Histoire universelle, liv. III, ch. vi
arrêter le cours, et choisit Pierre Ronsard pour les commander. Ce génie sublime charmé des agrémens, des commoditez, et des délices qu'il trouva dans ce lieu, avoit accepté la cure d'Evailles. Ce n'étoit pas un de ces Ecclésiastiques qui regardent le sacerdoce et les fonctions pastorales, comme un engagement à la vie sérieuse, ou comme un frein à la liberté et à la licence que les Poètes se donnent... Comme les amusemens et les plaisirs de la vie tranquille, qu'il menoit depuis quelque tems, ne lui avoicnt pas fait perdre ses anciennes inclinations, l'occasion qui se présentoit réveilla celle qu'il avoit pour les armes. Ainsi Ronsard qui ne pouvoit plus souffrir l'insolence de ceux qui alloient impunément piller les Temples, forma une troupe de jeunes Gentils-hommes ; il se mit à leur tête et châtia sévèrement un grand nombre de ces brigands. Mais sçachant qu'il arrivoit un corps de troupes du Mans, il se retira dans son presbytère '. »
Chez Théodore de Bèze le ton est nécessairement différent, mais les faits rapportés demeurent les mêmes : « Ayant affemblé quelques foldats en vn village nommé d'Euaille dont il (Ronsard) effoit Curé, fit plufieurs courfes auec pilleries tv' meurtres-. »
Varillas, dont les anecdotes sont souvent suspectes, après avoir reproduit les mêmes faits, d'après les historiens contemporains que nous venons de citer, ajoute : « Il s'en excufa depuis, en difant agréablement que n'ayant pu deffendre fes Paroiffiens avec la Clef de Saint Pierre, que les Calviniftes ne refpedoient ny ne craignoient, il avoit pris l'épée de Saint Paul 5. ))
Une grave objection existait naguère contre ces témoi-
1. Histoire universelle... traduite sur l'édition latine de Londres. Londres, m. dcc. xxxiv. Liv. XXX, t. IV, p. 222.