en vers des langues et styles techniques.
P. 90, lignes 8-12 : Tu feras iudnjlrieux... — Du Bellay avait dit de son côté dans la Deffence (II, xi) : « ... celuy fera véritablement le poëte que ie cherche en noftre langue, qui me fera indigner, apayfer, eiouyr, douloir, aymer, hayr, admirer, étonner, bref, qui tiendra la bride de mes affections, me tournant çà & là à ion plaifir. Voyla la vraye pierre de touche, où il fault que tu epreuues tous poëmes (S: en toutes langues. » Mais, tandis qu'il appliquait ainsi au poète une définition de l'orateur donnée à plusieurs re-
prises par Cicéron, Ronsard s'inspire ici directement d'Horace, Epist. ad Pisones, 99 et suiv.
1^. 90, ligne 13 : Tit. n'oublieras... — Cf. VAhbregc, t. VU. pp. 45-46.
V. 90, lignes 19-28 : Tu noieras... — Cf. VAhbregc, t. Vil. p. 52, lignes 18-22.
P. 91, ligne 7 : Donc, Lecleiir... — Ce paragraphe et le suivant s'inspirent d'Horace, Satires, I, iv, 42 et suiv.
P. 92, ligne 19 : Tu auras... — Retour à une idée exprimée pp. 78 et 82. Encore un jugement tout classique, qu'aurait pu signer Malherbe ou Boileau. Par malheur, Ronsard n'a pas toujours su éviter l'excès qu'il blâme ici, surtout dans les œuvres de ses débuts : ses vers ont parfois besoin d'interprète comme des oracles delphiques (voir Ronsard poète lyrique, pp. 395-409).
P. 92, ligne 25 : Tu n'oublieras... — Ce conseil, qui rompt derechef la suite des idées, a déjà été donné plus haut, pp. 87-88.
P. 93, ligne 10 : ces lumières... — L'expression « lumières de la Poëfie », qui rappelle celle de Cicéron « lumina orationis », désignant tout l'arsenal des figures oratoires et poétiques, avait déjà été employée par Du Bellay, à propos de cette « magnificence de motz, granité de fentences, audace & variété de figures » que les poètes « ont plus que les autres » (Du Bellay, Deffence, I, vi).
P. 94, lignes 10-16 : Tit n'ignores pas... — Cette idée, qui vient d'Horace, Epist. ad Pisones, 367-375, se trouve également chez Du Bellay, Deffence, II, 11.
P. 94, lignes 17 et suiv. : Dauantage... — Pour l'usage des néologismes, cf. VAbbregè, t. VII, p. 63.
P. 94, lignes 26 et suiv. : Oultre ie t'adnertis... — Pour l'usage des archaïsmes, cf. VAbhregc, t. VII, pp. 48, 62, 64.
P. 95, lignes 3 et suiv. : Oultre-plus... — Pour l'usage du « provignement » des mots, cf. VAbbregè, t. VII, pp. 64-65.
P. 96, lignes 22 et suiv. : le te confeille... — Sur l'emploi des termes dialectaux, cf. VAbbregè, t. VII, pp. 48-49, et cette préface même, p. 94, fin.
P. 97, ligne I. — On lit bien en 1587 « Italienne Françoife &: Efpagnole ». Le mot « Françoife », qui est inattendu et ne répond pas au contexte, a disparu de l'édition de 1597 et des suivantes.
P. 96, fin, 97, 98 et 99. — Dans ces pages Ronsard développe une des idées qui lui furent le plus chères, seulement indiquée dans VAbhregc, t. VII, p. 51. Il préconise avec chaleur l'emploi de la langue française dans tous les genres littéraires, aussi bien en prose qu'en vers, à la place du latin et du grec, langues étrangères et
mortes, II reprend pour son compte la thèse de Jean Lemaire (Ilbijîrations de Gaule, livre III, éd. Stecher, t. II, p. 469) et de son ami Du Bellay (Dcffence), soutenue aussi avant 1549 par Geoffroy Tory, Estienne Dolet, Jacques Peletier et quelques autres moins connus.
P. 97, ligne 29 : Daiirat, Pivipont... — L'édition de 1597 ajoute à ces noms, après Pimpont, celui de d'Emery, qui n'est autre que l'historien J.-Aug. de Thou, seigneur d'Emery (il signait iEmerius).
P. 99, ligne lo : Quant à noflrc cfcrittirc... — Cf. VAbbregc, t. VII, pp. 62 et 63.
P. 100. Des vertvs intellkctvellhs et morales. — Ce discours est extrait d'un manuscrit de la Bibliothèque royale de Copenhague (Thottshe Saml. n° 315 fol.). Analysé d'abord par Gandar dans l'appendice de sa thèse sur Ronsard imitateur d'Homère et de Pindare (Metz, Blanc, 1854), il fut publié pour la première fois par Prosper Blanchemain en 1855, à la lin de ses Œuvres inédites de Ronsard. Ed. Frémy l'a derechef collationné et reproduit avec quatre autres discours sur le même sujet, un anonyme, deux par Ph. Desportes, un par A. Jamyn (L'Académie des derniers Valois, Paris, Leroux, 1887). Nous avons suivi son texte. C'est sans doute de ce discours que Cl. Binet a voulu parler dans la troisième édition de sa Vie de Roufard : « Q.ue s'il auoit à difcourir, en prei'ence ou par commandement des grands auec quelque appareil, il difoit des mieux : tefmoin le dode difcours qu'il fit fur le fuieâ: des vertus aétiues, qui ie voit encores entre les mains des curieux, & qu'il accompagna d'vne genereufe & pareille adion, par le commandement & en prefence du Roy Henry III, lors que ce prince voulut drefler l'Académie de fon Palais & fit choix des plus dodes hommes de fon roiaume, pour aprendre à moindre peine les bonnes lettres par leurs rares difcours, enrichis des plus belles chofes qu'on peuft rechercher fur vn fuied, &: qu'ils debuoient faire chacun à leur tour. -)
P. 108. De l'envie. — Ce discours est extrait d'un recueil manuscrit de la Bibliothèque nationale (coll. Dupuy, n" 559, fts 82-87), intitulé : Diners difcours d'JjiJîoire 6" de vwralilé et millésimé 1629. Il fut publié pour la première fois par Gandar dans l'appendice de sa thèse sur Ronsard, iuiitateur d'Homère et de Pindare. Cf. Ed. Frémy, L' Académie des derniers Valois, p. 349. — Il ne porte pour titre que le mot Envie, d'une autre encre. Le complément du titre (sauf le mot moral que nous avons d'après la table substitué au mot politique) se trouve au verso du dernier feuillet, également d'une autre encre. Malgré l'assertion qu'on v lit et mal-
gré la signature indiscutable du poète, nous pensons avec Gandar, Blanchemain et Frémy, que ce discours n'est pas autographe : les quelques lignes qui nous restent de la main de Ronsard sont d'une écriture ferme et bien moulée; celle de ce discours est très lâclic et difficile à déchiffrer; elle est d'un secrétaire ou d'un copiste négligent.
Ce discours a été derechef collationné attentivement, et plus d'une fois les leçons antérieures ont dû être rectifiées. Le manuscrit ne présente ni apostrophes ni signes de ponctuation; nous les avons rétablis conformément à l'usage des imprimés du xvi'' siècle. Suivant le principe généralement adopté aujourd'hui, nous avons accentué l'adverbe où, la préposition à et les finales en ée. Enfin nous avons conservé scrupuleusement la graphie, sauf pour quelques mots qui nous ont semblé des erreurs manifestes du copiste : p. 109, ligne 15, l'enjfiiyurc pour d'enjfiiyure; p. iio, ligne 8, vu douleur -pour vue douleur, ligne 28, renoms pour renom; p. 112, ligne 26, les furiei pour les furies, ligne 27, aux pris de pour on pris de, ligne 3^, roulle pour rouille; p. 113, ligne 5, hors des pour ordes, ligne 2y, ejl que pour & que, ligne 33, la face pour la force; p. 114, ligne 32, la deeffe exellent pour la deejje excellente. — En outre, trois mots sont d'une lecture douteuse : p. 108, ligne 2, d'eniâions; nous nous sommes adressé à M. Couderc, archiviste palébgraphe expert, qui nous a indiqué cette leçon comme pouvant venir du verbe enniger, produire (cf. Godefroy, Dictionnaire, article ennichier, avec cet exemple tiré des patois du centre : « La malpropreté ennige la varmine »); — p, 109, ligne 16, ou n'ejîre autre; le mot autre est écrit en interligne et pourrait être lu auec ou peutêtre autres; il semble abrégé en aues; — p. 109, ligne 52, enfoitchè, qu'on a lu jusqu'ici ejprotutè; ce n'est certainement pas ce dernier vocable qu'il faut lire; le mot cnfouché (de bonne souche, de bonne race, bien élevé), que nous proposons, est en rapport avec le contexte de la phrase.
P. 116. TiiANSLATiON... — C'est au mois de mars 1565 (n. st). que Ronsard devint bénéficiaire du prieuré de Saint-Cosme-en-l'Isle, près de Tours. Il y fit des séjours prolongés. Comme le château du Plessis, où résidait passagèrement la Cour, était tout proche, le poète reçut dans ce prieuré la visite de Catherine de Médicis et ue ses deux fils Charles IX et Henri d'Anjou en novembre 1565 (voir t. II, p. 23; t. VI, pp. 364-365), et celle de son dernier fils, François d'Alençon, en août 1576 (voir t. II, pp. 4-7). C'est là qu'il composa une bonne partie de ses Po'émes de 1569 et de sa Franciade. C'est là qu'il mourut et fut enterré (dans le chœur de la
chapelle, à gauche du grand autel). Il reste de ce prieuré des vestiges intéressants. Au XIX® siècle, la suppression artificielle d'un bras de la Loire rattacha à la rive l'île de Saint-Cosme, qui fait partie maintenant de la commune de La Riche-extra. — Cf. Chevalier, Bulletin de la Société archéologique du Vendômois, t. IX, 1870, p. 170; L. Chollet, Mois littéraire et pittoresque, novembre 1902 ; André Hallays, /o/nna/ des Débats du 10 octobre 1902, article reproduit avec illustrations dans les Annales Fléchoises d'avril 1903 ; C. Gabillot, Revue de Paris, 15 août et i^" octobre 1910. Voir encore L. Froger, Ronsard ecclésiastique (cité ci-après dans une note de la Notice sur Ronsard) ; P. Laumonier, Annales Fléchoises, février 1904, et édition de la Vie de Ronsard, pp. 34-35; P. Dufay, Le Portrait, le huste et l'épitaphe de Ronsard au musée de Biais (Paris, Champion, 1907).
P. 122. — Cette attestation fait partie d'un certificat collectif décerné par le jury qui examina en septembre 1567 Nicolas Goulu, Chartrain, candidat à l'une des deux chaires de langue grecque du Collège royal, sur le point de devenir vacante par la démission de Jean Dorât. Nous devons ce renseignement à M. Abel Lefranc, qui a étudié cette précieuse pièce dans un article intitulé : La Pléiade an Collège de France en i^àj) d'abord succinctement dans l'Amateur d'autographes du 15 juillet 1903, puis à fond dans Y Annuaire du Collège de France, année 1903 (article reproduit à la fin du volume Grands Ecrivains de la Renaissance (Paris, E. Champion, 1914. ia-8").
P. 123. Lettre i. — Écrite en décembre 1552, au moment où Michel de l'Hospital ménageait une réconciliation entre Ronsard et Saint-Gelais par l'entremise de Jean de Morel, alors maréchal des logis de la reine, l'un des Mécènes du temps, dont la maison hospitalière de la paroisse Saint-André-des-Arcs « était le rendez-vous de tous les amis des lettres et comme le temple des Muses » (H. Chamard, Joachini du Bellay, pp, 390 et suiv.), — L'ode dont parle Ronsard est celle qui commence par Toufiours ne tempejle enragée (voir t. II, p. 350), publiée à la fin de la deuxième édition des Amours (mai 1553). — M"^ de Morel, à qui Ronsard présente ses hommages, est la femme de Jean de Morel, Antoinette de Loynes, mentionnée galamment dans l'ode à Michel de l'Hospital (voir t. II, p. 144), et non pas, comme le dit Rochambeau, Camille, l'aînée de leurs trois doctes filles. — Cf. un article de P. de Nolhac dans la Revue d'Histoire littéraire de 1899, pp. 351 et suiv., et mon Ronsard poète lyrique, pp. 80-81, 90-92, 108-110. — Nous avons cru devoir adopter deux bonnes corrections déjà faites au
texte de Rochambeau : à la deuxième ligne, au lieu de « & lui defpartyr », Marty-Lavcaux a proposé « de lui defpartir » (tome VI de son édition, p. 480) ; à la huitième ligne, au lieu de « charité », Blanchcmain a proposé « charités », synonyme savant de « grâces », souvent employé par Ronsard (éd. des Œuvres de Mellin de Saint- Gclais, t, I, p. 26, note).
P. 123. Lettre de Passerat a Ronsard. — Passcrat, qui enseignait le latin au collège de Boncourt à Paris et qui devint plus tard professeur au Collège royal, avait jugé bon en 1565 d'aller à Bourges étudier le droit romain sous la discipline de Cnjas, et il y séjourna deux ans. — Comme on le voit par cette lettre, il était déjà alors en relations suivies avec la famille d'Elbene, ou plutôt Delbene (cf. t. VII, p. 44, note). Le nom d'Alphonse Delbene revient souvent dans ses œuvres, notamment dans VHymnc de la Paix, qui remonte à 1563 (Poésies françaises, éd. Blanchemain, Paris, Lemerre, 1880, tome I, pp. 92, 103, 175, 186, etc.). — Dans ce recueil nous n'avons trouvé qu'un seul sonnet adressé à Ronsard (tome I, p. 173), peut-être celui auquel Passerat fait allusion à la fin de sa lettre. Il contient encore au tome II, p. 108, une élégie à Ronsard sur la mort de Turnèbe (12 juin 1565), et au tome I, p. 140, une ode à Ronsard qui date très probablement du mois d'août 1566, car Passerat y fait allusion, comme dans sa lettre, à une grave maladie de Ronsard et au bruit qui s'était répandu de sa mort. En revanche, Ronsard lui adressa le long poème L'Bylas, publié en 1569 (tome V, pp. 120-132).
P. 125. Lettre de Ronsard a Passerat. — Sans être une réponse directe à la lettre précédente, celle-ci n'a pas dû la suivre de bien loin, puisqu'il y est encore question du faux bruit de la mort de Ronsard. On voit par elle en quels bons termes notre poète était avec l'humaniste Denis Lambin, professeur au Coilègc royal. Voir au tome II, p. 269, une ode de 1550 qui est un écho de leurs conversations au collège de Coqueret vers 1548; puis deux lettres de Lambin à Ronsard, de 1553, dans la Revue d'Histoire Uiliraire de 1906, pp. 495-498 (art. d'H. Potez) ; puis la dédicace du deuxième livre de Lucrèce de Lambin, qui est de 1563; enfin dans la deuxième édition parisienne de son Horace (Jean Macé, 1567), en note du vers 141 de VEpitre aux Pisons, cent vingt vers de la Franciade que le poète lui avait communiqués (voir notre t. VII, p. 312). — A la fin de sa lettre, Ronsard fait sans doute allusion au manoir de la Possonnière, où se voyaient gravées, à l'extérieur et à l'intérieur, les armes des Ronsart (anciennement Roussart et Rossart) : trois poissons (des rosses) rangés en flisces.
P. 125, même lettre, ligne 8. — Il s'agit d'Antoine de Gouvéa (ou Govéa), philosophe, jurisconsulte et poète latin, défenseur d'Aristote contre Ramus, qui professa à Bordeaux, Toulouse, Valence, Grenoble, puis devînt vers 1562 maître des requêtes et conseiller secret de Philibert duc de Savoie, à Turin, où il mourut en 1565. C'était une des bêtes noires des protestants, et c'est de lui que Calvin a écrit dans son De Scandalis (1550) : « Alii, vî Rabelayfus, de Perius &: Goueanus, guftato Euangelio, eadem infiinitate faut perçu ffi. «
P. 126. A Messie VRS le Maire et les Eschevixs. — Cette curieuse lettre doit servir au commentaire de deux poèmes de Ronsard publiés en 1569, qui étaient adressés, l'un à l'avocat Pierre du Lac, l'auti'e au procureur Julien Chauveau (voir tome V, pp. 95 et 113), car le procès dont il les entretient et pour lequel il les flatte n'est autre que celui qu'il a intenté au teinturier tourangeau Fortin. Ce procès se termina en 15 71 par une transaction aux termes de laquelle le prieur de Saint-Cosme abandonna tous droits de réversion sur l'immeuble des bords de la Choisille, dépendant du prieuré depuis la fin du xv^ siècle; mais en revanche les héritiers Fortin s'engagèrent à lui payer une rente annuelle de trente-cinq sols et un cens de deux deniers, reconnaissant ainsi la légitimité de ses réclamations {Inventaire des titres du prieuré de Saint-Cosme. Archives d'Indre-et-Loire, G 517). — Ronsard eut d'autres procès, auxquels il fait allusion dans un sonnet des Amours dincrfcs ào. 1578, rangé en 1584 parmi les Sonnets pour Hélène (tome I, p. 308), à moins qu'il ne s'agisse encore du procès Fortin, la composition de ce sonnet pouvant remonter à 1570. Voir aussi une transaction, datée du 21 novembre 158:, entre le poète et les religieux de Saint- Cosme sur un procès concernant l'administration du prieuré {Annales Flèchoises, tome III , 1904, p. 73). A la fin de sa vie il était encore en procès, sans doute au sujet d'un de ses prieurés, comme le prouve un des derniers vers dcV Hvmne de Mercure (tome VI, p. 36).
P. 128. Av CHAPIIRE DE SaINT-MarTIN DE ToVRS. —
Par cette lettre latine Ronsard demandait aux chanoines de Saint- Martin de Tours l'autorisation de se faire remplacer dans les fonctions de semainier, dont il avait à s'acquitter dans la collégiale, de luiit semaines Tune. Le motif mérite d'être remarqué, dit Gandar, qui le premier a publié ce document (thèse sur Ronsard imitateur d'Homère et de Pindare, Metz, 1854, p. 209). C'est Charles IX qui retient son poète à Paris pour qu'il achève la Franciade, dont les quatre premiers chants avaient paru depuis deux mois à peine. On doit donc en croire le poète :
NOTES. ï. Vil, P. I 30-1 p. 143
SI le roy Charles eiift vefcii î'ciiffe achené ce grand oimrage.
Mais Charles IX mourut dix-huit mois plus tara. — On voit, ajoute Gandar, « ce qu'il faut penser des paroles de Sainte-Marthe : latine doctissimns. Ronsard avait beaucoup lu les Latins, mais il ne savait pas écrire leur langue ». Il est probable, d'ailleurs, que cette lettre s'inspire en partie d'un formulaire en usage dans des circonstances analogues, et, par suite, la remarque de Gandar s'applique moins à elle qu'aux vers latins de Ronsard (t. VI, fin).
P. 130. A MoNSiEVR Chrestian. — Cette lettre serait apocryphe, au dire de J. Martellière {Annales Flécboises, t. IX, igo8, p. 315). En l'absence de raisons valables, continuons à la croire authentique. — Le correspondant de Ronsard, d'après Rochambeau, pourrait être Guillaume (>hrestien, médecin et chancelier du duc de Vendôme, mort en 1584. Mais rien n'empêche de penser qu"il s'adresse à Florent Chrestien, installé à Vendôme en 1582 et les années suivantes en qualité de « conseiller et secrétaire ordinaire des finances » du roi de Navarre, duc de Vendôme, et réconcilié avec Ronsard avant 1378, comme en témoignent De Thou, Binet, Paulus Melissus, Florent Chrestien et Ronsard eux-mêmes (cf. mon édition de la Fie de Ronsard, pp. 43 et 213). — Qjuant au millésime de la lettre, il est assez difficile à fixer : ce ne peut être 1583, puisqu'on fin novembre de cette année Ronsard était à Paris; ce serait plutôt 1582 ou 138^.
P. 131. Mémoires... — Cette analyse nous apprend que le vendredi 5 août 1583 les chanoines de Saint-Martin de Tours écrivent à Ronsard pour le prier de les représenter au concile provincial qui doit avoir lieu à Angers le i^"^ septembre; et que le mardi suivant, 9 août, on lut devant le chapitre la réponse négative du poète, s'excusant de ne pouvoir leur rendre ce service sur ce qu'il souflVe journellement d'une forte fièvre avec maux de tête et de reins. La fin a été citée pour la première fois par L. Froger dans son Ronsard ecclésiastique, p. 47', note i.
P. 132. A Antoixe de Baïf. — Cette lettre fut écrite à propos de la Pcedoirophia de Scevole de Sainte-Marthe, poème didactique en quinze cents vers latins, publié au complet en 1584 (Pari^:. Mamert Pâtisson) avec un très vif succès. On disait couramment en Italie comme en France que Virgile en eût été jaloux. Ronsard estimait particulièrement l'auteur depuis la publication de ses Prcinieres pairies en 1569 (Paris, Fed. Morel), témoin le long discours D'vn amoureux defcjperc qu'il lui dédia la même année (voir tome V, pp. 81-93). — Sainte-Marthe, auquel Baïf avait communiqué cette
lettre de Ronsard, la traduisit en latin et la lit imprimer, comme une glorieuse préface, en tête de toutes les réimpressions de la P^dotrophia, et dès la deuxième édition en 1585 (Poitiers, J, Blanchet). Le biographe de Ronsard, Claude Binet, en a donné un texte sensiblement différent en 1587 et surtout en i'597. ^'^oir mon édition de la Vie de Ronsard, pp, 44 et 225-227.
P. 132. A Iean Gallandivs. — Ce personnage était principal du collège de Boncourt. C'est chez lui que Ronsard logeait quand il venait à Paris dans les dernières années de sa vie (cf. t. VI, p. 45, et mon édition de la Vie de Ronsard, pp. 29 et 175- 178). C'est lui qui hérita de trois des prieurés de Ronsard (Croixval, Saint-Gilles de Montoire et Saint-Guingalois de Château-du- Loir), et qui, en qualité d'exécuteur testamentaire, publia la première édition posthume de ses Œuvres (1586-87), élaborée par le poète lui-même dans la deuxième moitié de 1584. — Si cette lettre a été bien datée par G. CoUetet, c'est de ce projet d'édition qu'il y s'agit; mais si, comme l'ont cru, non sans quelque raison, Blanchemain (VIII, 43, note) et Marty-Laveaux (Notice biographique de son édition, p. lxxxvi), il s'agit de la belle édition in-folio de 1584, achevée d'imprimer le 4 janvier 1584, il faut dater la lettre du 9 septembre 1583. — Q.uant au grief que Ronsard exprime au début contre ses éditeurs, il n'est pas entièrement fondé; car on a découvert récemment un acte notarié, du 9 mai 1553, par lequel l'éditeur des Amours, la veuve Maurice de la Porte, avait payé à Ronsard vingt-trois livres de droits d'auteur (voir Revue des livres anciens, 1916, fasc. III, art. d'E. Coyecque, intitulé Simples notes sur Ronsard et son livre des Amours, i^^2-i)^^).
P. 133. A Iean Gallandivs. — A propos de la première phrase, rappelons que Ronsard participa aux fêtes de Cour pour la dernière fois en 1581, à l'occasion du mariage du duc Anne de Joyeuse avec Marguerite de Lorraine-Vaudemont, belle-sœur de Henri II I, qui eut lieu le 24 septembre. On trouvera aux tomes III, pp. 505-511, et IV, p. 3, les mascarades et l'épithalame qu'il écrivit alors. D'après P. de l'Estoile, Ronsard reçut du roi en récompense deux mille écus et des livrées de drap de soie. — La seconde phrase est incompréhensible telle que l'a transcrite Blanchemain, qui se contente de supposer une lacune entre les mots force et autrement. Le texte que nous proposons par l'introduction d'un seul mot répond bien à ce qui précède : Ronsard dit qu'il sera l'hôte de Galland avant le retour des hirondelles, mais qu'il ne peut éprouver sa force autrement (c'est-à-dire en allant à la Cour).
P. 134. A Iean Gallandivs. — Il s'agit d'Hélène de Fou-
NOTES. T. Vil, P. 134-13^.
Mr
scquc, fille de René, baron de Surgères, et d'Anne de Cossé-Brissac, et demoiselle d'honneur de Catherine de Médicis. Ainsi l'a compris Collctct, qui ajoute : « ce qu'elle failbit fans doubte très volontiers, en recompenfe de tant de beaux vers qu'il auoit faids pour elle, & .par lefquels il auoit imniortalifé fon nom ».
P. 135. A Iean Gallandivs. — Nous avons préfère ici le texte princeps de Binet à celui des éditions suivantes, parce qu'il contient la citation latine, qui se retrouve dans le texte de CoUctet, et que c'est le vrai. Voir mon édition de la Vie de Ronsard, pp. 50, 178 et suiv.
Ronsard .
Vin.