‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 22 sur 77 · Histoire de Charles IX, éd. de 1684, t. I . p · texte numérisé non relu

Histoire de Charles IX, éd. de 1684, t. I . p

2l6 NOTICE

gnages formels : le poète, disait-on, n'était pas curé d'Évaillé. Aujourd'hui des actes authentiques nous le montrent titulaire commendataire de cette cure ^ ; après cela il paraît difficile, malgré quelques contradictions dans les dates, de révoquer encore en doute une action louée par les uns, blâmée par les autres, mais qu'aucun contemporain ne s'est avisé de nier-.

Du reste, que Ronsard ait combattu ou non les protestants les armes à la main, il est certain du moins qu'en cette même année 1562 il se mit à les attaquer comme poète, dans une série de pièces véhémentes où il traite les questions rehgieuses et politiques du moment, et dont la première est le Difcours des iniferes de ce temps, à la Royiie mère diL Roy, Catherine de Medicis (V, 329).

Jusqu'alors les cathohques ne s'étaient pas montrés fort habiles à défendre la religion ; et les théologiens réformés, très habitués à discuter dans notre langue, l'emportaient sur leurs adversaires.

1. L'abbé L. Froger, Ronsard ecclésiastique, Mamers, G. Fleury, 1882, pp. IX et suiv, (Extrait de la Revue hist. et archéol. du Maine, t. X, 1881; cf. année 1884, p. 228.)

2. C'est en 1555 que Ronsard obtint le bénéfice de la cure-baronie d'Évaillé au Maine; il ne l'écbangea qu'en 1566 contre le canonicat de la collégiale de Saint-Martin de Tours. L. Froger pense, contre les témoignages de De Thou, D'Aubigné et Th. de Bèze, que ce n'est pas le poète qui prit les armes contre les protestants, mais son neveu Louis de Ronsard, seigneur de la Possonnière, chef militaire de la noblesse catholique du Maine. Cependant un passage de la Rcmonjlrance, qui date de nov.-déc. 1562, montre le poète aux prises avec les soldats huguenots, qui « n'a gucres » ont failli le tuer de « cinq coups de hnrquebufe » (V, 381), et un passage de la Rejponfe aux iniures nous apprend qu'ils lui ont volé une chape de prix (V, 413). Je me range donc plutôt à l'opinion de Paul Bonnefon {Revue d'Histoire littéraire, 1895, p. 244) et de P. Perdrizet (Ronsard et la Réforme, Paris, Fischbacher, 1902, ch. m). — P. L.

Du Perron, dont on ne saurait récuser le témoignage, nous le dit formellement : « Ils auoient beaucoup d'auantage fur lesDodeurs Catholiques, dont les vns s'eftoient endormis tout à fait durant le long repos de l'Eglife : les autres s'eftoient plus employez à entretenir le peuple à la pieté & à la deuotion, qu'à l'éloquence & aux beaux difcours... Il fembloit aux âmes populaires que leurs Dodeurs eftoient hommes barbares & ignorans, qui ne fçauoient pas feulement parler leur langue maternelle ; & que tout ce qu'il y auoit d'efprits polis et iudicieux en ce Royaume, eftoit de l'autre party : & fur ce préjugé on faifoit courir force liurets de Théologie par les mains du vulgaire, non feulement en profe & en oraifon foluë, mais mefme en ryme & en poëfie. A quoy vne infinité de gens applaudiffoient pour la nouueauté du fujet : lequel ils n'auoient point encore veu traitter en tel genre d'efcriture, iufques à tant que ce grand Ronfard prenant en main les armes de fa profeffion, c'eft à dire, le papier & la plume, à fin de combatre ces nouueaux Efcriuains, s'aida fi à propos d'vne fcience prophane, comme la fienne, pour la defenfe de l'Eglife, & apporta fi heureufement les richeffes & les trefors d'Egypte en la Terre fainde, que l'on recogneut incontinent que toute l'elegance & la douceur des lettres n'eftoient pas de leur cofté, comme ils pretendoient ^ »

Rien n'est plus intéressant au point de vue littéraire que de voir Ronsard, le poète classique et mythologique par excellence, changer tout à coup de matière et de style, et traiter avec une énergique simplicité les sujets les plus cruellement présents. Après avoir signalé, sans nous y arrêter ici, l'importance de cette subite évolution, nous allons rechercher dans ces ouvrages d'un caractère si particuher la nature

I. Oraifon fnnehie de Ronfard, texte de 1623, p. 1672. C'est en substance ce qu'on lit dans l'édition princeps (1586).

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des doctrines religieuses et philosophiques du poète et le récit de plusieurs circonstances de sa vie.

Déjà en 1560, dans le Difcours à G. Des-Antels, qui porte comme complément de titre dans cette première édition : Sur U tumulte d'Amhoife (V, 355)', Ronsard proclame la supériorité de la tactique protestante et la nécessité de l'imiter (V, 355 et 3$8) :

Aiiifi que l'ennemy par liurcs a fediiU Le peuple de f noyé qui faujfcvient le fitil, Il faut en dijputant par Hures le confondre, Par liurcs l'ajfaillir, par lîures liiy rejpondrc.

Las! des Luthériens la caufe ejl Ires-inauuaifr,

Et la défendent bien : & par 111 alheur fatal

La nojlrc cfi bonne à' fainclc, â" la défendons nuil.

Le Difcours des uiifcres de ce temps (V, 329J, la Continuation du Difcours (V, 336), la Rcniouflrance au peuple de France (V, 366) et la Kejponfe aux iniiircs cr calomnies... (V, 397) réalisent ce programme.

C'est dans la Refponfe qu'il faut aller chercher la date du Difcours, son occasion, le temps que Ronsard a mis à le composer. Il l'écrivit pendant le siège de Paris qui précéda la bataille de Dreux, c'est-à-dire en novembre ou décembre 1562 (V,427):

Or quand Paris aiioitfa muraille afjlegée, Et que la guerre cfoit en fcs fauxhours logée,

I. En 1560 cette pièce est intitulée simplement : Elégie à Guillaume des Autels, gentilhomme Charollois. C'est seulement en 1562 que Ronsard ajouta : Sur le tumulte d'Amboife, cette réimpression ayant été faite pour servir à la polémique et justifier par d'habiles remaniements l'intervention armée des Guises. Mais les vers que cite Marty-Laveaux se lisent bien dans l'édition princeps et n'ont pas été corrigés. — P. L.

Et que les viorions & les glaUics tranchans Reluifoyent en la ville & reluifoyent aux champs, Voyant le laboureur tout pcnjif & tout morne, L'vn traîner en pleurant fa vache par la corne, L'autre porter aie col fes cnfans & fou Ut : le m'enferme trois iours renfrongnè de dejpif. Et prenant le papier c^ Vcncre de colcrc, De ce temps malheureux i'efcriui la iiiifere '.

Ces divers écrits nous oftVent un ensemble de documents précieux, dont jusqu'ici on n'a point tiré grand parti.

Remarquons d'abord l'aveu que Ronsard fait à deux reprises d'avoir été fort tenté dans sa jeunesse d'embrasser le parti de la Réforme (V, 372, 380) :

l'ay autrefois goujlé, quand i'ejlois ieune d'âge. Du miel empoifonuc de vojlre doux hreuuagc : Mais quelque bon Démon m'ayant ouy crier, Auant que l'aualler me l'ojla du gojier.

Si vous eujjie:^ ejlé Jiinples comme deuant, Sans aller les faneurs des Princes pourfuiuant : Si vous ii'enfjie:^ parlé que d'amender l'Eglifc, Que d'oflcr les abus de l'auare Prejlrife, le vous eujfe fuiuy, & n'euffe pas ejlé Le moindre des fuiuans qui vous ont efcouic.

Tout en attaquant les protestants, il convient de la légi-

I. Marty-Laveaux a été trompé par les apparences, comme Tavait été Claude Garnier, commentateur de ces discours. Malgré les expressions de ce dernier vers, ce n'est pas au Difconrs des miferes de ce temps que ce passage de la Rejponfe fait allusion, mais à la Rcmonjlrance, laquelle fut écrite pendant le pseudo-siège de Paris par Louis de Condé et les troupes huguenotes (25 novembre-io décembre 1562). Le Difcours des miferes remonte aux environs du I®'' juin 1562; la Continuation du difcours aux environs du i^'' octobre "de la même année; et la Rejponfe aux iniures ne fut écrite qu'aux environs du 15 avril 1563. Voir nos notes au t. VII, pp. 525, 526, 528, 551-53 1, 540, 5^^^. — ^'- 1-

timité de certaines de leurs plaintes, et n'est guère moins sévère pour les évéques que pour les prêcheurs de la Réforme (V, 378) :

Vous me/mes les premiers, Prélats, reforiiie:^ vous, Et comme vrais pafteurs faites la guerre aux loups : OJÎe:(^ Vamhltion, la richejfe excejjîue. Arrache^ de vos cœurs la ieunejfe lafcine, Soye:^^ fohres de table, & fobrcs de propos.

Il faut dire, au très grand honneur de Ronsard, qu'il ne se contentait pas de débiter ces excellentes maximes en thèse générale, mais qu'il les adressait directement à ceux à qui elles pouvaient s'appliquer, au risque de leur déplaire et de se les aliéner. Nous ne pouvons résister au désir de citer ici quelques vers exquis tout rempHs d'une pitié ou plutôt d'une tendresse pour les pauvres et les humbles, qui n'est point, quoi qu'on en dise, une découverte de ces dernières années :

... & iefçay bien que vous Mérite^ à bon droit qu'on baife vo:^genous, Qu'on embrajfe vo^ pieds : mais. Prince, ou ie me trompe. Ou vous deue^ fuyr cefte mondaine pompe. Et ne deue:^ vfer de fi hauts appareils Sinon vers les plus grands qui feront vo^ pareils. A ces vionjlres de Court vous deue:( comme maijlrc Faire d'vn braue front vo^ grandeurs apparoijlre, Et combien vous pomiex^ : mais aux petits qui vont Tremblant en vous voyant, & qui n'ofent le front Haujfer vers les rayons de vojlre clair vifage, Vous deuei ejlre Jimple & plein de doux langage Pour leur gaigner le cœur, imitant l'Eternel Oui fe daigna vejlir d'vn habit corporel. Et reiettant les grands oii tout orgueil abonde, Se rendit familier des plus petits du monde. '

I. Voir t. VI, p. 289. — Mais nous devons faire remarquer que ces vers parurent en 1556, quelques années avant la période dont s'occupe ici Marty-Laveanx. — P, T..

Notez que ceci est adressé à Charles, cardinal de Lorraine, frère du duc de Guise, qui, au dire de Brantôme (t. IV, p. 278), « en fa profperité... eftoit fort infolant & aueuglé n'arregardant guieres les perfonnes ny n'en faifant cas ». C'est dire que, si ces vers pouvaient trouver là leur application, ils risquaient d'être fort mal accueillis.

Dans les rangs des réformés, Ronsard trouvait des amis et des protecteurs de la veille ; c'est une des inévitables misères de ces temps troublés. Répandant à pleines mains l'invective, l'injure, parfois même les malédictions, il s'arrête respectueux et reconnaissant devant Odet de Coligny, cardinal de Châtillon, frère aîné de l'amiral Coligny. Odet était fort ami des lettres. Rabelais, en lui dédiant Le quart livre de son Pantagruel, lui dit : « Sans vous m'eftoit le cueur failly, & reftoit tarie la fontaine de mes efprits animaulx. »

Il ne s'était pas montré moins bienveillant pour Ronsard, à qui il avait conseillé de fréquenter la Cour en lui faisant entrevoir une carrière ecclésiastique des plus brillantes :

Mais depuis que vojlvc œil daigna tant s'ahaijfcr Que regarder mes vers, & l'auteur carejfer, Et que voflre honte (qui n'a point de pareille) Promijl de m' endormir fur l'une & l'autre oreille : Adonc l'ambition s'alluma dans mon cœur, Crédule ie conceu la Royale grandeur, le conceu Euefchei, Prieure:^, Abbayes ^.

Ce rêve devait s'évanouir de la façon la plus inattendue : le cardinal, tout en conservant la pourpre, prit femme et passa à la Réforme. Ronsard s'adresse dans ses discours politiques, avec regret, avec vénération, à son ancien protecteur :

le cognois vn Seigneur, las! qui les va fuiuant, (Duquel iufqn'à la mort ie demourray feruant :)

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